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Une fascination libanaise pour l’art, l’histoire et la découverte de soi
Zahi HADDAD | 05/12/2012

Maquette du temple de Deir al Qalaa : un concentré de technicité et de spiritualité.
Événement « Fascination du Liban » ? Une exposition unique qui jette de nouvelles passerelles entre deux Suisses. Entre deux continents qui se scrutent et se complètent. Avec délectation lorsqu’ils s’écoutent et se trouvent. Une exposition qui s’arrête aussi sur les relations que nous entretenons avec l’au-delà depuis soixante siècles et que nous fait découvrir Marc-André Haldimann, l’un des concepteurs chevronnés de l’exposition.
Le Musée Rath de Genève a vécu l’un de ces grands moments pour lesquels il a été érigé en 1826. Sanctifier les arts. Installé en plein cœur de la Cité de Calvin, ce «temple des muses» abrite aujourd’hui la «Fascination du Liban» pour quatre mois et de précieuses leçons d’histoire, qui s’apprêtent à se murmurer aux oreilles des Genevois en dévoilant des pans entiers d’une planète vivante et bariolée, traversant les millénaires et le Liban. Sous toutes ses coutures, avec tous ses paradoxes, message d’un avenir mâtiné, le Liban n’en finit plus de fasciner. Semble-t-il.
Mais, au-delà de la magie, il y a le rêve. Un voyage poétique et philosophique suggéré par Marc-André Haldimann, dont l’imposante carrure nous accueille avec un «Ahlan habibi» susurré avec délicatesse et délectation. Posté devant les imposantes colonnes corinthiennes de la vénérable bâtisse, l’archéologue déploie son double mètre, ponctué d’une tignasse rebelle, avant d’inviter au vernissage des 350 objets archéologiques et œuvres d’art, encore jamais exposés en Europe, qui ont fait le déplacement du Liban (voir notre édition du 1er novembre). Sur deux étages, repeints aux couleurs chaudes de la Méditerranée et de la divine pourpre du murex, une histoire exceptionnelle se raconte et se vit, animée par la ferveur du scientifique, qui traverse allègrement soixante siècles d’histoire de religions, d’art et d’archéologie, comme s’il y avait vécu.
Devant ses yeux, il détaille les rites funéraires de l’âge du bronze, l’évolution des croyances sous l’Empire romain ou l’avènement du christianisme et de l’islam. Le fil rouge, qu’il déroule avec toute sa bonhomie, dévoile des mondes chatoyants et les multiples facettes de la relation développée au cours des siècles entre les Libanais, le Divin et l’au-delà. Les collections libanaises présentées ajoutent à cette fascination, tout en montrant leur richesse: sarcophages monumentaux, mosaïques byzantines, stèles, statues votives, représentations divines, icônes, manuscrits melkites révèlent ainsi les civilisations, les rites et les croyances qui se sont succédé sur les rivages libanais.
Une nouvelle vie
Scrutés dans leurs détails, valorisés par une somptueuse muséographie et mis en scène avec Marielle Martiniani-Reber et Anne-Marie Maïla-Afeiche, tous ces fragments reflètent les incontournables influences égyptienne, chypriote, romaine, grecque, ottomane. Et, à lui seul, Marc-André Haldimann incarne ces complexités. À travers tous ces objets exposés, il insuffle un incroyable sentiment d’appartenance à une terre d’accueil, à l’humanité tout entière. Parce que cette exposition est vivante et qu’elle nous dit ce que nous sommes. Elle parle de ceux qui offraient une nouvelle vie à leurs morts en les accompagnant d’objets et d’offrandes de toutes sortes, pour les tenir à l’écart. Elle insinue comment d’autres ont commencé à s’interroger et comment ils ont, un jour, envisagé un au-delà, une vie après la vie. Elle interpelle nos croyances et pousse à la réflexion quant aux destinées que nous nous promettons et à ce qu’il en adviendra. Un jour.
Les yeux pétillants de leur passion accomplie, remplis de douceur et de satisfaction, Marc-André Haldimann ressemble à un artiste passionné. Il parle d’ailleurs de «révolte culturelle comme passage vers l’action culturelle», préférant ce qui rapproche et fait cohabiter les croyances. Depuis plusieurs années, avec ses deux consœurs, il travaille sur cette collaboration exceptionnelle lancée, en son temps, par Tarek Mitri, ancien ministre de la Culture, et Patrice Mugny, ancien vice-maire chargé de la culture genevoise, à qui Sami Kanaan a succédé en juin 2011 (voir encadré). Rappelons encore que l’association «Fascination du Liban», emmenée par Malek el-Khouri, a servi de lien entre ces deux rives de la Méditerranée et permis de compléter l’effort financier en mobilisant de nombreux mécènes privés, suisses et libanais, du plus modeste au plus important donateur, pour concrétiser cette coopération unique.
Parmi toutes les magnifiques pièces dévoilées à Genève, Marc-André Haldimann laisse ses pensées vagabonder dans la maquette du grand temple de Deir al-Qalaa. Datant du deuxième siècle, le petit bloc de calcaire tient dans la paume d’une main. Érodé, fatigué, il recèle de précieuses spécifications techniques. Mais il projette surtout, devant les yeux du visiteur, la foule des fidèles, plébéiens et patriciens, venus se recueillir et tenter de se connecter au Divin, à un tout indissociable et pourtant si insaisissable. Le temps d’un captivant questionnement de soi. Le temps, pour nous, d’une exposition… d’une fascination transcendée en « fierté du Liban».
Source : L’Orient Le Jour
Trois questions à Sami Kanaan, vice-maire de Genève, chargé de la culture
Q – Que représente cette exposition pour Genève ?
R – Cette exposition illustre bien la Genève multiculturelle, ouverte, internationale qui rayonne et collabore autour de projets culturels, humanitaires, économiques, avec le monde entier. C’est assurément une chance pour Genève que de pouvoir accueillir ces collections qui témoignent de la richesse patrimoniale, culturelle et historique du Liban. C’est aussi grâce à une collaboration exemplaire du Musée national de Beyrouth et du Musée d’art et d’histoire de Genève que celle-ci a été rendue possible.
Q – Et pour vous-même qui êtes d’origine libanaise ?
R – C’est d’abord une joie toute simple pour moi que de pouvoir redécouvrir, au travers de son patrimoine, l’histoire de mon pays d’origine. C’est aussi une fierté que de pouvoir accueillir cette exposition dans ma ville d’adoption, au moment où j’y dirige les affaires culturelles et sportives.
Q – Avec divers autres projets, la coopération genevoise est très présente au Liban ; cela va-t-il continuer ?
R – Je l’espère. Le Liban et la Suisse ont beaucoup de points communs, à commencer par la nécessaire diversité qui les compose. Je suis attaché à la coopération, au dialogue, à l’échange, qui sont pour moi les seules manières d’avancer par-delà nos différences, d’abattre les frontières qui nous empêchent de progresser et d’aller vers l’autre.
Le patrimoine oriental, projet de publication présenté par P. Maroun Atallah à Genève
Au-delà des identités meurtrières : le patrimoine oriental, ciment des cultures multiples du Moyen – Orient
Maroun Atallah,
ancien directeur du CERO (Centre de Recherches et d’Etudes Orientales)
présentera son projet éditorial sur le patrimoine oriental
mercredi 5 décembre à 18h
Un projet original et novateur, apportant une perspective globale face aux divisions du Moyen-Orient, en quête d’une convivialité dépassant les clivages identitaires fondés sur un seul critère (la langue, la religion ou l’ethnie), en éveillant la conscience du fond commun résultant de la conjugaison d’un ensemble de critères, capable d’harmoniser la diversité des communautés en un tout cohérent.
Ce projet innove aussi en démontrant que ce patrimoine a été et reste perméable à son environnement, en osmose et interaction réciproques avec lui et donc en évolution permanente. Il fait ainsi apparaître le patrimoine oriental comme un corps vivant, capable de s’intégrer de manière souple et pacifique dans le concert des civilisations du monde.
Une réponse aux déchirures du Moyen-Orient qui menacent la paix du monde, jaillissant de ses failles mêmes, porteuse d’un nouveau paradigme de relations humaines et culturelles prometteur, face aux défis non seulement du Moyen-Orient, mais aussi de l’Europe et au-delà ?
La conférence sera suivie d’un verre de l’amitié à la Librairie arabe "L’Olivier" :
5 rue de Fribourg – 1201 Genève
022 731 84 40 admin@arabooks.ch
« Dans l’œil des autres », un ouvrage lancé à Beyrouth, pour cerner l’action de Médecins sans frontières
Par Patricia KHODER | 16/12/2011
Social Le rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique était au centre d’un débat à l’Université américaine de Beyrouth, à l’occasion d’une conférence organisée conjointement par l’AUB et Médecins sans frontières (MSF).
La conférence organisée à l’AUB sur le thème du rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique a fourni l’occasion à Médecins sans frontières de lancer son livre Dans l’œil des autres – Perception de l’action humanitaire et de MSF, dirigé par Caroline Abu-Sada, coordinatrice de l’unité de recherches de MSF-Suisse.
Depuis 2010, elle représente l’organisation au sein du Comité directeur du Cerah (Centre d’études et de recherches sur l’action humanitaire) à Genève.
Mme Abu Sada, à l’instar de Ghada Hatim, directrice exécutive de MSF pour le monde arabe, et Bruno Jochum, directeur général de l’organisation internationale, sont venus spécialement au Liban pour l’occasion. Lire la suite…
Le cinéma libanais sur tapis rouge genevois
28/04/2011

De gauche à droite: Zahi Haddad, Nida Wakim, Bahij Hojeij et Élie Khalifé, réalisateur de «Ya Noosak».
Événement Du 11 au 17 avril 2011, le Festival international du film oriental de Genève (Fifog) a mis le cinéma libanais sous les feux de la rampe. Un focus qui a présenté une dizaine de films témoignant d’un certain renouveau du cinéma libanais. Retour sur images avec Zahi Haddad, fondateur de l’agence « le Z Link », qui a coordonné cette sélection libanaise.
Un festival pour les minorités
Directeur artistique du festival, Tahar Houchi a d’emblée rappelé que cette sixième édition du Fifog était «dédiée à toutes les minorités qui constituent finalement la plus grande majorité du monde (…) Et il ne s’agit pas de parler uniquement en termes quantitatifs, mais surtout d’accès à l’image, comme c’est le cas des femmes ou des jeunes, par exemple.»
Côté libanais, Bahij Hojeij et Élie Khalifé ont respectivement présenté Chatti ya Dini et Ya Noosak devant un public enchanté par une belle diversité de styles et de thématiques. De la même façon, les productions de Zeina Daccache et de de Gaulle Eid, 12 Libanais en colère et Chou Sar? ont marqué les esprits. Au registre des courts-métrages, les quatre lauréats du dernier festival «…né à Beyrouth» étaient de la partie, de même que Un mardi de Sabine el-Chamaa. «Nous avons également voulu faire un clin d’œil au très frais Beirut I Love You (I Love You Not) de Mounia Akl et Cyril Ariss, qui a d’ailleurs remporté le Prix coup de cœur du comité du Fifog, raconte Zahi Haddad.
En attendant 2012
Le festival a aussi été l’occasion pour les metteurs en scène libanais de participer à une rencontre avec le public à la librairie arabe «L’Olivier». Tous ont rappelé les difficultés découlant du manque de moyens financiers et de structures de défense du cinéma libanais. Certains ont même évoqué l’introduction nécessaire de quotas pour promouvoir les productions locales. Malgré cette situation quelque peu alarmante, l’unanimité s’est aussi dégagée sur la qualité du public libanais, capable de s’intéresser à tout style et toute culture de cinéma, et pas seulement aux films venant de l’omniprésent box-office américain.
Plus encore, dans la foulée d’œuvres comme Bosta de Philippe Aractingi ou Caramel de Nadine Labaki, les œuvres libanaises «remportent de très beaux succès dans nombre de festivals internationaux et sont régulièrement récompensées», a commenté Bahij Hojeij. Elles démontrent un dynamisme à toute épreuve, même si «c’est à chaque fois une aventure et que nous devons être à la fois réalisateur, producteur, promoteur, best boy et j’en passe», s’est exclamé Élie Khalifé.
Un cinéma en plein renouveau donc, qui s’appuie beaucoup sur les financements et les festivals étrangers. Et qui vient de passer par Genève. «Pour 2012, j’espère que nous pourrons faire mieux, avec une sélection encore plus étoffée et structurée», ajoute Zahi Haddad.
De belles perspectives d’avenir, en attendant de nouvelles images partagées entre deux Suisses qui se cherchent toujours un peu.
Pour plus d’informations
www.fifog.com et
www.neabeyrouth.org


