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Articles Tagués ‘Georges Corm’

Le Proche-Orient : un paysage éclaté sur le chemin de l’unité ?

Dans le cadre des cycles de conférence consacré au thème « Comprendre les révolutions dans le monde arabe : entre unité et éclatement », l’Université citoyenne du Blanc-Mesnil organise une rencontre autour du thème

Le Proche-Orient : un paysage éclaté sur le chemin de l’unité ?

le jeudi 31 mai 2012 à 18h30

Au Forum, salle Betsy Jolas

avec Georges Corm

Juriste, économiste et historien, Georges Corm est un spécialiste mondialement reconnu du Moyen-Orient et de la Méditerranée. Ancien ministre des Finances de la république libanaise (1998–2000), il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire du Proche-Orient. Il a fondé en 1985 le Cabinet Georges Corm et a réalisé de nombreuses missions de consultant auprès d’organismes internationaux et de banques centrales.

Source : Médiathèque du Blanc-Mesnil

Anthologie de l’art plastique au Liban

8 février 2012 Poster un commentaire

Par Edgar DAVIDIAN | 30/01/2012

VIENT DE PARAÎTRE Un gros pavé, en langue arabe, pour cerner le vaste et prolifique mouvement de l’art plastique au Liban depuis ses débuts, aux abords des années 1900, jusqu’à ses nombreux éclatements actuels. Pour cela, un livre, « Richat fi mahab el-rih » (Un pinceau au vent) – Dar al-Hiwar al-Jadid, 623 pages –, signé Georges el-Rassi. Un répertoire important pour se retrouver à travers le dédale de plus de 250 artistes de tous crins, tous en quête de création…

En couverture, comme pour rester dans le sillage de la créativité, « Antar et Abla », mythique couple d’amoureux représenté sur toile par Rafic Charaf, sabre au vent sur un fringant pur-sang arabe…

Analyse du mouvement pictural libanais, l’un des plus importants du monde arabe, à travers de petites biographies soigneusement documentées (avec rectification et remise à jour des dates de naissance ou de décès de certains, reproduits un peu chaotiquement par la presse) pour chaque peintre. Ainsi qu’une introduction générale concernant les données sociales (fondation et développements des universités, centre d’art et galeries), cadre, source d’inspiration et reflets de la personnalité de tous ceux qui ont envahi salles d’exposition et cimaises, aussi bien au pays du Cèdre qu’à l’étranger. Mis à part les balbutiements à caractère religieux depuis le XVIe siècle, tout commence effectivement avec l’émergence du groupe des cinq : Daoud et son fils Georges Corm, Habib Srour, Khalil al-Salibi, Philippe Mourani et Khalil Gibran. Suit la premiètre Nahda avec Mustapha Farroukh, Omar el-Ounsi, César Gemayel, Saliba Doueihy, Rachid Wehbé, Youssef el-Howayk et les frères Basbous. Lire la suite…

Samir Frangié appelle à « achever la révolution de mars 2005 pour jeter les bases d’un Liban de paix »

26 janvier 2012 Poster un commentaire
MM. Najjar et Audi remettant la médaille du prix Phénix 2011 à Samir Frangié, hier soir, au centre-ville.

MM. Najjar et Audi remettant la médaille du prix Phénix 2011 à Samir Frangié, hier soir, au centre-ville.

PRIX PHÉNIX 2011 C’est entouré de ses parents, amis et proches, pour cet hommage bien mérité – et depuis si longtemps ! – que Samir Frangié s’est vu décerner hier le prix Phénix 2011 de littérature pour son essai Voyage au bout de la violence, publié fin octobre par les éditions L’Orient des livres. La cérémonie de remise du prix – qui consiste en une médaille en or de la Monnaie de Paris, représentant Orphée, et un chèque d’une valeur de 2 000 euros – s’est déroulée dans la soirée d’hier au siège de la Bank Audi, au centre-ville, dans l’amphithéâtre situé à l’intérieur de cet imposant bâtiment. L’occasion pour un Samir Frangié critique de souligner que « la bataille de la paix ne peut pas être menée aujourd’hui par les forces politiques » traditionnelles actuelles. « C’est à nous, citoyens de ce pays, d’assumer nos responsabilités. Comment ? En redonnant vie à cette révolution que nous avons lancée un jour de mars 2005 (… ) et qui n’a pas été l’œuvre de partis politiques, mais de simples citoyens (…) », a-t-il martelé.

Le prix Phénix 2011 est décerné chaque année à un écrivain francophone par un jury présidé par l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf et composé de grandes plumes, comme Yann Queffélec, Paule Constant, Josyane Savigneau, Daniel Rondeau, Mouna Béchara, Lucien George, Vénus Khoury Ghata, Nicole Avril, Salah Stétié, Jean Lacouture et Jabbour Douaihy. Il a déjà récompensé, entre autres, des écrivains de talent comme Ghassan Salamé, Georges Corm, Dominique Eddé, Samir Kassir, Carole Dagher, Joseph Chami, Fady Stéphan, Charif Majdalani et Richard Millet.

Trois orateurs se sont succédé à la tribune durant cette cérémonie : le PDG de la Bank Audi et du groupe Audi Saradar, l’ancien ministre Raymond Audi, le rédacteur en chef de L’Orient Littéraire, l’écrivain Alexandre Najjar, et M. Frangié lui-même.  Lire la suite…

Le Liban ne doit pas devenir un Etat-tampon

19 janvier 2012 Poster un commentaire

Un entretien avec Georges Corm

Pour Georges Corm, historien, ancien ministre libanais des Finances, l’agression israélienne contre le Liban aurait pu s’appeler « chronique d’une agression annoncée ». Rencontré à Paris en septembre, il souligne que la communauté internationale aurait intérêt à ne pas instrumentaliser le Liban, à le transformer en nouvelle zone tampon. La souveraineté tant plaidée pour sortir le pays du Cèdre de l’orbite syrienne ne doit pas se transformer, dit-il, en nouvelle mise sous tutelle, cette fois américaine.

Pour Georges Corm, la guerre de trente-trois jours qui a ravagé le Liban cet été aurait pu s’appeler « chronique d’une guerre annoncée ». Car la résolution 1559 du Conseil de sécurité, d’origine franco-américaine, adoptée en 2004, a ouvert la voie à une déstabilisation du Liban elle aussi annoncée, le texte de la résolution sommant le pays de désarmer le Hezbollah et les organisations palestiniennes dans les camps de réfugiés. Ce que les Libanais considèrent comme une affaire nationale, que seul un « dialogue national » peut résoudre. L’assassinat de Rafic Hariri, en février, puis de plusieurs autres personnalités, a accéléré les événements. Et l’internationalisation de la « question libanaise », puisque la résolution 1559 a alors été suivie de plusieurs autres résolutions ou déclarations du Conseil de sécurité. Pour l’historien, qui interroge la réorientation de la politique française, la résolution 1559 a redonné en quelque sorte au Liban un statut d’Etat-tampon sur la scène régionale au prétexte du rétablissement de sa souveraineté. Aussi souligne-t-il dans ce contexte plusieurs points. D’une part que l’idéologie néo-conservatrice américaine mélange les mouvements de résistance légitimes à l’occupation avec les mouvements jihadistes d’inspiration « qaïdiste ». Il s’agit de les présenter comme ennemis de la paix, comme émanation de l’axe du mal. D’autre part, que les problématiques régionales s’inscrivent aussi dans une situation où un « axe syroiranien  » au Proche-Orient, « tient la dragée haute » à « l’axe américano-israélien ». Enfin, que le retour du Liban à la souveraineté, qui a été mis en avant pour le sortir de l’orbite syrienne, ne doit pas se transformer en nouvelle mise sous tutelle, cette fois américaine. La guerre menée par Israël au Liban dans ce contexte visait à la fois à « nettoyer le Liban » et y pousser ses pions.

Georges Corm plaide aujourd’hui en faveur d’une nouvelle loi électorale et de nouvelles élections, dans la reconnaissance de la complexité des forces politiques en présence au Liban. S’il y a des forces hostiles au Hezbollah, d’autres, et des personnalités comme le général Aoun, dirigeant populaire de la communauté maronite, refusent une confrontation avec le Hezbollah pour préserver l’unité nationale. Hassan Nasrallah, lui, a su se montrer pragmatique. Et la résolution 1701 fait figure de compromis. Reste, dit-il, une question majeure, avec une unanimité de façade : celle du refus de l’implantation des réfugiés palestiniens. La question libanaise est en cela étroitement liée au conflit israélo-palestinien. Georges Corm voit en tout cas à la crise une seule voie de sortie : la normalisation, qui suppose le respect par Israël du droit international.

Sylviane De Wangen et Isabelle Avran, Pour la Palestine n°51, Source : france-palestine.org

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Le « Rassemblement des chrétiens indépendants » : contre le clivage local et pour la pluralité dans la région

14 janvier 2012 Poster un commentaire

Par Scarlett HADDAD | 14/01/2012

ÉCLAIRAGE Les idées sont grandioses, mais le chemin est long devant pour le « Rassemblement des chrétiens indépendants » qui a vu le jour le 8 janvier à Harissa. Moteur de ce rassemblement qui regroupe jusqu’à présent 33 personnalités chrétiennes indépendantes (comme les anciens ministres Michel Eddé, Karim Pakradouni, Naji Boustany, Farès Boueiz , Georges Corm, et les anciens parlementaires Élie Ferzli, Élie Skaff, Pierre Daccache, Gebran Tok, etc), l’ancien ministre Abdallah Farhat explique qu’il s’agit avant tout de briser l’alignement des chrétiens entre le 14 et le 8 Mars, et de tenter de pousser les chrétiens à retrouver un rôle à la fois national et régional. Abdallah Farhat précise que ce sont les propos du patriarche Mgr Béchara Raï qui ont inspiré la naissance de ce rassemblement qui ne se veut pourtant pas un second « Kornet Chehwane ». En réalité, il n’existe aucun lien organisationnel entre Bkerké et le rassemblement, mais une concertation et des lignes directrices qui correspondent à une vision commune du rôle des chrétiens dans la région.

Abdallah Farhat explique qu’alors que le conflit entre sunnites et chiites se précise et se généralise dans la région, y compris au Liban où la division entre 14 et 8 Mars en est quelque part le reflet déguisé, il faudrait redéfinir le rôle des chrétiens qui devrait être rassembleur, au lieu de contribuer à la division. Selon lui, les chrétiens de la région ne peuvent pas se transformer en incitateurs à la discorde, mais au contraire, ils doivent être le moteur d’un rapprochement entre les sunnites et les chiites car il y a va de leur survie. L’ancien ministre invoque à titre d’exemple le fait que la discorde entre sunnites et chiites a provoqué un exode massif des chrétiens d’Irak. Si cette discorde se poursuit et s’amplifie, elle constituera, selon lui, une menace sérieuse pour la présence des chrétiens dans la région. De plus, l’instabilité actuelle causée par les divisions et les conflits entraîne une émigration constante des jeunes chrétiens alors que ceux qui restent n’attendent que les meilleures opportunités pour s’en aller. La précarité et l’instabilité sont donc néfastes pour la présence chrétienne dans la région et, a contrario, tout ce qui rapproche, consolide et favorise cette présence. Enfin, l’expérience de Taëf, estime-t-il, a créé une sorte de malaise et de frustration chez les chrétiens, d’autant que la démocratie libanaise n’a jamais été celle du nombre. Le rassemblement, à ses yeux, vise donc à réclamer et à favoriser le retour des chrétiens au sein des institutions étatiques, pour faire pratiquement revivre l’esprit du pacte national, mis à mal depuis l’accord de Taëf.

Comme le précise Abdallah Farhat, ce sont là les idées du patriarche Raï, et le rassemblement souhaite servir de bloc d’appui à ces thèses tout en créant un espace politico-culturel où les personnalités chrétiennes non alignées sur l’un des deux camps rivaux puissent se retrouver. Le choix de Harissa (le lieu où s’est tenue la rencontre) est voulu car il s’agit d’un symbole à la fois national et chrétien. Il y a eu certes quelques critiques, et des personnalités ayant participé à la rencontre de Saydet el-Jabal ont protesté du fait que Harissa ait accepté d’accueillir une telle rencontre, mais le rassemblement maintient ce lieu pour son prochain rendez-vous prévu le 20 janvier. En principe, le cercle devrait s’élargir et accueillir de nouvelles personnalités. L’ancien ministre révèle ainsi avoir été sollicité par de nombreuses personnalités soucieuses de se rallier au rassemblement.

Au cours de la réunion du 20 janvier, le rassemblement devrait annoncer les grandes lignes de son programme, essentiellement fondées sur les idées du patriarche Raï. Le rassemblement, qui compte se transformer en institution avec des structures claires, souhaite aussi proposer au patriarche maronite de lancer une initiative vers al-Azhar, Qom et Najaf, dans le but de rapprocher les communautés sunnite et chiite. Celles-ci pourrait ainsi s’engager dans un document officiel à empêcher tout conflit communautaire dans le monde arabe et dans la région en général, car, explique Abdallah Farhat, la pluralité est aussi importante que la démocratie qui passe forcément par la protection des minorités. Aucune initiative particulière n’est prévue pour le moment en direction des Frères musulmans, le rassemblement préférant s’en tenir aux autorités religieuses officiellement reconnues. Le rassemblement, précise l’ancien ministre, ne cherche pas à voir grand pour ne pas avoir à exhiber son incapacité à rassembler d’abord les chrétiens du Liban. Il considère simplement qu’il faut dépasser les clivages actuels internes pour s’inscrire dans une dynamique régionale beaucoup plus cruciale pour la présence des chrétiens dans le monde arabe. La pacification de cette partie du monde et la récupération de la cause de Jérusalem, qui reste un des principaux lieux saints chrétiens, sont une obligation chrétienne, estime-t-il.

En dépit (ou à cause) de cette vision régionale, le rassemblement est déjà la cible de nombreuses attaques. Certains l’accusent d’être plutôt proche du 8 Mars et du régime syrien, mais Abdallah Farhat s’en défend et précise qu’il ne fait que reprendre à son compte les propos du patriarche Raï en tentant de les concrétiser par des initiatives politiques. D’autres cherchent à le récupérer dans un but politique, mais les membres de ce rassemblement, appelés d’ailleurs à se multiplier, ne veulent d’aucun alignement, puisque le principal mobile de leur action est le rejet de l’enfermement politique. Ils affirment que leur action intervient à un moment délicat pour la région et pour la présence des chrétiens au Moyen-Orient. Elle s’inscrit dans la politique du Vatican et n’a pas de préférence politique locale. « Nous sommes indépendants, martèle l’ancien ministre, qui occupe en pratique actuellement les fonctions de coordinateur et de porte-parole du groupe. Mais cela ne signifie pas que nous sommes neutres. Nous avons nos opinions qui seront précisées ultérieurement et qui tournent autour du refus du clivage actuel dans le pays et de la nécessité de préserver la pluralité dans la région. »

Source : olj.com

Quand la "rue arabe" sert de modèle au Nord

11 février 2011 Poster un commentaire

LEMONDE | 11.02.11 | 13h36 • Mis à jour le 14.02.11 | 14h24

A partir de la Tunisie, la divine surprise qui a touché la rive sud de la Méditerranée n’est pas aussi simple qu’elle peut apparaître de prime abord. Elle n’est évidemment pas issue de l’Irak. Envahi par l’armée américaine en 2003, sous prétexte de supprimer un tyran et d’y établir une démocratie, l’Irak a, au contraire, connu une involution outrageante dans le communautarisme et l’ethnisme, assortie d’une paupérisation encore plus grave que celle amenée par treize années d’embargo économique onusien, implacable sur ce malheureux peuple.

La surprise n’est pas plus venue du Liban, où, en 2005, la "révolution du Cèdre", appuyée par l’Occident, n’a servi qu’à aggraver le communautarisme et les dissensions internes. Une commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, puis la constitution du Tribunal international spécial pour le Liban n’ont fait que jeter encore plus le trouble entre les deux grandes communautés musulmanes du pays (sunnite et chiite) et aggraver les dissensions internes.

L’attaque israélienne d’envergure de 2006 sur le sud du pays pour éradiquer le Hezbollah n’aura pas non plus été les "douleurs d’enfantement" du nouveau Moyen-Orient de George Bush, suivant les termes scandaleux employés à l’époque par Condoleezza Rice, sa ministre des affaires étrangères. En bref, tous les essais d’imposer la démocratie de l’extérieur n’auront eu pour effet que d’aggraver les tensions et instabilités de la région.

En revanche, c’est un pauvre Tunisien désespéré socialement et économiquement qui, en s’immolant par le feu dans une zone rurale, déclenche la vague de protestations populaires qui secouent le sud de la Méditerranée. Les immolations par le feu se multiplient.

Dans cette vague, il faut bien identifier l’alchimie qui en a fait jusqu’ici le succès : de fortes revendications d’équité sociale et économique, couplées à l’aspiration à la liberté politique et à l’alternance dans l’exercice du pouvoir. Soutenir uniquement la revendication politique que portent les classes moyennes et oublier celle de justice et d’équité socio-économique que portent les classes les plus défavorisées conduira à de graves désillusions. Or, le système qui a mené au désespoir social est bien celui de "kleptocraties" liant les pouvoirs locaux aux oligarchies d’affaires qu’ils engendrent et à des grandes firmes européennes ou à de puissants groupes financiers arabes, originaires des pays exportateurs de pétrole. C’est ce système qui a aussi nourri la montée des courants islamistes protestataires.

La vague de néolibéralisme imposée aux Etats du sud de la Méditerranée depuis trente ans a facilité la constitution des oligarchies locales. La façon dont ont été menées les privatisations a joué un rôle important dans cette évolution, ainsi que les redoutables spéculations foncières et le développement des systèmes bancaires, financiers et boursiers ne profitant qu’à cette nouvelle oligarchie d’affaires. Or, de nombreux observateurs ont naïvement misé sur le fait que ces nouveaux entrepreneurs seraient le moteur d’un dynamisme économique innovant et créateur d’emplois qui entraînerait l’émergence d’une démocratie libérale.

La réalité a été tout autre. Le retrait de l’Etat de l’économie et la forte réduction de ses dépenses d’investissement pour assurer l’équilibre budgétaire n’ont pas été compensés par une hausse de l’investissement privé. Ce dernier était supposé créer de nouveaux emplois productifs pour faire face aux pertes d’emplois provoquées par les plans d’ajustement structurels néolibéraux et à l’augmentation du nombre de jeunes entrant sur le marché du travail. Le monde rural a été totalement délaissé et la libéralisation commerciale a rendu plus difficile le développement de l’agroalimentaire et d’une industrie innovante créatrice d’emplois qualifiés.

Face aux fortunes considérables qui se sont constituées ces dernières décennies, le slogan "L’islam est la solution" a visé, entre autres, à rappeler les valeurs d’éthique économique et sociale que comporte cette religion. Ces valeurs ressemblent étrangement à celles de la doctrine sociale de l’Eglise catholique. C’est pourquoi, si la question de l’équité et de la justice économique n’est pas traitée avec courage, on peut penser que les avancées démocratiques resteront plus que fragiles, à supposer qu’elles ne soient pas habilement ou violemment récupérées.

Au demeurant, les organismes internationaux de financement, tout comme l’Union européenne, portent eux aussi une certaine responsabilité. Les programmes d’aides ont essentiellement visé à opérer une mise à niveau institutionnelle libre-échangiste, mais non à changer la structure et le mode de fonctionnement de l’économie réelle. Celle-ci, prisonnière de son caractère rentier et "ploutocratique", est restée affligée par son manque de dynamisme et d’innovation.

Partout, le modèle économique est devenu celui de la prédominance d’une oligarchie d’argent, liée au pouvoir politique en place et aux pouvoirs européens et américains et à certaines grandes firmes multinationales. Le Liban en est devenu un modèle caricatural où des intérêts financiers et économiques servent à perpétuer des formes aliénantes de pouvoir en s’abritant derrière des slogans communautaires scandaleux tels que celui de "bons" sunnites opposés aux "dangereux" chiites.

Pour que les choses changent durablement en Méditerranée pour qu’un ensemble euro-méditerranéen dynamique, compétitif et pratiquant l’équité sociale puisse émerger, ne faut-il pas que la société civile européenne suive, à son tour, l’exemple de ce qui a été jusqu’ici dédaigneusement appelé dans les médias la "rue arabe" ? Qu’elle élève à son tour le niveau de contestation de la redoutable oligarchie néolibérale qui appauvrit les économies européennes, n’y crée pas suffisamment d’opportunités d’emplois et précarise chaque année un plus grand nombre d’Européens de toutes les nationalités. Cette évolution négative s’est, elle aussi, faite au bénéfice de la petite couche de "manageurs" dont les rémunérations annuelles accaparent toujours plus la richesse nationale.

Au nord comme au sud de la Méditerranée, ces "manageurs" soutiennent les pouvoirs en place et dominent la scène médiatique et culturelle. Il nous faut donc repenser en même temps le devenir non plus d’une seule rive de la Méditerranée, mais bien de ses deux rives et de leurs liens multiformes.

L’exemple de la rive sud devrait stimuler aujourd’hui sur la rive nord la capacité de penser sur un mode différent un autre avenir commun.

Source: Le Monde

Où est passée l’Union pour la Méditerranée ?

7 février 2011 Poster un commentaire

LEMONDE.FR | 07.02.11 | 09h16  •  Mis à jour le 07.02.11 | 14h34

Où est passée l’Union pour la Méditerranée (UPM) ? Comment se fait-il que nous ne l’entendions pas s’exprimer, à propos de la révolution en Tunisie, sur le sens de ce grand mouvement de protestation contre la faim et pour l’Etat de droit qu’orchestre partout la jeunesse arabe d’Alger au Caire en passant par Amman ?

Ce silence est incompréhensible quels que soient les arguments de realpolitik que l’on pourra avancer. Il est une gifle à l’esprit fondateur de cette union, dont le but clair est, par le biais de la réussite économique, permettre l’avènement de sociétés pluralistes et de tolérance mutuelle.

Une conversion démocratique unique se passe sous nos yeux, et la seule institution courageuse et pertinente pour allier Nord et Sud se tait. Bien sûr, tous les signaux politiques incitent à la prudence : la démocratie n’est pas assurée d’advenir en Tunisie. Cette transition peut tourner au drame avec à un aller simple vers le passé. Qui sait d’ailleurs ce que réserve l’évolution en Egypte et en Algérie ?

Certes, L’Union pour la Méditerranée n’a pas pour objet de traiter des questions politiques entre les Etats mais de s’occuper "seulement" de régler des sujets économiques et environnementaux urgents et nécessaires. Certes, comme l’écrivait Charles de Gaulle, "les voies de l’angélisme n’amènent pas à celles de l’Empire"

Mais voilà, la créature "UPM" a échappé à ses créateurs et elle a produit autour d’elle une véritable attente, une croyance que "tout ce qui nous rassemble est supérieur à ce qui nous sépare", comme le disait Nicolas Sarkozy, dans son discours de Tanger. En effet, la lutte contre la pauvreté, pour des droits fondamentaux et élémentaires, pouvoir se nourrir, bref connaître la dignité d’être tout simplement "humain", est le cœur de ce qui rassemble les peuples de la Méditerranée, au Nord, à l’Est comme au Sud.

Car, L’Union pour la Méditerranée, au-delà de l’institution en tant que telle, est un formidable miroir grossissant dans lequel l’Europe et les pays arabes se regardent désormais. Ce n’est pas une couche diplomatique supplémentaire sur le gâteau des chancelleries nationales. L’Union pour la Méditerranée oblige les peuples à mieux se connaître. En Europe, cette Union impose à ses citoyens de revenir sur leur amnésie concernant l’autre rive, à reconsidérer leurs "trous noirs" mémoriels comme le dit Georges Corm dans son ouvrage Orient-Occident, La fracture imaginaire (La Découverte, 2002).

Dans les pays Arabes, l’Union questionne les régimes, les sociétés civiles organisées, les jeunesses sur l’avenir qu’ils envisagent entre revendication identitaire arabe et/ou nationale et/ou musulmane et désir de valeurs centrales occidentales. Bref, faire le ménage, dans leur trop plein de mémoires affectives et une histoire à se réapproprier (Lire Le dérèglement du monde d’Amin Maalouf (éditions Grasset, 2009)).

A cet effet "miroir", se rajoute un dommage collatéral positif : celui de la mise à mal de la rassurante et bien heureuse ignorance. Une relecture des imaginaires et des symboles de la Méditerranée n’est plus évitable, en plus de celle de l’histoire. C’est un travail long et périlleux, que celui du pari de l’intelligibilité des rapports sociaux, culturels et politiques entre tous ces peuples, mais il est indispensable.

Non pas seulement par pur plaisir intellectuel ou soif de rétablir des vérités historiques, mais aussi et surtout pour que la Méditerranée "devienne ce qu’Elle est" pour paraphraser Nietzsche, à savoir la première puissance économique, politique et culturelle du monde. L’Union pour la Méditerranée peut, quelle que soit sa forme, confédérale ou associative, incarner le symbole premier des peuples de la Méditerranée depuis que l’histoire nous le rapporte sous une forme oxymorique : celui de la densité de la vie et du sens de la mesure issus de toutes ses civilisations, gréco-latine, judéo-arabo-andalouse, christiano-rationnelle en vues d’une union culturelle et politique possible. Et rappeler définitivement que seule la démocratie est l’outil capable de doser cet ensemble si complexe.

L’Union pour la Méditerranée pourra enfin, après la période utile et nécessaire de repentance, de regrets et de reproches entre les deux rives, sortir de leurs tétanies respectives pour qu’Européens et Arabes épousent ensemble l’histoire de ce siècle qui a commencé sans eux.

Source: Le Monde

"Le Nouveau Gouvernement du monde", de Georges Corm : pour une "dé-mondialisation"

17 janvier 2011 1 commentaire

04.01.11 | 15h35

Il en a assez, Georges Corm ! Assez d’entendre parler des exigences de la mondialisation. Assez d’entendre les mêmes rengaines sur "le rôle (toujours à réduire) de l’Etat dans l’économie, la (nécessaire) flexibilité des salaires, l’adaptation (à la baisse) des régimes de retraite ou l’impact (évidemment nocif) de la fiscalité sur "l’amélioration du climat des affaires", objectif essentiel du bonheur de l’humanité". Dix-huit ans après avoir dénoncé Le Nouveau Désordre économique mondial (La Découverte, 1993), il reprend la plume, et ce n’est pas pour mettre de l’eau dans son vin.

Ce livre intelligent et décoiffant prendra beaucoup de monde à rebrousse-poil. On peut contester les idées de Georges Corm, mais pas ses compétences : économiste, historien, enseignant, consultant de divers organismes internationaux ou de sociétés privées, il a exercé, de 1998 à 2000, le poste de ministre des finances du Liban : une excellente "loupe grossissante", selon lui, pour observer le désastre.

Un pied dedans, un pied dehors, il se considère comme "un participant périphérique du système de pouvoir mondialisé". Dans ce système, il ne voit que des sociétés déstructurées, des familles éclatées par des mouvements migratoires, des crispations identitaires mortifères, des Etats progressivement dépossédés de leurs compétences… On a jeté aux orties, selon lui, toutes les bases de l’éthique héritées de la Renaissance et des Lumières.

Écran  de fumée

Mais comment se faire entendre ? L’effondrement du bloc soviétique a laissé place à un néolibéralisme triomphant. La mise en place d’un espace économique mondial, unifié et libre d’accès, apparaît irrépressible, dans l’ordre des choses. Ceux qui la mettent en question passent pour des esprits chagrins, des socialistes attardés, des anticapitalistes indécrottables.

Un totalitarisme de la pensée a été remplacé par un autre, écrit Georges Corm. Tout au plus peut-on débattre d’écologie et de réchauffement climatique. Le système ne peut être critiqué qu’à la marge. On l’a vu lors de la récente crise financière qui n’a donné lieu qu’à des mesures partielles pour contrôler les banques, limiter les bonus des traders ou entraver les paradis fiscaux.

Faire la révolution ? L’économiste libanais a passé l’âge des barricades. Il prône une "dé-mondialisation progressive" qui permettrait de "défaire les mécanismes les plus nocifs", mettre un terme aux absurdités économiques et sociales du système actuel et y "ramener de la raison et de l’éthique".

Sachant que ce ne sera pas facile, en raison notamment de la manière homogène et stéréotypée dont l’économie est enseignée à l’échelle mondiale : on forme des bataillons de défenseurs acharnés de la globalisation, munis d’un nouveau vocabulaire qui sert d’écran de fumée. Il n’y est question que de "gouvernance" améliorée, de croissance "durable" et de "transparence" à toutes les sauces…

Georges Corm n’a jamais été tendre pour les Etats-Unis, ce "gendarme du monde" qui est à l’origine de "la pensée unique", alors que "le progrès ne se déclenche que par l’interaction des cultures entre elles, les échanges de connaissances et d’expériences". Pour lui, l’oeuvre mondialisatrice a commencé… en 1492, par l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique.

Ses espoirs se tournent pourtant de ce côté-là : parmi les facteurs possibles de changement, il parie sur "un déclin continu de la puissance économique américaine". On ne sait si c’est d’abord une prédiction ou un souhait.

LE NOUVEAU GOUVERNEMENT DU MONDE de Georges Corm. La Découverte, 300 p., 19 €.

Source: Le Monde.fr

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Pourquoi cet acharnement contre les chrétiens d’Orient ?

9 janvier 2011 Poster un commentaire

08/01/2011, Par Cheikh Mohammad NOKKARI

Pour expliquer les raisons de l’acharnement contre les chrétiens d’Orient, je m’écarte de la thèse classique, pourtant apparente et susceptible d’être soutenue, qui indique que ces attaques seraient téléguidés par un groupe de musulmans extrémistes. Sans jamais passer sous silence leurs actions aveugles, extrémistes et contraires aux principes tolérants de l’islam, je pointe du doigt d’autres vrais coupables à qui profitent ces crimes.

L’islam, comme les autres religions, a connu tout au long des siècles des groupes extrémistes qui sont nés puis ont disparu. Leurs agissements perceptibles et identifiables étaient limités dans le temps et dans l’espace. Mais c’est la première fois qu’on assiste à une généralisation des attaques extrêmement violentes dont les commanditaires ne peuvent qu’être dépourvus de tout humanisme, de tout respect à la vie, et de toute piété envers Dieu. La rapidité et l’efficacité avec lesquelles opèrent les exécuteurs de ces massacres, en franchissant rapidement et facilement les frontières, laissent supposer que nous sommes devant des commanditaires extrêmement puissants et bien organisés à l’échelle mondiale. Le fil conducteur, selon l’avis de plusieurs observateurs avisés, devrait être recherché dans la pensée de quelques rabbins extrémistes qui croient à la proche venue du Messie, laquelle surviendrait après une grande guerre au Moyen-Orient. Si ces idées étaient propagées uniquement à l’intérieur du cercle fermé de ces rabbins, sans vouloir influencer d’autres groupes activistes et extrémistes, les méfaits dévastateurs de telles prophéties seraient restés limités à leurs écrits. Mais ces idées ont été vite adoptées et activement soutenues par les chrétiens fondamentalistes des États-Unis très influents sur la scène politique américaine. Un de leurs porte-parole a scandé en 2002 : « Il ne peut y avoir de paix avant l’avènement du Messie » (voir l’article qui porte le même titre dans Le Monde diplomatique de septembre 2002).

Ces deux visions, presque identiques, côtoient une politique sioniste qui rêve du Grand Israël lequel, pour vivre en tant qu’État exclusivement juif, doit être entouré d’États confessionnels. Les cartes de ces États existent : il s’agit d’un ou plusieurs États sunnites, d’un État chiite, d’un État druze, d’un État alaouite. Mais ce qui reste ambigu, c’est l’existence d’un État chrétien, ou plutôt la présence des chrétiens en Orient. Question : pourquoi l’existence de ces chrétiens leur pose un problème majeur ? Préféreraient-ils les déplacer en dehors du Moyen-Orient, comme ils ont essayé de le faire plusieurs fois, ou les regrouper à l’intérieur du Liban ? Ce qui me paraît plausible, c’est qu’ils cherchent à faire de cette question des « chrétiens d’Orient » un sujet de conflit, qui dégénère avec les tensions sunnites-chiites, en guerre globale.

Ni les sunnites ni les chiites ne voient dans l’existence immémoriale et enracinée de leurs frères chrétiens en Orient une menace qui pèse sur eux. Au contraire, le multiconfessionnalisme est un produit de l’islam et son respect passe par le respect même du Coran qui en fonde ses principes intangibles. Tel n’est pas le cas de l’exclusivisme judaïque qui donne son caractère juif à l’État d’Israël (voir le livre de Georges Corm : Introduction à l’étude des sociétés confessionnelles, et le livre d’Edmond Rabbath : La formation historique du Liban politique et constitutionnel).

La guerre d’Irak, les massacres des chrétiens irakiens (on parle des milliers de missionnaires sionistes qui opèrent actuellement en Irak), les troubles confessionnels en Égypte entre musulmans et coptes, la division du Soudan en Nord et Sud, les illusions d’une crainte arabe face à une hégémonie perse, les préparatifs de déclenchement à tout moment d’une guerre sunnites-chiites, sont tous orchestrés par les mêmes chefs.

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