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Les gestes qui vous trahissent
Si les Italiens sont très bavards et parlent à grand renfort de gestes des mains, ils demeurent néanmoins cohérents dans leur attitude. Qu’en est-il autrement ? Le mouvement des mains informe sur l’authenticité ou la spontanéité du discours. Une personne qui a les mains figées maîtrise ses réponses. Selon Jean-Pierre Veyrat "les mains qui s’éloignent du corps témoignent souvent de la véracité du discours et viennent renforcer celui-ci telle une illustration". Au contraire, des mains qui restent proches ou au contact du corps indiquent que l’interlocuteur n’est pas à l’aise, voire qu’il ment.
Le regard est ce qui est le plus expressif dans un visage. C’est aussi une source d’informations sur le processus de pensée. Souvent, il révèle un effort de mémoire. "Ainsi, précise Jean-Pierre Veyrat, la PNL [Programmation neurolinguistique, ndlr] a démontré que lorsqu’on interroge quelqu’un on distingue, en étant placé en face de lui, trois clés d’accès visuelles. Si son regard est orienté vers le haut, il évoque des images déjà vues. Le regard de face, les yeux mi-clos : la personne entend des sons connus, cherche une voix. Vers le bas, elle éprouve des sensations, des émotions, fait appel à ses souvenirs." D’un autre côté, le regard a une fonction de reconnaissance de l’autre lors d’un échange ou d’une discussion. La gestuelle associée au discours
Observez par exemple une personne qui vous pose une question. Si elle se gratte simultanément la tête, c’est qu’elle est alors en train de chercher elle aussi la réponse qu’elle n’a pas. Maintenant, si elle se frotte le menton, vous pouvez imaginer qu’elle détient déjà une réponse, mais qu’elle n’en est pas tout à fait sûre et cherche votre aval sur le sujet. Enfin, si jamais elle se passe la main dans le cou, c’est sans doute car elle a la réponse mais redoute votre réaction. Des micro-caresses apaisantes
Certains gestes indiquent que la personne à besoin de se rassurer, l’aident à se sentir bien, à se détendre. Selon Jean-Pierre Veyrat ce sont des micro-caresses : le fait de lisser une mèche de cheveux dans ses doigts, de se frotter les mains, de se toucher les lèvres ou le nez du bout des doigts. C’est la même chose pour les personnes qui vont fumer une cigarette ou qui se rongent les ongles. Un masque identitaire
L’expression du visage exprime souvent ce qui ce passe en vous. Pour Jean-Pierre Veyrat, "le visage occupe une fonction prépondérante dans le langage morphogestuel, non pour ses formes, qui n’ont aucune signification en dépit de ce que prétendent certains, mais pour son extraordinaire concentration de moyens d’expression ainsi que pour ses étonnantes possibilités d’évolution." Le visage conserve, à travers les rides d’expression, l’empreinte de vos émotions – joie, peur, colère – qui se manifestent par des mimiques comme les froncements du front ou du nez, les sourires, les moues…
Ça vous démange ?
Lors d’une discussion, d’un entretien ou d’un simple repas, ne vous arrive-t-il jamais de vous gratter, par exemple le bras ? Souvent c’est un signe d’impatience ou d’exaspération, d’envie de passer à autre chose. Dans d’autres cas, le fait de se gratter révèle une situation de malaise. Il peut s’agir d’un geste compulsif signifiant que la personne garde quelque chose au fond d’elle-même qu’elle voudrait - ou n’arrive pas - à exprimer. Enfin, si l’on vous pose une question, se gratter peut être interprété comme un signe de réflexion.
"Dans un rapport à la verticalité, l’extension du corps se rattache à une attitude de domination ou de quant-à-soi, explique Jean-Pierre Veyrat. Une personne contractée montre une attitude de soumission." Quant au mouvement, il traduit lorsqu’il se porte vers l’avant, les bras et les jambes non croisés, détendu, une attitude de partage et d’ouverture aux autres. Vers l’arrière, il s’agit d’une attitude de fuite et de crainte. Un vis-à-vis éloquent
Les postures apprennent les relations entre deux personnes. Elles reflètent le sentiment que vous avez de vous-même ou bien de votre disponibilité vis-à-vis des autres. D’après Jean-Pierre Veyrat, la distance entre deux personnes est par excellence la composante sociale de la gestualité. Le corps est utilisé à des fins relationnelles pour dire, par le biais de distances et de contacts socialement autorisés, "Voilà comment je me situe par rapport à vous et comment vous devez vous situer par rapport à moi". En outre, la position de face-à-face est typique d’une communication directe et réciproque où chacun se regarde dans les yeux, cherche l’échange, expose son point de vue et veut persuader. S’il faut rivaliser, marchander ou vendre, les personnes se placent face-à-face. S’il s’agit d’une conversation neutre, les personnes se placent en angle. La posture assise
Une personne stressée ou bien intéressée va changer de posture, faire un micro-mouvement. Une posture assise de trois quarts sur un siège reflète une mise en confiance, une ouverture, parfois un aparté dans une discussion. Elle permet d’instaurer une certaine décontraction, de mettre à l’aise son interlocuteur. "La position de trois quarts est chère aux diplomates, souligne Jean-Pierre Veyrat. C’est un positionnement idéal de compromis, qui empêche toute confrontation trop agressive, ainsi que toute sollicitation trop directe des pensées de l’autre." Attention au retour de manivelle lorsque votre interlocuteur dans cette position revient à un face-à-face : d’une certaine manière il recadre la discussion. Des pieds très bavards !
Les pieds et les jambes représentent une partie du corps humain des plus sincères. Lors d’un moment de pression intense, il arrive que vous vous dandiniez, tapez du pied, sautiez d’un pied sur l’autre. "Ces gestes ne sont pas facilement contrôlables en position assise", note Jean-Pierre Veyrat. Lors d’un entretien, le fait de croiser les jambes, ou même les bras, est un geste de protection ou de résistance.
Source: JDN Management
Publié le 22/02/2006
Conférence – 14 mars, 2 ans après
Le 14 mars 2005 le peuple libanais a brisé les chaînes de la peur, annonçant la libération de notre pays après trente années d’occupations et de souffrances
A cette occasion, nous avons le plaisir de vous inviter
à une conférence-débat sur le thème
« Le Soulèvement pour l’Indépendance, deux ans après »
Cette rencontre aura lieu le mercredi 14 mars à 20h00
FIAP Jean Monnet – Salle Bruxelles
30 rue Cabanis 75014 Paris
Metro Glacière (ligne 6), Saint Jacques (ligne 6)
Forces Libanaises, Mouvement de la Gauche Démocratique, Parti Kataëb, Parti Socialiste Progressiste, ULCM
May Chidiac: blessée mais déterminée
May Chidiac: blessée, mais déterminée
Il y a dix-huit mois, May Chidiac, journaliste vedette de la télévision libanaise, connue pour son franc-parler, est la cible d’un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. Elle y laisse une jambe et une main, mais pas son obstination. Dans son livre, Le Ciel m’attendra… (éd. Florent Massot), qui sort jeudi 8 mars, elle raconte son combat pour reprendre son métier, et surtout sa vie de femme. Interview exclusive avant son arrivée à Paris.
Propos recueillis par Gaëlle Rolin
lefigaro.fr/madame : À la lecture de votre ouvrage, Le Ciel m’attendra, on a l’impression qu’en tant que femme, avant l’attentat, vous vous sentiez totalement à l’abri des attaques. Pensiez-vous vraiment qu’une femme, même journaliste, ne pouvait pas être une cible ?
May Chidiac : Je le croyais, oui. Même quand on évoque la guerre civile au Liban, bien que beaucoup de femmes soient tombées sous les obus, jamais aucune n’avait été touchée personnellement aussi violemment. À aucun moment, je n’ai cru quelqu’un capable de placer des explosifs sous le siège de ma voiture. À travers moi, mes agresseurs ont voulu faire passer un message au pays : c’est le Liban tout entier qu’ils ont voulu faire taire.
Votre livre-témoignage sort le 8 mars, la Journée internationale de la femme. Selon vous, les femmes sont-elles plus difficiles à faire taire que les hommes ?
Les femmes sont beaucoup plus courageuses qu’on ne le croit. Contrairement aux hommes, elles ont rarement de conflits d’intérêts et défendent leurs causes avec tous leurs moyens. Moi, je disais tout haut ce que personne n’osait dire, pas même mes collègues masculins !
À la fin du livre, on vous sent fragilisée, et par la situation au Liban, et par la difficulté de reprendre la vie au quotidien après un tel choc. Comment allez-vous aujourd’hui ?
Il y a des hauts et des bas. J’étais une femme extrêmement indépendante, et je me retrouve aujourd’hui complètement dépendante de ceux qui m’entourent. Avec une seule main, je ne peux pas enfiler ma prothèse toute seule. Je suis dépendante de l’électricité, capricieuse au Liban, pour charger ma prothèse de genou et pouvoir me tenir debout. Et si j’ai appris à accepter mon corps, c’est la partie sauvée de moi-même que je montre aux gens. L’image, dans le miroir, de ce corps qui a subi vingt et une interventions chirurgicales, est difficile à accepter. Et malgré le bonheur d’avoir repris mon métier de journaliste télé, il y a de nombreuses choses du quotidien qui me rendent la vie infernale. Et ce sont mes proches qui me supportent, dans ces moments-là, hors caméra.
Malgré cela, le souci de l’élégance revient souvent dans votre livre. Vous écrivez : « La mode m’a guérie des sacrifices de la guerre civile », vous qualifiez votre garde-robe de « garde-vie » et vous vous êtes battue avec les médecins pour pouvoir porter des talons avec votre prothèse. En quoi ces petites choses, qui peuvent sembler futiles, vous ont-elles aidée à remonter la pente ?
Elles m’ont aidée dans mon acharnement à reprendre une existence normale. Je suis une femme élégante, j’aime les talons hauts, j’aime la mode et je voulais montrer que je pouvais reprendre absolument le même rythme de vie. Comme avant, je continue à porter du rose. J’ai toujours eu des vêtements roses dans mon armoire, parce que c’est une couleur féminine et enfantine à la fois. Et ça me représente bien, parce que je me sens, encore aujourd’hui, femme jusqu’au bout des ongles, pleine de caractère et en même temps, très femme-enfant. Quand je sors, j’essaie de paraître la plus naturelle possible. Si je n’avais pas de canne, mon handicap passerait presque inaperçu ! Mon patron à la télé me dit souvent : « Si un Coréen, qui ne connaît pas ton histoire, te voit à l’écran, il ne se rend sûrement pas compte que tu as une prothèse à la place de la main ! » Être à nouveau à l’antenne, comme avant, c’est un défi que j’essaie de relever chaque jour.
La condition des femmes au Liban semble loin de vous satisfaire. Vous écrivez : « En Orient, une fille n’est pas tout à fait l’enfant qu’on attend », ou vous vous moquez du paradis vanté par les membres du Hezbollah, où l’on promet des vierges et des rivières de miel aux hommes, mais rien aux femmes ! En 2007, selon vous, sur quels terrains en particulier les femmes doivent-elles encore se battre ?
Il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de la religion. Toutes religions confondues, c’est l’homme qui assure le suivi, qui donne son nom… Au Liban, le divorce, par exemple, est interdit. Il n’y a pas de mariage civil. Pour se séparer, il faut obtenir l’annulation du mariage. Et c’est très compliqué… Je l’ai vécu moi-même en faisant annuler mon mariage, à l’âge de 20 ans. Et en cas de séparation, la femme ne peut garder ses enfants que jusqu’à l’âge de 7 ans. Ensuite, c’est le père qui obtient automatiquement leur garde. Je trouve ça scandaleux, je pense que des enfants ont besoin d’une mère pour grandir correctement. Autre exemple, en Arabie saoudite, les femmes ne peuvent passer leur permis ! Mais elles finiront par obtenir gain de cause. Même au pays des talibans, les choses évoluent. Quant au paradis du Hezbollah, on ne sait effectivement pas ce qu’il promet aux femmes, alors, une chose est sûre : nous devons trouver notre bonheur sur Terre !
Et dans le monde de la politique, la parité vous satisfait-elle ?
Au niveau politique, il n’y a pas vraiment d’égalité des sexes. Au Liban, aujourd’hui, il y a une seule femme ministre, et c’est une exception. En France, vous aurez peut-être bientôt une femme présidente, mais, pour l’instant, vous n’avez eu qu’une seule fois une femme Premier ministre ! Même un grand pays comme les États-Unis n’a jamais eu de présidente. Ça changera peut-être l’an prochain, si Hillary Clinton remporte les élections, ce qui serait une bonne chose.
Internet, vecteur de messages et de tendances, peut-il aider à cette émancipation de façon plus libre et plus large que les médias écrits et audiovisuels classiques ?
Ce n’est pas une lutte acharnée contre les hommes, dans laquelle les femmes auraient des handicaps à surmonter et devraient utiliser les médias pour mener leur bataille. D’un point de vue général, Internet a ouvert beaucoup de portes et conduit vers davantage de connaissances. Certains sites aident à comprendre le B.A BA des choses, et ça, c’est une réelle avancée. Mais si ces nouveaux médias peuvent aider à diffuser des messages, ils ne sont pas le moteur de l’émancipation des femmes. Le moteur est en nous. Le moteur, c’est nous.
Le Ciel m’attendra, de May Chidiac,
avec la collaboration d’Amal Moghaizel
(éd. Florent Massot), 18,90 €
Sortie internationale le 8 mars
Itinéraire d’une femme engagée
May Chidiac est « entrée en journalisme » à l’âge de 21 ans. L’expression n’est pas trop forte, compte tenu de la passion qu’elle voue à son métier et de sa volonté à l’exercer de manière intègre. À 25 ans, elle devient présentatrice du premier journal télévisé de la LBC, la principale chaîne libanaise arabophone.
À peine un an après l’attentat dont elle est victime, le 25 septembre 2005, elle reprend en juillet 2006 les rênes d’une émission politique sur la LBC, intitulée « Avec audace ». Depuis, elle présente à nouveau le journal télévisé. L’enquête sur ses agresseurs n’a, à ce jour, toujours pas donné d’éléments concrets.
May Chidiac a remporté le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillaume Cano 2006, ainsi que celui du Courage en journalisme 2006 de l’International Women’s Media Foundation.
Source: Le Figaro/Madame
Paru le lundi 5 mars 2007



