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Fassouh, ou comment mourir pour être secouru

Les secours à l’œuvre pour retirer désormais des corps sans vie.
- 27 morts déjà recensés et le bilan va s’alourdir
- L’État alloue 30 millions de LL pour reloger chaque famille
- Mikati forme une commission pour déterminer les responsabilités
- De nombreux immeubles signalés comme dangereux à Beyrouth
Le drame d’Achrafieh domine les travaux du gouvernement, qui cherche à en tirer toutes les leçons

Le Conseil des ministres à l’ouverture des travaux.
Par Fady NOUN | 17/01/2012 - CONSEIL DES MINISTRES Le drame d’Achrafieh a dominé tous les autres points inscrits hier à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Le gouvernement a décidé d’octroyer, par le truchement du Haut Comité des secours, une aide d’urgence de 30 millions de livres à toutes les familles touchées par ce drame, qu’elles soient libanaises ou étrangères. Des logements provisoires seront également trouvés pour les familles qui ont perdu leur logement et pour celles de l’immeuble attenant évacué. Enfin, une commission présidée par le ministre de l’Intérieur, et comprenant le conseiller technique du Premier ministre ainsi que des ministres et des membres du conseil municipal, a été chargée de déterminer les responsabilités de l’effondrement de l’édifice et de déterminer les mesures préventives destinées à empêcher de nouveaux drames de ce type. Les mesures décidées seront appliquées dès aujourd’hui.
Sur un autre plan, des sept points d’un programme de développement touristique présenté par M. Fadi Abboud, six ont été approuvés, et le septième, qui porte sur le renouvellement du contrat d’exploitation de la grotte de Jeïta, a été confié à une commission interministérielle présidée par le chef du gouvernement. Ce passage obligé par le gouvernement a été décidé du fait que les deux précédents renouvellements du contrat d’exploitation, en 1997 et en 2007, ne sont pas passés par le Conseil des ministres.
Les festivals
Sur le plan touristique, il a été décidé que l’État participera à hauteur du tiers aux budgets des grands festivals internationaux qui se tiennent au Liban, avec un plafond d’un milliard de livres. En outre, il a été décidé qu’une société privée offrira ses services aux voyageurs transitant par l’aéroport de Beyrouth. Par ailleurs, le gouvernement a approuvé la mise en service de l’aéroport René Moawad (Nord), qui sera habilité par le ministère des Travaux publics, en attendant que l’armée accorde son autorisation à l’exploitation civile de l’aéroport de Rayack.
Sur un autre plan, le gouvernement a approuvé la généralisation de l’octroi de lignes portables à tous les ministères, alors que jusqu’à présent, seuls certains départements ministériels en jouissaient.
Avances du Trésor
En outre, le gouvernement, qui n’a pu examiner le projet de budget comme il était prévu, en raison de l’urgence du moment, a de nouveau examiné la possibilité de financer le fonctionnement de l’administration avec des avances du Trésor. Il est apparu cependant que les dépenses sur la base du douzième provisoire du budget de 2005 (dernier en date des budgets approuvés) étaient insuffisantes. Le gouvernement a donc constaté qu’il n’avait d’autre choix que d’approuver un projet de loi prévoyant une avance colossale de 8 900 milliards de livres au gouvernement, un chiffre qui doit encore être voté par la Chambre. Ce qui sera fait dans les plus brefs délais, après l’ouverture d’une session extraordinaire de la Chambre, dans un délai de dix jours.
Le gouvernement a décidé par ailleurs de se retrouver demain et d’examiner le projet de rajustement des salaires revu et corrigé par le ministre du Travail, Charbel Nahas. Ce dernier a fait mine d’être étonné de ce que l’accord conclu de gré à gré entre le patronat et les syndicats n’ait pas encore été appliqué, puisqu’il convient aux deux parties.
Le président de l’Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas, a déploré qu’une fois de plus la politique s’en mêle et fait sauter les salaires de l’ordre du jour du Conseil des ministres.
Dans le compte-rendu officiel des travaux du gouvernement, on apprenait que le chef de l’État a jugé très regrettable le drame d’Achrafieh, et a demandé qu’il serve de leçon. Une minute de silence a ensuite été observée à la mémoire des victimes.
Sur un autre plan, le chef de l’État a informé le gouvernement de la teneur de ses entretiens avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qu’il a rassuré sur la volonté du Liban de respecter la résolution 1701 de l’ONU, en dépit des violations israéliennes.
Par ailleurs, M. Sleiman a affirmé que le secrétaire général de l’ONU l’a averti que l’exploitation des richesses pétrolières sous-marines du Liban pouvait se heurter à des empêchements et être un sujet de friction avec Israël. Cette exploitation, a-t-il dit, doit donc se faire de préférence sous l’égide et en coordination avec l’ONU.
Fassouh recense déjà 27 tués et le bilan va certainement s’alourdir

Un secouriste fouillant les décombres.
Par Patricia KHODER | 17/01/2012 - CATASTROPHE Il faut du temps pour que les familles qui vivaient dans l’immeuble qui s’est effondré dimanche soir à Fassouh puissent panser leurs blessures. Le drame n’a même pas épargné des ouvriers étrangers, soudanais, égyptiens et philippins, venus au Liban dans l’espoir d’assurer une vie meilleure à leurs familles restées au pays.
La Défense civile a continué hier à dégager les décombres de l’immeuble de Fassouh, ne retrouvant aucun nouveau survivant. Jusque tard en soirée, 27 corps sans vie ont été transportés dans les morgues des hôpitaux Saint-Georges et Jeitaoui, à Achrafieh, ainsi qu’à l’hôpital universitaire Rafic Hariri. Neuf personnes sont toujours portées disparues. Dimanche soir, douze personnes blessées et deux corps sans vie avaient été dégagés des décombres.
La rue Mgr Atallah, qui relie l’avenue Charles Malek au secteur Sassine, était toujours coupée à la circulation. Les membres de la Défense civile, avec des pelleteuses et des bulldozers, déblayaient les décombres sans aucun espoir de retrouver des survivants. C’est que l’immeuble s’est effondré comme un château de cartes et des pans de murs entiers ont rapidement été réduits en poussière.
À l’hôpital Jeitaoui tout comme à l’hôpital Saint-Georges, le personnel parle avec beaucoup d’émotion des blessés accueillis et des cadavres transportés à la morgue. L’hôpital Jeitaoui a traité deux blessés soudanais : Balaka Abkar Abdallah Adam et al-Saddik Yéhia Idriss Atallah. Une autre personne de la même nationalité Ahmad Mehdi Ishak est décédée.
Le corps de ressortissants égyptiens et philippins ont également été retrouvés sous les décombres. Ces ouvriers étrangers, qui quittent leurs familles espérant leur assurer un meilleur avenir, payaient 350 dollars de loyer par mois et par appartement. Le propriétaire de l’immeuble, Michel Saadé, refusait depuis de long mois de percevoir le loyer des locataires libanais, une façon de les pousser à partir.
Jacques Géara, 33 ans, qui occupait l’un des appartements avec son père et sa mère, est soigné à l’hôpital Jeitaoui. Il souffre de blessures à la tête et de diverses contusions. Le corps de son père Joseph a été retrouvé, sans vie, sous les décombres. Sa mère, qui ne se trouvait pas à la maison au moment du drame, a miraculeusement survécu.
Charlie Ba’lé, la quarantaine, travaillait au journal à al-Bairaq, à Achrafieh, avant la fermeture du quotidien l’été dernier. Charlie vivait avec sa mère Éva, libanaise, et son père, Farah, jordanien et son fils sourd-muet, Leyth,18 ans. Ils occupaient un appartement du 4e étage. Au moment du drame, Charlie ne se trouvait pas à la maison. Il venait de déposer sa famille devant l’immeuble. Il a été prévenu de la catastrophe par un ami. Éva était couturière. Sa vieille machine à coudre a été retrouvée. Alice et Maroun Saad, un couple du troisième âge vivant sans ses enfants, a également péri sous les décombres. Le corps sans vie de Jeannette Bou Serhal, une femme qui habitait l’un des étages inférieurs de l’immeuble, a également été retrouvé. L’hôpital Saint-Georges a reçu hier cinq nouveaux blessés, dont une ressortissante philippine, Rose-Marie Bulaong, qui a quitté rapidement l’hôpital. Trois corps reposent à la morgue de l’établissement : ceux de Adam Abi Abdallah et Ali Adam Adel-Rahmane, ressortissants soudanais, et d’Anne-Marie Abdelkarim, âgée de 16 ans.
Albert et Thérèse
Khaled Adam, responsable de la communauté soudanaise au Liban, effectue avec une petite délégation la tournée des hôpitaux. Il précise que cinq morts ont été également transportés à la morgue de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri.
« Nous travaillons conjointement avec l’ambassade du Soudan. Jusqu’à présent, nous ne sommes pas encore sûrs du nombre de nos ressortissants qui se trouvaient dans l’immeuble. Ils seraient entre 17 et 19 personnes. Dimanche est un jour de congé et les ouvriers se rassemblent dans l’iimmeuble », dit-il.
Parmi les blessés transportés à l’hôpital orthodoxe, Albert Yazbek, âgé de 77 ans. Il habite au sixième étage de l’immeuble depuis trente ans. Albert vivait avec sa compagne Thérèse, 62 ans, dont le corps a été retrouvé malheureusement sans vie dès le matin. Ils n’avaient pas d’enfants. Il ne sait pas qu’il ne la reverra plus. « Avez-vous visité d’autres hôpitaux ? Avez-vous vu Thérèse ? Elle regardait la télévision quand l’immeuble s’est effondré », dit-il, interrogateur, à tous ceux qui viennent lui rendre visite. Albert est blessé au visage et aux bras. Il raconte son après-midi du dimanche. « Ma voisine, Aïda Abdelkarim, est venue prendre le café chez nous. J’ai ensuite décidé d’aller à l’église Saydeh pour prier. J’étais en pyjama et il pleuvait. J’ai donc changé d’avis et je me suis contenté de descendre au bas de l’immeuble pour allumer deux bougies devant la niche votive qui abrite des icônes de plusieurs saints avant de regagner mon appartement. Je n’ai même pas eu le temps de m’asseoir quand j’ai senti comme un tremblement de terre et je me suis effondré en même temps que les murs de l’immeuble. Grâce à Dieu, les secours m’ont retrouvé au bout d’une heure », indique-t-il.
La famille Abdelkarim
Le salon du huitième étage de l’hôpital orthodoxe est noir de monde. Ici se trouve la famille Abdelkarim qui compte trois blessés : la grand-mère Aïda, les enfants Anthony, 27 ans, et Antonella, 16 ans. La sœur jumelle d’Antonella, Anne-Marie, elle, a péri dans le drame.
Élie Abdelkarim, la quarantaine, a quitté avec son épouse, Vola, l’appartement du cinquième étage qu’il habite avec sa mère et ses trois enfants, quelques dizaines de minutes avant le drame. Élie a été longtemps directeur d’un supermarché. Mais depuis quelque temps, il travaillait à son propre compte dans le domaine de la vente. Son épouse est vendeuse dans un luxueux magasin de l’ABC. Pour que sa femme ne marche pas sous la pluie torrentielle, dimanche soir, Élie est sorti la déposer sur son lieu de travail. Le temps de regagner son domicile, l’immeuble s’était déjà effondré.
Nicolas et Adib sont âgés chacun d’une vingtaine d’années ; ils sont venus avec d’autres jeunes gens et jeunes filles manifester leur solidarité à la famille Abdelkarim. La plupart d’entre eux sont des élèves de l’école Zahret al-Ihsan où Antonella et Anne-Marie suivent leurs études. Ils connaissent aussi les deux jeunes filles à travers les activités auxquelles elles participent dans le cadre de la paroisse de Notre-Dame, al-Saydeh, à Achrafieh.
Les deux jeunes hommes indiquent qu’Anne-Marie « jouait au basket-ball et se rendait souvent au club Hoops pour pratiquer sa discipline favorite ; elle aimait aussi le foot et était fan de la squadra azzura. Elle était pleine de vie. Nous la voyons tous les samedis après-midi à l’église et pour la messe du dimanche, bien sûr. Nous préparions les activités des jeunes de la paroisse ». Antonella et Antony, ainsi que leur grand-mère Aïda, ne savent pas qu’Anne-Marie est décédée.
Aïda Abdelkarim, la mère d’Élie, est âgée de 76 ans. Malgré ses blessures au visage et à la tête, elle ne fait pas son âge.
« Je vis dans cet immeuble depuis 50 ans. Il est construit sur six étages, sans compter le rez-de-chaussée et il compte 15 appartements. Mon fils s’est marié et a habité avec moi. J’étais sur le palier quand l’immeuble s’est effondré. Ma petite-fille Anne-Marie était en train d’étudier au salon, Antonella et Anthony dormaient dans la chambre. C’était comme un tremblement de terre… puis j’ai été transportée à l’hôpital », raconte-t-elle.
« J’étais chez mes voisins, les Géara, il y a quelque temps, et j’ai croisé le propriétaire de l’immeuble Michel Saadé. Il nous a dit sur un ton de défi : vous allez voir, l’immeuble va s’écrouler. Mais il ne nous a jamais mis réellement en garde », dit-elle.
Immeubles évacués
Dans l’après-midi d’hier, sur les lieux du drame, des familles attendaient encore que des corps soient retirés des décombres.
C’est le cas de Gladys Naïm Farhat dont les trois frères, Farhat, Charbel et Jihad, âgés entre 22 et 32 ans, et le père Tannous, 78 ans, ont péri sous les décombres. La jeune fille et sa mère Jeanne d’Arc avaient quitté l’immeuble quelques instants avant son effondrement. Ses frères aidaient leur père handicapé à quitter les lieux en le transportant sur une chaise. On a l’impression que Gladys n’a pas quitté les lieux depuis l’effondrement de l’immeuble. Plusieurs membres de la famille se relaient auprès d’elle et attendent…
Élie, son oncle maternel, raconte : « Ma sœur, Jeanne d’Arc, a trois garçons et quatre filles. Maintenant, elle se repose chez l’une d’elles qui habite aussi Achrafieh. » Évoquant ses neveux décédés, il indique : « Jihad venait de commencer un nouveau métier, celui de policier municipal à Achrafieh ; Farhat, lui, venait de se faire opérer à la jambe, il était au chômage et Charbel était garçon coiffeur à Badaro. »
Deux vieux immeubles situés à côté du bâtiment sinistré ont été évacués par précaution. Hier, certains de leurs habitants transportaient des couvertures et quelques vêtements pour habiter chez des proches… en attendant des jours plus cléments.
L’enquête démarre, Mikati forme une commission d’experts
Les investigations sur l’effondrement de l’immeuble de Fassouh ont démarré. Une enquête sur les causes de l’effondrement a été ouverte à la demande du parquet général près la cour d’appel de Beyrouth. Pour le moment, le président du parquet, Georges Karam, puise se informations préliminaires auprès des services qui participent aux opérations de secours ; le magistrat a par ailleurs visité les lieux du drame et rendu visite à certains des survivants du drame, dont il a recueilli les dépositions. Par contre, il n’avait toujours pas interrogé hier le propriétaire de l’immeuble, Michel Saadé, qui est arrêté depuis dimanche.
Le ministre de la Justice, Chakib Cortbawi, a promis hier que le ministère « fera son devoir sans délai », et a promis de veiller personnellement à ce que l’enquête sur l’effondrement de l’immeuble suive rapidement son cours.
Le parquet et le juge d’instruction qui prendra en charge l’enquête pourront bénéficier des conclusions de deux commissions créées hier respectivement par le Premier ministre et le ministre des Travaux publics.
M. Mikati a décidé en effet de créer une commission d’experts qui sera coiffée par son conseiller aux affaires techniques, Claude Massaad. La commission comprendra des représentants des ministères des Travaux publics et de l’Intérieur, d’un représentant de la municipalité de Beyrouth et d’un autre de l’ordre des ingénieurs. Elle sera chargée de déterminer les causes directes de l’effondrement du bâtiment, de faire des propositions valables pour tous les anciens édifices et devra remettre son rapport dans quinze jours.
Par ailleurs, le ministre des TP, Ghazi Aridi, a chargé la Direction générale de l’urbanisme de préparer un rapport circonstancié sur l’immeuble qui s’est effondré (date de construction, matériaux utilisés, étages ajoutés, etc).
Arrêtez de transformer la ville
Par Patricia KHODER | 17/01/2012 - Un immeuble s’effronde à Achrafieh, faisant une trentaine de victimes. L’histoire est une histoire de cupidité et de négligence, de plus en plus fréquente à Beyrouth où le prix de l’immobilier a flambé il y a quelques années. Mais c’est la première fois que l’on atteint un tel drame.
Les faits et les circonstances ayant précédé l’effondrement du bâtiment de Fassouh sont communs à d’autres cas d’immeubles situés dans divers secteurs de la ville : Achrafieh, Fassouh, Gemmayzé, Saydeh, Sassine, Monnot, Mar Mikhaël, Ras el-Nabeh, Basta, Mousseitbé et Ras Beyrouth.
Au cours des cinq dernières années, le prix de l’immobilier a quadruplé à Beyrouth. Les propriétaires des vieux immeubles voulant vendre leur propriété ou les nouveaux acquéreurs de ces bâtiments qui ont pour but de les détruire pour les remplacer par des immeubles plus élevés, abritant des appartements plus petits et plus modernes, ne savent plus comment faire pour se débarrasser des anciens locataires… Dans ce cadre, dans les immeubles fraîchement acquis par les promoteurs immobiliers, chaque ancien locataire a une histoire à raconter.
Dimanche soir, peu après l’écroulement de l’immeuble de Fassouh, on a vu le vrai Beyrouth dans la rue.
Des jeunes hommes et des jeunes filles sont venus s’enquérir de leurs camarades de classe qui fréquentaient avec eux l’école du quartier. Des parents habitant à deux pas ont accouru aux nouvelles. Des voisins ayant vécu plusieurs dizaines d’années ensemble, et se connaissant depuis des générations, étaient effondrés.
Il y a ceux qui ne connaissent pas Beyrouth et il y a ceux qui veulent peut-être oublier. Il faut se souvenir pourtant du fait que plusieurs secteurs de la capitale, notamment à Achrafieh, ne sont autres que de petits villages, où voisins et parents vivent côte à côte préservant leurs us et coutumes.
Beaucoup ont oublié aussi que la plupart des secteurs d’Achrafieh abritent des familles appartenant à la classe moyenne et à la classe ouvrière, que la ville ne se résume pas aux rues Sursock, Abdel Wahab el-Inglizi et à quelques tours de la place Sassine et du secteur de l’Hôtel-Dieu. Ces familles ne peuvent plus acheter, voire louer des appartements dans les quartiers desquels elles sont originaires.
À la lumière d’une telle réalité sociologique et de la tragédie de Fassouh, un impératif s’impose : il faut, certes, trouver une solution au problème des immeubles anciens qui ne sont plus habitables ; mais cette solution ne réside pas dans la construction de grandes tours luxueuses dont l’édification aboutit à déplacer les habitants ancestraux des vieux quartiers d’Achrafieh qui ne sont pas en mesure d’acquérir des appartements onéreux et qui se trouvent par conséquent contraints de quitter les quartiers où eux, leurs parents, leurs ancêtres, leurs amis ont grandi. La solution consisterait plutôt à réhabiliter les anciens bâtiments ou, à défaut, à construire des logements conservant le cachet de la région et qui puissent être acquis par les habitants des quartiers.
Il est déplorable de constater qu’à Beyrouth, on s’obstine à transformer la ville, en saccageant ses vieux bâtiments, en modifiant son paysage urbain, en détruisant son tissu social, en délogeant ses véritables habitants… Et parfois le coût de la cupidité est horriblement trop élevé.
Qui est donc chargé d’inspecter les bâtiments vétustes des grandes villes ?

Les bâtiments anciens, non dotés de béton armé, doivent être entretenus pour éviter les risques d’effondrement.
Par Suzanne BAAKLINI | 17/01/2012 - SÉCURITÉ DES BÂTIMENTS Le drame de Fassouh a rouvert le débat sur l’inspection et le contrôle des constructions, anciennes et neuves, et sur la création d’une cellule nationale de gestion des catastrophes.
Une fois de plus, au Liban, il aura fallu attendre la catastrophe pour ouvrir les vrais débats. L’effondrement d’un immeuble à Fassouh, Achrafieh, dans la soirée de dimanche, et la mort de dizaines de personnes piégées dans les décombres, a relancé la question du contrôle à effectuer sur les anciennes bâtisses, comme celui à exercer préalablement sur les nouvelles constructions. Dans une déclaration télévisée, le député Mohammad Kabbani, président de la commission des Travaux publics et des Transports, a même estimé que 20 % des bâtiments de Beyrouth seraient menacés en cas de séisme.
D’autre part, le cafouillage observé lors des premières heures de sauvetage, malgré les efforts prodigués par la Défense civile, a ramené sur le tapis la question de la gestion des catastrophes et la nécessité de la création d’une institution unique pour présider aux efforts de sauvetage.
Pour discuter de l’urgence de ces deux points, la commission des Travaux publics a tenu une réunion extraordinaire hier pour discuter de la catastrophe de Fassouh, présidée par le député Kabbani, en présence de plusieurs représentants d’institutions concernées. Kabbani a déclaré, à l’issue de la réunion, qu’il allait présenter dans les deux semaines qui suivent une loi à caractère de double urgence pour la création d’une cellule de gestion des catastrophes, dont il revendique lui-même la nécessité depuis plus de dix ans. « Dès qu’on ouvre ce sujet, on nous ramène au Haut Comité de secours, or celui-ci est chargé de l’indemnisation des victimes et leurs familles, pas de la planification pour faire face aux catastrophes », s’est-il écrié. À une question de L’Orient-Le Jour sur les chances que cette loi soit adoptée bientôt, le député a estimé que « cette catastrophe a marqué ces esprits, le Parlement sera probablement motivé pour franchir ce pas ».
Le député a également promis de suivre l’affaire du projet de décret exécutif pour la création de bureaux de contrôle chargés de la sécurité publique. Abordant le sujet des responsabilités, il a rappelé que celle de l’entretien du bâtiment incombe aux propriétaires non aux municipalités, mais il a quand même demandé à celles-ci de faire une inspection des bâtiments vétustes.
C’est également ce qu’a martelé hier le président du conseil municipal de Beyrouth, Bilal Hamad, au cours d’une conférence de presse. « Ce n’est pas la municipalité qui est responsable de l’état des bâtiments, mais les propriétaires, a-t-il dit. Les citoyens devraient signaler n’importe quel signe de délabrement dans les immeubles qu’ils habitent. Nous serons alors habilités à mener une inspection du bâtiment en question. »
Il a dit que suite à cette catastrophe, le conseil municipal cherche à établir un mécanisme qui lui permette d’inspecter systématiquement les anciens bâtiments à risque, sachant que la loi ne lui accorde pas cette prérogative à la base.
Durée de vie et entretien
Pour Élie Bsaibès, président de l’ordre des ingénieurs, « c’est aux municipalités d’effectuer des inspections sur les bâtiments menacés, et si elles ne peuvent le faire, des bureaux spécialisés doivent être chargés de cette mission ». Interrogé par L’Orient-Le Jour sur ce drame, il a déploré que toutes les grandes villes, et pas seulement Beyrouth, comportent un grand nombre de bâtiments vétustes non entretenus. « Les bâtiments, comme les êtres, ont une durée de vie, explique-t-il. À partir d’un certain âge, il faut les entretenir. Il y a certainement eu des signes avant-coureurs dans le cas de l’effondrement de Fassouh et il aurait fallu alerter les autorités concernées. »
Selon Bsaibès, la surveillance doit être opérée autant sur les nouveaux que sur les anciens bâtiments, notamment pour l’application des lois de construction antisismique. Que fait l’ordre à ce niveau ? « En tant qu’ordre, nous ne sommes pas responsables de l’adoption des lois, nous les appliquons, répond-il. La sécurité du bâtiment est notre préoccupation depuis des dizaines d’années, et c’est ce qui a permis d’éviter le pire jusque-là. Pour ce qui est de la responsabilité, elle est partagée. Les ingénieurs qui ont construit les anciens bâtiments ne sont plus responsables de leur vétusté. Pour ce qui est des nouveaux, nous avons un droit de regard sur les plans, mais plus aucun rôle au niveau de l’exécution. »
L’ingénieur lance un cri d’alarme : « En cas de tremblement de terre, beaucoup de bâtiments sont menacés. Il est très important de renforcer les bâtiments de l’État, qui ont le potentiel de contenir un grand nombre de personnes et qui doivent être opérationnels en cas de catastrophe, comme les hôpitaux et autres. »
Surtout, selon Bsaibès, « il ne faut pas oublier cette affaire une fois que les décombres seront déblayées, il faut que le message soit constamment répété, notamment par les médias ».
Est-ce que la vétusté du bâtiment est la seule cause de l’effondrement de l’immeuble de Fassouh ? Une commission d’enquête a été chargée par le Conseil des ministres pour apporter des réponses claires au drame. Dans des propos publiés sur le site Internet de L’Orient-Le Jour, Élias Tawil, Directeur général de l’urbanisme, explique que dans tous les immeubles des années 20, 30 et 40, le béton armé n’est pas à la base des techniques de construction. « Tous les anciens immeubles font donc l’objet de doutes, dit-il. Pire, ce sont des bombes à retardement. En outre, si cet énorme risque existe à l’état statique, les facteurs à effets mécaniques, comme les séismes, ne feraient qu’envenimer la situation. »
Comme pour faire écho à ses paroles, une information sur un immeuble abritant plus d’une soixantaine de familles à Mousseitbé (également à Beyrouth), gravement menacé d’effondrement, a été révélée dans les médias. Serait-ce une loi des séries ?
D’autres évoquent des facteurs supplémentaires, comme le chantier avoisinant, par exemple. D’autres encore soulèvent le problème des caractéristiques naturelles du sol. L’ingénieur Gilbert el-Kareh, dans un message adressé à L’Orient-Le Jour, parle « du type et des dimensions des fondations, des piliers et des poutres, ainsi que les charges admissibles sur l’assise », compte tenu de la vulnérabilité du sol sur lequel le bâtiment est situé. « Or, justement, dit-il, la zone dite de Fassouh se trouve à l’extrémité orientale d’une langue de “terres rouges sableuses” qui s’est épanchée sur Achrafieh avant le soulèvement de la colline. Ces sédiments, échantillonnés en février 1989, avant l’achèvement de l’autoroute en bordure, paraissaient non consolidés en surface. »
Il recommande « de vérifier lesdites caractéristiques jusqu’à un kilomètre à l’ouest de l’immeuble sinistré, et sur une profondeur d’environ 250 mètres de part et d’autre de l’immeuble ». « Un programme de surveillance ultérieure devrait être établi en fonction des constatations », conclut-il.
Source : L’Orient Le Jour
Quand l’horreur est justifiée par l’ignorance…
27/04/2011
Dans un communiqué publié hier, les FSI ont annoncé l’arrestation de deux hommes, un Libanais et un Syrien, qui ont avoué avoir perpétré le double meurtre de Dany Assaf et de sa mère, Artouhie Janbézian, à Sin el-Fil, le jeudi 21 avril.
Pour rappeler les faits, les deux corps ont été retrouvés dans l’appartement qu’ils occupaient, égorgés, portant des traces de nombreux coups de poignard.
Au cours de leur interrogatoire, les deux criminels ont avoué avoir reçu des amulettes de feu Dany Assaf, qui exerçait, semble-t-il, le métier de magicien, gourou ou prestidigitateur.
Les deux hommes attendaient que leur fortune change du tout au tout grâce aux amulettes, mais la réalité n’obéissant pas à la magie, les deux malheureux ont vu leur situation aller de mal en pis à tous les niveaux.
Pour punir le pauvre magicien, les deux coupables ont avoué avoir décidé de le tuer, mais ayant été découverts en flagrant délit par sa mère, alertée par les cris de son fils, ils se sont vu obligés de la tuer aussi, avant de fuir par la porte arrière de l’appartement à bord d’une moto.
L’enquête est toujours en cours.
Source: L’Orient Le Jour
Koura : une adolescente de 16 ans disparaît, probablement kidnappée…
26/11/2010
C’est la MTV qui a révélé l’affaire hier : cela fait 48 heures que Mélissa Kozma, 16 ans, a disparu du domicile familial de Kfaraa’a dans le caza du Koura.
En réalité, tout porte à croire que l’adolescente, qui étudie à l’école d’infirmières de Zghorta, a été kidnappée. Selon ses camarades, cela faisait plusieurs jours qu’elle était noyée de menaces téléphoniques par un inconnu qui l’a forcée, mercredi midi, à quitter son école.
Ses proches racontent que pour l’obliger à les suivre, les kidnappeurs ont assuré qu’ils tueront ses parents. Une amie à elle lui a proposé de parler aux inconnus qui la harcelaient, elle a refusé : « Je ne veux pas qu’ils te fassent du tort », lui a-t-elle dit. « Elle avait constamment son téléphone avec elle, aux toilettes, dans son lit, partout. Il ne faut vraiment pas qu’elle tarde à revenir à la maison, sinon nous finirons tous à l’hôpital psychiatrique », martèle l’une de ses parentes.
Depuis la disparition de la jeune Mélissa, la maison familiale ne désemplit pas. Les rumeurs selon lesquelles elle a suivi de son plein gré un ancien copain ont vite été balayées. Selon la MTV, elle a été bel et bien kidnappée après avoir été suivie durant plusieurs jours et l’adolescente ne serait plus au Liban-Nord, mais quelque part dans la circonscription du Mont-Liban.
Une autre de ses parentes raconte : « Nous avons supplié ses amis à l’école de nous parler, nous les avons exhortés à se mettre à notre place, à imaginer que c’est l’une de leurs sœurs qui a été enlevée. Ils nous ont dit que Mélissa était constamment terrifiée depuis quelques jours, et quand ils la suppliaient de raconter à ses parents, elle secouait la tête et répétait qu’ils la tueraient. Ses amis lui conseillaient de jeter le téléphone, de ne plus répondre aux appels, elle disait qu’elle n’osait pas. Mercredi midi, ils l’ont vue monter dans une voiture avec une femme et un adulte qui conduisait, et ils assurent qu’elle était montée avec eux la veille… »
Pour la famille Kozma, très croyante, il n’y a que Dieu qui pourrait leur ramener la jeune Mélissa. Ou les forces de sécurité, qu’ils ont suppliées de tout faire pour leur rendre leur « petite fille ».
Source: L’Orient Le Jour
Patricia Gemayel : Pierre a laissé un immense vide et de très beaux souvenirs
22/11/2010
Dans un entretien avec le site Now Lebanon, l’épouse du ministre et député assassiné Pierre Gemayel, Patricia, a indiqué que « Pierre a laissé à sa famille un immense vide et de très beaux souvenirs. Il remplissait bien sa place d’époux et de père. Ses enfants Amine et Alexandre étaient petits quand il est parti et son départ a laissé dans leur cœur un vide immense ». « Il me manque à chaque instant. J’aurais aimé qu’il reste avec nous. Nous ne savons pas comment continuer sans lui. Mais nous trouverons les moyens d’aller de l’avant », a-t-elle ajouté.
Mme Gemayel a souligné que « Pierre lui a laissé une énorme responsabilité, celle de donner la meilleure éducation à leurs deux enfants afin qu’ils préservent la belle image de leur père en société ».
Rappelant que Pierre Gemayel avait donné un souffle nouveau au parti Kataëb, elle a indiqué que « l’ancien président de la République Amine Gemayel et le député du Metn Samy Gemayel poursuivent le chemin et font en sorte de préserver ce que Pierre a entamé ».
Elle a souligné en conclusion que « plus le temps passe après la mort de Pierre Gemayel, et plus le vide qu’il a laissé derrière lui est grand ».
Entre incendies et sécheresse, le Liban brûle
16/11/2010
Les animaux, comme les hommes, souffrent de la sécheresse. Ici à Hasbani. [Jamal Saïdi/Reuters]
Les incendies d’automne, les plus redoutables selon les experts, n’épargnent pas le Liban cette année, au terme d’une période de sécheresse particulièrement longue.
Le grand sinistre qui a éclaté dans la nuit de dimanche à lundi à Berjain, dans Iqlim el-Kharroub, et qui s’est étendu à Chehim et Daraya, n’a pu être maîtrisé qu’hier, au prix de grands efforts de l’armée, de la Défense civile et des habitants, et non sans avoir terrassé de grandes surfaces d’oliviers, de chênes, de vignes et d’amandiers, les transformant en déserts de désolation. Un autre incendie monstre a éclaté hier à Zahrani (Sud) dans des terrains appartenant au village de Marwanié, détruisant de grandes surfaces d’arbres fruitiers et sauvages.
L’acharnement contre les chrétiens d’Irak

Treize bombes et deux obus de mortier ont visé des maisons et des magasins appartenant à des chrétiens entre mardi soir et mercredi matin.
May Chidiac: blessée mais déterminée
May Chidiac: blessée, mais déterminée
Il y a dix-huit mois, May Chidiac, journaliste vedette de la télévision libanaise, connue pour son franc-parler, est la cible d’un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. Elle y laisse une jambe et une main, mais pas son obstination. Dans son livre, Le Ciel m’attendra… (éd. Florent Massot), qui sort jeudi 8 mars, elle raconte son combat pour reprendre son métier, et surtout sa vie de femme. Interview exclusive avant son arrivée à Paris.
Propos recueillis par Gaëlle Rolin
lefigaro.fr/madame : À la lecture de votre ouvrage, Le Ciel m’attendra, on a l’impression qu’en tant que femme, avant l’attentat, vous vous sentiez totalement à l’abri des attaques. Pensiez-vous vraiment qu’une femme, même journaliste, ne pouvait pas être une cible ?
May Chidiac : Je le croyais, oui. Même quand on évoque la guerre civile au Liban, bien que beaucoup de femmes soient tombées sous les obus, jamais aucune n’avait été touchée personnellement aussi violemment. À aucun moment, je n’ai cru quelqu’un capable de placer des explosifs sous le siège de ma voiture. À travers moi, mes agresseurs ont voulu faire passer un message au pays : c’est le Liban tout entier qu’ils ont voulu faire taire.
Votre livre-témoignage sort le 8 mars, la Journée internationale de la femme. Selon vous, les femmes sont-elles plus difficiles à faire taire que les hommes ?
Les femmes sont beaucoup plus courageuses qu’on ne le croit. Contrairement aux hommes, elles ont rarement de conflits d’intérêts et défendent leurs causes avec tous leurs moyens. Moi, je disais tout haut ce que personne n’osait dire, pas même mes collègues masculins !
À la fin du livre, on vous sent fragilisée, et par la situation au Liban, et par la difficulté de reprendre la vie au quotidien après un tel choc. Comment allez-vous aujourd’hui ?
Il y a des hauts et des bas. J’étais une femme extrêmement indépendante, et je me retrouve aujourd’hui complètement dépendante de ceux qui m’entourent. Avec une seule main, je ne peux pas enfiler ma prothèse toute seule. Je suis dépendante de l’électricité, capricieuse au Liban, pour charger ma prothèse de genou et pouvoir me tenir debout. Et si j’ai appris à accepter mon corps, c’est la partie sauvée de moi-même que je montre aux gens. L’image, dans le miroir, de ce corps qui a subi vingt et une interventions chirurgicales, est difficile à accepter. Et malgré le bonheur d’avoir repris mon métier de journaliste télé, il y a de nombreuses choses du quotidien qui me rendent la vie infernale. Et ce sont mes proches qui me supportent, dans ces moments-là, hors caméra.
Malgré cela, le souci de l’élégance revient souvent dans votre livre. Vous écrivez : « La mode m’a guérie des sacrifices de la guerre civile », vous qualifiez votre garde-robe de « garde-vie » et vous vous êtes battue avec les médecins pour pouvoir porter des talons avec votre prothèse. En quoi ces petites choses, qui peuvent sembler futiles, vous ont-elles aidée à remonter la pente ?
Elles m’ont aidée dans mon acharnement à reprendre une existence normale. Je suis une femme élégante, j’aime les talons hauts, j’aime la mode et je voulais montrer que je pouvais reprendre absolument le même rythme de vie. Comme avant, je continue à porter du rose. J’ai toujours eu des vêtements roses dans mon armoire, parce que c’est une couleur féminine et enfantine à la fois. Et ça me représente bien, parce que je me sens, encore aujourd’hui, femme jusqu’au bout des ongles, pleine de caractère et en même temps, très femme-enfant. Quand je sors, j’essaie de paraître la plus naturelle possible. Si je n’avais pas de canne, mon handicap passerait presque inaperçu ! Mon patron à la télé me dit souvent : « Si un Coréen, qui ne connaît pas ton histoire, te voit à l’écran, il ne se rend sûrement pas compte que tu as une prothèse à la place de la main ! » Être à nouveau à l’antenne, comme avant, c’est un défi que j’essaie de relever chaque jour.
La condition des femmes au Liban semble loin de vous satisfaire. Vous écrivez : « En Orient, une fille n’est pas tout à fait l’enfant qu’on attend », ou vous vous moquez du paradis vanté par les membres du Hezbollah, où l’on promet des vierges et des rivières de miel aux hommes, mais rien aux femmes ! En 2007, selon vous, sur quels terrains en particulier les femmes doivent-elles encore se battre ?
Il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de la religion. Toutes religions confondues, c’est l’homme qui assure le suivi, qui donne son nom… Au Liban, le divorce, par exemple, est interdit. Il n’y a pas de mariage civil. Pour se séparer, il faut obtenir l’annulation du mariage. Et c’est très compliqué… Je l’ai vécu moi-même en faisant annuler mon mariage, à l’âge de 20 ans. Et en cas de séparation, la femme ne peut garder ses enfants que jusqu’à l’âge de 7 ans. Ensuite, c’est le père qui obtient automatiquement leur garde. Je trouve ça scandaleux, je pense que des enfants ont besoin d’une mère pour grandir correctement. Autre exemple, en Arabie saoudite, les femmes ne peuvent passer leur permis ! Mais elles finiront par obtenir gain de cause. Même au pays des talibans, les choses évoluent. Quant au paradis du Hezbollah, on ne sait effectivement pas ce qu’il promet aux femmes, alors, une chose est sûre : nous devons trouver notre bonheur sur Terre !
Et dans le monde de la politique, la parité vous satisfait-elle ?
Au niveau politique, il n’y a pas vraiment d’égalité des sexes. Au Liban, aujourd’hui, il y a une seule femme ministre, et c’est une exception. En France, vous aurez peut-être bientôt une femme présidente, mais, pour l’instant, vous n’avez eu qu’une seule fois une femme Premier ministre ! Même un grand pays comme les États-Unis n’a jamais eu de présidente. Ça changera peut-être l’an prochain, si Hillary Clinton remporte les élections, ce qui serait une bonne chose.
Internet, vecteur de messages et de tendances, peut-il aider à cette émancipation de façon plus libre et plus large que les médias écrits et audiovisuels classiques ?
Ce n’est pas une lutte acharnée contre les hommes, dans laquelle les femmes auraient des handicaps à surmonter et devraient utiliser les médias pour mener leur bataille. D’un point de vue général, Internet a ouvert beaucoup de portes et conduit vers davantage de connaissances. Certains sites aident à comprendre le B.A BA des choses, et ça, c’est une réelle avancée. Mais si ces nouveaux médias peuvent aider à diffuser des messages, ils ne sont pas le moteur de l’émancipation des femmes. Le moteur est en nous. Le moteur, c’est nous.
Le Ciel m’attendra, de May Chidiac,
avec la collaboration d’Amal Moghaizel
(éd. Florent Massot), 18,90 €
Sortie internationale le 8 mars
Itinéraire d’une femme engagée
May Chidiac est « entrée en journalisme » à l’âge de 21 ans. L’expression n’est pas trop forte, compte tenu de la passion qu’elle voue à son métier et de sa volonté à l’exercer de manière intègre. À 25 ans, elle devient présentatrice du premier journal télévisé de la LBC, la principale chaîne libanaise arabophone.
À peine un an après l’attentat dont elle est victime, le 25 septembre 2005, elle reprend en juillet 2006 les rênes d’une émission politique sur la LBC, intitulée « Avec audace ». Depuis, elle présente à nouveau le journal télévisé. L’enquête sur ses agresseurs n’a, à ce jour, toujours pas donné d’éléments concrets.
May Chidiac a remporté le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillaume Cano 2006, ainsi que celui du Courage en journalisme 2006 de l’International Women’s Media Foundation.
Source: Le Figaro/Madame
Paru le lundi 5 mars 2007
Affliction et révolte lors des obsèques de deux des victimes des attentats de Aïn Alak
La tension continue de monter au Metn-Nord après le double attentat dans des bus de transports en commun au village de Aïn Alak mardi, qui a fait trois morts et plusieurs blessés. Hier, des témoins ont affirmé que, lors du passage du cercueil de l’une des victimes, Laurice Gemayel, dont on transportait la dépouille à son village natal de Aïn al-Touffaha, des partisans du Parti syrien national social (PSNS) ont lancé des pierres contre le cortège funèbre. L’incident a été fortement dénoncé par le parti Kataëb et démenti, plus tard dans la journée, par le PSNS. Des témoins interrogés par la LBC ont cependant affirmé avoir essuyé des jets de pierre de la part d’individus rassemblés dans le bureau du PSNS sur la place principale de Bickfaya, assurant que ceux-ci les ont attaqués sans crier gare. « Nous étions en voiture et avons évité les pierres de justesse, explique un parent de la victime. Quand nous sommes descendus pour voir ce qui se passait, les partisans du PSNS nous ont couverts d’injures. » « Nous n’avons pas répondu parce que ce qui nous importe aujourd’hui, c’est d’enterrer nos morts, pas de nous occuper du PSNS dont nous avions oublié jusqu’à l’existence sur la place de Bickfaya, raconte un autre témoin. Mais cet irrespect envers la mort est en deçà de tout. Faut-il nous abriter avec des bâches pour passer par Bickfaya dorénavant ? »
Le bureau Kataëb de Aïn al-Touffaha confirme l’incident dans un communiqué, le qualifiant d’ « acte abject qui révèle un irrespect total envers la mort et qui va à l’encontre des règles les plus simples de moralité et d’humanité ». Et de conclure : « Même si les personnes qui suivaient le cortège funèbre ont gardé leur calme et n’ont pas réagi à ce comportement immoral, nous tenons cependant à ce que l’opinion publique en prenne connaissance et que les services de sécurité concernés mènent l’enquête nécessaire pour arrêter les agresseurs. »
Pour sa part, le PSNS a catégoriquement démenti l’incident et, en réponse au communiqué des Kataëb, a considéré que le texte était « fabriqué de toutes pièces et formé d’un tissu de calomnies, et nous le rangeons sous l’enseigne des prétextes servant de couverture à toute agression commise par des agités contre notre parti ». Le communiqué rappelle que « le siège du parti à Bickfaya a déjà été agressé par de tels éléments agités, et c’est cela que nous qualifions de comportement immoral ». Le PSNS réitère sa condamnation sans appel des attentats de mardi, soulignant que « la plupart des victimes sont affiliées au PSNS et au Courant patriotique libre alors que d’autres sont des proches du député Michel Murr, d’où le fait que l’exploitation mesquine de cette tragédie ne fera aucun bien à ceux qui la pratiquent ». Et d’ajouter : « Toutes les forces politiques et les partis devraient collaborer pour créer un environnement sain dans la région du Metn-Nord afin de couper la route aux criminels et aux fauteurs de troubles. »
Le vicaire patriarcal général, Mgr Roland Aboujaoudé, qui effectuait une tournée dans la région pour présenter ses condoléances aux familles des victimes et visiter les blessés dans les hôpitaux, a fait le commentaire suivant concernant l’incident : « C’est désolant. Les différentes parties politiques devraient laisser de côté leurs intérêts personnels en faveur de l’unité et de l’intérêt national. »
Messages du pape et du patriarche
Les obsèques de deux victimes des attentats de Aïn Alak, Laurice Gemayel, mère de famille, et Michel Attar, étudiant, ont eu lieu dans leurs villages respectifs de Aïn al-Touffaha et Beit Chaar, dans une atmosphère de douleur extrême. Mgr Aboujaoudé a présenté ses condoléances aux deux familles des martyrs, leur transmettant le message de condoléances du pape Benoît XVI (voir L’Orient-Le Jour du 15 février) et celui du patriarche maronite Nasrallah Sfeir.
À la question de savoir pourquoi, selon lui, les régions chrétiennes étaient visées par les actes terroristes, Mgr Aboujaoudé a estimé que « ce sont tous les Libanais qui sont visés, mais les attentats ont lieu malheureusement dans les régions chrétiennes et nous ne savons pas pourquoi ». Il a également rendu visite aux blessés dans les hôpitaux de Bhannès et Aboujaoudé, leur transmettant les vœux de guérison du pape et du patriarche.
Les obsèques du jeune Michel Attar ont eu lieu en l’église Saint-Michel à Beit Chaar, célébrées par Mgr Kamal Zeidane, représentant l’évêque Youssef Béchara. Le caïmacam du Metn, Marlène Haddad, représentait le Premier ministre Fouad Siniora, alors que le chef supérieur du parti Kataëb, Amine Gemayel, était représenté par son fils Sami Gemayel, et Patricia, veuve du ministre Pierre Gemayel, assassiné en novembre 2006. Le doyen de la faculté des sciences économiques et de la gestion de l’Université libanaise, deuxième branche, Samir Tannous, représentant le recteur Zouhair Chocor, a prononcé un mot aux obsèques de son étudiant, disant que « la nouvelle a eu l’effet d’une foudre » à l’université.
Même atmosphère de souffrance et d’affliction aux obsèques de Laurice Gemayel, célébrées par Mgr Nagib Hélou représentant l’évêque Youssef Béchara en l’église Saint-Georges à Aïn al-Touffaha, aidé du curé de la paroisse, le père Samir Mazloum. Les rubans blancs ornaient les rues allant du domicile de la défunte à l’église. Durant la messe, le caïmacam du Kesrouan, Raymond Hitti, représentait le Premier ministre, le président Amine Gemayel était représenté par son épouse Joyce Gemayel et le président du conseil des bureaux des Kataëb, Michel Mekattaf, et son épouse Nicole. Le responsable des Forces libanaises (FL) au Metn-Nord, Eddy Abillamah, était également présent.
L’horreur une fois de plus
Trois personnes ont été tuées et vingt-deux autres blessées hier dans un double attentat à Aïn Alak (Metn). Les deux explosions ont eu lieu à une heure de pointe à dix minutes d’intervalle dans des bus de transport en commun couvrant le trajet Bteghrine-Dora. Cet attentat perpétré à la veille de la deuxième commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, est le dix-huitième qui secoue le Liban depuis la tentative d’assassinat du ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004.
Des débris humains sur la chaussée, quelques flaques de sang, de la ferraille éparpillée, d’étranges billes métalliques par terre, un nombre de voitures endommagées et la carcasse de deux bus, l’un de marque Mitsubishi et l’autre de marque Kia, en travers de la route… Le Metn, théâtre de divers explosions et attentats depuis deux ans, avait rendez-vous hier, encore une fois, avec l’horreur.
Il était environ 9 heures quand une bombe a explosé dans un minibus à Aïn Alak, au niveau de la galerie el-Hajj, sur la route de Bickfaya. Dix minutes plus tard, une bombe a explosé une dizaine de mètres plus loin, dans un autre minibus. Les deux véhicules appartiennent à des particuliers et ont une capacité de 24 passagers chacun. Le premier véhicule qui a explosé, de marque Mitsubishi, appartient à Milad Gemayel, originaire de Jouar el-Khonchara, qui a échappé par miracle à l’explosion. Le deuxième appartient à Chadi Saliba, de Bteghrine, touché notamment à la tête et au bras. Selon leurs proches, les deux hommes ont l’habitude de garer leur véhicule en fin de journée devant leurs maisons respectives, à Jouar et à Bteghrine, dans ces villages perchés du Metn, où l’on pense connaître tout le monde et où l’on croit vivre en sécurité.
Les deux bus couvrent le même trajet, celui de Bteghrine-Dora, effectuant bien sûr des arrêts dans toutes les localités qu’ils traversent. Hier, leur itinéraire s’est arrêté à Aïn Alak.
Selon les premiers éléments de l’enquête, un système de télécommande actionné à distance aurait fait exploser les bombes à dix minutes d’intervalle. En ce qui concerne les deux charges explosives, diverses versions ont été avancées : il s’agirait d’importantes quantités de petites billes métalliques placées entre les sièges des deux bus, ou encore de deux valises, que deux passagers auraient transportées jusqu’aux bus. Dans la journée d’hier, une troisième version a encore été véhiculée : les charges explosives pèseraient un kilogramme et la première aurait été placée à l’intérieur du premier bus, alors que la deuxième aurait été collée à l’extérieur du deuxième véhicule.
Quoi qu’il en soit, le double attentat a fait trois morts : Laurice Gemayel, 38 ans, mère au foyer, originaire de Aïn el-Teffaha, Michel Attar, 18 ans, né à Beit el-Chaar, et dont la mère est originaire de Bickfaya, et Mahmoud Hammoud, ouvrier égyptien qui prenait le bus pour se rendre au travail dans une station d’essence de Aïn Alak.
Les blessés, dont certains ont eu les membres inférieurs amputés, sont : Wahib Murr, François Moukarzel, Raghida Abou Haidar, Elsy Sayah, Laure Maalouf, Marie Saliba, Najla Abou Haidar, Intissar Wakim, Nemré Husseini, Néemat Saliba, Brigitte Murr, Élise Murr, Brigitte Murr, Rony Francis, Mounia Chidiac, Chadi Saliba, Alain Khoury, Leila Gemayel, Takla-Nidale Achkar, Hala Mazloum, Hanné Bou Antoun, Bassam Saliba et Nicole Zaalit.
Coincés sous la ferraille
Hier vers dix heures, une heure après l’attentat, les sirènes des ambulances retentissaient toujours dans les localités du Metn. La Croix-Rouge avait déjà transporté les blessés dans les hôpitaux, notamment à l’hôpital Serhal à Rabieh et au centre hospitalier de Bhannès.
Sur les lieux de l’attentat, des hommes ramassaient encore les débris humains, des chiens de police inspectaient l’endroit et les enquêteurs avaient commencé leur travail. Hors du périmètre de sécurité, des habitants de Bickfaya et de Bteghrine cherchaient toujours leurs proches, ignorant si leurs bien-aimés étaient morts ou vivants. D’autres, témoins des attentats, étaient toujours en état de choc.
Samir était au volant quand la première explosion a eu lieu. Il se rendait au travail à Beyrouth. Il a vu le premier bus soufflé par l’explosion. Il a garé sa voiture pour aider les blessés. « Puis j’ai entendu un horrible bruit, le deuxième bus avait l’air de s’envoler. J’ai vu du sang, de la chair humaine…J’ai vu deux survivants aux jambes amputées. »
Dans une sandwicherie, à une dizaine de mètres de l’explosion, Tania, la propriétaire, n’arrive pas à retenir son émotion. « Nous avons entendu un bruit, nous avons cru que c’était l’orage… Puis il y a eu les cris de toutes ces femmes. Des cris… Nous sommes accourus… ». Ses larmes coulent. « Ce sont des gens des villages voisins, de Bickfaya, de Mrouj, de Bteghrine, et même d’ici… Dans le premier bus, il y avait beaucoup de femmes, appartenant à des confréries chrétiennes de plusieurs villages, qui se rendaient pour des activités religieuses à Antélias… C’était un carnage… Puis il y a eu la deuxième explosion et les gens ont couru dans tous les sens », raconte-t-elle.
Raïf est chauffeur de minibus, couvrant également le trajet de Bteghrine-Dora et vice versa. Au moment de la première explosion, il était à Aïn Alak, remontant de Dora. Il connaît les deux chauffeurs, Chadi Murr et Milad Gemayel. Il a aidé à évacuer les blessés. « J’ai vu des morts… mais aussi des survivants, grièvement blessés, coincés par la ferraille sur leur siège… Il y avait des gens amputés, déchiquetés… », raconte-t-il.
Dans une pharmacie voisine, deux ressortissantes sri lankaises sont toujours en état de choc. Elles sèchent leurs larmes. Elles travaillent au Liban depuis dix ans et habitent Bteghrine. Elles se rendaient à Beyrouth à bord de l’un des bus qui a explosé. Elles s’en sont sorties sans une égratignure.
Les forces de l’ordre ont bloqué, pour les besoins de l’enquête, la route principale reliant le littoral du Metn à Bickfaya, au niveau de Aïn Alak. Sur les lieux de l’attentat, les enquêteurs ont dressé une tente pour que des indices ne soient pas perdus.
Pour arriver au centre hospitalier de Bhannès, il fallait emprunter sous une pluie battante les petites rues sinueuses du Metn. Vers midi, au niveau de Beit Chabab, beaucoup de bus scolaires ramenaient les enfants de l’école. Et à Bickfaya, les rues et les magasins étaient quasi déserts.
Dans une boutique de prêt-à-porter de la localité, Rita parle de la miséricorde. « Ma fille Joy, 25 ans, prend ce bus tous les matins. Quand j’ai su qu’il y avait eu l’explosion, j’ai couru comme une folle, j’ai été la chercher parmi les blessés, elle n’y était pas…La police m’a dit d’aller dans les hôpitaux…J’ai pensé au pire. Puis je suis remontée à Bickfaya pour savoir qu’elle avait raté le bus de justesse », raconte-elle.
Dans une teinturerie de la même localité, Évelyne a les yeux pleins de larmes. « Michel Attar, le jeune homme qui est mort, est le fils de ma cousine. » « Sa maman l’a cherché durant peut-être une heure…Puis j’ai entendu les nouvelles. J’ai su qu’il avait été transporté sans vie à l’hôpital Serhal. J’ai appelé ma cousine. Que voulez-vous que je lui dise ? Tout simplement : ton fils a été retrouvé, il est blessé à l’hôpital. Je ne pouvais pas lui annoncer la nouvelle », dit-elle, la voix brisée.
L’hôpital Serhal a reçu un mort et neuf blessés, le centre hospitalier de Bhannès deux morts et treize blessés. Aux urgences, les médecins parlent des cas qu’ils ont traités. Il s’agit surtout d’amputations, de blessures aux membres inférieurs et au ventre. Beaucoup de blessés ont la chair déchiquetée et certains d’entre eux ont la peau brûlée.
En début d’après-midi, des familles attendaient encore devant les blocs opératoires de ces hôpitaux. Comme la famille de François Moukarzel, 33 ans, qui venait de monter dans l’un des bus. Responsable FL de Aïn Alak, François a eu les deux membres inférieurs touchés par l’explosion. Il est directeur d’un magasin d’articles de sport à Jal el-Dib.
Il y avait aussi la famille d’Elsy Sayah, étudiante en architecture d’intérieur à l’UL, à Furn el-Chebback.
La famille de Takla-Nidale Achkar, qui était dans le premier bus, attendait aussi. Takla, de Beit Chabab, âgée de cinquante ans, membre d’une confrérie chrétienne, allait à son cours de théologie à Antélias. Elle a perdu sa jambe gauche.
Dans les salles d’attente et les salons des hôpitaux, les proches des victimes, de divers courants politiques, dénonçaient le terrorisme, et se demandaient qui se souviendra dans quelques mois de leurs bien-aimés qui porteront à jamais dans leur corps les stigmates des explosions de Aïn Alak ou encore jusqu’à quand cette série noire se poursuivra.
D’autres citaient les dates et les événements qui ont marqué le Liban depuis exactement deux ans.
Le 14 février 2005, les hôpitaux de Beyrouth avaient reçu 17 morts, dont l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et l’ancien ministre Bassel Fleyhane, et plus de 150 blessés. Depuis exactement deux ans, le Liban a basculé dans l’horreur.
À l’hôpital Serhal, Leila Gemayel, l’amie de Laurice, a eu beaucoup plus de chance. Elle souffre de contusions, notamment au thorax. Elle se rendait avec son amie à Beyrouth pour faire des achats.
Leila ne reçoit pas les journalistes, c’est son mari qui raconte l’histoire. Il tient le téléphone portable, à l’écran cassé, de son épouse dans la main. « Elle m’a téléphoné, m’a dit qu’il y a eu une explosion et m’a demandé de venir pour l’emmener à l’hôpital… J’ai accouru. Nous sommes de Aïn el-Teffaha. Je suis arrivé au bout de dix minutes. Leila était consciente. Laurice était à côté d’elle… sans vie. Mais durant tout ce temps, Leila secouait Laurice, lui disait de se réveiller pour qu’elle lui parle », raconte-t-il. « Je suis resté dans le bus avec ma femme pour qu’elle ne perde pas connaissance », ajoute-t-il calmement.
Puis il marque une pause, s’énerve : « Ils ne veulent pas que l’on aille à la manifestation de demain. Ils se trompent. Si ma femme va bien, nous irons ensemble tous les deux à la place des Martyrs. Vous savez, les députés du Metn Edgar Maalouf et Nabil Nicolas sont venus à l’hôpital. Nous leur avons demandé de quitter cet étage. Je fais assumer au général Michel Aoun, au PSNS (Parti syrien national social), au Hezbollah et aux Syriens, à toutes les gens du 8 Mars, la responsabilité de cet attentat. »

Caricature tirée du journal Annahar, le mercredi 14 février 2007
Les animaux, comme les hommes, souffrent de la sécheresse. Ici à Hasbani. [Jamal Saïdi/Reuters]


