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Liban : divergences chrétiennes sur la Syrie
Par Frédéric Pons, 22/12/2011 – Valeurs Actuelles.com
Les chrétiens d’Orient s’interrogent sur l’issue de la crise syrienne. À Beyrouth, Michel Aoun (majorité) et Samir Geagea (opposition) sont, une nouvelle fois, en désaccord. Nous leur donnons la parole.
L’affaire paraissait simple. Les difficultés de Bachar al-Assad auraient dû réjouir les chrétiens libanais qui, a priori, ne pouvaient que souhaiter la fin rapide de ce régime qui fit tant de mal au Liban, à eux en particulier. Mais ce n’est pas le cas, et il est bien difficile de se faire une idée claire de ce que pense la communauté chrétienne, comme une délégation de nos lecteurs avait pu le constater lors du voyage d’études Valeurs actuelles-Ictus en octobre. Le général Michel Aoun affirme redouter pour les chrétiens l’arrivée d’une majorité sunnite islamiste en Syrie. Celui qui fut l’un des plus ardents partisans de la souveraineté libanaise, courageusement défendue les armes à la main (1989-1990) face à l’armée syrienne, est désormais allié au Hezbollah, le parti-milice chiite, qui est le meilleur allié de la Syrie et de l’Iran au Liban. À l’inverse, Samir Geagea a pris fait et cause pour l’opposition syrienne. Chef des Forces libanaises, le parti chrétien allié lui aux sunnites de Saad Hariri, aujourd’hui dans l’opposition, il espère la fin du régime Assad et l’établissement de la démocratie, « le meilleur rempart pour les chrétiens d’Orient ».
Adulés par leurs amis, haïs par leurs adversaires, accusés chacun d’être financé par l’étranger (la Syrie et l’Iran pour Aoun, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour Geagea), les deux chefs chrétiens ont accepté de répondre aux mêmes questions, pour nous éclairer. Lire la suite…
Raï examine avec Sleiman, à Amchit, le bilan des assises maronites
06/06/2011
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a rendu visite hier au président Michel Sleiman, à sa résidence de Amchit. L’entretien a été principalement axé sur les résultats des assises maronites élargies qui se sont tenues le 2 juin à Bkerké, à l’initiative et sous l’égide de Mgr Raï, en présence des quatre pôles maronites, le leader des Kataëb, le président Amine Gemayel, le chef du CPL, Michel Aoun, le chef du parti des Forces libanaises, Samir Geagea, et le chef des Marada et député de Zghorta, Sleimane Frangié. Une trentaine de députés maronites, représentant les différents blocs parlementaires chrétiens (du 14 et du 8 Mars), ont également participé à ces assises au cours desquelles deux grands dossiers ont été discutés : la vente des terrains appartenant aux chrétiens et la présence chrétienne au sein des administrations publiques.
Par ailleurs, le patriarche maronite a présidé hier à Bkerké une messe à l’occasion de la célébration de la 45e Journée mondiale des médias. Ont notamment participé à la cérémonie religieuse le nonce apostolique, le patriarche grec-catholique, Mgr Grégoire III Laham, ainsi que des représentants du patriarche syriaque-catholique et du patriarche arménien-catholique, l’évêque latin, Mgr Boulos Dahdah, plusieurs autres dignitaires religieux et de nombreux journalistes et responsables de médias.
Dans son homélie, le patriarche Raï a notamment appelé « le pouvoir politique à sortir le pays de la paralysie dans laquelle il se débat, en formant un gouvernement qui œuvre à préserver et consolider la dignité du citoyen au Liban ». « Nous invitons en outre les dirigeants à trouver les formules qui puissent permettre aux hautes autorités du pays d’adopter les décisions adéquates qui s’imposent lorsque les institutions constitutionnelles sont menacées de paralysie, comme c’est le cas aujourd’hui », a ajouté Mgr Raï.
Le patriarche Raï a d’autre part rendu hommage aux journalistes, mettant l’accent à cette occasion sur l’importance du rôle des médias au niveau du « rapprochement entre les personnes, les collectivités et les peuples ». « C’est grâce aux médias que le monde est qualifié dans ce cadre de grand village, a souligné Mgr Raï. Les médias s’emploient à transmettre les cultures et les civilisations en vue d’aboutir à un monde plus juste, fondé sur la paix et la solidarité. Les médias s’emploient aussi à forger une opinion publique saine et objective. »
En conclusion, Mgr Raï a indiqué que le pape Benoît XVI a adressé aux chrétiens à l’occasion de la Journée mondiale des médias un message axé sur le rôle croissant joué par les médias, notamment à l’ère du réseau Internet.
Source: L’Orient Le Jour
Entre la Résurrection et l’Inferno, le gouvernement dans les limbes
26/04/2011
Les fêtes pascales sont terminées, et il est question d’une « reprise » dès aujourd’hui de la « dynamique » politique, avec le retour du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, de son séjour britannique. Nombre d’obstacles auraient été aplanis, selon des sources politiques informées – qui répètent inlassablement ce qu’elles disent depuis des semaines déjà, sans préciser pour autant quels sont lesdits « obstacles » qui ont été aplanis et quels sont ceux qui restent encore. Le nœud gordien resterait la question du ministère de l’Intérieur, et la bataille entre le président Michel Sleiman et le chef du CPL Michel Aoun sur la gestion de ce portefeuille – et des portefeuilles sécuritaires. Nagib Mikati aurait opté en faveur de l’option Sleiman, mais le député du Kesrouan s’accrocherait tous azimuts à sa revendication. Qu’à cela ne tienne, M. Mikati serait de retour avec de nouvelles propositions pour débloquer la situation et sortir de l’immobilisme, d’autant que la situation régionale continue de s’envenimer.
Or, précisément, pour certains analystes bien informés, la naissance du nouveau cabinet est sans cesse avortée en raison d’un paradoxe absolu : le 8 Mars (l’axe Hezbollah-Aoun surtout) souhaiterait un gouvernement de confrontation au plus vite (toutes les déclarations du week-end écoulé, notamment de cheikh Nabil Qaouk, Ali Hassan Khalil ou Kassem Hachem vont dans ce sens), traduisant bien le basculement de la majorité en sa faveur, dans l’attente notamment de la bataille à venir contre le Tribunal spécial pour le Liban. Sauf qu’un tel gouvernement de « faucons », dont l’objectif serait spécifiquement d’asseoir la domination du 8 Mars sur le pays, conduirait immanquablement – et c’est là le grand paradoxe – à une véritable déstabilisation de la scène libanaise, dans le cadre d’une situation régionale déjà ultrasismique. Il aurait donc les effets contraires et accélérerait une détérioration des événements. Cela, Nagib Mikati l’aurait bien compris, d’où son insistance, avec le chef de l’État, en faveur d’une formule ministérielle moins provocatrice qui pourrait générer le minimum vital requis de consensus.
Le grand problème, c’est que l’arbitre qui a donné le feu vert pour la chute du cabinet Hariri en janvier dernier et qui doit trancher entre les « faucons » et les « colombes », à savoir le régime syrien, est aujourd’hui accaparé par la crise sanglante qui se déroule chez lui. D’où une incapacité, toujours selon ces analystes, à se décider sur l’option à suivre. Un cabinet de « guerre » au Liban signifierait un affront supplémentaire à la communauté internationale et au 14 Mars, à l’heure où le régime peut bien se passer de la création d’un nouveau front. Un cabinet de « colombes » le mettrait en porte-à-faux avec ses alliés proches, le Hezbollah et Michel Aoun. L’arbitre distrait par ses propres problèmes, il n’y aurait donc personne pour mettre fin aux zizanies locales à l’intérieur du 8 Mars et pour brider les ardeurs du chef du CPL, notent ces analystes. Sans compter que Damas, affaibli par ses luttes intestines, n’aurait pas intérêt à poursuivre sa guerre contre le 14 Mars et contre une partie du camp arabe, surtout au moment où le ton monte considérablement entre les pays du Golfe et l’Iran.
Des crises toutes plus graves les unes que les autres, et en cercles concentriques, donc. Un peu comme l’Enfer de Dante, somme toute.
Source: L’Orient Le Jour
Le pays tombe en déliquescence… et toujours point de gouvernement
Par Élie FAYAD | 27/04/2011
La situation
Un monde arabe à nos portes en proie aux débordements de toutes sortes, des indicateurs économiques qui virent au rouge l’un après l’autre, des prix de combustibles qui s’envolent, un chaudron social en état d’ébullition, un tourisme morose, des prisons en mutinerie quasi permanente, une culture de l’illégalité gagnant les esprits comme les terres, une administration plus exsangue que jamais et, last but not least, un ministre sortant des Affaires étrangères qui gère la diplomatie libanaise comme on gère un héritage familial : le Liban vit des moments très difficiles, mais cela n’est, semble-t-il, toujours pas suffisant pour que le sentiment d’urgence prévale chez nos faiseurs de gouvernement.
Un constat s’impose : si, depuis que le 14 Mars a annoncé sa décision d’entrer en opposition, le canevas gouvernemental s’est révélé si compliqué à composer, c’est que le fil qui unit entre eux les autres protagonistes est tout sauf solide.
De fait, pas un jour ne passe sans que l’on ait l’impression que ce fil est sur le point de craquer, que les composantes du 8 Mars sont à la veille de se crêper le chignon – ce qu’elles font déjà, mais à fleurets mouchetés – et que le 8 Mars d’un côté et les « centristes » de l’autre sont à deux doigts d’un conflit planétaire entre eux.
Qu’elle est belle, la nouvelle majorité ! Elle l’est d’ailleurs à un point tel qu’on se demande si le gouvernement, à supposer qu’il soit formé de sitôt, ne serait pas à son image actuelle, c’est-à-dire un ensemble informe dont les éléments se guettent les uns les autres, s’observent en chiens de faïence, se chicanent les privilèges et les prérogatives, se renvoient la balle et les pointes acérées. Auquel cas point n’est besoin d’un gouvernement, si ce n’est que pour perpétuer le dépérissement de l’État, des institutions et de la vie publique au Liban.
Dans tout cela, il s’en trouve d’aucuns qui ne perdent pas le nord (ou plutôt, en l’occurrence, l’est). Prompt à défendre en tout temps la cause du régime syrien, le président de la Chambre, Nabih Berry, a mis une pointe d’honneur hier à dédouaner ce dernier de l’impasse gouvernementale libanaise. « Le retard pris pour former le cabinet est un complot contre la Syrie », a-t-il lancé. Qui donc, au sein de la nouvelle majorité, comploterait-il contre celle par qui le basculement de majorité a été rendu possible ? Est-ce Michel Sleiman, Nagib Mikati ou le général Michel Aoun et ceux qui, jusqu’ici, continuent, vaille que vaille, de le soutenir ?
La question mérite d’être posée d’autant que la sortie de M. Berry est intervenue après une entrevue, quelques heures auparavant, avec le Premier ministre désigné, lequel lui a fait savoir, primo, qu’il ne comptait pas se récuser et, secundo, qu’il ne saurait être question de livrer le ministère de l’Intérieur au général Aoun.
Comme il fallait s’y attendre, ce dernier a réagi en tirant à boulets rouges sur le tandem Sleiman-Mikati, le premier se voyant invité à ne pas confondre la Constitution avec une « serpillière » et le second à ne pas rejeter la faute sur les autres quand c’est lui qui temporise, les yeux rivés sur les événements de Syrie.
Mais ils sont nombreux ici à suivre avec anxiété l’évolution de la situation de l’autre côté de la frontière. L’un d’eux, Walid Joumblatt, se trouvait hier à Damas et l’on pense que les nouvelles fraîches qu’il apportera à son retour, aujourd’hui, serviraient d’indicateur pour ce qui est du sort du processus gouvernemental.
Au cas où cela intéresserait encore quelqu’un.
Source: L’Orient Le Jour
Sleiman de Bkerké : Le Liban appuie la volonté de réforme en Syrie
26/04/2011

Le président Sleiman s’adressant aux journalistes à Bkerké, hier : L’armée libanaise a eu une « conduite civilisée » envers les manifestants.
Communauté À partir de Bkerké, où il a assisté à la messe de Pâques, le président Sleiman a mis les points sur les « i », en matière de gouvernement et à l’égard des troubles en Syrie et dans le monde arabe.
Le chef de l’État, le général Michel Sleiman, a mis dimanche les points sur les « i » au sujet du processus de formation du gouvernement, et en particulier concernant la volonté du général Michel Aoun d’être représenté dans le nouveau cabinet par un nombre de ministres proportionnel à l’importance de son bloc parlementaire, sans tenir compte du chef de l’État.
Le président Sleiman , qui a assisté à la messe de Pâques au siège patriarcal, conformément à la tradition, a précisé devant les journalistes accrédités à Bkerké que le Premier ministre désigné « n’a pas posé de délai » à la formation du gouvernement, mais a affirmé qu’il en serait question « après les fêtes » dès la reprise des consultations.
« Il n’y a pas d’obstacles extérieurs » qui empêchent la formation du gouvernement, a précisé le président. « Les obstacles, s’il faut les appeler ainsi, proviennent des demandes formulées par les blocs parlementaires. »
« Il faut, a-t-il enchaîné, discuter de ces demandes dans le cadre des dispositions constitutionnelles qui organisent la procédure de formation du gouvernement. La loi accorde au chef de l’État la responsabilité de respecter toutes les dispositions de la Constitution et affirme que le chef de l’État est le commandant suprême des forces armées et que c’est lui qui, avec le chef du gouvernement, négocie et ratifie les traités internationaux. »
Le chef de l’État a affirmé qu’il faut « un surcroît de concertations » en ce qui concerne le ministère de l’Intérieur.
Sur un autre plan, le président Sleiman a affirmé qu’il ne craint pas que les troubles qui marquent la vie de certains pays arabes gagnent le Liban. Il a affirmé que le Liban est un pays démocratique, sous-entendant que ces troubles éclatent dans des régimes autocratiques. Il a en outre fait l’éloge de la conduite de l’armée qui, depuis 2005, a suivi une « conduite civilisée » envers la société. Il a enfin fait état des combats livrés par les soldats à Israël et au « terrorisme », à savoir l’intégrisme de Fateh el-Islam.
Selon ses proches, le chef de l’État a voulu dire que ces combats ont suffi pour donner à ces jeunes un certain discernement qui les empêche de se lancer dans n’importe quelle aventure.
De possibles brèches
Le président Sleiman a convenu qu’il pourrait cependant y avoir « des brèches » et s’est promis de les colmater. « Nous sommes immunisés, ce qui n’exclut pas qu’il faut prévenir d’éventuels dérapages », a-t-il dit, précisant qu’il est en contact permanent avec le président syrien Bachar el-Assad.
Au sujet de l’attitude du Liban à l’égard de la révolte populaire en Syrie, le président a affirmé que le Liban « est en faveur de la stabilité de la Syrie et du monde arabe », mais surtout en Syrie, car « tout le monde sait que la sécurité de la Syrie et du Liban sont interdépendantes ».
Mais le Liban se tient aussi aux côtés des réformes en Syrie – levée de l’état d’urgence, loi sur les partis, lois sur les médias. « Le Liban reconnaît enfin la légitimité des réformes réclamées par les Syriens, à condition que cette volonté de réforme soit sincère, et non pas un prétexte pour la discorde confessionnelle. »
De son côté, dans son homélie, le patriarche Raï a souhaité une fois de plus la formation rapide du gouvernement, tout en souhaitant l’arrivée aux postes de responsabilité de personnes compétentes et intègres, « libres de toute avidité au détriment de l’argent public ».
Le patriarche a également réclamé, en substance, une politique étrangère plus active de manière à ce que le Liban « retrouve son rôle comme facteur de stabilité et de paix dans son environnement arabe », une plus grande culture de la convivialité, une démocratie ouverte aux droits de l’homme, l’égalité entre tous en droits et devoirs, la reconnaissance des droits des expatriés et l’octroi de la nationalité à ceux qui la méritent, l’appui à la justice, etc.
Audi et Gemmayzé
Par ailleurs, les offices religieux de la Pâques ont été célébrés sur toute l’étendue du territoire. À Beyrouth, le métropolite Élias Audi, qui officiait dans la cathédrale Saint-Georges, a mis en garde contre « les volcans qui se réveillent autour de nous et a dénoncé les égoïsmes et l’arrogance » qui empêchent la formation du nouveau gouvernement, une flèche indirectement dirigée contre Michel Aoun.
Le métropolite de Beyrouth s’est dit outré de ce que le quartier des pubs de Gemmayzé ne se met pas au diapason de la semaine sainte. « Pourtant, je pense que la plupart des filles qui le fréquentent sont des chrétiennes », s’est-il indigné.
Le sommet religieux du 12 mai
Sur un autre plan, les préparatifs du sommet religieux qui doit se tenir le 12 mai à Bkerké, à l’initiative du patriarche Raï, se poursuivent.
Le chef de l’Église maronite a chargé Mgr Boulos Matar, archevêque de Beyrouth, de mettre au point, de concert avec les chefs politiques chrétiens qui ont assisté aux assises restreintes de Bkerké (Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié), une étude comprenant les appréhensions de la société chrétienne et les « propositions concrètes » susceptibles de conforter les « constantes chrétiennes ».
M. Harès Chéhab, le président du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien, qui assiste l’archevêque de Beyrouth dans sa tâche, a précisé hier que « les choses sont toujours à l’état de préparatifs » et que les organisateurs du sommet s’efforcent d’y associer « le plus grand nombre de figures religieuses possible ». « Nous travaillons sur un discours unifié et rassembleur », a-t-il précisé.
Sur base de ce document, le patriarche doit préparer un brouillon de document qui serait finalisé lors de la prochaine réunion mensuelle du collège épiscopal maronite, en prévision de son examen et de son approbation lors du sommet religieux.
Signalons pour finir qu’au niveau des gestes nouveaux produits par les assises chrétiennes restreintes de Bkerké, le président des Forces libanaises, Samir Geagea, a adressé ses vœux au général Michel Aoun et à M. Sleimane Frangié.
Pour sa part, le président de la Chambre, Nabih Berry, a adressé ses vœux à tous les Libanais, et en particulier aux communautés chrétiennes, en cette occasion.
Pour Pâques, le chef de l’État, lui, a reçu un télégramme de félicitations du président syrien.
Pour les FL, la réunion de Bkerké a restauré un climat démocratique entre les pôles chrétiens
21/04/2011
Le bloc parlementaire des Forces libanaises s’est réuni hier à Meerab en présence du chef du parti, Samir Geagea. Les discussions ont été axées sur trois grands sujets : d’abord la réunion interchrétienne de Bkerké, ensuite le retard dans la formation du gouvernement et enfin, la campagne de dénigrement orchestrée par le camp du 8 Mars à l’encontre du 14 Mars.
Concernant la réunion de Bkerké qui a regroupé les principaux leaders chrétiens, à savoir Samir Geagea, Amine Gemayel, Michel Aoun et Sleimane Frangié, le parti FL l’a qualifiée de très positive. « C’est une initiative qui incarne l’esprit démocratique car elle reconnaît le droit à la différence. Elle permet de s’accepter en dépit des divergences d’opinion et de discuter des différents sujets sans idées préconçues. »
S’agissant du retard dans la formation du gouvernement, les membres du bloc FL ont regretté le temps perdu, « surtout que les divergences ont lieu au sein d’un même camp (…) Le climat qui prévaut ressemble plus à un partage de butin au lendemain d’un putsch qu’à une véritable volonté de former un nouveau gouvernement capable de répondre aux besoins et appréhensions des citoyens ».
Les membres du parti FL se sont en outre longuement attardés sur la campagne de dénigrement orchestrée « par les médias syriens et par ceux du Hezbollah contre certains pôles du 14 Mars, et en particulier contre le Courant du futur ». Le parti a ainsi appelé « le gouvernement libanais, et notamment le président de la République, à prendre les mesures adéquates pour corriger la manière dont les deux pays gèrent leurs relations ».
En fin de réunion, les responsables du parti ont également déploré la situation sécuritaire qui prévaut actuellement. Ils ont appelé « les autorités concernées au sein du gouvernement de gestion des affaires courantes d’assumer leurs responsabilités à l’égard de l’insécurité qui règne dans le pays, notamment à l’aune de l’enlèvement des 7 touristes estoniens ».
Source: L’Orient Le Jour
À Bkerké, la détente, en attendant le consensus

Le quatuor maronite réuni sous les auspices de Mgr Raï.
20/04/2011
Le patriarche Béchara Raï a réussi hier son pari d’amorcer un processus de détente entre les quatre principaux chefs politiques maronites, Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié, qu’il a réunis à Bkerké dans une ambiance « fraternelle et patriotique ». Défricher les terrains d’accord entre chrétiens et règlementer leurs divergences, tel est l’objectif de ce processus.
Poignée de main « historique » et plaisanteries diverses
Premier arrivé à Bkerké, M. Frangié a été suivi peu de temps plus tard par M. Geagea. Les caméras de télévision étaient à ce moment-là tenues à l’écart, mais des photographes de presse ont pu capter la poignée de main, rarissime, entre les deux hommes.
Plus tard, au cours de la réunion, on a relevé qu’à plusieurs reprises le chef des FL et le général Aoun ont échangé des plaisanteries, contribuant de ce fait à détendre l’atmosphère, par ailleurs dominée par un climat spirituel.
Outre le patriarche Raï, qui présidait la table rectangulaire autour de laquelle étaient placés d’un côté MM. Gemayel et Geagea et de l’autre le général Aoun et M. Frangié, étaient présents les évêques Roland Aboujaoudé, Youssef Béchara, Boulos Matar et Samir Mazloum.
Un crucifix sur pied était posé sur la table face à Mgr Raï et on avait allumé une bougie pour marquer la semaine sainte.
Les quatre leaders se sont tour à tour exprimés, chacun faisant état de son point de vue et de ses craintes, sans qu’il n’y ait d’échanges contradictoires.
Puis, avant le déjeuner, composé essentiellement de poissons et de fruits de mer (pour cause de carême), ils se sont rendus dans l’aile du siège patriarcal réservée au patriarche Nasrallah Sfeir pour le saluer et boire le café avec lui.
La réunion interchrétienne de Bkerké : un peu plus que de la glace brisée
Par Élie FAYAD | 20/04/2011

La poignée de main entre MM. Frangié et Geagea.
Communautés Les quatre principaux chefs politiques maronites se sont rencontrés hier à Bkerké sous l’égide du patriarche Béchara Raï, ouvrant la voie à un processus de dégel devant déboucher, si tout va bien, sur de solides consensus interchrétiens.
Réunir Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié dans une ambiance largement dominée par le spirituel – le lieu, Bkerké, et le temps, la semaine sainte, n’y sont pas pour rien – et traversée de moments décontractés paraissait il y a quelques jours encore être hors de portée.
Ce n’est certes pas la première fois que les quatre hommes se retrouvent autour d’une table. Récemment, ils se joignaient encore aux autres leaders politiques du pays dans le cadre de la conférence du dialogue national, que parrainait le président de la République, pour discuter de stratégie défensive.
Mais outre le fait que ce dialogue-là a été rompu – jusqu’ici du moins -, les quatre n’y prenaient part qu’au titre de leur affiliation à l’un ou l’autre des deux grands camps politiques en présence dans le pays. Hier, grâce aux efforts du nouveau patriarche, cette dimension-là était sinon effacée de la rencontre, du moins en retrait par rapport à l’autre dimension de leur leadership, celle de tenir entre leurs mains le sort des chrétiens du Liban et peut-être même au-delà.
Il est vrai que le patriarcat nouvellement inauguré constituait une occasion propice à ce type de rencontre. Il est vrai, en outre, que le volontarisme manifesté par le patriarche Raï à cet égard et, surtout, l’absence de contentieux historique qui l’opposerait à l’un ou l’autre des protagonistes concernés étaient de nature à faciliter la démarche.
Mais il est tout aussi naturel que, dans le contexte d’une région en pleine ébullition et d’une scène locale figée par le poids grandissant des désaccords, des chefs politiques chrétiens ressentent le besoin d’opérer une sorte de retour aux sources.
Dès le début, il n’a jamais été question d’effacer les divergences fondamentales opposant le général Aoun et M. Frangié d’un côté à MM. Gemayel et Geagea de l’autre. L’ordre du jour de la réunion de Bkerké ambitionnait simplement de créer progressivement le cadre adéquat à une sorte d’organisation ou de règlementation de ces divergences.
En ce sens, la démarche peut d’ores et déjà être qualifiée de positive et l’on a vu par exemple le chef des Forces libanaises donner, dès son retour à Meerab, des directives aux services de presse FL et à d’autres départements concernés leur enjoignant d’accorder au CPL et aux Marada le même traitement que celui réservé aux formations chrétiennes amies, comme les Kataëb, le PNL et le Bloc national.
De son côté, le général Aoun a souligné plus tard dans la journée que la réunion a dépassé le stade de la glace brisée. « Un débat a été entamé et le débat peut mener au dialogue si nous voulons étudier les questions en profondeur. Cela est de nature à rassurer le peuple libanais. Il n’y a pas d’inimitié et nous ne brandissons pas des mitrailleuses les uns contre les autres. La réunion a été très satisfaisante », a-t-il dit.
De fait, Bkerké aspirait aussi à défricher les espaces d’entente possibles, réels, entre les protagonistes chrétiens. Là aussi, et autant que la réserve médiatique volontairement entretenue autour de l’événement pouvait le permettre, la réunion semble avoir été fructueuse, même si l’on a procédé davantage à une énumération des sujets consensuels qu’à un débat de fond sur ces thèmes.
Décentralisation administrative, naturalisation des émigrés ayant perdu leur nationalité libanaise, contrôle des ventes de terrains à des non-chrétiens dans des régions sensibles, loi électorale stable, consolidation du rôle de la présidence de la République : tels étaient hier les principaux sujets d’entente entre les quatre chefs politiques. Ces dossiers devront bien entendu être creusés en vue d’un projet d’accord général qui sera proposé ultérieurement à une réunion chrétienne élargie. Dans l’intervalle, des évêques maronites plancheront sur un document incluant aussi les sujets de désaccord, comme la question des armes et celle du Tribunal spécial pour le Liban.
Comme l’indique le communiqué lu à l’issue de la réunion par le nouveau porte-parole de Bkerké, Walid Ghayad, « les thèmes ont été envisagés sous l’angle de la distinction entre ce qui est consensuel et ce qui fait l’objet de divergences politiques légitimes dans le cadre d’une nation démocratique respectant les libertés et les différences tout en préservant son unité, ses constantes et ses intérêts fondamentaux ».
« La réunion a été fraternelle et patriotique. Elle a été dominée par un climat de franchise, de responsabilité et d’amitié », souligne le communiqué, précisant que d’autres rencontres du même genre auront lieu chaque fois que le besoin s’en fera ressentir.
Satisfaction dans les milieux politiques
Le ministre sortant de l’Intérieur, Ziyad Baroud, a qualifié la rencontre de Bkerké de « satisfaisante » et souligné qu’elle « donne le sentiment que les choses sont sur la bonne voie ».
« Le patriarche Raï a un rôle rassembleur. Bkerké doit jouer ce rôle de manière permanente », a ajouté M. Baroud. Selon lui, le patriarcat maronite « ne se permet pas d’entrer au cœur des clivages politiques. Il agit dans le cadre d’une stratégie nationale et du rôle des chrétiens dans ce qui se passe au Liban et dans la région ».
Samy Gemayel, député du Metn et coordinateur du comité central Kataëb, a estimé que « la rencontre de Bkerké est un acte fondateur pour d’abord briser la glace, et ensuite enchaîner sur une phase de réunions intensives permettant de parvenir à des accords sur de nombreux sujets ».
« C’était le début que l’on souhaitait, et il était vain d’espérer parvenir à un accord à partir d’une seule réunion », a ajouté M. Gemayel.
Pour le député FL Antoine Zahra, « le fait même qu’il y ait une réunion interchrétienne à Bkerké est une bonne chose ». « J’espère que cette initiative conduira à de nombreux espaces communs entre les leaders qui ont participé à la réunion, afin que les idées partagées évoluent pour devenir des positions partagées », a-t-il ajouté.
Membre du Bloc du changement et de la réforme, le député Salim Salhab (Metn) a souhaité que la rencontre soit productive, dans la mesure où elle intervient dans des circonstances actuelles positives, différentes des circonstances précédentes.
« Il faut voir le bon côté de la réunion, d’autant que les quatre dirigeants ont accepté d’y participer sans poser de conditions préalables et en laissant au patriarche Raï le soin d’en établir l’ordre du jour », a ajouté M. Salhab.
« L’essentiel, c’est le mécanisme qui va être mis en place après la réunion », a-t-il dit, émettant le souhait que les différents partenaires parviennent au final à « une stratégie servant l’intérêt des chrétiens d’abord, puis celui des Libanais ».
Son collègue Ibrahim Kanaan a vu dans la rencontre de Bkerké « la mise en place d’une dynamique nouvelle, même si les points de vue demeurent divergents » entre les divers acteurs.
Le député Kataëb de Zahlé Élie Marouni a jugé « positive » toute rencontre interlibanaise, « surtout en cette période cruciale de l’histoire du Liban, marquée par le vide ».
Pour M. Marouni, les développements dans les pays arabes, et notamment en Syrie, « peuvent avoir facilité la tenue de la réunion en poussant la partie adverse (le général Aoun et M. Frangié) à répondre positivement à l’appel ».
Le député a affirmé toutefois ne pas s’attendre à ce que cette réunion ait « d’autres résultats que de briser la glace entre les chefs chrétiens ».
Soulignant que le patriarche Raï est soucieux d’exploiter le soutien officiel et populaire dont il bénéficie, M. Marouni a fait valoir que « toute rencontre devrait être axée sur le rejet de la violence et du recours aux armes à l’intérieur ».
Stéphane Doueihy, député de Zghorta et membre du bloc Frangié, a souligné que la réunion de Bkerké est « une affaire de la plus haute importance ». L’appel à cette rencontre était « plus que nécessaire », a-t-il estimé, affirmant qu’il s’agit d’« une occasion réelle d’en finir avec les craintes partagées et de sortir des clivages partisans ».
Nidal Tohmé, député du Akkar (Courant du futur), a émis l’espoir que la réunion de Bkerké « pourra, du fait de sa symbolique forte, consacrer le triomphe de la pensée chrétienne ouverte sur toute autre option ».
De son côté, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a lancé un appel aux dirigeants chrétiens réunis à Bkerké, leur demandant de « demeurer en contact entre eux, de coopérer ensemble et de s’occuper du Liban ». « Nous sommes contre l’exclusion et la marginalisation », a-t-il dit.
L’immunisation de la présidence de la République au centre des préoccupations de Bkerké
Par Philippe Abi-Akl | 20/04/2011
Éclairage
La première réunion des pôles chrétiens s’est donc tenue hier, comme prévu, à Bkerké à l’initiative et sous l’égide du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, en présence de l’ancien président de la République Amine Gemayel, de l’ancien Premier ministre Michel Aoun, de l’ancien ministre Sleimane Frangié et de M. Samir Geagea, chefs des quatre principaux partis chrétiens.
Pari tenu pour le patriarche Raï, qui avait manifesté son intention de réunir les quatre dirigeants pour les fêtes pascales sous le signe du lavage des cœurs et de la réconciliation. La réunion, première en son genre à Bkerké depuis l’élection du nouveau patriarche, a été l’occasion, par exemple, d’une poignée de main entre Samir Geagea et Sleimane Frangié, ce qui n’arrive guère tous les jours. Il convient de rappeler combien le cardinal Nasrallah Sfeir avait peiné durant son mandat pour pouvoir réunir les quatre hommes, sans résultats. Depuis son élection à la présidence de la République, Michel Sleiman a lui aussi déployé ses efforts pour jeter les bases d’une réconciliation interchrétienne, mais il s’était violemment heurté à l’époque à certaines positions hostiles. De petites réunions s’étaient aussitôt déroulées à Bkerké en présence de représentants des partis chrétiens, avant que l’affaire ne se termine, divergences politiques insolubles obligent, en queue de poisson.
Certes, la séance d’hier a principalement porté sur la présence chrétienne au Liban et dans la région, mais la nécessité de consolider et d’immuniser la présidence de la République a également été au cœur des entretiens, dans la mesure où cette responsabilité incombe d’abord aux leaders maronites. Toute entreprise visant à marginaliser ou briser le poste et la fonction présidentiels, surtout à l’étape actuelle, celle de la formation du cabinet, devrait en effet être fermement rejetée. Pour certains leaders maronites, la présidence de la République est une autorité nationale par excellence, et il est nécessaire de la redynamiser et de la consolider, d’autant que le président Sleiman joue un rôle pivot en faveur de l’unité et de l’entente et œuvre pour préserver la présidence au-dessus des polémiques et des tiraillements internes et lui assurer la capacité d’exercer une fonction d’arbitrage.
C’est d’ailleurs par respect envers la fonction qu’il occupe et son rôle consensualiste que le chef de l’État s’est gardé jusqu’à présent de tomber dans le piège des polémiques et des réponses aux attaques dont il fait l’objet de la part de certaines parties du 8 Mars. Certaines de ces parties tentent même de donner une portée politique bien déterminée à leur campagne, en insistant sur le fait que le chef de l’État devrait « bien lire le message qui lui est adressé ». Or il apparaît que ceux qui s’en prennent de la sorte au président Sleiman réclament en même temps une audience à Baabda… Cependant, le président, trop pris par ses tâches quotidiennes, ne parvient pas à leur fixer de rendez-vous… Le message est clair : Michel Sleiman refuse d’entrer dans des polémiques stériles et enfantines. Ses contacts permanents avec son homologue syrien balaient d’un revers de la main toutes les théories des pourfendeurs du président, qui cherchent à donner l’impression que leurs positions seraient fondées sur un certain climat hostile au chef de l’État, en vogue à Damas. Car les contacts avec le président Assad se déroulaient au moment même où cette personnalité politique, de retour de la capitale syrienne, prétendait convoyer un message du régime de Damas à travers ses attaques contre le président Sleiman. Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de semer le trouble dans les milieux politiques libanais, au point de se demander quelle serait la partie syrienne qui mène la campagne en question contre le chef de l’État à travers cette personnalité politique libanaise… comme s’il existait en Syrie plusieurs pôles de décision. Le président suit d’ailleurs de près l’affaire des accusations syriennes contre le député Jamal Jarrah. Il aurait demandé dans ce cadre au président du Conseil supérieur libano-syrien, Nasri Khoury, de contacter les autorités syriennes concernées afin qu’elles fournissent un dossier comprenant les griefs présumés contre le député Jarrah, qui serait ensuite transmis aux autorités judiciaires libanaises par les voies officielles. Le chef de l’État insiste sur le fait que le dossier syrien devrait être minutieusement examiné au Liban, dans la mesure où le député Jarrah représente la nation et qu’aucune accusation sans fondement ne devrait être lancée contre lui. Parallèlement, des sources politiques bien informées font état de contacts au plus haut niveau entre une personnalité libanaise et le directoire syrien pour une prochaine visite qui pourrait contribuer peut-être à décrisper la tension entre les deux pays…
Mais revenons à nos moutons. Dans le cadre de leur campagne contre le président de la République, certains vont même jusqu’à évoquer la question de la constitutionnalité de l’élection de Michel Sleiman et la nécessité d’écourter le mandat présidentiel. Ce qui fait dire à un magistrat et ancien ministre de la Justice qu’il est « honteux de poser le problème de l’élection de Michel Sleiman sous l’angle de sa légalité et de sa légitimité après la chute des délais constitutionnels requis – trois jours – pour présenter un recours en invalidation, d’autant que ceux qui suscitent la polémique ont participé à l’élection du président ».
Qu’à cela ne tienne, le chef de l’État refuse d’accorder à ces polémiques sensationnalistes plus d’attention qu’elles ne le méritent. Surtout que toute son attention est actuellement reportée sur ses efforts communs avec le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, pour déblayer les obstacles qui empêchent encore la formation du cabinet.
Source: L’Orient Le Jour
L’intérêt supérieur des chrétiens du Liban au cœur de la rencontre de Bkerké
Assises chrétiennes restreintes aujourd’hui à Bkerké
Il sera plus question d’équilibres et de changements géopolitiques que de réconciliation personnelle, entre Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea, les quatre grands chefs politiques maronites qui se réunissent aujourd’hui à Bkerké, sur l’invitation du nouveau patriarche, Béchara Raï. Objectif : dégager des constantes qui supplanteront les inimitiés politiques qui traînent depuis la guerre.
Par Fady NOUN | 19/04/2011
La situation
Alors que le pays est sans gouvernement depuis quatre mois et que les forces de facto, dont le Hezbollah, en profitent pour imposer leur loi dans le bâtiment et le débit de boissons alcoolisées, les quatre grands leaders politiques chrétiens, Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea, répondant à une invitation du nouveau patriarche maronite, Béchara Raï, se retrouveront aujourd’hui à Bkerké, pour réfléchir ensemble et dialoguer sur l’avenir du Liban et l’intérêt supérieur des chrétiens du Liban et de la région.
La rencontre sera la première entre le député de Zghorta, Sleimane Frangié, et le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, depuis la sortie de prison de ce dernier (2005).
Les quatre leaders sont attendus à Bkerké à 9h30. Leur arrivée, selon des indications qu’il n’a pas été possible de confirmer, se fera loin des objectifs des caméras. Leur journée sera marquée par deux moments religieux – liés à la semaine sainte -, un temps de dialogue, un déjeuner et un communiqué final. À l’issue de la journée, les photographes seront autorisés à opérer.
À l’ordre du jour du sommet chrétien restreint figurent des sujets touchant de près à la situation des chrétiens du Liban. Il sera question, en particulier, du mouvement d’émigration, de la loi sur la naturalisation, des attributions du président de la République, de l’achat massif « politique » de biens-fonds par d’autres communautés ou forces politiques, de la présence effective et équilibrée des chrétiens au sein de l’administration et, last but not least, du ton avec lequel ces leaders s’interpellent, à travers les médias.
Dans le dialogue qu’ils entameront, les quatre hommes bénéficieront aussi des constantes que vient de dégager le « communiqué de Rome », une déclaration d’intentions élaborée par des représentants des divers courants et partis politiques libanais, et portant sur des constantes élémentaires de la vie politique. Mais pas suffisamment élémentaires pour qu’elles ne soient pas bafouées, de temps à autre, par les intéressés.
Ni armes ni tribunal
Par contre, il ne devrait pas être question, entre les quatre chefs politiques chrétiens, de sujets sur lesquels ils sont en désaccord, compte tenu de leurs alliances politiques. En particulier, il ne sera question ni du tribunal international ni des armes du Hezbollah, encore moins de la loi électorale, tous sujets propres à la conférence de dialogue national présidée par le chef de l’État, et qui est elle aussi paralysée.
Les Quatre abordent cette rencontre avec beaucoup d’ouverture, mais ils sont unanimes à ne pas vouloir placer de « faux espoirs » dans son succès immédiat.
Le ministre Boutros Harb, particulièrement proche du nouveau patriarche ces derniers temps, a affirmé hier qu’il s’agira d’un « pas avancé dans l’assainissement des rapports entre ces chefs, tout en affirmant » qu’il est impossible d’obtenir d’une seule rencontre le règlement de questions qui remontent à plusieurs décennies.
« Ce sera, a encore dit M. Harb, un premier pas vers un dialogue sur les constantes nationales, une façon de briser la glace et de rapprocher des hommes qui ne communiquent pas directement d’habitude. »
« Le patriarche Raï est conscient de la difficulté du passage de la dimension nationale au dialogue personnel, a enchaîné M. Harb, et le pas qui va être franchi ne devrait pas rester orphelin, car ses chances de succès sont étroitement liées à la possibilité qu’il se renouvelle. »
Le parlementaire a écarté la possibilité d’un échec, tant les sujets qui seront soulevés sont cruciaux et indépendants de toutes les options politiques particulières, et tellement le dépassement de certains tabous est souhaité par l’opinion publique.
Ambiguïtés
Cette ambiguïté entre le personnel et le politique sera quand même l’un des points marquants de la journée. Dans un talk-show télévisé, hier, Sleimane Frangié a relativisé l’importance des inimitiés personnelles, en comparaison avec les défis lancés aux chrétiens du Liban et de la région par les bouleversements qui se produisent en ce moment et la perspective d’un renforcement des courants salafistes dans certains pays, en particulier en Syrie.
« Ces considérations sont plus importantes qu’une poignée de main, a-t-il affirmé. Une réconciliation véritable doit être préparée, elle prendra du temps, et Samir Geagea devra notamment répondre en profondeur à certaines de nos questions. »
Le ton est nettement plus détendu, du côté des Forces libanaises, où l’on affirme que Samir Geagea se rendra à la rencontre dans un esprit d’ouverture totale et fera de tout pour son succès.
Dans les milieux du général Michel Aoun, on se méfiait hier du piège qui consisterait à prendre avantage de la rencontre de Bkerké à des fins de gloriole personnelle, ou au service des intérêts étroits d’une formation particulière. C’est dans ces milieux que l’idée d’une réunion loin des caméras aurait été le mieux accueillie.
Le bureau politique des Kataëb a salué la rencontre d’aujourd’hui, précisant que son chef Amine Gemayel a multiplié les contacts en prévision de la réunion d’aujourd’hui et plaçant son espoir dans un succès qui paverait la voie à un élargissement du cercle des participants.
Source: L’Orient Le Jour
Gemayel, Aoun, Geagea et Frangié ensemble demain à Bkerké
18/04/2011
L’initiative est en totale harmonie avec la déclaration d’intentions du patriarche maronite au lendemain de son élection : « Communion et amour ».
C’est donc demain mardi que Mgr Béchara Raï réunira à Bkerké le chef des Kataëb Amine Gemayel, le chef du CPL Michel Aoun, le leader des Forces libanaises Samir Geagea et le patron des Marada, Sleimane Frangié. Les quatre hommes politiques ont réagi positivement à l’initiative patriarcale et ont accepté de laisser aux bons soins du nouveau maître de Bkerké la rédaction de l’ordre du jour : beaucoup de spiritualité (la réunion tombe en pleine semaine sainte), un déjeuner, puis la réunion en tant que telle, qui sera axée sur des sujets consensuels intéressant la communauté chrétienne dans son ensemble, dont l’émigration, la démographie, l’achat de terrains, la décentralisation administrative, l’octroi de la nationalité aux descendants de Libanais, etc.
Selon des sources bien informées rapportées par la chaîne de télévision MTV, aucun des quatre leaders n’entend faire le moindre compromis sur les constantes politiques qui sont les siennes. Il s’agira avant toute chose de faire en sorte qu’ils se parlent, à quatre, et que le gel soit brisé, notamment entre Samir Geagea et Sleimane Frangié, dont la poignée de main sera historique.
Toujours selon la MTV, les milieux d’Amine Gemayel insistent sur le « cadeau » que les quatre partis souhaitaient offrir à Mgr Raï à l’occasion de son élection. L’ancien chef d’État apportera avec lui moult documents et autres études à propos de questions intéressant la communauté chrétienne dans son ensemble. « La forme est très importante, mais il ne faut pas fonder trop d’espoirs : ce n’est qu’une première rencontre », rappellent ces milieux.
Pour les sources proches du CPL, cette rencontre quadripartite ne dynamitera certes pas les divergences entre les uns et les autres, mais elle constitue « une base commune pour que les leaders chrétiens puissent définir les priorités de la communauté, notamment à l’aune des derniers rebondissements régionaux ».
Du côté des FL, on martèle que cela fait « 21 ans » que la demande de retrouvailles est faite. « Nous avons constamment appelé à cela depuis la fin de la guerre et nous saluons fermement l’initiative de Mgr Raï. Nous décuplerons d’efforts pour élargir au maximum les contacts entre les différents pôles chrétiens », assurent ainsi les milieux de Meerab.
Enfin, pour les Marada, qui rendent comme les autres un bel hommage à la proposition du patriarche maronite, « il faudrait faire en sorte que cette réunion ne soit pas réduite à sa simple forme. Il faut aller au fond, essayer de trouver les dénominateurs communs », répètent-ils.
Restent toutefois quelques points d’interrogation, notamment à propos de l’absence de partis tels le PNL et le Bloc national ; l’absence, aussi, de leaders chrétiens indépendants.
Il n’empêche, le geste est d’importance, à condition que cela ne se limite pas à une simple parade pour les caméras et les appareils photo, mais que la rencontre de demain pave la voie à une nouvelle façon de faire (de) la politique entre les quatre principaux représentants des chrétiens du Liban.
Source: L’Orient Le Jour
Retour du Vatican, Raï se dit « prêt à un face-à-face » avec Nasrallah
18/04/2011
Le patriarche maronite a clôturé, samedi, sa première visite officielle au Vatican. De retour au Liban, avec à son agenda une rencontre chrétienne restreinte, mardi, au siège patriarcal, le patriarche Raï a appelé à la formation rapide d’un gouvernement et s’est dit « prêt à un face-à-face avec Hassan Nasrallah ».
Après son séjour romain et une semaine de contacts, de réunions de travail et de réceptions au cours de laquelle le nouveau patriarche a été introduit dans ses nouvelles charges, Raï est rentré à Beyrouth avec la claire intention de mener à bien sa tâche tant sur le plan ecclésial que sur le plan diplomatique et politique. Ainsi, depuis l’aéroport international de Beyrouth, où il a été reçu par le ministre sortant de l’Intérieur, Ziyad Baroud, représentant le chef de l’État, le patriarche Béchara Raï a appelé à la formation rapide d’un gouvernement : « Le pays ne peut plus supporter la paralysie de ses administrations et ses institutions et il est fort déplorable que la vie de tous les Libanais soit suspendue à un portefeuille ministériel », a-t-il déclaré. « Face aux vents de changements qui soufflent sur la région, il n’est pas permis qu’on joue avec l’avenir du pays comme s’il n’était en rien concerné », a poursuivi le patriarche.
Répondant à une question concernant le dialogue avec le Hezbollah, le chef de l’Église maronite s’est dit prêt au dialogue avec tout le monde et même « prêt à un face-à-face avec le secrétaire général du parti de Dieu Hassan Nasralla. ». Et Raï d’assurer : « Le dialogue sincère et responsable sur le plan de l’entente interne et la consultation des autres en ce qui concerne les choix fondamentaux font partie de nos constantes. Dieu nous a appris le dialogue, en envoyant son fils, Jésus-Christ, sur terre. Il doit en être de même pour nous. »
Le patriarche a également confirmé qu’il recevra, mardi prochain, à Bkerké, les quatre figures les plus représentatives de la communauté maronite : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea. Ce sera, a-t-il dit, une forme de retraite spirituelle, accompagnée d’un rite de repentance particulier à la semaine sainte. Le sommet maronite restreint sera suivi, le 12 mai, d’un sommet interreligieux. « Nous avions publiquement annoncé la tenue du sommet interreligieux. Pour ce qui est du sommet maronite, il était supposé se tenir dans la discrétion, mais je n’y trouve pas d’inconvénient qu’il soit rendu public », a souligné Raï.
Source: L’Orient Le Jour


