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Lamartine, toujours d’actualité, au cœur de « La question d’Orient »

31 décembre 2011 Laisser un commentaire

Par Edgar DAVIDIAN | 31/12/2011

Vient de paraître Un livre qui jette un éclairage neuf, sans qu’il soit vraiment méconnu, de Lamartine, galérien des lettres. Sous le titre « La question d’Orient » (éditeur André Versaille, 405 pages), Sophie Basch et Henry Laurens ont groupé les articles et discours politiques de l’auteur de « La chute d’un ange ». Un document intéressant, loin de toute poésie ou romantisme, mais avec une élégance littéraire extrême, même si elle est caduque, pour parler du processus de modernisation des sociétés orientales. Un sujet toujours d’une brûlante actualité.  Lire la suite…

Les tentacules du Hezbollah sur le Mont-Liban

4 juillet 2008 Laisser un commentaire
Des tentacules poussés toujours un peu plus loin


La politique des petits pas… Avec persévérance, et détermination, le
Hezbollah étend jour après jour ses tentacules pour contrôler des pans
de plus en plus larges du pays. Et progressivement, de façon
pernicieuse, sans que le citoyen lambda ne s’en rende compte, tel un
minutieux travail de fourmi, il pousse toujours un peu plus loin les
limites de son expansionnisme. Tout récemment, et à en croire des
témoins oculaires, c’est sur les cimes du Mont-Liban, sur les hauteurs
de Niha, de Ouyoune el-Simane, de Sannine et de Laklouk, qu’il a étalé
sa présence milicienne. Une présence qu’il a, certes, démentie hier.
Mais pourquoi un tel démenti aurait-il plus de crédit que son
affirmation, sans cesse renouvelée, selon laquelle il ne retournerait
jamais ses armes vers l’intérieur ? D’autant qu’un tel déploiement
(confirmé par des sources de sécurité), même s’il ne s’est produit que
d’une manière ponctuelle et temporaire, s’inscrit dans la logique même
du projet du parti chiite. En effet…


… Sous le couvert de « résistance », le parti intégriste chiite
maintient un arsenal militaire digne d’une puissance régionale. Sous le
couvert de « résistance », il crie à la traîtrise dès qu’une quelconque
partie manifeste ne fût-ce que la velléité d’initier un débat sur
l’opportunité de son jusqu’au-boutisme guerrier, qu’il considère comme
un tabou intouchable. Sous le couvert de « résistance », il s’obstine à
vouloir monopoliser la décision de guerre et de paix, laquelle est, de
surcroît, du seul ressort du guide suprême de la révolution iranienne
(« wilayat el-fakih » et projet politique supranational obligent). Sous
le couvert de « résistance », il s’est taillé un territoire à sa
mesure, interdisant aux forces de l’ordre régulières, ou même à
certaines administrations publiques, d’y avoir accès. Sous le couvert
de « résistance », il a établi son propre réseau de télécommunications,
qu’il qualifie de ligne rouge, à l’instar de son armement stratégique.
Sous le couvert de « résistance », il se permet de fixer des limites à
l’action de l’État et de l’armée libanaise, comme il est apparu dans le
discours prononcé par le secrétaire général du Hezbollah Hassan
Nasrallah au lendemain de l’élection du président Michel Sleiman. Rien
d’étonnant, par voie de conséquence, et toujours sous le couvert de
« résistance », qu’il s’octroie le droit de parader dans le « jurd » du
Mont-Liban surplombant la Békaa, posant des entraves à la libre
circulation des citoyens.


Tout en poussant toujours plus loin ses tentacules, le Hezbollah
franchit en outre progressivement, jour après jour, de nouveaux pas sur
la voie de l’extension de ses objectifs déclarés. Longtemps, il a
affirmé mordicus que les Libanais n’avaient rien à craindre car les
armes de la « résistance » ne seraient jamais dirigées vers
l’intérieur. Et puis subitement, il brandit le slogan cynique de
« l’utilisation des armes pour défendre les armes » (!), justifiant
ainsi sans vergogne le recours à son arsenal contre des factions
locales. Longtemps, il a souligné que son arsenal avait pour but de
récupérer les fermes de Chebaa et d’obtenir la libération des
prisonniers libanais détenus dans les geôles israéliennes. Mais
lorsqu’il a été sérieusement question de placer cette zone sous
l’autorité provisoire de l’ONU, en prélude au recouvrement de la
souveraineté de l’État sur cette portion du territoire, il s’est
empressé de souligner que le retrait israélien de Chebaa était « dirigé
contre la Résistance » (sic !) et qu’en tout état de cause, les armes
du Hezbollah seraient maintenues même après la libération du secteur en
question « afin de défendre la dignité des Libanais » (Trad Hamadé
dixit).


Dans les déclarations publiques des dirigeants du parti chiite, le
thème de « société résistante » est devenu récurrent, comme il ressort
notamment des propos tenus il y une dizaine de jours à Baalbeck par le
« numéro deux » du Hezbollah, Naïm Kassem. « La Résistance n’est pas un
groupe armé qui désire libérer une parcelle du territoire, a-t-il
déclaré lors de la signature d’un livre sur la « société résistante ».
La Résistance n’est pas un instrument à vocation conjoncturelle dont le
rôle s’achève lorsque le prétexte (justifiant la résistance) disparaît.
La Résistance est une vision, une ligne de conduite. Elle n’est pas
simplement une réaction militaire. L’édification de la société
résistante renforce le Liban et consolide son indépendance et sa
souveraineté de la manière que nous voulons, nous, et non comme ils
tentent de nous l’imposer. »


Ce discours soutenu et régulier sur la « société résistante », combiné
à la littérature politique du Hezbollah, ainsi que le comportement sur
le terrain à différents niveaux, illustrent une réalité amère et
indéniable que les nouveaux alliés contre nature du parti pro-iranien
peuvent de moins en moins occulter et ignorer : la formation chiite
s’emploie, suivant une dynamique pernicieuse, lente et progressive, à
imposer aux Libanais le fait accompli de la transformation du Liban en
une société guerrière engagée dans une lutte sans fin, sans horizons,
contre Israël et le monde occidental pour servir les seuls desseins
régionaux de Téhéran et les objectifs d’un projet géostratégique
supranational dans le cadre duquel le Liban ne constitue qu’un pion.


Une telle société guerrière représente la raison d’être, le fonds de
commerce, « l’oxygène » du Hezbollah. Il suffit de lire la littérature
politique et les discours publics du parti pour s’en rendre compte. Un
pays prospère, libéral, en plein essor économique, ouvert sur le monde,
respectueux du pluralisme sociopolitique et des valeurs humanistes
occidentales sonnerait le glas d’une formation comme le Hezbollah qui
ne peut survivre, se renforcer et étendre ses tentacules qu’à l’ombre
d’une paupérisation rampante… Et d’une atmosphère conflictuelle
permanente … À l’instar d’ailleurs de l’État hébreu. D’où la
convergence d’intérêts tacite et objective entre les deux parties.


À l’heure où le parti intégriste chiite déploie jour après jour sa
machine de guerre et tente d’imposer manu militari son idéologie
antioccidentale, les alliés contre nature de cette tête de pont
iranienne ont sans doute de quoi réfléchir : acceptent-ils que les
Libanais soient condamnés à vivre en permanence dans une société
guerrière pour servir les intérêts de l’aile la plus radicale de la
République islamique iranienne, alors que Palestiniens et Syriens
œuvrent d’arrache-pied pour aboutir à une paix avec Israël ?
Acceptent-ils que le Liban soit dévié par la force des armes (et,
surtout, sous l’effet de l’argent « divin ») de sa vocation historique
et traditionnelle de pays libéral, prospère, ouvert sur le monde,
soucieux du respect des pratiques démocratiques ?


Dans le contexte de l’alliance qualifiée de « stratégique » et
d’« éternelle » entre le Hezbollah et le CPL, les propos tenus
récemment par le général Michel Aoun (qui a souligné lors du dîner de
l’hôtel Habtour que les intérêts des chrétiens du Liban et ceux de
l’Occident sont désormais « divergents ») ne sont-ils pas une grave
remise en cause de l’histoire, des coutumes et des traditions
culturelles de ces mêmes chrétiens ? Cette remise en cause,
concomitante au pacte conclu avec le parti pro-iranien et faisant suite
à une récente déclaration du général Aoun qui s’est déclaré « plus
proche de Damas que de Washington » (adieu l’audition au Congrès sur le
« Syria Accountability Act » …), est d’autant plus déplorable que la
tradition chrétienne d’ouverture sur les valeurs occidentales est à la
base de la spécificité et de la raison d’être du Liban, de l’aveu même
des pays arabes et des leaders libanais musulmans, aussi bien
spirituels que temporels.


L’enjeu de la crise libanaise actuelle n’est en aucune façon d’ordre
partisan et politicien. Il est par essence de nature existentielle.
Face à l’offensive syro-iranienne et au rouleau compresseur hezbollahi,
ce sont les fondements du « Liban message » qui sont menacés. Aux
Libanais, donc, de savoir faire preuve de discernement. Et de savoir
dissocier clairement ce problème de fond des antipathies personnelles
et des sentiments revanchards, indéniablement déplacés dans le contexte
présent.

Michel TOUMA

Source: L’Orient Le Jour
Publié le 30/06/08

Une pépinière de talents au pays du Cèdre

1 mars 2008 1 commentaire
Malgré la guerre et les attentats, le Liban a exporté son expertise publicitaire dans tout le Moyen-Orient. Un savoir-faire qui vient d’être couronné par les Mena Cristal Awards, remis du 11 au 15 février dernier à Beyrouth.

Instable, voire explosive, la situation au Liban n’empêche pas l’économie et le marché publicitaire de se développer. « L’attitude des annonceurs est très dépendante des attentats et des tensions, mais certains clients refusent d’être les otages des conflits politiques », confirme Naji Irani, directeur commercial de Pressmedia, la régie qui commercialise notamment les quotidiens L’Orient- Le Jour et An Nahar.

À défaut de s’être habitué à la guerre, le Liban s’y est adapté. « Après l’arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en Égypte au milieu des années 1950, la créativité arabe s’est déplacée au Liban, et nous avons connu un âge d’or jusqu’au début de la guerre en 1975. Depuis, nous nous sommes exportés, résume Antoine Choueiri, opérateur de douze chaînes de télévision, de cinq journaux et de nombreuses radios présentes de Beyrouth à Dubai. Sur les 3 milliards de dollars nets [2,04 milliards d'euros] dépensés par les annonceurs d’Oman à Casablanca, 80 % sont gérés par des Libanais et 30 % par le groupe Choueiri », ajoute-t-il avec modestie.

Preuve du succès de la créativité publicitaire libanaise, les compétiteurs venus du pays du Cèdre ont décroché trois des sept prix des 3e Mena Cristal Awards, organisés par Christian Cappe, directeur général du Festival de pub de Méribel.

Forte culture publicitaire

Arabes de culture française et américaine, les Libanais sont souvent trilingues et savent, surtout, parfaitement se couler dans cet Orient compliqué où il ne suffit pas d’ajuster des idées simples. « Ce pays a toujours fonctionné de manière ouverte, il a une forte culture publicitaire, il est donc normal que nos voisins soient venus y chercher les hommes et les femmes dont ils ont besoin », remarque Roy Haddad, « chairman-CEO » Middle East and North Africa de JWT, qui voyage deux cents jours par an. « Dubai [l'un des Émirats arabes unis] et Riyad [la capitale de l'Arabie saoudite] ne sont qu’à deux heures de vol de Beyrouth, précise-t-il. Et dix de nos quatorze bureaux dans la région, qui regroupent quarante-deux nationalités différentes, sont dirigés par des Libanais. » Dans une agence au Caire, en Égypte, ou à Casablanca, au Maroc, « quand vous voyez un créatif à queue-de-cheval, vous pouvez être sûr qu’il est Libanais », s’amuse Hassen Zargouni, qui dirige l’institut Sigma Conseil à Tunis.

Si les Libanais sont 4 millions au pays du Cèdre, ils sont deux fois et demie plus nombreux à vivre hors du Liban. À tel point que cela commence à poser des problèmes de recrutement. Les jeunes partent nombreux dans les pays du Golfe, attirés par des salaires mirobolants et une croissance de 20 % par an. « Nous participons à un boom incroyable, s’exclame Pierre Soued, directeur général d’Euro RSCG Middle East. Les marchés des télécoms et de l’immobilier sont maintenant relayés par la communication financière et corporate. » Havas a d’ailleurs transformé l’an dernier sa participation de 10 % dans le groupe Chalhoub, le géant du luxe au Moyen-Orient, en un joint-venture à 50/50 signé pour vingt-cinq ans.

« Le Liban est un pays qui a du talent », conclut Christian Cappe, directeur général du Festival de la publicité de Méribel, qui vient d’organiser à Faraya -Mzaar, une station de sports d’hiver près de Beyrouth, la 3e édition des Mena Cristal Awards. Mena, pour Middle East North Africa, une région où les publicitaires libanais raflent nombre de récompenses, comme en témoignent les trois prix décrochés sur les sept décernés cette année.

Thierry Dussard, à Beyrouth

Publié le 28/02/2008, n°1490
Source: Stratégies

Un marché en croissance malgré la crise

À 105 millions de dollars nets (71,3 millions d’euros), en hausse de 23%, les dépenses publicitaires au Liban ont dépassé en 2007 leur niveau d’avant la guerre de juillet 2006. La télévision recueille les deux tiers des investissements, qui se répartissent en autant de chaînes que le pays compte de communautés. LBC, à capitaux chrétiens, fait figure de TF1 libanaise avec ses 55 % de part de marché (23 % si l’on inclut les 350 satellitaires). Suivent la sunnite Future TV, chaîne de la famille Hariri, NBN, la télévision du président du Parlement Nabih Berri, chiite et prosyrien, et Al Manar, créée par le Hezbollah, chiite et pro-iranien. L’affichage, lui, joue un rôle toujours important. « Nous sommes à + 18 % en 2007 par rapport à 2006 », souligne Antonio Vicenti, patron de Pikasso, numéro un de l’affichage au Liban, en Jordanie et… en Irak.

Les investissements publicitaires au Liban

Média en millions d’euros
Télévision 264,8
Affichage 52,6
Journaux 27,7
Magazines 23,1
Radio 17,1
Cinéma 2,4
Total 387,7

Source : Ipsos Stat, montants bruts en 2007.

May Chidiac: blessée mais déterminée

 
 

May Chidiac: blessée, mais déterminée

 

 

Il y a dix-huit mois, May Chidiac, journaliste vedette de la télévision libanaise, connue pour son franc-parler, est la cible d’un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. Elle y laisse une jambe et une main, mais pas son obstination. Dans son livre, Le Ciel m’attendra… (éd. Florent Massot), qui sort jeudi 8 mars, elle raconte son combat pour reprendre son métier, et surtout sa vie de femme. Interview exclusive avant son arrivée à Paris.

 

Propos recueillis par Gaëlle Rolin

lefigaro.fr/madame : À la lecture de votre ouvrage, Le Ciel m’attendra, on a l’impression qu’en tant que femme, avant l’attentat, vous vous sentiez totalement à l’abri des attaques. Pensiez-vous vraiment qu’une femme, même journaliste, ne pouvait pas être une cible ?

May Chidiac : Je le croyais, oui. Même quand on évoque la guerre civile au Liban, bien que beaucoup de femmes soient tombées sous les obus, jamais aucune n’avait été touchée personnellement aussi violemment. À aucun moment, je n’ai cru quelqu’un capable de placer des explosifs sous le siège de ma voiture. À travers moi, mes agresseurs ont voulu faire passer un message au pays : c’est le Liban tout entier qu’ils ont voulu faire taire.

Votre livre-témoignage sort le 8 mars, la Journée internationale de la femme. Selon vous, les femmes sont-elles plus difficiles à faire taire que les hommes ?

Les femmes sont beaucoup plus courageuses qu’on ne le croit. Contrairement aux hommes, elles ont rarement de conflits d’intérêts et défendent leurs causes avec tous leurs moyens. Moi, je disais tout haut ce que personne n’osait dire, pas même mes collègues masculins !

À la fin du livre, on vous sent fragilisée, et par la situation au Liban, et par la difficulté de reprendre la vie au quotidien après un tel choc. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Il y a des hauts et des bas. J’étais une femme extrêmement indépendante, et je me retrouve aujourd’hui complètement dépendante de ceux qui m’entourent. Avec une seule main, je ne peux pas enfiler ma prothèse toute seule. Je suis dépendante de l’électricité, capricieuse au Liban, pour charger ma prothèse de genou et pouvoir me tenir debout. Et si j’ai appris à accepter mon corps, c’est la partie sauvée de moi-même que je montre aux gens. L’image, dans le miroir, de ce corps qui a subi vingt et une interventions chirurgicales, est difficile à accepter. Et malgré le bonheur d’avoir repris mon métier de journaliste télé, il y a de nombreuses choses du quotidien qui me rendent la vie infernale. Et ce sont mes proches qui me supportent, dans ces moments-là, hors caméra.

Malgré cela, le souci de l’élégance revient souvent dans votre livre. Vous écrivez : « La mode m’a guérie des sacrifices de la guerre civile », vous qualifiez votre garde-robe de « garde-vie » et vous vous êtes battue avec les médecins pour pouvoir porter des talons avec votre prothèse. En quoi ces petites choses, qui peuvent sembler futiles, vous ont-elles aidée à remonter la pente ?

Elles m’ont aidée dans mon acharnement à reprendre une existence normale. Je suis une femme élégante, j’aime les talons hauts, j’aime la mode et je voulais montrer que je pouvais reprendre absolument le même rythme de vie. Comme avant, je continue à porter du rose. J’ai toujours eu des vêtements roses dans mon armoire, parce que c’est une couleur féminine et enfantine à la fois. Et ça me représente bien, parce que je me sens, encore aujourd’hui, femme jusqu’au bout des ongles, pleine de caractère et en même temps, très femme-enfant. Quand je sors, j’essaie de paraître la plus naturelle possible. Si je n’avais pas de canne, mon handicap passerait presque inaperçu ! Mon patron à la télé me dit souvent : « Si un Coréen, qui ne connaît pas ton histoire, te voit à l’écran, il ne se rend sûrement pas compte que tu as une prothèse à la place de la main ! » Être à nouveau à l’antenne, comme avant, c’est un défi que j’essaie de relever chaque jour.

La condition des femmes au Liban semble loin de vous satisfaire. Vous écrivez : « En Orient, une fille n’est pas tout à fait l’enfant qu’on attend », ou vous vous moquez du paradis vanté par les membres du Hezbollah, où l’on promet des vierges et des rivières de miel aux hommes, mais rien aux femmes ! En 2007, selon vous, sur quels terrains en particulier les femmes doivent-elles encore se battre ?

Il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de la religion. Toutes religions confondues, c’est l’homme qui assure le suivi, qui donne son nom… Au Liban, le divorce, par exemple, est interdit. Il n’y a pas de mariage civil. Pour se séparer, il faut obtenir l’annulation du mariage. Et c’est très compliqué… Je l’ai vécu moi-même en faisant annuler mon mariage, à l’âge de 20 ans. Et en cas de séparation, la femme ne peut garder ses enfants que jusqu’à l’âge de 7 ans. Ensuite, c’est le père qui obtient automatiquement leur garde. Je trouve ça scandaleux, je pense que des enfants ont besoin d’une mère pour grandir correctement. Autre exemple, en Arabie saoudite, les femmes ne peuvent passer leur permis ! Mais elles finiront par obtenir gain de cause. Même au pays des talibans, les choses évoluent. Quant au paradis du Hezbollah, on ne sait effectivement pas ce qu’il promet aux femmes, alors, une chose est sûre : nous devons trouver notre bonheur sur Terre !

Et dans le monde de la politique, la parité vous satisfait-elle ?

Au niveau politique, il n’y a pas vraiment d’égalité des sexes. Au Liban, aujourd’hui, il y a une seule femme ministre, et c’est une exception. En France, vous aurez peut-être bientôt une femme présidente, mais, pour l’instant, vous n’avez eu qu’une seule fois une femme Premier ministre ! Même un grand pays comme les États-Unis n’a jamais eu de présidente. Ça changera peut-être l’an prochain, si Hillary Clinton remporte les élections, ce qui serait une bonne chose.

Internet, vecteur de messages et de tendances, peut-il aider à cette émancipation de façon plus libre et plus large que les médias écrits et audiovisuels classiques ?

Ce n’est pas une lutte acharnée contre les hommes, dans laquelle les femmes auraient des handicaps à surmonter et devraient utiliser les médias pour mener leur bataille. D’un point de vue général, Internet a ouvert beaucoup de portes et conduit vers davantage de connaissances. Certains sites aident à comprendre le B.A BA des choses, et ça, c’est une réelle avancée. Mais si ces nouveaux médias peuvent aider à diffuser des messages, ils ne sont pas le moteur de l’émancipation des femmes. Le moteur est en nous. Le moteur, c’est nous.

Le Ciel m’attendra, de May Chidiac,
avec la collaboration d’Amal Moghaizel
(éd. Florent Massot), 18,90 €
   Sortie internationale le 8 mars  

Itinéraire d’une femme engagée

May Chidiac est « entrée en journalisme » à l’âge de 21 ans. L’expression n’est pas trop forte, compte tenu de la passion qu’elle voue à son métier et de sa volonté à l’exercer de manière intègre. À 25 ans, elle devient présentatrice du premier journal télévisé de la LBC, la principale chaîne libanaise arabophone.

À peine un an après l’attentat dont elle est victime, le 25 septembre 2005, elle reprend en juillet 2006 les rênes d’une émission politique sur la LBC, intitulée « Avec audace ». Depuis, elle présente à nouveau le journal télévisé. L’enquête sur ses agresseurs n’a, à ce jour, toujours pas donné d’éléments concrets.

May Chidiac a remporté le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillaume Cano 2006, ainsi que celui du Courage en journalisme 2006 de l’International Women’s Media Foundation.

Source: Le Figaro/Madame
Paru le lundi 5 mars 2007

Affliction et révolte lors des obsèques de deux des victimes des attentats de Aïn Alak

16 février 2007 1 commentaire
 
Affliction et révolte lors des obsèques de deux des victimes des attentats de Aïn Alak
 
Jet de pierres sur le cortège funèbre de Laurice Gemayel à Bickfaya : les Kataëb dénoncent et le PSNS dément
 
La tension continue de monter au Metn-Nord après le double attentat dans des bus de transports en commun au village de Aïn Alak mardi, qui a fait trois morts et plusieurs blessés. Hier, des témoins ont affirmé que, lors du passage du cercueil de l’une des victimes, Laurice Gemayel, dont on transportait la dépouille à son village natal de Aïn al-Touffaha, des partisans du Parti syrien national social (PSNS) ont lancé des pierres contre le cortège funèbre. L’incident a été fortement dénoncé par le parti Kataëb et démenti, plus tard dans la journée, par le PSNS.
Des témoins interrogés par la LBC ont cependant affirmé avoir essuyé des jets de pierre de la part d’individus rassemblés dans le bureau du PSNS sur la place principale de Bickfaya, assurant que ceux-ci les ont attaqués sans crier gare. « Nous étions en voiture et avons évité les pierres de justesse, explique un parent de la victime. Quand nous sommes descendus pour voir ce qui se passait, les partisans du PSNS nous ont couverts d’injures. » « Nous n’avons pas répondu parce que ce qui nous importe aujourd’hui, c’est d’enterrer nos morts, pas de nous occuper du PSNS dont nous avions oublié jusqu’à l’existence sur la place de Bickfaya, raconte un autre témoin. Mais cet irrespect envers la mort est en deçà de tout. Faut-il nous abriter avec des bâches pour passer par Bickfaya dorénavant ? »
Le bureau Kataëb de Aïn al-Touffaha confirme l’incident dans un communiqué, le qualifiant d’ « acte abject qui révèle un irrespect total envers la mort et qui va à l’encontre des règles les plus simples de moralité et d’humanité ». Et de conclure : « Même si les personnes qui suivaient le cortège funèbre ont gardé leur calme et n’ont pas réagi à ce comportement immoral, nous tenons cependant à ce que l’opinion publique en prenne connaissance et que les services de sécurité concernés mènent l’enquête nécessaire pour arrêter les agresseurs. »
Pour sa part, le PSNS a catégoriquement démenti l’incident et, en réponse au communiqué des Kataëb, a considéré que le texte était « fabriqué de toutes pièces et formé d’un tissu de calomnies, et nous le rangeons sous l’enseigne des prétextes servant de couverture à toute agression commise par des agités contre notre parti ». Le communiqué rappelle que « le siège du parti à Bickfaya a déjà été agressé par de tels éléments agités, et c’est cela que nous qualifions de comportement immoral ». Le PSNS réitère sa condamnation sans appel des attentats de mardi, soulignant que « la plupart des victimes sont affiliées au PSNS et au Courant patriotique libre alors que d’autres sont des proches du député Michel Murr, d’où le fait que l’exploitation mesquine de cette tragédie ne fera aucun bien à ceux qui la pratiquent ». Et d’ajouter : « Toutes les forces politiques et les partis devraient collaborer pour créer un environnement sain dans la région du Metn-Nord afin de couper la route aux criminels et aux fauteurs de troubles. »
Le vicaire patriarcal général, Mgr Roland Aboujaoudé, qui effectuait une tournée dans la région pour présenter ses condoléances aux familles des victimes et visiter les blessés dans les hôpitaux, a fait le commentaire suivant concernant l’incident : « C’est désolant. Les différentes parties politiques devraient laisser de côté leurs intérêts personnels en faveur de l’unité et de l’intérêt national. »

Messages du pape et du patriarche
Les obsèques de deux victimes des attentats de Aïn Alak, Laurice Gemayel, mère de famille, et Michel Attar, étudiant, ont eu lieu dans leurs villages respectifs de Aïn al-Touffaha et Beit Chaar, dans une atmosphère de douleur extrême. Mgr Aboujaoudé a présenté ses condoléances aux deux familles des martyrs, leur transmettant le message de condoléances du pape Benoît XVI (voir L’Orient-Le Jour du 15 février) et celui du patriarche maronite Nasrallah Sfeir.
À la question de savoir pourquoi, selon lui, les régions chrétiennes étaient visées par les actes terroristes, Mgr Aboujaoudé a estimé que « ce sont tous les Libanais qui sont visés, mais les attentats ont lieu malheureusement dans les régions chrétiennes et nous ne savons pas pourquoi ». Il a également rendu visite aux blessés dans les hôpitaux de Bhannès et Aboujaoudé, leur transmettant les vœux de guérison du pape et du patriarche.
Les obsèques du jeune Michel Attar ont eu lieu en l’église Saint-Michel à Beit Chaar, célébrées par Mgr Kamal Zeidane, représentant l’évêque Youssef Béchara. Le caïmacam du Metn, Marlène Haddad, représentait le Premier ministre Fouad Siniora, alors que le chef supérieur du parti Kataëb, Amine Gemayel, était représenté par son fils Sami Gemayel, et Patricia, veuve du ministre Pierre Gemayel, assassiné en novembre 2006. Le doyen de la faculté des sciences économiques et de la gestion de l’Université libanaise, deuxième branche, Samir Tannous, représentant le recteur Zouhair Chocor, a prononcé un mot aux obsèques de son étudiant, disant que « la nouvelle a eu l’effet d’une foudre » à l’université.
Même atmosphère de souffrance et d’affliction aux obsèques de Laurice Gemayel, célébrées par Mgr Nagib Hélou représentant l’évêque Youssef Béchara en l’église Saint-Georges à Aïn al-Touffaha, aidé du curé de la paroisse, le père Samir Mazloum. Les rubans blancs ornaient les rues allant du domicile de la défunte à l’église. Durant la messe, le caïmacam du Kesrouan, Raymond Hitti, représentait le Premier ministre, le président Amine Gemayel était représenté par son épouse Joyce Gemayel et le président du conseil des bureaux des Kataëb, Michel Mekattaf, et son épouse Nicole. Le responsable des Forces libanaises (FL) au Metn-Nord, Eddy Abillamah, était également présent.

 

Vendredi 16 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth 

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L’horreur une fois de plus

14 février 2007 5 commentaires
 
Trois morts et une vingtaine de blessés dans le double attentat de Aïn Alak
 
Le Metn encore une fois plongé dans l’horreur
 
 
Trois personnes ont été tuées et vingt-deux autres blessées hier dans un double attentat à Aïn Alak (Metn). Les deux explosions ont eu lieu à une heure de pointe à dix minutes d’intervalle dans des bus de transport en commun couvrant le trajet Bteghrine-Dora. Cet attentat perpétré à la veille de la deuxième commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, est le dix-huitième qui secoue le Liban depuis la tentative d’assassinat du ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004.

Des débris humains sur la chaussée, quelques flaques de sang, de la ferraille éparpillée, d’étranges billes métalliques par terre, un nombre de voitures endommagées et la carcasse de deux bus, l’un de marque Mitsubishi et l’autre de marque Kia, en travers de la route… Le Metn, théâtre de divers explosions et attentats depuis deux ans, avait rendez-vous hier, encore une fois, avec l’horreur.
Il était environ 9 heures quand une bombe a explosé dans un minibus à Aïn Alak, au niveau de la galerie el-Hajj, sur la route de Bickfaya. Dix minutes plus tard, une bombe a explosé une dizaine de mètres plus loin, dans un autre minibus. Les deux véhicules appartiennent à des particuliers et ont une capacité de 24 passagers chacun. Le premier véhicule qui a explosé, de marque Mitsubishi, appartient à Milad Gemayel, originaire de Jouar el-Khonchara, qui a échappé par miracle à l’explosion. Le deuxième appartient à Chadi Saliba, de Bteghrine, touché notamment à la tête et au bras. Selon leurs proches, les deux hommes ont l’habitude de garer leur véhicule en fin de journée devant leurs maisons respectives, à Jouar et à Bteghrine, dans ces villages perchés du Metn, où l’on pense connaître tout le monde et où l’on croit vivre en sécurité.
Les deux bus couvrent le même trajet, celui de Bteghrine-Dora, effectuant bien sûr des arrêts dans toutes les localités qu’ils traversent. Hier, leur itinéraire s’est arrêté à Aïn Alak.
Selon les premiers éléments de l’enquête, un système de télécommande actionné à distance aurait fait exploser les bombes à dix minutes d’intervalle. En ce qui concerne les deux charges explosives, diverses versions ont été avancées : il s’agirait d’importantes quantités de petites billes métalliques placées entre les sièges des deux bus, ou encore de deux valises, que deux passagers auraient transportées jusqu’aux bus. Dans la journée d’hier, une troisième version a encore été véhiculée : les charges explosives pèseraient un kilogramme et la première aurait été placée à l’intérieur du premier bus, alors que la deuxième aurait été collée à l’extérieur du deuxième véhicule.
Quoi qu’il en soit, le double attentat a fait trois morts : Laurice Gemayel, 38 ans, mère au foyer, originaire de Aïn el-Teffaha, Michel Attar, 18 ans, né à Beit el-Chaar, et dont la mère est originaire de Bickfaya, et Mahmoud Hammoud, ouvrier égyptien qui prenait le bus pour se rendre au travail dans une station d’essence de Aïn Alak.
Les blessés, dont certains ont eu les membres inférieurs amputés, sont : Wahib Murr, François Moukarzel, Raghida Abou Haidar, Elsy Sayah, Laure Maalouf, Marie Saliba, Najla Abou Haidar, Intissar Wakim, Nemré Husseini, Néemat Saliba, Brigitte Murr, Élise Murr, Brigitte Murr, Rony Francis, Mounia Chidiac, Chadi Saliba, Alain Khoury, Leila Gemayel, Takla-Nidale Achkar, Hala Mazloum, Hanné Bou Antoun, Bassam Saliba et Nicole Zaalit.

Coincés sous la ferraille
Hier vers dix heures, une heure après l’attentat, les sirènes des ambulances retentissaient toujours dans les localités du Metn. La Croix-Rouge avait déjà transporté les blessés dans les hôpitaux, notamment à l’hôpital Serhal à Rabieh et au centre hospitalier de Bhannès.
Sur les lieux de l’attentat, des hommes ramassaient encore les débris humains, des chiens de police inspectaient l’endroit et les enquêteurs avaient commencé leur travail. Hors du périmètre de sécurité, des habitants de Bickfaya et de Bteghrine cherchaient toujours leurs proches, ignorant si leurs bien-aimés étaient morts ou vivants. D’autres, témoins des attentats, étaient toujours en état de choc.
Samir était au volant quand la première explosion a eu lieu. Il se rendait au travail à Beyrouth. Il a vu le premier bus soufflé par l’explosion. Il a garé sa voiture pour aider les blessés. « Puis j’ai entendu un horrible bruit, le deuxième bus avait l’air de s’envoler. J’ai vu du sang, de la chair humaine…J’ai vu deux survivants aux jambes amputées. »
Dans une sandwicherie, à une dizaine de mètres de l’explosion, Tania, la propriétaire, n’arrive pas à retenir son émotion. « Nous avons entendu un bruit, nous avons cru que c’était l’orage… Puis il y a eu les cris de toutes ces femmes. Des cris… Nous sommes accourus… ». Ses larmes coulent. « Ce sont des gens des villages voisins, de Bickfaya, de Mrouj, de Bteghrine, et même d’ici… Dans le premier bus, il y avait beaucoup de femmes, appartenant à des confréries chrétiennes de plusieurs villages, qui se rendaient pour des activités religieuses à Antélias… C’était un carnage… Puis il y a eu la deuxième explosion et les gens ont couru dans tous les sens », raconte-t-elle.
Raïf est chauffeur de minibus, couvrant également le trajet de Bteghrine-Dora et vice versa. Au moment de la première explosion, il était à Aïn Alak, remontant de Dora. Il connaît les deux chauffeurs, Chadi Murr et Milad Gemayel. Il a aidé à évacuer les blessés. « J’ai vu des morts… mais aussi des survivants, grièvement blessés, coincés par la ferraille sur leur siège… Il y avait des gens amputés, déchiquetés… », raconte-t-il.
Dans une pharmacie voisine, deux ressortissantes sri lankaises sont toujours en état de choc. Elles sèchent leurs larmes. Elles travaillent au Liban depuis dix ans et habitent Bteghrine. Elles se rendaient à Beyrouth à bord de l’un des bus qui a explosé. Elles s’en sont sorties sans une égratignure.
Les forces de l’ordre ont bloqué, pour les besoins de l’enquête, la route principale reliant le littoral du Metn à Bickfaya, au niveau de Aïn Alak. Sur les lieux de l’attentat, les enquêteurs ont dressé une tente pour que des indices ne soient pas perdus.
Pour arriver au centre hospitalier de Bhannès, il fallait emprunter sous une pluie battante les petites rues sinueuses du Metn. Vers midi, au niveau de Beit Chabab, beaucoup de bus scolaires ramenaient les enfants de l’école. Et à Bickfaya, les rues et les magasins étaient quasi déserts.
Dans une boutique de prêt-à-porter de la localité, Rita parle de la miséricorde. « Ma fille Joy, 25 ans, prend ce bus tous les matins. Quand j’ai su qu’il y avait eu l’explosion, j’ai couru comme une folle, j’ai été la chercher parmi les blessés, elle n’y était pas…La police m’a dit d’aller dans les hôpitaux…J’ai pensé au pire. Puis je suis remontée à Bickfaya pour savoir qu’elle avait raté le bus de justesse », raconte-elle.
Dans une teinturerie de la même localité, Évelyne a les yeux pleins de larmes. « Michel Attar, le jeune homme qui est mort, est le fils de ma cousine. » « Sa maman l’a cherché durant peut-être une heure…Puis j’ai entendu les nouvelles. J’ai su qu’il avait été transporté sans vie à l’hôpital Serhal. J’ai appelé ma cousine. Que voulez-vous que je lui dise ? Tout simplement : ton fils a été retrouvé, il est blessé à l’hôpital. Je ne pouvais pas lui annoncer la nouvelle », dit-elle, la voix brisée.
L’hôpital Serhal a reçu un mort et neuf blessés, le centre hospitalier de Bhannès deux morts et treize blessés. Aux urgences, les médecins parlent des cas qu’ils ont traités. Il s’agit surtout d’amputations, de blessures aux membres inférieurs et au ventre. Beaucoup de blessés ont la chair déchiquetée et certains d’entre eux ont la peau brûlée.
En début d’après-midi, des familles attendaient encore devant les blocs opératoires de ces hôpitaux. Comme la famille de François Moukarzel, 33 ans, qui venait de monter dans l’un des bus. Responsable FL de Aïn Alak, François a eu les deux membres inférieurs touchés par l’explosion. Il est directeur d’un magasin d’articles de sport à Jal el-Dib.
Il y avait aussi la famille d’Elsy Sayah, étudiante en architecture d’intérieur à l’UL, à Furn el-Chebback.
La famille de Takla-Nidale Achkar, qui était dans le premier bus, attendait aussi. Takla, de Beit Chabab, âgée de cinquante ans, membre d’une confrérie chrétienne, allait à son cours de théologie à Antélias. Elle a perdu sa jambe gauche.
Dans les salles d’attente et les salons des hôpitaux, les proches des victimes, de divers courants politiques, dénonçaient le terrorisme, et se demandaient qui se souviendra dans quelques mois de leurs bien-aimés qui porteront à jamais dans leur corps les stigmates des explosions de Aïn Alak ou encore jusqu’à quand cette série noire se poursuivra.
D’autres citaient les dates et les événements qui ont marqué le Liban depuis exactement deux ans.
Le 14 février 2005, les hôpitaux de Beyrouth avaient reçu 17 morts, dont l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et l’ancien ministre Bassel Fleyhane, et plus de 150 blessés. Depuis exactement deux ans, le Liban a basculé dans l’horreur.

Patricia KHODER
Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Laurice et Leila devaient aller à Beyrouth en voiture…
 
Dans le hall du centre hospitalier de Bhannès, un jeune homme livide fixe le sol. Il attend sans espoir. « Ma belle-sœur avait 38 ans. Elle s’appelait Laurice Gemayel. Elle était mère de deux enfants, deux garçons âgés de 15 et de 14 ans », indique Sami Gemayel, originaire de Aïn el-Teffaha. « Laurice ne travaillait pas. Elle voulait se rendre à Beyrouth. Elle n’a pas pris sa voiture. Elle a eu peur de conduire par ce mauvais temps… Ayant peur que l’auto dérape, qu’elle fasse un accident, elle a pris le bus. »
À l’hôpital Serhal, Leila Gemayel, l’amie de Laurice, a eu beaucoup plus de chance. Elle souffre de contusions, notamment au thorax. Elle se rendait avec son amie à Beyrouth pour faire des achats.
Leila ne reçoit pas les journalistes, c’est son mari qui raconte l’histoire. Il tient le téléphone portable, à l’écran cassé, de son épouse dans la main. « Elle m’a téléphoné, m’a dit qu’il y a eu une explosion et m’a demandé de venir pour l’emmener à l’hôpital… J’ai accouru. Nous sommes de Aïn el-Teffaha. Je suis arrivé au bout de dix minutes. Leila était consciente. Laurice était à côté d’elle… sans vie. Mais durant tout ce temps, Leila secouait Laurice, lui disait de se réveiller pour qu’elle lui parle », raconte-t-il. « Je suis resté dans le bus avec ma femme pour qu’elle ne perde pas connaissance », ajoute-t-il calmement.
Puis il marque une pause, s’énerve : « Ils ne veulent pas que l’on aille à la manifestation de demain. Ils se trompent. Si ma femme va bien, nous irons ensemble tous les deux à la place des Martyrs. Vous savez, les députés du Metn Edgar Maalouf et Nabil Nicolas sont venus à l’hôpital. Nous leur avons demandé de quitter cet étage. Je fais assumer au général Michel Aoun, au PSNS (Parti syrien national social), au Hezbollah et aux Syriens, à toutes les gens du 8 Mars, la responsabilité de cet attentat. »
 

Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
 
 


Caricature tirée du journal Annahar, le mercredi 14 février 2007

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(Dans) le mur

14 février 2007 Laisser un commentaire
(Dans) le mur
 
Aïn Alak.
Qui a montré à Aïn Alak, une dix-septième fois depuis la tentative d’assassinat de Marwan Hamadé et après en avoir fait le serment devant feu Rafic Hariri, qu’il est capable de foutre le chaos au Liban si on le forçait à s’en retirer ? Qui a dit à Aïn Alak, à l’adresse des Américains : Cessez de croire qu’une solution est possible sans notre accord ? Qui fait comprendre à Aïn Alak, aux Saoudiens et aux Égyptiens (et au passage, aux Iraniens), à quelques semaines du sommet arabe : Vous ne pouvez pas continuer à nous marginaliser ? Qui a hurlé à Aïn Alak, à la face de Moussa : Nous voulons être partenaires, pas seulement exécuter ? Qui a asséné, à Aïn Alak, pour que tout le monde entende : N’essayez pas d’imposer le tribunal international via une magouille entre l’ONU et le tandem Ryad-Téhéran ? Qui a eu (très) peur, et l’a montré hier à Aïn Alak, des progrès, aussi minces soient-ils, sur la voie d’un règlement de la crise libanaise ; peur de ce comité de six qui plancherait sur les amendements du statut du tribunal ; peur de ce gouvernement de technocrates que présiderait Kassar ou Mikati, et qui se chargerait d’adopter ce statut, de faire aboutir une nouvelle loi électorale et de concrétiser Paris III ; peur de ce successeur d’Émile Lahoud qui – enfin un vrai président ! – traiterait la Syrie comme n’importe quel pays de la Ligue arabe ? Qui a compris, et a voulu naïvement et criminellement le confirmer à Aïn Alak, qu’entre Larijani et Bandar, on a sûrement tout fait pour éviter une irakisation du Liban ; qui s’est dit que c’est bien plus facile en milieu chrétien, dans un Metn plurichrétien, polychrome ? Qui a voulu absolument terroriser le Libanais en général, le chrétien en particulier, le dissuader de se déplacer un 14 février, surtout en direction du ventricule de Beyrouth – et qui a fait exploser Aïn Alak ? Qui a voulu, par le biais de Aïn Alak, rappeler, dans le sang, sa marque de fabrique, rappeler son trademark : la mort plutôt que la vie, Aïn Alak plutôt que la place des Martyrs ? Qui ne voit pas le mur sur lequel il risque de se fracasser, rassuré par sa collusion avec Israël, tout à son bonheur conjugal parce que le Golan a été, est et restera une magnifique et sereine Mer de tranquillité ?
La place des Martyrs.
La place des Martyrs est l’hypercœur de Beyrouth, là où l’on peut voir, entendre, toucher, renifler, goûter, ad vitam, les cœurs battants de Kamal Joumblatt, Béchir Gemayel, Hassan Khaled, René Moawad, Ramzi Irani, Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel ; mais aussi les cœurs battants, fauchés à Aïn Alak, de Michel Attar, de Laurice Gemayel et de l’Égyptien Mahmoud Hammoud, premiers martyrs lambdas depuis 1990, ni présidents, ni députés, ni ministres, ni militants, mais simples, si simples Libanais ou si simples étrangers qui croient encore en un Liban-Eldorado. La place des Martyrs d’où a démarré, cinq ans après l’an 2000, l’autre processus de libération du Liban. La place des Martyrs comme l’éternel placenta ; source intarissable et primitive de vie ; lieu idéal pour toutes les catharsis, tous les exorcismes ; Matrix originelle où tous les plans, tous les complots, toutes les charges explosives viennent se fracasser contre cet immanent, cet immarcescible, cet implacable I Love Life. La place des Martyrs est l’affirmation claire, nette et surtout archiaudible, par delà la porte de Fatmé, par delà Masnaa, de cet urgent je vais continuer à prendre le bus ; je vais continuer à aller à l’école, à l’université, au travail ; je vais continuer à aller au restaurant, dans les pubs, aux concerts, au cinéma, au théâtre ; continuer à faire des courses au supermarché ; je vais continuer à aller faire du sport, aux quatre coins du pays ; je vais continuer à (sou)rire ; je vais continuer à vivre même s’ils mettent une bombe à chacune de mes destinations. La place des Martyrs, aujourd’hui plus qu’hier, peut-être moins que demain, est tout sauf seulement une commémoration de deuil, une preuve de qui a la plus grosse (foule), un pleuroir où viennent se côtoyer, pour se sentir moins seules, toutes les résignations et toutes les déprimes du Liban ; la place des Martyrs est un hurlement de vie(s), un mouvement infini, un terrassement du dragon, du lion, et c’est pour ces raisons, pour bien d’autres encore, qu’ils s’y rendront en ce 14 février 2007, deux minutes, deux heures, peu importe. La place des Martyrs où, peut-être, feront-ils tomber, en invitant à venir les rejoindre les autres, ni plus ni moins libanais qu’eux, ce honteux mur derrière lequel ils stagnent depuis trois mois.
La place des Martyrs pour empêcher, ou encaisser, tous les Aïn Alak à venir.
Ziyad MAKHOUL

PS : Que celui qui a l’indécence de faire assumer la responsabilité des attentats aux forces de l’ordre et à leur pouvoir de tutelle ait le bon goût de dire aux Libanais comment il ferait pour placer des Terminator devant chaque immeuble, chaque commerce, aux côtés de chaque homme politique ; comment il ferait pour qu’ils fouillent chaque bus, chaque taxi-service, chaque recoin. Ou qu’il la boucle. Un acte terroriste comme Aïn Alak n’est pas un scandale type 5 février : il faut réellement arrêter de parler pour ne rien dire. Et prendre les Libanais pour des imbéciles.

 
Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
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Devenir Haïfa Wehbé

7 janvier 2007 3 commentaires
 
Devenir Haïfa Wehbé
 
Première semaine de 2007.
Les résolutions sont inutiles. Elles disparaissent à la moindre tentation, et des tentations, il y en a, il y en aura à la pelle. Les vœux pieux sont inutiles. Les wishful thinkings se ramasseront, en 2007, eux aussi, à… la pelle. Personne n’arrivera à faire aboyer un chat, aussi consentant que soit l’animal : la primauté de l’inné sur l’acquis est indiscutable. Il suffit de gratter un peu pour que la nature, le patrimoine génique, les intentions réelles s’exhibent ; pour que la culture, ce qui a été cultivé, assimilé bon gré mal gré s’estompent.
Première semaine de 2007.
Le système libanais a définitivement atteint ses limites. Paradoxalement, rarement la démocratie consensuelle made for Lebanon n’aura été aussi nécessaire, urgente. Ne serait-ce que pour éviter cet impossible fédéralisme que tout le monde, ou presque, commence à vouloir coûte que coûte. Tout le monde, ou presque, sait pourtant pertinemment à quel point il serait délétère de traduire par le cadastre, c’est-à-dire de confirmer ce que tout le monde, ou presque, a déjà deviné, compris : qu’un fédéralisme des esprits existe foncièrement, que la ligne de démarcation est de plus en plus nette. Il faudrait certes savoir si cet état des lieux est irrémédiable ou conjoncturel, profond ou superficiel, pérenne ou passager. Mais jusqu’à nouvel ordre, le constat est implacable : il existe aujourd’hui deux façons de voir, de concevoir, de définir et de programmer le Liban. Deux visions sinon totalement antinomiques, du moins pas (encore) complémentaires, qui risquent bien de ne pas tarder à avoir raison du… Liban.
Première semaine de 2007.
Beaucoup se demandent d’ailleurs par quel miracle ce Liban-là n’a pas encore été dissous dans ces milliards d’équations sulfuriques régionales et internationales ; par quel miracle il continue de vaciller sur ses bases sans encore s’écrouler ; par quel miracle, sinon, que ce qui centuple sa vulnérabilité et catalyse brillamment sa dégénérescence est aussi ce qui le dope, le préserve et évite la métastase : les Libanais. Condamné depuis toujours à se battre contre sa géographie et son histoire, ce pays s’est retrouvé à lutter tout autant, sinon plus, contre lui-même. C’est vrai : qui a dit que Sisyphe n’est pas heureux ? Pourquoi on ne le laisserait donc pas pourrir, crever en paix, ce pays ? Pourquoi s’entête-t-on à lui trouver une solution ? Parce qu’il a du pétrole ? Parce qu’il a des idées ? Non plus. Parce qu’il est effectivement ce modèle à même de contaminer positivement les autres, d’apaiser la région la plus volcanique du monde ? Cela se serait su depuis le temps. Parce qu’il est cette arche de Noé, cette tour de Babel primitive où sont nés, où ont grandi ensemble et où sont condamnés à vieillir ensemble le blanc et le noir, le chrétien et le musulman, le riche et le pauvre, la microjupe et le tchador, la pop et le tarab, l’ogre et la fée ? Même pas. Et pourtant, il survit.
Première semaine de 2007.
Ce serait de l’imbécillité heureuse que de demander aux uns et aux autres, ici, de mettre une croix sur leurs obédiences ou leurs références respectives à telle ou telle grande capitale ; que de demander aux grands décideurs de ne pas appréhender le Liban autrement que comme un rat de laboratoire, un ultimate cobaye. De l’imbécillité heureuse que de demander aux uns ou aux autres, ici, d’oublier leurs ambitions respectives, leurs fantasmes éternels, les fauteuils, les intérêts personnels. De l’imbécillité heureuse que de voir le Liban (enfin) placé sous mandat de l’ONU, ou alors berlinisé façon post-IIIe Reich, scindé en quatre, huit, seize secteurs, genre Little America, Paristown, Ryad-sur-mer, Persepolis, etc. Et pourtant, il faut, nécessairement, neutraliser ce pays. Qu’il devienne neutre. Qu’il se dote de cette infinie neutralité, bienveillante à l’égard de tous, mais neutre, irrémédiablement neutre. Le 19+10+1 pourrait être un (pas mauvais) départ.
Première semaine de 2007.
Avant la neutralité, pendant et après, accompagnateur éternel, condition naturelle de viabilité, de pérennité, il faut, obligatoirement, ce truc en plus. Ce truc en plus vaporisé au-dessus de tout, partout. Ce truc en plus superficiel, léger, magique, du glitter, strass au lieu de stress, garant universel, même que les 12 % de TVA seront suivis d’une augmentation des salaires. Ce truc en plus qui, depuis la guerre de juillet jusqu’à la clownerie de la place Riad el-Solh et la kyrielle d’émigrations collectives qui ont suivi, a radicalement déserté ce pays en général et sa capitale en particulier. Ce truc en plus dont l’absence a fait de Beyrouth une pseudocité terne, grise, fade, stérile, sans odeur, sans saveur, sans couleur, banale à crever, Javotte au lieu de Cendrillon. Ce petit truc en plus qui ferait qu’on n’aurait pas transformé l’hypercœur de Beyrouth, au-delà du zéro économique, en barbecue géant ; qu’on n’aurait pas fait de ce all men’s land, de ce périmètre-vitrine, de cet espace urbain pour tous, absolument tous, un terrain de jeux exclusivement réservé à une partie des Libanais, après l’avoir, c’est clair, dénaturé.
Ce truc en plus, transcommunautaire, sans lequel il n’y a pas de neutralité et qui sans neutralité ne pourrait pas être, c’est le glamour.
Ziyad MAKHOUL
Samedi 06 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth

Pétition de l’UMP pour que le Hezbollah soit qualifié d’organisation terroriste

4 janvier 2007 Laisser un commentaire
 
Pétition de l’UMP pour que le Hezbollah soit qualifié d’organisation terroriste
 
Deux députés français de l’UMP (droite), Claude Goasguen (Paris) et Dominique Tian (Bouches-du-Rhône), ont lancé une pétition auprès des parlementaires de leur parti pour que la France propose l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes lors d’un prochain Conseil de l’Union européenne, a-t-on appris hier.
Lancée le 22 décembre, cette pétition a pour l’instant reçu « une petite cinquantaine de réponses », selon les services de M. Goasguen.
Dans ce texte, dont une copie a été adressée à l’AFP, les signataires demandent au président Jacques Chirac de prendre cette initiative car « il faut être clair et admettre que le Hezbollah est à l’origine de multiples attentats, prises d’otages, trafic d’armes ».
« Suite aux attentats du 11 septembre 2001, la communauté internationale a décidé de créer des listes d’organisations terroristes, et de nombreux États ont inscrit le Hezbollah sur cette liste », rappellent les auteurs de la pétition.
« L’Union européenne, divisée, a refusé d’inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, en grande partie à cause du refus de la France », ajoutent-ils.
Ils rappellent aussi que « le Parlement européen a adopté le 10 mars 2005 une résolution, qui constate l’existence de preuves irréfutables de l’action terroriste du Hezbollah ».
 

Jeudi 04 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth

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Sous les jupes des filles à Dubai

18 novembre 2006 Laisser un commentaire
 
Six mois de prison pour un Britannique qui a filmé sous les jupes des filles à Dubaï
 
Un Britannique vivant à Dubaï a été condamné à 6 mois de prison puis à être expulsé pour avoir discrètement filmé sous les jupes des femmes dans un supermarché. Le prévenu, âgé de 34 ans, avait été arrêté le 8 août après avoir été surpris en train de filmer sous les jupes d’une jeune fille de 14 ans alors qu’elle faisait des courses dans un supermarché de Dubaï. Un employé émirati a expliqué à la police l’avoir vu « utiliser une caméra pour filmer sous la jupe d’une jeune fille ». Puis, le Britannique, un directeur général, avait été accusé d’avoir « violé l’intimité d’un certain nombre de femmes en minijupe en utilisant une caméra numérique pour les filmer ». Le Britannique, qui avait initialement reconnu les faits qui lui sont reprochés avant de plaider non coupable, peut faire appel du jugement rendu jeudi par un tribunal de Dubaï. La presse avait rapporté que l’homme fixait sa caméra au bas des chariots du supermarché.
 
Samedi 18 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
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