Archive

Archive pour novembre 2006

Futur Président des Kataëb

27 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Éclairage – On a voulu tuer l’avenir du parti, mais aussi l’interlocuteur de la nouvelle génération, estime Pakradouni
 
 
Pierre Gemayel était destiné à devenir le futur président des Kataëb…
 

 
Le parti Kataëb est totalement sous le choc. Depuis la terrible nouvelle de l’assassinat en plein jour et en pleine rue de cheikh Pierre Amine Gemayel, les membres du parti sont en état second. Au-delà de l’enjeu national de cette terrible perte, pour eux, c’est un coup porté au parti qui n’en finit pas de payer pour les Libanais en général et pour les chrétiens en particulier, puisque son histoire est intimement mêlée à celle du pays depuis l’indépendance.
Le président du parti, Karim Pakradouni, reconnaît que l’assassinat de cheikh Pierre est une catastrophe pour les Kataëb qui commençaient à peine à reprendre leur élan sur la scène chrétienne.
Karim Pakradouni, dont le mandat à la tête du parti expire en 2009 – suite à une réforme des statuts qu’il avait lui-même initiée et qui fixe le mandat du président à quatre ans renouvelables une seule fois – raconte que cheikh Pierre devait être le futur chef du parti. M. Pakradouni révèle ainsi qu’après la période de division entre lui et l’ancien président Amine Gemayel et sur une initiative de Pierre lui-même, qui était convaincu qu’il fallait dépasser les clivages pour réunifier le parti, les ponts avaient été rétablis avec le président Amine Gemayel. Les deux hommes avaient même convenu, au cours d’une longue et franche discussion, de commencer à préparer la relève au sein du parti. Tous deux étaient conscients qu’une nouvelle génération était née, formée de jeunes qui avaient de nouveaux repères et un nouveau langage et il fallait à tout prix trouver un moyen pour communiquer avec eux. Pierre Gemayel avait ce don inné de savoir parler aux autres et de parvenir toujours à trouver un terrain d’entente. Il était jeune, enthousiaste et déterminé, mais il était aussi proche des jeunes, avide de dialogue et toujours prêt à l’action. Pour toutes ces raisons, Amine Gemayel et Karim Pakradouni avaient vu en lui le futur président du parti et traitaient avec lui sur cette base. Selon Me Pakradouni, cheikh Amine était fier de son fils et il lui faisait confiance au sein du parti, où il lui avait laissé les mains totalement libres.

8 000 nouveaux adhérents
En quelques mois d’ailleurs, cheikh Pierre avait réussi à pousser 8 000 jeunes à adhérer au parti. Ce qui avait augmenté le nombre des membres de 22 à 30 000. Un record pour une si courte période. Et cheikh Pierre avait à cœur de parrainer personnellement l’ouverture de nouvelles permanences, tant il était passionné par sa nouvelle mission au sein du parti. D’ailleurs, plus cette mission pouvait être difficile et se heurter à des obstacles divers et plus Pierre Gemayel s’y attachait. Selon Karim Pakradouni, il avait accompli, en quelques mois, un véritable travail de titan sur le plan de la mobilisation des jeunes. Le président du parti n’hésite pas à comparer Pierre Gemayel à son oncle Bachir, assassiné lui aussi au même âge, tant il était actif et dynamique.
C’est donc un futur chef que le parti pleure aujourd’hui, avec d’autant plus de tristesse et de révolte que le parti avait eu, grâce à lui, le sentiment de tourner une nouvelle page et de sortir enfin des années noires où il avait été contraint à rouler au ralenti.
Mais Pierre Gemayel n’était pas seulement l’espoir du parti Kataëb. Il avait sa propre place et son charme particulier qui avait, selon ses proches, conquis cheikh Saad Hariri avec lequel il s’entendait à merveille. Cheikh Pierre avait aussi réussi à avoir de très bons contacts avec les ministres chiites, notamment Trad Hamadé, proche du Hezbollah. Ce dernier raconte ainsi que même lorsque leurs points de vue étaient divergents – ce qui se produisait apparemment souvent – le ton était toujours courtois et Pierre Gemayel savait éviter la rancœur et la rancune.
C’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussé le Hezbollah à vouloir à tout prix présenter ses condoléances à la famille du défunt et particulièrement à son père cheikh Amine. Le contact a d’abord été établi avec Karim Pakradouni avec lequel le commandement du parti entretient depuis des années de bonnes relations. M. Pakradouni a sondé l’ancien président qui a aussitôt déclaré être prêt à répondre à cette initiative. C’est ainsi que le secrétaire général du Hezbollah est entré en contact avec cheikh Amine Gemayel, par le biais du téléphone portable de Karim Pakradouni. Apparemment, l’échange était émouvant, les deux hommes ayant évoqué le martyre en général et leurs expériences personnelles en tant que pères de jeunes emportés dans la fleur de l’âge. Mais sayyed Hassan Nasrallah n’a pas voulu que cette initiative s’arrête là. Il a donc profité de cette petite brèche pour envoyer hier à Bickfaya une importante délégation de son parti, présidée par le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, et comprenant les deux ministres Mohammad Fneich et Trad Hamadé ainsi que des cadres du parti. Toutes les mesures avaient d’ailleurs été prises pour que cette visite se déroule dans les meilleures conditions et la délégation du Hezbollah a été accueillie à l’entrée de Bickfaya. Après les condoléances, le président Gemayel a tenu une réunion avec les membres de la délégation, en présence de Karim Pakradouni, et la situation politique a été probablement évoquée, d’autant que le Hezbollah souhaitait remercier le président Gemayel qui, la veille, avait exclu dans une interview à la chaîne al-Jazira une éventuelle implication de cette formation dans l’assassinat de son fils.
Cette visite et l’attitude du président Gemayel et des membres de sa famille contribueront certainement à réduire la tension actuelle, mais il faut encore d’autres initiatives du même genre pour que le climat de dialogue, notamment sur la scène chrétienne, règne de nouveau. Les messieurs bons offices ont du pain sur la planche…

Scarlett HADDAD
Lundi 27 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 
 
Catégories:Liban

Amine Gemayel doute

27 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
« Lahoud est chargé par la Syrie de torpiller le tribunal international »
 
Amine Gemayel possède des « indications timides » sur l’assassinat de son fils
 
L’ancien président de la République, Amine Gemayel, a indiqué posséder « quelques indications très timides » sur l’assassinat de son fils, estimant que le chef de l’État, Émile Lahoud, est chargé de torpiller à n’importe quel prix le tribunal international.
M. Gemayel a affirmé qu’il espérait que l’enquête permettrait de découvrir les coupables. Mais « il y a eu beaucoup d’assassinats » de personnalités antisyriennes au Liban « et nous n’avons pas pu connaître la vérité », a-t-il expliqué dans un entretien par téléphone à la radio française France Inter.
« Nous avons quelques indications très timides. Nous ne pouvons pas nous engager dans des spéculations. Il faudra attendre quelque temps avant de confirmer tout ça. Nous ne pouvons pas bâtir dessus, c’est trop prématuré », a-t-il ajouté. Il n’a pas fourni de détails sur ces éléments.
Interrogé sur une possible implication de la Syrie, M. Gemayel a expliqué : « Les Syriens ne sont pas des enfants de chœur. Leur registre est bien fourni dans ce domaine. Mais je ne voudrais pas lancer des accusations avant que l’enquête n’avance et que nous ayons des indications plus précises. »
Il a expliqué qu’il y avait dans le pays des factions « dont l’allégeance au Liban n’est pas totale » et qui « font le jeu des intérêts stratégiques de certains pays, la Syrie et l’Iran ».
« La Syrie a évacué militairement le Liban en 2005, mais a planté chez nous profondément des 5es colonnes qui servent » ses intérêts, a-t-il déclaré.
Le président Émile Lahoud « a été désigné et reconduit par la Syrie et joue le jeu de la Syrie », a ajouté M. Gemayel. La Syrie n’a aucun intérêt à ce que le tribunal international puisse voir le jour et « Lahoud est chargé de torpiller à n’importe quel prix » sa mise en place.
 
Lundi 27 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 

Catégories:Liban

Lettre à Pierre…

26 novembre 2006 Laisser un commentaire
      Cher Pierre,
 
 
Non tu n’es pas mort pour rien, Non tu n’es pas mort tout simplement !
 
Tu resteras pour toujours vivant dans nos coeur, ton sourire illuminera pour toujours notre mémoire.
 
Non ! Nous ne renoncerons pas !
Non ! Nous n’allons pas baisser les bras.
Non ! Ils n’étoufferont jamais ta voix.
 
Chacun de nous est désormais Pierre Gemayel.
 
Nous te promettons d’utiliser notre douleur et notre foi pour que ton sang jamais ne sèche, pour que les meurtriers soient traduits en justice.
 
Nous te promettons de continuer sur la même voie que tu as tracé afin que tous les libanais et spécialement les chrétiens, puissent se réunir autour d’un Liban libre, indépendant et moderne.
 
Notre cher Pierre, repose en paix, nous porterons à jamais ton flambeau très haut et nous serons à la hauteur de ton Martyre.
 
 
Tes amis qui t’aiment
Catégories:Liban

Pur Sang, par Ziyad Makhoul

24 novembre 2006 Laisser un commentaire
Pur Sang
L’article de Ziyad MAKHOUL
 
Imbéciles. Ils avaient décidé de décapiter le sunnisme proche-oriental en tuant Hariri. Ils ont récolté un de ces coups de poing de l’histoire, un qui ne pardonne pas : la prise de conscience, un magma de peuple, la phénoménale solidarité de trois communautés, le retrait de l’armée syrienne, la formation du premier gouvernement indépendant depuis des décennies, l’arrivée de Mehlis, puis l’avènement de Brammertz. Imbéciles. Ils avaient décidé de bâillonner les Libanais en assassinant Haoui, Kassir, Tuéni. Ils ont centuplé l’entêtement des Libanais et du monde ; au lieu de fermer des gueules, ils ont vu les vannes s’ouvrir. Imbéciles. Ils ont compris que le tribunal est inéluctable, que la justice et la vérité commençaient leur longue, leur lente mais leur inéluctable, leur irrépressible marche ; ils ont alors éliminé un ministre tout en préparant l’assassinat d’un deuxième (d’un troisième, de sept députés…) pour que le gouvernement chute de lui-même, pour qu’à la Chambre l’Alliance du 14 Mars perde ses 70 sièges, et, parce qu’ils sont imbéciles jusqu’au bout, ils ont parié sur la re-guerre entre chrétiens : ils ont choisi un Gemayel de 34 ans. Ce qu’ils ont obtenu ? La fusion de tous les sangs en un seul, de trois communautés en une seule (en attendant la quatrième…), de millions d’énergies et d’opiniâtretés en une seule ; ils ont permis à la majorité des Libanais d’afficher, éclatante du sang de Pierre, bouillonnante du sang de Pierre, leur majorité. Imbéciles. Cette majorité n’est même plus celle du nombre : c’est la majorité des sangs, de tous ces sangs résumés en celui de Pierre. Imbéciles. Cette majorité n’est même plus triste ou en colère, ces deux (res)sentiments ont vite été transcendés, transformés en une attitude : la sérénité, la vraie, l’absolue sérénité, de celles que permettent uniquement la plus farouche des déterminations et l’assourdissante prescience de défendre la cause juste. Imbéciles. Ils ne savent pas, ils ne peuvent pas savoir, pour ne l’avoir jamais connue, sauf pervertie au sinistre temps de la tutelle, ce qu’une vraie sérénité peut faire, quelles imparables actions elle autorise. Imbéciles.
Sérénité exhibée hier en des mots, des phrases-vérité, des phrases-actions, surtout. Walid Joumblatt : « Ils ne feront pas fléchir notre détermination à refuser la culture de la mort et du chagrin. » Samir Geagea : « S’ils veulent la confrontation, ils l’auront. » Saad Hariri : « Votre union, nationale, est plus forte que leurs armes. » Sérénité évidente du patriarche maronite, sérénité de facto, de par sa simple présence en la cathédrale Saint-Georges, Mgr Sfeir a tout dit. Sérénité hallucinante, enfin, que celle d’un Amine Gemayel littéralement transfiguré par sa douleur, et qui a su, admirable, utiliser cette douleur pour qu’un sang jamais ne sèche, pour qu’un acte soit posé, pour que Michel Aoun, qui n’aurait jamais fait de la politique sans lui, revienne en faire avec lui, dans l’esprit et dans la lettre de ce 14 Mars dont Pierre Gemayel représentait un des avenirs.
Mais Michel Aoun n’est pas serein. Michel Aoun n’a visiblement pas compris que quelque chose ne va plus ; qu’une digue s’est rompue ; qu’il n’est plus question de la victoire d’une partie sur une autre puisqu’on lui a proposé le ni 1/3 ni 2/3 ; Michel Aoun aurait dû demander à Amine Gemayel de le tenir par la main pour le faire traverser la foule en colère jusqu’à l’intérieur de l’église. Pour ensuite, sans rien céder, sans (se) compromettre, juste avec l’appréhension qu’il y a un avant et un après-21 novembre 2006 réexaminer ses rapports avec la majorité sur une page blanchie par le sang, somme de tous les autres, de Pierre Gemayel. Il est aussi désolant, aussi honteux de voir les partisans de Michel Aoun insultés et humiliés, les bureaux du CPL vandalisés ou fermés, que d’entendre Michel Aoun s’entêter dans la stérilité de cette insupportable prétention qui le porte à croire que c’est son alliance ou son entente avec le Hezbollah qui empêche la guerre civile, qui protège, comme il l’a dit hier, l’unité et préserve la République. Que d’entendre Michel Aoun s’enferrer dans l’impasse de sa logique, réclamer une enquête alors qu’il sait pertinemment qu’aucune enquête, du moins locale, du moins pour l’instant, n’a pu donner des résultats, qu’il est impossible qu’il y ait des résultats, que les tueurs sont des professionnels, que leurs commanditaires sont des acteurs régionaux. Que d’entendre Michel Aoun se demander si le gouvernement doit représenter la communauté internationale et en servir les intérêts plutôt que le peuple : il l’a pourtant vu, et entendu, le peuple, hier. Que d’entendre Michel Aoun dire qu’on ne peut pas exiger de lui plus que ce qu’il ne peut donner – Michel Aoun est d’un coup trop modeste : il peut donner bien plus qu’il ne le pense, il suffit qu’il le veuille. Tout ce que l’on demande à Michel Aoun c’est de faire son maximum pour que le tribunal soit adopté le plus vite possible. Ou alors que les Farid el-Khazen, les Ibrahim Kanaan, les Nehmetallah Abi-Nasr, les Sélim Salhab, les Ghassan Moukheiber, les Walid Khoury se lèvent, qu’ils revendiquent, qu’ils s’expriment, à moins qu’eux aussi, mais personne ne le croirait, ne soient désormais des captifs amoureux, incapables de reconnaître le juste de l’injuste. Michel Aoun a dit qu’il est fort probable que son bloc parlementaire vote en sa faveur, mais qu’il faut attendre que ce projet de tribunal soit transmis à la Chambre. À la bonne heure : ce qu’il aurait dû alors réclamer, live sur al-Jazira, pour être en harmonie avec lui-même, c’est que Nabih Berry convoque les députés à débattre, dans un hémicycle de préférence bunkerisé, de… ce projet. Désormais, encore plus que d’habitude, il vaut mieux faire aujourd’hui ce que l’on peut faire demain…
Aujourd’hui, hier, demain : il est un homme qui a perdu la notion du temps, comme s’il avait été embastillé dans un quatrième sous-sol pendant des siècles. C’est normal : cet homme pourtant courageux, on l’a vu hier se faire huer sans qu’il ne recule, est prisonnier – le sang, somme de tous les autres, de Pierre Gemayel libère ; qu’il en profite. Cet homme, ce prisonnier qui représentait hier la communauté chiite en la cathédrale Saint-Georges s’appelle Nabih Berry.
Ziyad MAKHOUL
Vendredi 24 Novembre 2006 | 5:00 |
Catégories:Liban Tags:

Ils veulent tuer la jeunesse

24 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Ils veulent tuer la jeunesse
 
Samir Kassir, 45 ans. Une pensée jeune, en évolution permanente, promue aux sommets ; un aigle abattu en plein envol. Gebran Tuéni, 48 ans. La fougue de ceux qui font l’opinion publique, véritable icône des étudiants, irrémédiablement jeune au fil des années. Pierre Gemayel, 34 ans. Un enfant entré trop tôt dans le monde des adultes, arraché trop tôt aux siens, un cœur joyeux et sincère.
La politique du vide, on connaît. Depuis plus de trente ans, c’est la même technique d’élimination physique des élites politiques qui se poursuit, dans un cycle infernal, ininterrompu, désormais intolérable. Le vide appelle l’instabilité, l’annihilation des élites vise à rompre le contact avec les masses, à les provoquer, les déchaîner, les pousser à réagir instinctivement, les unes contre les autres. En des termes moins scientifiques, et sans détour, on pourrait qualifier cela d’usage de la barbarie, celle des assassins, pour produire de la barbarie, sous-entendu des réactions impulsives, des dérapages dangereux.
Le concept de l’assassinat politique est choquant. Il traduit la faiblesse des Assassins face à ce qu’ils ne peuvent réduire au silence autrement que par la violence. Il est significatif, a contrario, du pouvoir du verbe, de l’irrésistible force de la démocratie et de la liberté.
Mais ce qu’il y a d’encore plus grave, c’est cette volonté évidente chez les Assassins de s’en prendre à l’espoir, de l’étouffer dans l’œuf. Ils veulent tuer l’espoir. Il ne s’agit plus uniquement de s’en prendre aux élites politiques, mais d’empêcher tout renouvellement potentiel de ces élites. En d’autres termes, de liquider physiquement tous ceux qui pourraient un jour assurer la relève. Ces Assassins sont assoiffés de sang. L’esprit de vengeance les aveugle. Cependant, l’objectif est cette fois tout désigné. Par-delà toutes les analyses qu’il est possible de faire de l’assassinat de Pierre Gemayel, il y a une volonté criminelle de s’en prendre à la nouvelle génération, celle dont l’enfance n’a été qu’un long déluge de violence, et qui est appelée maintenant, dès à présent, à diriger le pays, que ce soit au sein de la société civile ou du pouvoir politique stricto sensu.
Par-delà le meurtre de Samir Kassir, Gebran Tuéni ou Pierre Gemayel, c’est, de toute évidence, à la nouvelle catégorie dirigeante que les tueurs ont déclaré la guerre. Il est nécessaire que la communauté internationale et que l’ensemble de la société libanaise, toutes catégories confondues, le sachent. Ce que veulent ces Assassins, ce qu’ils ont toujours voulu, c’est empêcher le Liban d’avoir un avenir, par tous les moyens. Il est temps que ce massacre prenne fin. Il est temps pour les élites libanaises, politiques et civiles, d’avoir d’autres options que l’émigration, ou le martyre, lorsqu’elles ont choisi de rester dans leur pays et de se mettre au service de leur société. Jusqu’à quand la jeunesse de ce pays doit-elle vivre dans le malheur, sacrifiée sur l’autel de la criminalité des régimes despotiques ?
La relève est en danger. Si elle disparaît, le pays disparaît aussi. Ceci est un véritable cri d’alerte. La jeunesse de ce pays a déjà payé un trop lourd tribut. N’acceptons plus de la voir conduite à l’abattoir, de voir les parents pleurer leurs enfants. Cela suffit.
Les Assassins n’arrêteront pas de tuer. Il faut les arrêter.
Michel HAJJI GEORGIOU
Vendredi 24 Novembre 2006 | 5:00 |
Catégories:Liban

À Bickfaya, des pétales de fleurs et des tonnerres d’applaudissements

23 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Une foule d’anonymes et de personnalités se recueillent devant la dépouille mortelle du ministre de l’Industrie
 
À Bickfaya, des pétales de fleurs et des tonnerres d’applaudissements
 
 
Bickfaya, fief de la famille Gemayel, s’est préparée dès le matin à porter le deuil du ministre de l’Industrie et député du Metn, Pierre Gemayel. Les rues de la localité ont été ceintes de rubans blancs et des portraits du ministre assassiné ont été collés aux murs. Certains d’entre eux, géants, portaient l’inscription : « Pour le Liban. »
C’est peu après 9 heures que la dépouille mortelle de Pierre Gemayel est arrivée à l’entrée de Bickfaya. Le cortège funèbre avait quitté une demi-heure plus tôt l’hôpital Saint-Joseph, où le corps du ministre assassiné avait été transporté la veille.
La dépouille mortelle a été accueillie au son du glas par une foule de plusieurs milliers de personnes. Des salves d’armes automatiques ont été tirées en l’air. Puis le cercueil enveloppé du drapeau blanc frappé du cèdre des Kataëb a été porté à bout de bras de l’entrée de la localité jusqu’à la résidence de l’ancien président de la République, Amine Gemayel.
 

Sous des tonnerres d’applaudissements et des pluies de riz et de pétales de fleurs, les supporters Kataëb se sont arrêtés à plusieurs reprises pour faire danser le cercueil, notamment au niveau de la permanence du parti. Le cortège funèbre, ayant à sa tête le père et la mère du ministre assassiné, Amine et Joyce, son épouse, Patricia, sa sœur Nicole et son frère Sami, a poursuivi son chemin jusqu’à la résidence des Gemayel. La dépouille mortelle a été ensuite déposée dans la crypte de la maison.
Sami, le visage défait, se tient près du cercueil avec sa tante, Arzé, qui est dans les ordres. Il entoure de son bras son cousin, Nadim Béchir Gemayel.
Nicole passe de longs instants la tête posée sur le cercueil de son frère, tapotant doucement de sa main droite le drapeau qui l’entoure.
À la crypte de la résidence des Gemayel, seuls les hoquets des sanglots étranglés entrecoupaient la prière.
À l’étage, peu après l’arrivée de la dépouille mortelle de leur fils, Amine Gemayel et son épouse ont commencé à recevoir les responsables, les hommes politiques et les militants venus présenter leurs condoléances.
« Ils ont criblé son corps de balles. Ils l’ont déchiqueté », se lamente, les yeux baignés de larmes, la mère du ministre assassiné. Malgré sa souffrance visible à sa démarche et à sa mine décomposée, Amine Gemayel a donné plusieurs interviews pour mettre l’accent notamment sur le soutien de la communauté internationale au Liban et sur l’unité des Libanais. Il a cité encore une fois tous les membres de sa famille assassinés depuis le début de la guerre en 1975.

Douleur étranglée
La douleur de Bickfaya, de sa foule d’anonymes et des personnalités venues soutenir les Gemayel était silencieuse, étranglée, semblable à la douleur de la famille du ministre assassiné.
Hier, à Bickfaya, des ministres, des députés, d’anciens Premiers ministres, d’anciens parlementaires, de chefs de parti ont notamment défilé.
Un moment d’intense émotion s’est emparé de l’assistance lorsque le PDG d’an-Nahar, Ghassan Tuéni, père du député de Beyrouth, Gebran, assassiné le 12 décembre dernier, est entré dans le salon et a enlacé l’ancien président de la République.
Le député Marwan Hamadé, qui avait vu la mort en face le 1er octobre 2004, s’est aussi rendu à Bickfaya.
Au fief des Gemayel, une foule triste et hébétée par la douleur a applaudi plusieurs personnalités, notamment le chef du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea.
Ont également présenté leurs condoléances à la famille du ministre assassiné les ministres Nayla Moawad, Ghazi Aridi et Michel Pharaon, les députés Nabil Boustany, Fouad el-Saad, Akram Chehayeb, Abdallah Farhat, Ayman Choukair, Boutros Harb ; du Bloc de la réforme et du changement, Nehmetallah Abi Nasr, Farid el-Khazen ; du Bloc de la résistance et du développement, Anouar Khalil, Yassine Jaber et Abdelatif Zein ; l’ancien Premier ministre, Sélim Hoss ; l’ancien ministre et président de la Ligue maronite, Michel Eddé ; le commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane ; le métropolite de Beyrouth, Élias Audeh, et l’évêque maronite d’Antélias, Youssef Béchara. Il convient de signaler que le député du Metn, Michel Murr, a reçu pendant quelque temps les condoléances aux côtés de la famille du défunt.
Il y avait aussi les journalistes May Chidiac, qui avait échappé par miracle le 25 septembre 2005 à un attentat, et Gisèle Khoury, épouse de Samir Kassir, tué à Achrafieh le 2 juin 2005, ainsi que Siham Gebran Tuéni, épouse du député assassiné de Beyrouth.
Plusieurs diplomates arabes et étrangers en mission au Liban étaient présents également à Bickfaya, notamment le représentant personnel de Kofi Annan pour le Liban, Geir Pedersen.
L’ancien chef de l’État a en outre reçu des appels et des messages de condoléances du président américain, George Bush, du président français, Jacques Chirac, du roi d’Arabie saoudite, Abdallah ben Abdelaziz, du président égyptien Hosni Moubarak et de l’ancien vice-président syrien, Abdel-Halim Khaddam.

Une couronne toujours fraîche
Un peu plus loin de la résidence des Gemayel se trouve la permanence du parti Kataëb à Bickfaya, où plusieurs jeunes militants se sont rassemblés. Beaucoup, les yeux embués de larmes, avaient du mal à trouver les mots pour parler du ministre de l’Industrie. Ils racontent qu’en deux mois, Pierre Gemayel avait visité 130 permanences Kataëb dans toutes les régions du Liban pour relancer le parti. Plus d’un parlent de sa modestie, sa manière de rendre service et la simplicité avec laquelle il traitait avec les militants, qu’ils soient âgés ou très jeunes. Ces derniers se souviennent de lui cet été à Bickfaya quand il avait disputé, avec eux, un match de basket.
« À maintes reprises, il nous avait dit qu’il détestait les armes, qu’il refusait les effusions de sang. Il disait que tout pouvait être réglé politiquement », raconte un militant, d’une voix à peine audible.
À une centaine de mètres de la permanence des Kataëb, se trouve celle du PSNS (Parti syrien national social), veillée par deux blindés de l’armée. La veille, une rixe avait éclaté entre les militants phalangistes et ceux du parti prosyrien. Ces derniers avaient tiré en direction des jeunes Kataëb, qui voulaient prendre possession des lieux. Après des heures de tension, quand les partisans du PSNS ont quitté la permanence, les militants Kataëb en ont saccagé l’enseigne et l’emblème.
Hier matin, à l’entrée de la localité, au pied du monument dédié à Pierre Gemayel, fondateur des Kataëb et l’un des pères de l’indépendance, se trouvait toujours, toute fraîche, la couronne de fleurs que le ministre de l’Industrie avait déposée, la veille, une heure environ avant son assassinat.
Des panneaux publicitaires, dans le cadre d’une campagne lancée par les forces du 14 Mars, bordent les deux côtés de l’autoroute menant du Metn à Beyrouth. Ces affiches portent les portraits des personnalités assassinées – ou ayant échappé à un attentat – depuis le 1er octobre 2004 jusqu’au 12 décembre 2005 : Marwan Hamadé, Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Élias Murr, May Chidiac et Gebran Tuéni. À côté de chaque visage, on distingue le site d’un attentat et l’inscription : « Nous n’oublierons pas. » Des affiches de cette même campagne, portant le portrait de Pierre Gemayel et l’image du site de l’attentat de Jdeidé, étaient accrochées hier en soirée au centre-ville.
Aujourd’hui, les habitants du Metn, de Beyrouth et d’autres parties du Liban se rassembleront pour un dernier adieu à Pierre Gemayel. Et ces Libanais rappelleront à tous qu’ils ne comptent pas oublier.
Patricia KHODER

Jeudi 23 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 

  

Catégories:Liban

La chaleur d’un sourire…

23 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
La chaleur d’un sourire…
 
Il est si difficile d’imaginer Pierre Gemayel mort, tué par les balles de lâches assassins. Il était si jeune, si vivant et si chaleureux. Lancé dans la politique, alors même que son père était encore à l’étranger, il avait su se faire accepter de toutes les parties, assumant avec courage les responsabilités au sein de la famille et tentant une reconquête du parti, à une période où toute la classe politique jugeait cela impensable. Bien que nouveau venu sur la scène, il portait sur les épaules un lourd héritage, mais malgré tout, il n’avait de contentieux avec personne, si ce n’étaient les divergences politiques habituelles. Et quelle que soit la violence de ses propos, il parvenait toujours à effacer d’un sourire toutes les rancœurs qu’il pouvait soulever.
Le sourire, il l’avait large et sincère, avec toujours une pointe d’humour, comme s’il savait malgré tout que les honneurs et les succès, mais aussi les brouilles et les mises en veilleuse, sont éphémères en ce bas monde.
En quelques années, il avait réussi à imposer un nouveau style, décontracté, simple et direct, à son image, et tous ceux qui le rencontraient étaient touchés par sa gentillesse fondamentale et son respect des autres.
Qui a donc pu ne pas déceler toutes ces qualités et décider de l’éliminer ? Ou peut-être est-ce à cause d’elles que cheikh Pierre Gemayel n’est plus aujourd’hui qu’un destin brisé en plein envol. De lui, il restera sans doute beaucoup de choses que le temps se chargera de trier, mais son sourire qui, même dans les séances les plus difficiles du dialogue ou du Conseil des ministres, parvenait toujours à dédramatiser les situations les plus complexes, manquera à tous.
Au-delà des considérations politiques, les Libanais ont le sentiment d’avoir perdu un ami, un de ces jeunes sur lesquels ils misaient pour l’avenir…
Scarlett HADDAD
Jeudi 23 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
Catégories:Liban

Evénements en la mémoire de Pierre

22 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
 
 
Très chers amis,
 
 
 
Pour le repos de l’âme de notre frère Pierre Gemayel, lâchement assassiné hier,
les Kataëb et les forces du 14 mars organisent
une veillée de recueillement
ce jeudi 23 novembre à partir de 18h
Place Victor Hugo
 
 
 
A Paris, deux messes de requiem seront organisées:
 
    Vendredi 24 Novembre à 20h: Chapelle Saint Leufroy
[3 rue du Chemin Vert, 92150 Suresnes] comment y accéder?
 
    Dimanche 26 Novembre à 11h: Paroisse Notre Dame du Liban
[17 rue d'Ulm, 75005 Paris]
 
 
 
Merci de transmettre ce message autour de vous.
Catégories:Evénements

A la demande du cheikh Amine Gemayel

22 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Amine Gemayel appelle à la prière et à la réflexion,
loin des réactions vengeresses
 
Éprouvé, mais digne, l’ancien président de la République, cheikh Amine Gemayel, s’est adressé hier à la foule en colère pour lancer un appel au calme et à la prière. Il a demandé à tous ceux qui aiment Pierre Gemayel d’éviter les réactions instinctives et irrationnelles. Cheikh Amine a rappelé comment ses neveux Amine Assouad et Manuel Gemayel, ainsi que sa nièce Maya, son frère Béchir et aujourd’hui son fils Pierre sont morts pour une cause. « Il faut donc préserver celle-ci pour qu’elle reste sacrée et qu’elle soit en définitive victorieuse, a-t-il souligné. Je souhaite que cette nuit soit consacrée à la prière et à la réflexion sur le sens du martyre et sur les façons de protéger notre pays, loin des réactions affectives et des accusations, et loin des désirs de vengeance. » Cheikh Amine a émis le souhait que la mort de son fils serve le Liban, et la cause de l’homme et de la liberté dans ce pays.
 
Mercredi 22 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 
 
Catégories:Liban

Pierre Gemayel assassiné

22 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Le ministre de l’Industrie conduisait depuis quelques heures la Kia qu’il avait louée à une agence
 
Pierre Gemayel assassiné hier, à Jdeidé, d’une dizaine de balles à la tête
 
Une dizaine de balles à la tête. Le ministre de l’Industrie et député du Metn, Pierre Gemayel, a été assassiné hier, en plein jour, à Jdeidé. L’assassinat a eu lieu non loin de l’église Saint-Antoine, à une centaine de mètres d’une permanence du parti Kataëb. Pierre Gemayel conduisait lui-même une voiture de location : il savait que sa vie était en danger et il a cru à tort qu’il pouvait leurrer ceux qui tiennent, depuis le 14 février 2005, à plonger le Liban dans le chaos. Pierre Gemayel est, après Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui et Gebran Tuéni, la sixième personnalité libanaise, s’opposant à la Syrie, à être assassinée depuis le début de 2005, sans compter les tentatives ratées d’assassinats et les explosions dans les quartiers résidentiels.
Le ministre de l’Industrie était accompagné de deux gardes du corps. L’un, Samir Chartouni, assis à côté de lui, et atteint également à la tête, a péri à l’hôpital Saint-Joseph, à Dora. Le deuxième, membre de la Sûreté de l’État, assis sur le siège arrière, n’a pas été touché. Il était près de 15h 30 quand l’attentat a eu lieu. Pierre Gemayel venait de sortir de l’église Sainte-Rita, où il avait présenté des condoléances à des supporters du parti Kataëb.
Selon plusieurs témoins, une jeep a barré la route à la petite Kia, des hommes en sont sortis. L’un d’eux s’est dirigé vers la Kia, s’est mis devant la fenêtre de la portière avant-gauche (celle du conducteur), et a tiré à bout portant à l’aide d’un pistolet muni d’un silencieux sur le ministre de l’Industrie. Puis des rafales ont été tirées en l’air pour faciliter l’évasion. Un témoin, un ouvrier syrien, a été blessé. La voiture de Gemayel a roulé quelques mètres à vide avant de cogner un autre véhicule.
Hier, une heure après l’attentat, les cloches des églises de Jdeidé sonnaient le glas. Non loin des lieux de l’assassinat, un homme dans un salon de coiffure est toujours en état de choc. Il porte quelques taches brunâtres sur les vêtements.
« Regardez, c’est le sang de cheikh Pierre. J’ai cru qu’il y avait eu un accident de voiture. J’avais la porte du salon fermée, je n’ai rien entendu. Puis, j’ai vu les gens courir. J’ai couru avec eux. Je suis arrivé devant la voiture. J’ai vu cheikh Pierre, le col de sa chemise, sa cravate, une partie de sa nuque et puis… Rien que du sang et de la chair. Lui et son garde du corps étaient recroquevillés l’un contre l’autre », raconte Georges Ghanem. Il jette un coup d’œil à son écran de télévision qui passe en boucle des images de l’assassinat. Il ajoute : « Les militants Kataëb sont accourus de la permanence. Il a fallu peut-être dix minutes pour extirper cheikh Pierre de la voiture. Il a été transporté à l’hôpital à bord d’une jeep portant l’inscription, “Si tu aimes le Liban, aimes son industrie”. » Ce slogan avait été créé, il y a quelques mois, par l’équipe du ministre de l’Industrie pour encourager les produits fabriqués au Liban.

La Kia livrée à Gemayel la veille
Peu après l’attentat, il était difficile de circuler en voiture à Jdeidé et à Dora, l’armée ayant notamment bloqué l’accès aux véhicules au niveau des rues menant à l’hôpital Saint-Joseph de Dora et les militants ayant pris l’établissement hospitalier d’assaut.
Dans le secteur de l’hôpital, des deux côtés de la chaussée, des voitures de supporters Kataëb sont stationnées. Certaines portent sur leur rétroviseur un petit drapeau du parti. Sur l’une d’elles, on distingue sur la vitre arrière une vignette à l’effigie d’un homme assassiné, lui aussi à la fleur de l’âge, qui avait lui aussi deux enfants au moment d’un attentat perpétré à Achrafieh, le 14 septembre 1982. Et, comme son oncle, le président élu Béchir Gemayel, le ministre assassiné avait hier un peu plus de trente ans.
À l’hôpital, non loin de la porte des urgences, un homme fait les cent pas, se dirige vers la morgue, revient, s’adosse contre un mur les yeux embués de larmes…. Zeinoun Zeinoun accompagnait Pierre Gemayel dans tous ses déplacements. Pas hier, le ministre de l’Industrie avait empêché son garde du corps le plus rapproché – son ombre – de se déplacer avec lui.
Paul Naccouzi, un autre compagnon de Pierre Gemayel, raconte : « Hier à minuit 45 minutes (dans la nuit de lundi à mardi) on lui a livré la voiture. Moi-même je l’ai louée à l’agence. Et puis, cheikh Pierre est allé de son domicile à Rabieh au ministère à Badaro, s’est rendu ensuite à Bickfaya, où il a déposé une couronne de fleurs à l’occasion de la fête de l’Indépendance, sur le monument dédié à son grand-père Pierre Gemayel. Après, il a été présenter ses condoléances à Jdeidé… C’est à Bickfaya que les monstres ont repéré la voiture et qu’ils ont pu ainsi le tuer. »
Paul explique que depuis la mort de Gebran Tuéni (assassiné le 12 décembre 2005), Pierre Gemayel n’utilisait plus sa voiture, louant des voitures presque toutes les 48 heures ou se déplaçant dans les véhicules de militants Kataëb proches de lui.
Paul parle aussi du chalet d’hiver à Ouyoun el-Simane en cours de construction où Pierre Gemayel rêvait de passer ce Noël avec son épouse, Patricia, et ses deux enfants, Amine et Alexandre. « À chaque fois qu’il me voyait, il me parlait de ce chalet, demandait où on en était avec la construction…», dit Paul, martelant : « C’est à Bickfaya qu’ils ont repéré la voiture. »
De nombreux partisans affirmaient hier que le PSNS (Parti syrien national social) était derrière l’exécution de l’assassinat. Des militants de ce même mouvement avaient également exécuté l’attentat contre Béchir Gemayel, il y a 24 ans.

Aoun, Lahoud et le Hezbollah
Hier, à l’hôpital Saint-Joseph, où le corps du ministre de l’Industrie avait été transféré, la famille éprouvée recevait les proches et les officiels dans un petit salon, alors que dans le hall de l’établissement, les militants laissaient éclater leur colère.
Ils insultent le chef du CPL, le général Michel Aoun, conspuent le président de la République, Émile Lahoud, s’en prennent au Hezbollah, disent que « c’est facile aux militants du mouvement chiite habitant Rouweissat el-Jdeidé de se déplacer dans la zone de l’attentat ». Et ils accusent aussi la Syrie.
Il y a ceux qui chantent des hymnes militants, inventés à la base au début de la guerre de 1975 à l’intention du fondateur du parti Kataëb, Pierre Gemayel. Il y a ceux qui dansent avec les portraits du ministre de l’Industrie, ceux qui applaudissent, ceux qui scandent : « Pierre est vivant en nous. » Ces mêmes scènes se répètent, depuis le 14 février 2005, après chaque attentat, et pour le slogan, il suffit de changer le prénom.
Il y a ceux qui promettent qu’ils ne se calmeront pas, que Pierre Gemayel n’est pas Samir Kassir ou Gebran Tuéni, qu’il a tout un parti derrière lui et que sa mort sera vengée.
À l’arrivée de Walid Joumblatt, la foule scande un slogan que le chef du PSP avait répété, notamment le 14 février 2006, à l’intention du général Lahoud et du président syrien Bachar el-Assad (« Beyrouth, nous voulons nous venger de Lahoud et de Bachar »). Ils interpellent M. Gemayel, debout sur le parvis de l’hôpital avec M. Joumblatt : « Président, nous voulons nous venger du Hezbollah et du général. »
L’ancien président de la République intervient lançant des appels au calme, rappelant le nom des personnes assassinées de sa famille depuis le début de la guerre de 1975 : Amine Assouad, Manuel Gemayel, Maya Béchir Gemayel, Béchir Gemayel, et maintenant son propre fils, Pierre.
Trois heures après l’attentat dans le hall de l’hôpital : beaucoup de militants sont partis au siège du parti Kataëb, à Saïfi. D’autres, la plupart des proches du ministre assassiné, sont assis à même le sol, le visage pâle, le regard perdu dans le vide, l’air complètement absent.
Une autre aile du hall de l’hôpital : Amine Gemayel lance encore une fois un appel au calme et à la tolérance. Il a le visage cramoisi. Il serre ses mâchoires par intermittence et ferme les yeux après chaque phrase qu’il prononce.
À côté de lui, le Amid du Bloc national, Carlos Eddé. La nuit du 27 au 28 février 2005, quand députés, chefs de partis et militants avaient décidé de rester au centre-ville pour empêcher l’instauration d’un couvre-feu, M. Eddé avait dormi à même le sol non loin de la sépulture de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, assassiné deux semaines plus tôt.
Pierre Gemayel était aussi présent cette nuit-là au centre-ville. Vers trois heures du matin, usant de son immunité parlementaire, il avait quitté le secteur bouclé par l’armée pour revenir une demi-heure plus tard avec des « manakish » en guise de petit-déjeuner, à ses hommes et aux militants présents sous les tentes du parti Kataëb.
À l’aube du 28 février, Pierre Gemayel s’était adressé à la foule parlant d’une nouvelle indépendance. Il avait souligné : « Si nous étions nés il y a soixante ans, nous aurions été des héros. » Et il y a ceux qui ont décidé de le tuer à la veille de la 63e célébration de l’indépendance du Liban.
Le 28 février 2005, le gouvernement Karamé avait présenté sa démission sous la pression de la foule. Peut-être fallait-il ce jour-là que Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel et toutes les personnalités accourues hier la mine décomposée à l’hôpital Saint-Joseph prennent, avec les militants, le chemin menant à Baabda. Mais parfois, il est trop tard…

Patricia KHODER

 
Mercredi 22 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
Catégories:Liban
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 379 followers