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Articles Tagués ‘Eglise maronite’

Les propos de Raï sur le mariage civil trouvent un écho favorable auprès de la société civile

2 décembre 2011 Laisser un commentaire

Par Suzanne BAAKLINI | 02/12/2011

« Le mariage civil, pas la guerre civile », pouvait-on lire sur l’une des banderoles durant la marche organisée pour réclamer un État laïc le 25 avril 2010 à Beyrouth. Joseph Eid/AFP

L’Église maronite est en faveur du mariage civil pour tous les Libanais. Ces propos du patriarche maronite Béchara Raï, mardi, ont eu l’effet d’un pavé dans la mare. Les associations civiles qui militent pour l’adoption d’une loi sur le statut personnel civil saluent cette prise de position.

Ougarit Younane est une militante de longue date, auteure du texte de loi sur le statut personnel civil qui se trouve actuellement au Parlement. Elle fait aussi partie de ceux qui ont lancé la campagne civile en faveur de cette loi, une campagne qui compte aujourd’hui des dizaines d’associations. Elle qualifie la déclaration de Mgr Raï de « remarquable et audacieuse ». Elle fait remarquer que « la déclaration est parfaitement précise, le patriarche parle de l’amendement de l’article 9 de la Constitution dans sa partie qui confie aux communautés la responsabilité du statut personnel des Libanais ».

Elle ajoute : « Ce n’est pas la première fois que des responsables religieux de plus d’une communauté se prononcent en faveur de cette question. Même durant la guerre, un évêque avait demandé au président de la République de l’époque, Élias Sarkis, de faire adopter une loi sur le statut personnel civil afin de favoriser l’émergence d’une véritable famille libanaise. Mais c’est la première fois qu’un patriarche maronite s’exprime aussi clairement sur la question. Toutefois, il faut qu’il y ait une suite. » Lire la suite…

La grotte Asi-l-Hadath : plongée dans les vestiges maronites du Moyen Âge

12 octobre 2011 Laisser un commentaire

Par May MAKAREM | 12/10/2011

La fillette naturellement momifiée dormait d’un sommeil profond depuis 700 ans.

La fillette naturellement momifiée dormait d’un sommeil profond depuis 700 ans.

Exploration Entre 1989 et 1991, l’exploration de la grotte de Asi-l-Hadath, dans la vallée de la Qadisha, par le Groupe d’études et de recherches souterraines du Liban (GERSL), avait livré les premières momies (et peut-être les seules) du peuple maronite médiéval. Cette découverte fait aujourd’hui l’objet d’un magnifique ouvrage paru au centre Phoenix pour les études libanaises, Université Saint-Esprit de Kaslik.

Élaborée par Fadi Baroudi, le père Abdo Badawi (professeur de langues sémitiques), Paul Khawaja et Joseph Moukarzel, membres du Groupe d’études et de recherches souterraines du Liban (GERSL), la monographie bilingue (arabe-anglais) de Asi-l-Hadath, History of the Grotto retrace tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cet abri sous roche de la Qadisha, dont l’exploration a dévoilé une scène pour le moins étonnante : trois femmes adultes, cinq fillettes (18 mois à quatre ans) et un nourrisson (quatre mois), naturellement momifiés, dormaient d’un sommeil profond depuis 700 ans.

Enterrés dans leurs vêtements en toile de coton écrue, rehaussée de motifs de croix et de fleurs brodés de fils de soie, ils partageaient leur cimetière avec un fœtus de 25 cm et un crâne (coiffé d’une calotte à motifs géométriques) à côté duquel était posé des feuilles de laurier qui exhalaient toujours un zeste d’arôme ! Le faible taux d’humidité de la grotte et l’absence d’organismes végétaux dans son sol avaient ralenti la décomposition totale de leur corps, ainsi que celle des vêtements et tissus dont l’ensemble est resté en bon état de conservation. Ces derniers présentant un intérêt exceptionnel, car, pour la première fois au Proche-Orient, des habits de l’époque médiévale sont retrouvés dans leur contexte historique. D’autres objets ont été découverts sur le lieu : ceintures, bijoux d’enfant, peignes en bois, chaussures, lampes à huile, cuillères en bois peintes, tessons de céramique, monnaies (croisées et mamelouks), flèches et fragments de bois pour l’usage des arcs, manuscrits arabes et syriaques, amulette (glissée dans la manche d’une veste appartenant à l’enfant Dawîd, fils de Jasmin), une quantité de chiffons dont un brodé d’un ibis, une clé de maison en bois déposée sur le corps de l’une des momies, indiquant, selon la tradition, que le dernier membre de la famille était mort. Des feuilles de laurier, des écorces de grenade, de noisettes, d’amandes, des graines d’olives et des restes osseux de chèvres et de poulets ont été également identifiés. Pour l’essentiel, 293 pièces datant de l’époque médiévale y ont été recensées. Un chapitre du livre expose le plan de la grotte qui s’étend sur quatre niveaux et comprend, en substance, deux pièces principales, dont la grande salle commune et la salle mortuaire (la salle de cimetière). Le plafond en forme de dôme incliné s’élève à plus de 20 mètres de haut. Le sol était pavé de pierre de basalte comme le laissent supposer quelques fragments retrouvés dans un coin de la salle. La grotte – dotée d’un réservoir d’eau de 3,5 mx 1,4 m de surface, de 1, 5 m de profondeur et 8 mètres cubes de volume – dispose, grâce à deux ouvertures, d’une vue panoramique sur la vallée et Deir Qannoubine, d’une part, et ,de l’autre, sur la montagne Makmil et la station de ski les Cèdres.

L’ouvrage est riche en descriptions. Les auteurs, pointilleux sur les détails, ont tenu à y reporter le moindre petit trait capté dans ce sanctuaire du Liban-Nord dont l’exploration n’est pas due au hasard. En effet, les recherches du GERSL, lancées à l’initiative de Fadi Baroudi, étaient basées sur des sources historiques, principalement Tarikh al-Azminat, du patriarche Estéphan Douheihy et la chronique d’Ibn Abed al-Zâhir (secrétaire et historiographe des sultans mamelouks, Baybars et Qalawoun), qui relatent un événement tragique survenu à al-Hadath. En 1283, les Mamelouks et les croisés, exceptionnellement alliés, décident d’entreprendre le siège du village pour capturer le « patriarche rebelle » de Hadath, qui s’opposait au patriarche maronite élu sous la pression des Francs. Fuyant les attaques des troupes musulmanes, le patriarche dissident se retranche dans une grotte avec ses partisans, accompagnés de femmes et de fillettes du village. La caverne fut finalement découverte, le patriarche capturé et les survivants arrêtés. Quant aux femmes et aux enfants qui périrent de maladie ou de faim durant le siège, ils furent enterrés dans la grotte. Son exploration au cours des année 1989-1991 a permis de mettre au jour le matériel archéologique qui confirme les textes des chroniqueurs.

Néanmoins l’ascension jusqu’à la grotte fut une véritable entreprise. Située à 1 300 mètres d’altitude au cœur de la vallée sainte de la Qadisha, Asi-l-Hadath s’inscrit dans un extraordinaire paysage accidenté, truffé de caves et d’abris creusés dans des falaises rocheuses quasi inaccessibles, qui ont servi depuis longtemps de lieu de méditation aux ermites maronites mais aussi de refuge aux habitants des villages environnants. Escalader les parois vertigineuses d’une montagne très escarpée entre falaises et précipices, progresser sur 500 mètres (l’équivalent de 160 étages) dans un milieu vertical, avant d’accéder à la grotte fut un véritable exploit. Ensuite, discrètement, en prenant garde de rester à l’abri du regard des miliciens et des pilleurs de vestiges archéologiques qui sévissaient à l’époque, il fallait refaire le chemin inverse, un nombre de fois, pour transporter les objets archéologiques et les momies soigneusement enveloppées dans de la gaze, jusqu’au sous-sol de la maison de Fadi Baroudi, à Adma, où un laboratoire doté de mesures pour préserver les momies contre les dangers de décomposition a été aménagé.

Outre que ce fut un mémorable voyage, il s’agit d’un triomphe pour les membres actifs du GERSL, notamment Fadi Baroudi, le père Abdo Badawi, Paul Khawaja, Alain Maroun, le père Youssef Tannous, Antoine Ghoch, Boutros Abi Aoun, Chafic Ghazali, Oussama Kallab, le père Karam Rizk, André Azzi, Hani Abdelnour et Hassan Salamé Sarkis, qui ont réussi à restituer le passé oublié de Asi-l-Hadath.

En raison de la guerre des 15 ans, les découvertes ne furent mentionnées qu’en 1992, et c’est en 1994 qu’elles furent remises à la Direction générale des antiquités.

Un ouvrage passionnant à consulter, avant de lui accorder une place d’honneur dans votre bibliothèque…

Source: L’Orient Le Jour

Enchaînant sommets et voyages, Raï sera à Rome demain

28 avril 2011 Laisser un commentaire

28/04/2011

Communautés

Le patriarche Béchara Raï prend l’avion demain pour Rome, où il participera, dimanche, à la cérémonie de béatification du pape Jean-Paul II. Selon des indications sûres, le patriarche rencontrera, en marge de ses activités religieuses, le Premier ministre italien et son ministre des Affaires étrangères.

Le patriarche rentrera ensuite au Liban, afin de préparer le sommet interreligieux qui doit se tenir le 12 mai à Bkerké. Il reprendra l’avion pour Rome, le 15 mai, pour une réunion de suivi de l’Assemblée spéciale du synode des évêques sur les Églises catholiques au Moyen-Orient.

Le chef de l’Église maronite pourrait enchaîner ce nouveau déplacement avec la visite traditionnelle qu’il doit effectuer, en tant que patriarche nouvellement élu, à Paris, un déplacement dont la date est encore à l’étude.

Patriarches catholiques d’Orient

Le patriarche Raï a présidé hier une réunion du conseil exécutif de l’Assemblée des patriarches catholiques d’Orient, en présence des patriarches Grégoire III des grecs-catholiques, Nersès Bedros XIX des arméniens-catholiques et Ignace Youssef III des syriaques-catholiques, ainsi que de Mgr Roland Aboujaoudé, président du conseil exécutif, et du chorévêque Wahib Khawaja, son secrétaire général. Le conseil exécutif a fixé le thème de la prochaine session de l’Assemblée. Celle-ci sera consacrée à la jeunesse et se tiendra entre le 21 et 26 novembre prochain, à Bkerké.

Le conseil exécutif a pressé les diverses commissions de l’Assemblée d’accélérer leurs travaux, notamment sur les plans pastoral et apostolique, en prévision de cet important rendez-vous.

Les visiteurs

Parmi les visiteurs hier du siège patriarcal, citons Joseph Ghossoub, membre de la Fondation maronite dans le monde, venu pour le suivi du projet de construction d’une église maronite à Dubaï, l’ambassadeur du Liban en Jordanie, Charbel Aoun, la présidente d’Échanges internationaux, Mona Nehmé, une délégation de pères salésiens en retraite annuelle au Liban, le président de la Fédération des municipalités de Jbeil, Fady Martinos, ainsi que les avocats Maroun Aboucharaf et Ibrahim Traboulsi.

Source: L’Orient Le Jour

Raï se rend sur la tombe de saint Charbel, puis célèbre le jeudi saint à Bkerké

22 avril 2011 Laisser un commentaire

22/04/2011

Le patriarche Raï durant la messe du jeudi saint à Bkerké, commémorée pour marquer le lavement des pieds des disciples. Photo Emile Eid

Le patriarche Raï durant la messe du jeudi saint à Bkerké, commémorée pour marquer le lavement des pieds des disciples.

Fidèle à une tradition remontant à l’époque où il était évêque de Jbeil, le patriarche maronite Béchara Raï s’est rendu hier, jeudi saint, au couvent d’Annaya, gardien de la tombe de saint Charbel , le plus célèbre des saints maronites. Il y a rencontré les moines du couvent et s’est rendu à l’ermitage des Saints-Pierre-et-Paul, où saint Charbel a passé les vingt-cinq dernières années de sa vie.

Le patriarche a exhorté les prêtres et moines du couvent à suivre l’exemple lumineux de saint Charbel et à rester fidèles, comme il l’a été de manière exemplaire, au triple sacerdoce qu’ils portent, en tant que chrétiens : « Le sacerdoce commun des fidèles, le sacerdoce ministériel de leur ordination et enfin celui de leur consécration monastique. » Il a salué le supérieur général de l’ordre libanais maronite, le P. Tannous Nehmé, qui l’accompagnait, ainsi que les moines du couvent et leur a demandé d’être « porteurs d’espérance dans leur entourage, dans les paroisses et les couvents ».
Par ailleurs, le patriarche a révélé que sa devise « communion et amour » est toute imprégnée du mystère de l’Eucharistie. « Il est nécessaire d’édifier la communion dans les relations fraternelles, la famille, la paroisse, la société et la patrie », a-t-il affirmé.
L’après-midi, le patriarche a célébré la messe du jeudi saint, commémorée pour marquer le lavement des pieds des disciples ainsi que l’institution, par le Christ, des sacrements du sacerdoce et de l’eucharistie.
Au sujet de la coutume consistant à visiter sept églises, le patriarche a souligné qu’elle est liée au souvenir des sept sacrements.
L’exposition du Saint-Sacrement, elle, se fait en souvenir des moments d’agonie vécus par le Christ à Gethsémani, au cours desquels il a demandé aux apôtres de « veiller avec lui », a ajouté le patriarche.
Source: L’Orient Le Jour

À Bkerké, la détente, en attendant le consensus

20 avril 2011 Laisser un commentaire

Le quatuor maronite réuni sous les auspices de Mgr Raï.

20/04/2011

Le patriarche Béchara Raï a réussi hier son pari d’amorcer un processus de détente entre les quatre principaux chefs politiques maronites, Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié, qu’il a réunis à Bkerké dans une ambiance « fraternelle et patriotique ». Défricher les terrains d’accord entre chrétiens et règlementer leurs divergences, tel est l’objectif de ce processus.

Poignée de main « historique » et plaisanteries diverses

Premier arrivé à Bkerké, M. Frangié a été suivi peu de temps plus tard par M. Geagea. Les caméras de télévision étaient à ce moment-là tenues à l’écart, mais des photographes de presse ont pu capter la poignée de main, rarissime, entre les deux hommes.

Plus tard, au cours de la réunion, on a relevé qu’à plusieurs reprises le chef des FL et le général Aoun ont échangé des plaisanteries, contribuant de ce fait à détendre l’atmosphère, par ailleurs dominée par un climat spirituel.

Outre le patriarche Raï, qui présidait la table rectangulaire autour de laquelle étaient placés d’un côté MM. Gemayel et Geagea et de l’autre le général Aoun et M. Frangié, étaient présents les évêques Roland Aboujaoudé, Youssef Béchara, Boulos Matar et Samir Mazloum.

Un crucifix sur pied était posé sur la table face à Mgr Raï et on avait allumé une bougie pour marquer la semaine sainte.

Les quatre leaders se sont tour à tour exprimés, chacun faisant état de son point de vue et de ses craintes, sans qu’il n’y ait d’échanges contradictoires.

Puis, avant le déjeuner, composé essentiellement de poissons et de fruits de mer (pour cause de carême), ils se sont rendus dans l’aile du siège patriarcal réservée au patriarche Nasrallah Sfeir pour le saluer et boire le café avec lui.

La réunion interchrétienne de Bkerké : un peu plus que de la glace brisée

Par Élie FAYAD | 20/04/2011

La poignée de main entre MM. Frangié et Geagea.

La poignée de main entre MM. Frangié et Geagea.

Communautés Les quatre principaux chefs politiques maronites se sont rencontrés hier à Bkerké sous l’égide du patriarche Béchara Raï, ouvrant la voie à un processus de dégel devant déboucher, si tout va bien, sur de solides consensus interchrétiens.

Réunir Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié dans une ambiance largement dominée par le spirituel – le lieu, Bkerké, et le temps, la semaine sainte, n’y sont pas pour rien – et traversée de moments décontractés paraissait il y a quelques jours encore être hors de portée.

Ce n’est certes pas la première fois que les quatre hommes se retrouvent autour d’une table. Récemment, ils se joignaient encore aux autres leaders politiques du pays dans le cadre de la conférence du dialogue national, que parrainait le président de la République, pour discuter de stratégie défensive.

Mais outre le fait que ce dialogue-là a été rompu – jusqu’ici du moins -, les quatre n’y prenaient part qu’au titre de leur affiliation à l’un ou l’autre des deux grands camps politiques en présence dans le pays. Hier, grâce aux efforts du nouveau patriarche, cette dimension-là était sinon effacée de la rencontre, du moins en retrait par rapport à l’autre dimension de leur leadership, celle de tenir entre leurs mains le sort des chrétiens du Liban et peut-être même au-delà.

Il est vrai que le patriarcat nouvellement inauguré constituait une occasion propice à ce type de rencontre. Il est vrai, en outre, que le volontarisme manifesté par le patriarche Raï à cet égard et, surtout, l’absence de contentieux historique qui l’opposerait à l’un ou l’autre des protagonistes concernés étaient de nature à faciliter la démarche.

Mais il est tout aussi naturel que, dans le contexte d’une région en pleine ébullition et d’une scène locale figée par le poids grandissant des désaccords, des chefs politiques chrétiens ressentent le besoin d’opérer une sorte de retour aux sources.

Dès le début, il n’a jamais été question d’effacer les divergences fondamentales opposant le général Aoun et M. Frangié d’un côté à MM. Gemayel et Geagea de l’autre. L’ordre du jour de la réunion de Bkerké ambitionnait simplement de créer progressivement le cadre adéquat à une sorte d’organisation ou de règlementation de ces divergences.

En ce sens, la démarche peut d’ores et déjà être qualifiée de positive et l’on a vu par exemple le chef des Forces libanaises donner, dès son retour à Meerab, des directives aux services de presse FL et à d’autres départements concernés leur enjoignant d’accorder au CPL et aux Marada le même traitement que celui réservé aux formations chrétiennes amies, comme les Kataëb, le PNL et le Bloc national.

De son côté, le général Aoun a souligné plus tard dans la journée que la réunion a dépassé le stade de la glace brisée. « Un débat a été entamé et le débat peut mener au dialogue si nous voulons étudier les questions en profondeur. Cela est de nature à rassurer le peuple libanais. Il n’y a pas d’inimitié et nous ne brandissons pas des mitrailleuses les uns contre les autres. La réunion a été très satisfaisante », a-t-il dit.

De fait, Bkerké aspirait aussi à défricher les espaces d’entente possibles, réels, entre les protagonistes chrétiens. Là aussi, et autant que la réserve médiatique volontairement entretenue autour de l’événement pouvait le permettre, la réunion semble avoir été fructueuse, même si l’on a procédé davantage à une énumération des sujets consensuels qu’à un débat de fond sur ces thèmes.

Décentralisation administrative, naturalisation des émigrés ayant perdu leur nationalité libanaise, contrôle des ventes de terrains à des non-chrétiens dans des régions sensibles, loi électorale stable, consolidation du rôle de la présidence de la République : tels étaient hier les principaux sujets d’entente entre les quatre chefs politiques. Ces dossiers devront bien entendu être creusés en vue d’un projet d’accord général qui sera proposé ultérieurement à une réunion chrétienne élargie. Dans l’intervalle, des évêques maronites plancheront sur un document incluant aussi les sujets de désaccord, comme la question des armes et celle du Tribunal spécial pour le Liban.

Comme l’indique le communiqué lu à l’issue de la réunion par le nouveau porte-parole de Bkerké, Walid Ghayad, « les thèmes ont été envisagés sous l’angle de la distinction entre ce qui est consensuel et ce qui fait l’objet de divergences politiques légitimes dans le cadre d’une nation démocratique respectant les libertés et les différences tout en préservant son unité, ses constantes et ses intérêts fondamentaux ».

« La réunion a été fraternelle et patriotique. Elle a été dominée par un climat de franchise, de responsabilité et d’amitié », souligne le communiqué, précisant que d’autres rencontres du même genre auront lieu chaque fois que le besoin s’en fera ressentir.

Satisfaction dans les milieux politiques

Le ministre sortant de l’Intérieur, Ziyad Baroud, a qualifié la rencontre de Bkerké de « satisfaisante » et souligné qu’elle « donne le sentiment que les choses sont sur la bonne voie ».

« Le patriarche Raï a un rôle rassembleur. Bkerké doit jouer ce rôle de manière permanente », a ajouté M. Baroud. Selon lui, le patriarcat maronite « ne se permet pas d’entrer au cœur des clivages politiques. Il agit dans le cadre d’une stratégie nationale et du rôle des chrétiens dans ce qui se passe au Liban et dans la région ».

Samy Gemayel, député du Metn et coordinateur du comité central Kataëb, a estimé que « la rencontre de Bkerké est un acte fondateur pour d’abord briser la glace, et ensuite enchaîner sur une phase de réunions intensives permettant de parvenir à des accords sur de nombreux sujets ».

« C’était le début que l’on souhaitait, et il était vain d’espérer parvenir à un accord à partir d’une seule réunion », a ajouté M. Gemayel.

Pour le député FL Antoine Zahra, « le fait même qu’il y ait une réunion interchrétienne à Bkerké est une bonne chose ». « J’espère que cette initiative conduira à de nombreux espaces communs entre les leaders qui ont participé à la réunion, afin que les idées partagées évoluent pour devenir des positions partagées », a-t-il ajouté.

Membre du Bloc du changement et de la réforme, le député Salim Salhab (Metn) a souhaité que la rencontre soit productive, dans la mesure où elle intervient dans des circonstances actuelles positives, différentes des circonstances précédentes.

« Il faut voir le bon côté de la réunion, d’autant que les quatre dirigeants ont accepté d’y participer sans poser de conditions préalables et en laissant au patriarche Raï le soin d’en établir l’ordre du jour », a ajouté M. Salhab.

« L’essentiel, c’est le mécanisme qui va être mis en place après la réunion », a-t-il dit, émettant le souhait que les différents partenaires parviennent au final à « une stratégie servant l’intérêt des chrétiens d’abord, puis celui des Libanais ».

Son collègue Ibrahim Kanaan a vu dans la rencontre de Bkerké « la mise en place d’une dynamique nouvelle, même si les points de vue demeurent divergents » entre les divers acteurs.

Le député Kataëb de Zahlé Élie Marouni a jugé « positive » toute rencontre interlibanaise, « surtout en cette période cruciale de l’histoire du Liban, marquée par le vide ».

Pour M. Marouni, les développements dans les pays arabes, et notamment en Syrie, « peuvent avoir facilité la tenue de la réunion en poussant la partie adverse (le général Aoun et M. Frangié) à répondre positivement à l’appel ».

Le député a affirmé toutefois ne pas s’attendre à ce que cette réunion ait « d’autres résultats que de briser la glace entre les chefs chrétiens ».

Soulignant que le patriarche Raï est soucieux d’exploiter le soutien officiel et populaire dont il bénéficie, M. Marouni a fait valoir que « toute rencontre devrait être axée sur le rejet de la violence et du recours aux armes à l’intérieur ».

Stéphane Doueihy, député de Zghorta et membre du bloc Frangié, a souligné que la réunion de Bkerké est « une affaire de la plus haute importance ». L’appel à cette rencontre était « plus que nécessaire », a-t-il estimé, affirmant qu’il s’agit d’« une occasion réelle d’en finir avec les craintes partagées et de sortir des clivages partisans ».

Nidal Tohmé, député du Akkar (Courant du futur), a émis l’espoir que la réunion de Bkerké « pourra, du fait de sa symbolique forte, consacrer le triomphe de la pensée chrétienne ouverte sur toute autre option ».

De son côté, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a lancé un appel aux dirigeants chrétiens réunis à Bkerké, leur demandant de « demeurer en contact entre eux, de coopérer ensemble et de s’occuper du Liban ». « Nous sommes contre l’exclusion et la marginalisation », a-t-il dit.

L’immunisation de la présidence de la République au centre des préoccupations de Bkerké

Par Philippe Abi-Akl | 20/04/2011

Éclairage

La première réunion des pôles chrétiens s’est donc tenue hier, comme prévu, à Bkerké à l’initiative et sous l’égide du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, en présence de l’ancien président de la République Amine Gemayel, de l’ancien Premier ministre Michel Aoun, de l’ancien ministre Sleimane Frangié et de M. Samir Geagea, chefs des quatre principaux partis chrétiens.

Pari tenu pour le patriarche Raï, qui avait manifesté son intention de réunir les quatre dirigeants pour les fêtes pascales sous le signe du lavage des cœurs et de la réconciliation. La réunion, première en son genre à Bkerké depuis l’élection du nouveau patriarche, a été l’occasion, par exemple, d’une poignée de main entre Samir Geagea et Sleimane Frangié, ce qui n’arrive guère tous les jours. Il convient de rappeler combien le cardinal Nasrallah Sfeir avait peiné durant son mandat pour pouvoir réunir les quatre hommes, sans résultats. Depuis son élection à la présidence de la République, Michel Sleiman a lui aussi déployé ses efforts pour jeter les bases d’une réconciliation interchrétienne, mais il s’était violemment heurté à l’époque à certaines positions hostiles. De petites réunions s’étaient aussitôt déroulées à Bkerké en présence de représentants des partis chrétiens, avant que l’affaire ne se termine, divergences politiques insolubles obligent, en queue de poisson.

Certes, la séance d’hier a principalement porté sur la présence chrétienne au Liban et dans la région, mais la nécessité de consolider et d’immuniser la présidence de la République a également été au cœur des entretiens, dans la mesure où cette responsabilité incombe d’abord aux leaders maronites. Toute entreprise visant à marginaliser ou briser le poste et la fonction présidentiels, surtout à l’étape actuelle, celle de la formation du cabinet, devrait en effet être fermement rejetée. Pour certains leaders maronites, la présidence de la République est une autorité nationale par excellence, et il est nécessaire de la redynamiser et de la consolider, d’autant que le président Sleiman joue un rôle pivot en faveur de l’unité et de l’entente et œuvre pour préserver la présidence au-dessus des polémiques et des tiraillements internes et lui assurer la capacité d’exercer une fonction d’arbitrage.

C’est d’ailleurs par respect envers la fonction qu’il occupe et son rôle consensualiste que le chef de l’État s’est gardé jusqu’à présent de tomber dans le piège des polémiques et des réponses aux attaques dont il fait l’objet de la part de certaines parties du 8 Mars. Certaines de ces parties tentent même de donner une portée politique bien déterminée à leur campagne, en insistant sur le fait que le chef de l’État devrait « bien lire le message qui lui est adressé ». Or il apparaît que ceux qui s’en prennent de la sorte au président Sleiman réclament en même temps une audience à Baabda… Cependant, le président, trop pris par ses tâches quotidiennes, ne parvient pas à leur fixer de rendez-vous… Le message est clair : Michel Sleiman refuse d’entrer dans des polémiques stériles et enfantines. Ses contacts permanents avec son homologue syrien balaient d’un revers de la main toutes les théories des pourfendeurs du président, qui cherchent à donner l’impression que leurs positions seraient fondées sur un certain climat hostile au chef de l’État, en vogue à Damas. Car les contacts avec le président Assad se déroulaient au moment même où cette personnalité politique, de retour de la capitale syrienne, prétendait convoyer un message du régime de Damas à travers ses attaques contre le président Sleiman. Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de semer le trouble dans les milieux politiques libanais, au point de se demander quelle serait la partie syrienne qui mène la campagne en question contre le chef de l’État à travers cette personnalité politique libanaise… comme s’il existait en Syrie plusieurs pôles de décision. Le président suit d’ailleurs de près l’affaire des accusations syriennes contre le député Jamal Jarrah. Il aurait demandé dans ce cadre au président du Conseil supérieur libano-syrien, Nasri Khoury, de contacter les autorités syriennes concernées afin qu’elles fournissent un dossier comprenant les griefs présumés contre le député Jarrah, qui serait ensuite transmis aux autorités judiciaires libanaises par les voies officielles. Le chef de l’État insiste sur le fait que le dossier syrien devrait être minutieusement examiné au Liban, dans la mesure où le député Jarrah représente la nation et qu’aucune accusation sans fondement ne devrait être lancée contre lui. Parallèlement, des sources politiques bien informées font état de contacts au plus haut niveau entre une personnalité libanaise et le directoire syrien pour une prochaine visite qui pourrait contribuer peut-être à décrisper la tension entre les deux pays…

Mais revenons à nos moutons. Dans le cadre de leur campagne contre le président de la République, certains vont même jusqu’à évoquer la question de la constitutionnalité de l’élection de Michel Sleiman et la nécessité d’écourter le mandat présidentiel. Ce qui fait dire à un magistrat et ancien ministre de la Justice qu’il est « honteux de poser le problème de l’élection de Michel Sleiman sous l’angle de sa légalité et de sa légitimité après la chute des délais constitutionnels requis – trois jours – pour présenter un recours en invalidation, d’autant que ceux qui suscitent la polémique ont participé à l’élection du président ».

Qu’à cela ne tienne, le chef de l’État refuse d’accorder à ces polémiques sensationnalistes plus d’attention qu’elles ne le méritent. Surtout que toute son attention est actuellement reportée sur ses efforts communs avec le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, pour déblayer les obstacles qui empêchent encore la formation du cabinet.

 Source: L’Orient Le Jour

Retour du Vatican, Raï se dit « prêt à un face-à-face » avec Nasrallah

18 avril 2011 Laisser un commentaire

18/04/2011

Le patriarche maronite a clôturé, samedi, sa première visite officielle au Vatican. De retour au Liban, avec à son agenda une rencontre chrétienne restreinte, mardi, au siège patriarcal, le patriarche Raï a appelé à la formation rapide d’un gouvernement et s’est dit « prêt à un face-à-face avec Hassan Nasrallah ».

Après son séjour romain et une semaine de contacts, de réunions de travail et de réceptions au cours de laquelle le nouveau patriarche a été introduit dans ses nouvelles charges, Raï est rentré à Beyrouth avec la claire intention de mener à bien sa tâche tant sur le plan ecclésial que sur le plan diplomatique et politique. Ainsi, depuis l’aéroport international de Beyrouth, où il a été reçu par le ministre sortant de l’Intérieur, Ziyad Baroud, représentant le chef de l’État, le patriarche Béchara Raï a appelé à la formation rapide d’un gouvernement : « Le pays ne peut plus supporter la paralysie de ses administrations et ses institutions et il est fort déplorable que la vie de tous les Libanais soit suspendue à un portefeuille ministériel », a-t-il déclaré. « Face aux vents de changements qui soufflent sur la région, il n’est pas permis qu’on joue avec l’avenir du pays comme s’il n’était en rien concerné », a poursuivi le patriarche.

Répondant à une question concernant le dialogue avec le Hezbollah, le chef de l’Église maronite s’est dit prêt au dialogue avec tout le monde et même « prêt à un face-à-face avec le secrétaire général du parti de Dieu Hassan Nasralla. ». Et Raï d’assurer : « Le dialogue sincère et responsable sur le plan de l’entente interne et la consultation des autres en ce qui concerne les choix fondamentaux font partie de nos constantes. Dieu nous a appris le dialogue, en envoyant son fils, Jésus-Christ, sur terre. Il doit en être de même pour nous. »

Le patriarche a également confirmé qu’il recevra, mardi prochain, à Bkerké, les quatre figures les plus représentatives de la communauté maronite : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea. Ce sera, a-t-il dit, une forme de retraite spirituelle, accompagnée d’un rite de repentance particulier à la semaine sainte. Le sommet maronite restreint sera suivi, le 12 mai, d’un sommet interreligieux. « Nous avions publiquement annoncé la tenue du sommet interreligieux. Pour ce qui est du sommet maronite, il était supposé se tenir dans la discrétion, mais je n’y trouve pas d’inconvénient qu’il soit rendu public », a souligné Raï.

Source: L’Orient Le Jour

Le pape à Raï : Le Liban a un rôle essentiel pour la paix au P-O

15 avril 2011 Laisser un commentaire

Par Fady NOUN | 15/04/2011

« Parlez-moi encore du Liban », a dit le pape Benoît XVI au patriarche maronite, hier, au Vatican.

C’est devant une délégation représentative de tous les courants politiques et des différentes composantes libanaises que le pape Benoît XVI a reçu hier le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, au Vatican, mettant en évidence l’influence chrétienne au service d’une « paix durable » au Proche-Orient et la « mission immense » du Liban à cet égard.

C’est à un magnifique moment de désordre créateur que la salle Clémentine réservée aux audiences du pape a eu droit hier matin, au Vatican. Balayée l’interdiction de prendre des photos, balayée la capeline, balayée les entrées indépendantes réservées aux officiels. En un moment, soudain, toute la foule des quelque 300 Libanais qui attendaient l’ouverture de la porte menant aux appartements du pape s’est muée en délégation officielle.

Et le pape, semble-t-il, n’a pas dit « non ». « Parlez-moi encore du Liban », a-t-il dit au patriarche, qu’il recevait en tête à tête avant l’invasion sentimentale. L’enthousiasme des Libanais l’a dit sans paroles. Pour ceux qui n’étaient pas habitués au Vatican, pour les Nouhad Machnouk, les Waël Bou Faour, les Trad Hamadé, Ahmad Hariri ou Abbas Hachem qui se trouvaient là, cette « papolâtrie » a dû paraître bien étrange. Même les orthodoxes comme Atef Majdalani ont dû être surpris. Mais pour Sethrida Geagea, Gebran Bassil, Samy Gemayel ou Ibrahim Kanaan, pour l’impassible vieux routier Abdel Latif Zein représentant le président de la Chambre, pour Boutros Harb, délégué là par le chef de l’État, toute cette pagaille n’était que trop habituelle. Elle a dû même être légèrement embarrassante à leurs yeux, au regard des gardes suisses et des membres des services de sécurité qui surveillaient la foule.

Un peu d’ordre est ensuite revenu, dès l’entrée du patriarche Raï, mais surtout à l’arrivée de Benoît XVI. Nous sommes là pour « exprimer visiblement et communautairement la communion ecclésiale accordée », a dit le patriarche, s’adressant au pape, dans une allocution écrite dont tous les mots étaient soigneusement pesés.

Élu par ses pairs le 15 mars, le patriarche Raï s’était vu accorder une reconnaissance sous forme de lettre dans laquelle Benoît XVI exprimait « la communion ecclésiastique ».

« Alors que l’Église maronite prend un nouvel élan, a-t-il enchaîné, dans la continuité de ses constantes religieuses et nationales et de ses valeurs, elle reste appelée à de nouvelles tâches et confrontée à des défis qu’il lui reviendra de relever », a commenté Mgr Raï, faisant une allusion évidente à la crise politique qui paralyse le pays. Et qui empêche en ce moment la formation d’un nouveau gouvernement.

« Elle s’emploiera à promouvoir la réflexion commune et à formuler des recommandations et des plans d’action spécifiques, dans le sens de sa mission (…). Elle le fera de concert avec les pouvoirs publics (…) dans un esprit d’entente et de convivialité. »

Conscient de la dimension désormais globale du destin des chrétiens du Moyen-Orient, le patriarche a ajouté : « (…) C’est en existant pleinement dans la dignité et la liberté que les communautés chrétiennes du Liban et du Moyen-Orient pourront coexister avec les autres communautés et familles spirituelles constitutives du tissu national, dans la convivialité, la solidarité et la complémentarité ; et animer un dialogue interreligieux et interculturel au service de la justice, de la liberté et de la paix. »

« C’est dans ce sens que j’ai souhaité placer mon ministère patriarcal ; avec votre bénédiction apostolique ; sous la devise : communion et amour. »

« Voici, Très Saint-Père quelques traits de notre ministère apostolique et pastoral. Autant de tâches et de missions exaltantes, que l’Église catholique universelle, forte de la présence continue du Seigneur et de l’action de son Esprit , cherchera à assumer, en totale union et communion avec l’Église catholique universelle. »

Un grand moment de communion

Dans sa réponse à cet acte d’obéissance filial, Benoît XVI a salué les fidèles présents « venus entourer votre patriarche pour ce grand moment de communion fraternelle et d’indéfectible unité de l’Église maronite avec l’Église de Rome ».

Mais le message du pape a surtout souligné l’influence chrétienne pour une « paix durable » au Moyen-Orient. Benoît XVI a jugé en effet que le message des chrétiens au Moyen-Orient est essentiel pour contribuer à une « paix durable », en saluant la « mission immense » du Liban.

Le pape a rappelé les deux millénaires de présence et d’influence du christianisme dans la région où Jésus est né : le Moyen-Orient est une « région du monde que les patriarches, les prophètes, les apôtres et le Christ lui-même ont bénie par leur présence et par leur prédication » et qui aspire à une « paix durable », a-t-il dit.

« Parce que vous êtes au cœur du Moyen-Orient », a aussi soutenu le pape devant la délégation, « vous avez une mission immense auprès des hommes, auxquels l’Amour du Christ presse d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut ».

Conférence de presse

Dans l’après-midi, le patriarche a accueilli au Collège maronite les représentants des médias libanais qui couvrent sa visite. Il a confirmé qu’il recevra, mardi prochain, à Bkerké, les quatre figures les plus représentatives de la communauté maronite : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea. Ce sera, a-t-il dit, une forme de retraite spirituelle, accompagnée d’un rite de repentance particulier à la semaine sainte. Il n’en dit pas plus, mais l’on devine que ce seront les constantes libanaises qui en constitueront la substance. Le sommet maronite restreint sera suivi, le 12 mai, d’un sommet interreligieux.

Par ailleurs, le patriarche Raï a affirmé que le Liban doit dépasser le clivage actuel entre 8 et 14 Mars. Il a affirmé qu’une bonne partie de la « majorité silencieuse » ne se situe dans aucun des deux camps, et que cette majorité avait le droit, aussi, de s’exprimer et d’être représentée. Il a donc plaidé pour des prises de position politiques indépendantes des allégeances à des personnes.

En ce qui concerne les armes du Hezbollah, le patriarche Raï n’a pas voulu se prononcer, mais il a affirmé que c’est l’affaire des pouvoirs publics d’en débattre, dans le cadre d’une stratégie de défense nationale acceptée par tous.

Source: L’Orient Le Jour

Raï aujourd’hui à Rome

11 avril 2011 Laisser un commentaire

11/04/2011

Mgr Raï accueilli par les enfants de Hemlaya, son village natal.

Communautés Le patriarche maronite prend l’avion aujourd’hui pour Rome, à l’issue de deux journées de visites pastorales dans le diocèse d’Antélias.

Élu le 15 mars dernier, le patriarche Béchara Raï prend l’avion aujourd’hui pour Rome où il doit rencontrer le pape Benoît XVI et prendre ses premiers contacts officiels en tant que patriarche avec les dicastères du Saint-Siège. Le patriarche prend l’avion à la tête d’une délégation de 14 évêques. Le patriarche Sfeir, auquel il a succédé, ne sera pas du voyage.

Mgr Raï rencontrera le pape jeudi, au cours d’une réunion revêtue d’un caractère solennel, où la communion entre l’Église maronite et l’Église universelle, représentée par le Saint-Siège, sera réaffirmée. Vendredi, cette communion sera consacrée officiellement par une messe que célébrera le nouveau patriarche sur l’autel du Saint-Esprit, dans la basilique Saint-Pierre.

Auparavant, le patriarche Raï sera l’hôte des divers ordres religieux ayant des maisons à Rome, les mariamites d’abord, ordre auquel appartient le nouveau patriarche, les antonins, le Collège maronite et la Fondation maronite dans le monde.

Le diocèse d’Antélias
Le voyage du patriarche Raï intervient au terme d’une visite pastorale de deux jours du diocèse d’Antélias. Au programme de ces journées, une visite, samedi, à Kornet Chehwane, cœur du diocèse et lieu de résidence de son évêque, Mgr Youssef Béchara, et des visites dimanche à Bickfaya, Hemlaya, village dont il est originaire et terre natale de l’une des grandes saintes de l’Église maronite, sainte Rafka, Aïn el-Kharroubé, où il a célébré le jubilé d’or de l’ordination épiscopale de Mgr Boutros Gemayel, ancien évêque maronite de Chypre, en présence du nonce apostolique, Gabriele Cascia, et Aïn Alak, où il a consacré l’autel d’une église dédiée à la Vierge, après rénovation.
À Kornet Chehwane, le nouveau patriarche s’est engagé, en présence de Mgr Youssef Béchara, à mettre en œuvre les réformes de structures décidées au cours du synode patriarcal maronite (2003-2006).

Samy Gemayel
En marge de la cérémonie religieuse qu’il a célébrée à Mar Abda, à Bickfaya, le patriarche Raï a notamment reçu un appui chaleureux de la part de Samy Gemayel, coordinateur du comité central du parti Kataëb, à tous ses efforts au service de l’intérêt supérieur des chrétiens : « Nous comptons sur vous pour réunir tout le monde sous votre autorité. Certes, nous sommes une société libre, et dans de telles sociétés, les divergences politiques sont inévitables, à condition que rien ne porte atteinte à l’intérêt supérieur des chrétiens, et nous sommes convaincus que vous œuvrerez au service de ces intérêts. »
À la surprise générale, M. Gemayel a demandé au nouveau patriarche de veiller sur sa sécurité. Il a affirmé : « Vous êtes, à nos yeux, en tête de la marche ; et c’est une grande gloire que vous soyez notre patriarche. Nous souhaitons que vous preniez garde à votre sécurité, car c’est la première fois que nous avons le sentiment que les choses vont dans le sens que nous avons longtemps souhaité. »
La veille, au cours de la rencontre au diocèse de Kornet Chehwane, M. Gemayel avait souhaité que la « communion » dont parle le patriarche Raï dans sa devise « unisse les chrétiens et les musulmans ».
Pour sa part, le patriarche avait invité les leaders politiques au dialogue, en sorte que leur présence soit consolidée au Liban et dans le monde de l’émigration, soulignant que « le pays ne peut s’arrêter indéfiniment sur le clivage entre 8 et 14 Mars ».
Pour sa part, le président Gemayel avait invité le patriarche à « unifier les rangs chrétiens » et exprimé son appui à tout ce qu’il entreprendrait.

Les religieux consacrés
Samedi, avant sa tournée pastorale, le patriarche avait rencontré le patriarche des arméniens-catholiques, Nersès Bedros, et présidé une messe solennelle dans la chapelle extérieure du siège patriarcal, pour les religieux consacrés des divers ordres maronites masculins et féminins.
La rencontre a été marquée par la volonté de coopération entre le patriarcat et les ordres religieux maronites, traditionnellement en concurrence sur certains terrains pastoraux. Un « esprit nouveau » sans doute dû au fait que le nouveau patriarche est lui-même issu, exception dans la vie patriarcale, d’un ordre religieux.

Source: L’Orient Le Jour

Liban : Sa Béatitude Béchara Raï, un nouvel espoir pour les maronites

Le nouveau patriarche invite à mettre de côté la politique.

ROME, Jeudi 24 mars 2011 (ZENIT.org) - L’élection du atriarche Béchara Raï est « une nouvelle confirmation de l’action constante de l’Esprit Saint (…) Nous nous en sommes remis à lui pour mettre la bonne personne à la bonne place », ont commenté les évêques maronites après l’élection, le 15 mars dernier, du 77èeme patriarche d’Antioche des Maronites.

Le nouveau patriarche succède au cardinal Nasrallah Pierre Sfeir qui, après 26 ans, a présenté sa démission pour limite d’âge (cf. ZENIT, 15 mars 2011). Il est depuis le 19 mars en retraite spirituelle jusqu’au 25 mars, date à laquelle il sera désigné officiellement patriarche en l’Eglise patriarcale maronite de Bkerké.

En attendant, depuis l’annonce de sa nomination, commentaires et réactions de civils et religieux se sont multipliés au Liban, dont celle du premier ministre libanais, Naguib Miqati, qui a accueilli « avec joie » la nouvelle, souhaitant au nouveau patriarche d’être toujours « au service du Liban et des Libanais » et de contribuer au « renforcement de l’unité nationale qui est à la base de l’existence de la nation ».

« Je crois, a-t-il ajouté après une visite à sa résidence, que Sa Béatitude est bien consciente de la grandeur des défis qui l’attendent au niveau national et régional, et nous sommes sûrs qu’il aidera à mettre en valeur les principes d’unité nationale en même temps que les valeurs religieuses et morales ».

Muhammad al-Sammak, conseiller politique et religieux du Mufti de la République Libanaise, a quant à lui, défini le nouveau patriarche comme « un pionnier du travail pour l’unité à la fois des chrétiens et des Libanais », reconnaissant en lui un homme d’une « grande culture œcuménique » qui croit fermement à « l’importance du dialogue, de la coordination et de la collaboration entre les Eglises » et en « des rapports constructifs avec les musulmans, sans lesquels la nation ne saurait tenir ».

Mercredi, Mgr Bechara Raï, à l’occasion d’une conférence de presse au Centre catholique d’information à Jal-el-Dib, a invité à ne pas donner un ton politique à son installation.

Le directeur du centre, le père Abdo Abou Kassem, a fait savoir que le patriarche souhaite « un respect absolu de la dignité de toutes les personnes qui participeront à l’événement officiel et populaire » ; que cet événement soit « une communion spirituelle, un pèlerinage et un moment de prière ».

Le père Abou Kassem a insisté sur « l’interdiction de porter des drapeaux de parti ».

Source: Zenit

Bkerké, rendez-vous incontournable 
 de l’histoire du Liban

25/03/2011 – Salim F. DAHDAH

En dehors des déclarations hargneuses et rancunières de ces derniers jours, de certains représentants fraîchement débarqués dans l’hémicycle parlementaire, il n’y a pas eu de fausses notes après l’élection du nouveau patriarche, car personne n’a pu et ne pourra porter atteinte à l’image du patriarcat maronite et de ses locataires. Ces derniers appartiennent en effet à l’histoire de ce pays ; ils représentent pour leur peuple une continuité spirituelle et temporelle et non un facteur de rupture quelquefois souhaité par ceux dont les intérêts personnels primaient l’intérêt collectif de la communauté et de la nation. Toujours présents au sein de la cité, les patriarches ont agi comme des pères pour tous, des rassembleurs sages, équitables et détachés, faisant fi des blessures profondes et des « coups » que certains de leurs enfants immatures leur ont infligés. Il faut espérer que le Saint-Esprit qui a inspiré le collège des évêques dans l’élection du nouveau patriarche inspirera aussi les fils « grognons et mécontents » de cette communauté, afin qu’ils saisissent la portée philosophique et humaine de ce corps essentiel du tissu social de ce pays. Socle inébranlable de l’édifice démocratique qui soutient notre entité nationale et notre pérennité, le patriarcat maronite a toujours été un facteur d’équilibre, de stabilité et de solidarité au sein de la grande famille chrétienne et un fervent partisan de la cohabitation islamo-chrétienne. Il a, grâce à son sens des valeurs, son ouverture à toutes les civilisations et les cultures, sa défense du droit à la différence et son respect des autres sensibilités religieuses, et de leurs spécificités propres, celé à jamais le destin du pays du Cèdre pour qu’il reste une terre-message d’amour, de tolérance et de cohabitation sereine entre les religions. C’est en perpétuant ces traditions qu’il a épousé et marqué l’histoire du Liban et celle des Églises d’Orient. Il s’inscrit inévitablement et irrémédiablement dans la mémoire de cette grande région du monde, celle d’un Orient véritable berceau des religions monothéistes. 
Merci donc à Sa Béatitude le patriarche Mar Nasrallah Boutros Sfeir, qui a su rester tout au long de son parcours et jusqu’à sa sortie remarquablement humble et combien grand aussi. Merci pour tout ce qu’il a donné au Liban et aux Libanais, toutes confessions confondues, merci d’être resté immuable et au-dessus de la mêlée, face à toutes les difficultés, les pressions et les traîtrises qui ont accompagné son patriarcat.
Une page de l’histoire des maronites riche en événements se referme aujourd’hui après son départ et un nouveau chapitre de cette histoire s’ouvre sous le titre : « Mar Béchara Boutros Raï, soixante-dix-septième patriarche maronite d’Antioche et des autres Églises d’Orient ».

Personnalité charismatique et homme à poigne, institutionnel aguerri et attentif aux problèmes de chacune et de chacun, toujours prêt à s’investir pour aider ceux qui le sollicitent, esprit libre et indépendant, défenseur des causes difficiles, homme de communication talentueux, créatif et courageux, S. B. le patriarche, Mar Béchara Boutros Raï arrive à point nommé pour prendre en charge des responsabilités pastorales et nationales, lourdes, ingrates et profondément perturbées, sur le front interne, par trente-trois années de guerre, de tutelle, de déstabilisation et d’insécurité politique, économique et sociale, et enfin d’émigration massive, et sur le front externe, d’incertitudes régionales très prononcées quant à l’avenir du monde arabe, sa géographie, son économie, ses régimes politiques, ses composantes religieuses et le statut des relations Orient-Occident qui va découler de tous ses changements en voie de réalisation et de la montée de l’islam dans le monde. 
Nous serons mal venus de prétendre savoir comment le nouveau patriarche devra gérer cet exceptionnel patrimoine historique, religieux et humain que lui ont légués ses prédécesseurs, et comment il va pouvoir continuer à être un témoin vigilant et courageux face aux traquenards de l’histoire et en parfaite harmonie avec un environnement socioculturel en constante mutation. Conscient et sensible à une plus grande collaboration entre les structures de la communauté et la société civile, il encouragera certainement une interactivité entre elles, son expérience passée le prouve et le confirme. C’est pourquoi, il serait souhaitable que toutes les âmes de bonne volonté se mobilisent avec lui et à ses côtés pour participer à la préparation d’un plan de redressement et de renaissance structurelle, religieuse, culturelle, sociale et économique, seuls garants de la réhabilitation des institutions de la communauté, de leur survie, de leur pérennité et de leur pouvoir à répondre aux besoins de chacun, dans tous domaines, sous le toit d’un État libanais qui redeviendrait la référence exclusive et fondamentale de tous les citoyens de la République.

Salim F. DAHDAH

Source: L’Orient Le Jour

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