Archive
Le Franco-Libanais Ziad Takieddine contre-attaque

Dans "L'ami encombrant", Ziad Takieddine règle ses comptes avec le monde politico-judiciaire français.
"Bouc émissaire d’une tentative d’élimination politique, je réagis et je témoigne", se justifie-t-il dans un livre dans lequel il s’en prend notamment au juge Renaud Van Ruymbeke qui l’a mis en examen à l’automne.
Il explique aussi refuser d’être "un dommage collatéral d’une lutte implacable pour le pouvoir et les parts de marché". Lire la suite…
Où est passée l’Union pour la Méditerranée ?
LEMONDE.FR | 07.02.11 | 09h16 • Mis à jour le 07.02.11 | 14h34
Où est passée l’Union pour la Méditerranée (UPM) ? Comment se fait-il que nous ne l’entendions pas s’exprimer, à propos de la révolution en Tunisie, sur le sens de ce grand mouvement de protestation contre la faim et pour l’Etat de droit qu’orchestre partout la jeunesse arabe d’Alger au Caire en passant par Amman ?
Ce silence est incompréhensible quels que soient les arguments de realpolitik que l’on pourra avancer. Il est une gifle à l’esprit fondateur de cette union, dont le but clair est, par le biais de la réussite économique, permettre l’avènement de sociétés pluralistes et de tolérance mutuelle.
Une conversion démocratique unique se passe sous nos yeux, et la seule institution courageuse et pertinente pour allier Nord et Sud se tait. Bien sûr, tous les signaux politiques incitent à la prudence : la démocratie n’est pas assurée d’advenir en Tunisie. Cette transition peut tourner au drame avec à un aller simple vers le passé. Qui sait d’ailleurs ce que réserve l’évolution en Egypte et en Algérie ?
Certes, L’Union pour la Méditerranée n’a pas pour objet de traiter des questions politiques entre les Etats mais de s’occuper "seulement" de régler des sujets économiques et environnementaux urgents et nécessaires. Certes, comme l’écrivait Charles de Gaulle, "les voies de l’angélisme n’amènent pas à celles de l’Empire"…
Mais voilà, la créature "UPM" a échappé à ses créateurs et elle a produit autour d’elle une véritable attente, une croyance que "tout ce qui nous rassemble est supérieur à ce qui nous sépare", comme le disait Nicolas Sarkozy, dans son discours de Tanger. En effet, la lutte contre la pauvreté, pour des droits fondamentaux et élémentaires, pouvoir se nourrir, bref connaître la dignité d’être tout simplement "humain", est le cœur de ce qui rassemble les peuples de la Méditerranée, au Nord, à l’Est comme au Sud.
Car, L’Union pour la Méditerranée, au-delà de l’institution en tant que telle, est un formidable miroir grossissant dans lequel l’Europe et les pays arabes se regardent désormais. Ce n’est pas une couche diplomatique supplémentaire sur le gâteau des chancelleries nationales. L’Union pour la Méditerranée oblige les peuples à mieux se connaître. En Europe, cette Union impose à ses citoyens de revenir sur leur amnésie concernant l’autre rive, à reconsidérer leurs "trous noirs" mémoriels comme le dit Georges Corm dans son ouvrage Orient-Occident, La fracture imaginaire (La Découverte, 2002).
Dans les pays Arabes, l’Union questionne les régimes, les sociétés civiles organisées, les jeunesses sur l’avenir qu’ils envisagent entre revendication identitaire arabe et/ou nationale et/ou musulmane et désir de valeurs centrales occidentales. Bref, faire le ménage, dans leur trop plein de mémoires affectives et une histoire à se réapproprier (Lire Le dérèglement du monde d’Amin Maalouf (éditions Grasset, 2009)).
A cet effet "miroir", se rajoute un dommage collatéral positif : celui de la mise à mal de la rassurante et bien heureuse ignorance. Une relecture des imaginaires et des symboles de la Méditerranée n’est plus évitable, en plus de celle de l’histoire. C’est un travail long et périlleux, que celui du pari de l’intelligibilité des rapports sociaux, culturels et politiques entre tous ces peuples, mais il est indispensable.
Non pas seulement par pur plaisir intellectuel ou soif de rétablir des vérités historiques, mais aussi et surtout pour que la Méditerranée "devienne ce qu’Elle est" pour paraphraser Nietzsche, à savoir la première puissance économique, politique et culturelle du monde. L’Union pour la Méditerranée peut, quelle que soit sa forme, confédérale ou associative, incarner le symbole premier des peuples de la Méditerranée depuis que l’histoire nous le rapporte sous une forme oxymorique : celui de la densité de la vie et du sens de la mesure issus de toutes ses civilisations, gréco-latine, judéo-arabo-andalouse, christiano-rationnelle en vues d’une union culturelle et politique possible. Et rappeler définitivement que seule la démocratie est l’outil capable de doser cet ensemble si complexe.
L’Union pour la Méditerranée pourra enfin, après la période utile et nécessaire de repentance, de regrets et de reproches entre les deux rives, sortir de leurs tétanies respectives pour qu’Européens et Arabes épousent ensemble l’histoire de ce siècle qui a commencé sans eux.
Source: Le Monde
Liban : "Une crise qui prend une importance disproportionnée"
LEMONDE.FR | 13.01.11 | 17h45 • Mis à jour le 13.01.11 | 18h03
Au lendemain de la chute de son gouvernement, le Liban se retrouve à nouveau plongé dans un chaos politique, jeudi 13 janvier, alors que le premier ministre, Saad Hariri, doit rencontrer Nicolas Sarkozy dans la journée. Prudente, la presse internationale ne peut cacher son pessimisme quant à l’issue de cette crise, l’espoir de trouver rapidement un compromis étant quasi inexistant tant la situation est complexe.
Nicolas Sarkozy va donc être le premier acteur international à entrer dans les discussions entre le bloc du 14-Mars (composé des sunnites du parti de M. Hariri et de plusieurs partis chrétiens) et celui du 8-Mars (auquel appartiennent dix des onze ministres démissionnaires) après l’échec de la Syrie et de l’Arabie saoudite pour apaiser les tensions autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).
"La diplomatie française [...] pourrait entrer de plain-pied sur ce terrain maintenant que Damas et Riyad ont eux-mêmes constaté leur échec", écrit Elie Masboungi de L’Orient-Le Jour. Selon le journaliste, pour qui "la France peut maintenant faire mieux et plus vite", Nicolas Sarkozy serait désormais prêt à "faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard".
UNE "IMPORTANCE DISPROPORTIONNÉE"
La crise interne du Liban serait alors à nouveau exposée sur le théâtre international. "Comme souvent avec le Liban, les crises internes prennent une importance disproportionnée. Le Hezbollah est soutenu par l’Iran et la Syrie, tandis que les Etats-Unis, la France et l’Arabie saoudite soutiennent le gouvernement de M. Hariri", explique Nada Bakri, du New York Times.
D’ailleurs, selon le journal israélien Haaretz, "la démission collective du Hezbollah avait pour but de montrer à la Syrie les limites de son influence sur le mouvement et de lui dire que si elle voulait montrer à Washington qu’elle pouvait préserver la stabilité au Liban, le Hezbollah et l’Iran auraient le dernier mot ". Pour le journaliste Zvi Bar’el, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est celui qui détient les clés de la crise. "Peu enchanté de voir les relations entre la Syrie et Hariri se resserrer et craignant que cela ne ronge sa puissance, il veut maintenant remanier le gouvernement, avoir un nouveau premier ministre et briser la coalition", écrit-il.
De son côté, le président libanais, Michel Sleimane, a annoncé jeudi – après avoir chargé Saad Hariri de la gestion des affaires courantes – qu’il commencerait lundi les consultations avec les groupes parlementaires pour nommer un nouveau premier ministre. Mais Simon Salame, professeur de loi constitutionnelle libanais, rappelle au journal Now Lebanon qu’après les élections législatives de 2009, il avait fallu des mois pour qu’un accord soit trouvé sur un premier ministre.
UNE "NOUVELLE ESCALADE"
Les débats seront d’autant plus délicats que la coalition 14-Mars a rejeté tout compromis sur le TSL alors que, de son côté, le Hezbollah, qui accuse le TSL d’être "à la solde d’Israël et des Etats-Unis", fait pression sur Saad Hariri pour qu’il désavoue le tribunal.
Selon Sahar Atrache, analyste à Beyrouth pour l’International Crisis Group, cité dans le même article de Now Lebanon, cette action du Hezbollah est une réponse à la politique mené par Saad Hariri qui "essayait de gagner du temps" en attendant les conclusions du TSL. "Ces démissions sont une nouvelle manière de gérer cette impasse. C’est une nouvelle escalade."
La différence, note la journaliste du New York Times, est que, "alors que l’administration de George W. Bush soutenait ardemment M. Hariri et ses alliés, M. Obama n’a pas promis un soutien aussi large".
Source: LeMonde.fr
Le Hezbollah fait tomber le gouvernement libanais
12/01/2011 | Mise à jour : 20:44 – Par Sibylle Rizk

Réunis autour du ministre de l'Energie, Gebran Bassil, les membres du gouvernement Harari issus du Hezbollah et de ses partis alliés ont annoncé leur démission lors d'une conférence de presse, ce mercredi à Beyrouth. (Crédits photo: Sharif Karim/Reuters)
Les tensions autour de l’enquête sur l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri, en 2005, ont eu raison d’un attelage instable.
Le gouvernement de Saad Hariri est tombé ce mercredi, avec la démission collective de onze ministres emmenés par le Hezbollah, au lendemain de l’échec des tentatives de conciliation syro-saoudiennes qui duraient depuis des mois.
Formé fin 2009, ce cabinet d’union nationale est le théâtre de confrontations sur la quasi-totalité des dossiers. Dans les faits, il était paralysé depuis plusieurs semaines déjà, le Conseil des ministres ne se réunissant plus.
Ce sont les positions irréconciliables du Hezbollah et de ses alliés d’un côté, celles de Saad Hariri de l’autre, à propos du Tribunal spécial pour le Liban qui ont accéléré la chute. L’acte d’accusation émanant de ce tribunal -chargé de juger les auteurs de l’attentat qui a tué l’ex-premier ministre Rafic Hariri en février 2005- est attendu incessamment, d’ici à la fin janvier, dit-on de source diplomatique. Le procureur Daniel Bellemare s’apprêterait à mettre en cause des membres du Hezbollah, selon de nombreuses fuites concordantes.
Confronté à cette perspective, le «Parti de Dieu» a appelé au boycott du tribunal, affirmant qu’il est un instrument aux mains des États-Unis, et que ses accusations ne sont pas crédibles car fondées, selon lui, sur de faux témoignages ainsi que des données émanant du réseau libanais de télécommunications, «contrôlé» par l’espionnage israélien.
Consultations avec Obama et Sarkozy
Le spectre d’une flambée de violences interconfessionnelles opposant partisans chiites du Hezbollah et partisans sunnites de Hariri a amené le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président syrien Bachar el-Assad à se réunir fin juillet dernier à Beyrouth pour se poser en garants de la stabilité libanaise.
La médiation syro-saoudienne a cherché par tous les moyens à forger un compromis. Mais son échec a été finalement entériné en début de semaine. Les explications divergent à Beyrouth quant aux raisons de cette impasse, chaque camp en rejetant la faute sur l’autre.
«Les deux pans du compromis en discussion étaient en fait respectivement inacceptables pour chacune des parties», explique-t-on de source diplomatique.
«Les Saoudiens se sont engagés à obtenir des résultats, mais ils ont finalement jeté l’éponge, Saad Hariri refusant certaines concessions. Les États-Unis, en particulier, ont fait pression pour bloquer tout cadeau éventuel à l’Iran, principal allié du Hezbollah, avant la reprise des discussions sur le nucléaire iranien fin janvier», analyse un proche du premier ministre.
D’un côté, Saad Hariri était invité à passer outre ses sentiments filiaux et à torpiller le tribunal en désolidarisant le Liban de cette institution judiciaire mixte, créée au titre du chapitre 7 de la charte de l’ONU -qui lui donne une force obligatoire. De l’autre, le premier ministre réclamait des garanties pour pouvoir exercer son autorité sur la politique libanaise- en clair, de revenir sur le droit de veto accordé au Hezbollah et ses alliés au niveau du pouvoir exécutif.
C’est justement en vertu de ce droit, consacré par l’accord interlibanais de Doha en mai 2008, que le Hezbollah et ses alliés ont pu ce mercredi signer la mort du gouvernement (ralliant à leur cause un ministre théoriquement neutre). Ils ont fait coïncider symboliquement leur retrait avec le début de la rencontre entre Saad Hariri et Barack Obama à Washington. Dans la foulée, M. Hariri s’est envolé ce mercredi soir pour Paris, où il doit s’entretenir ce jeudi avec Nicolas Sarkozy.
Une nouvelle crise institutionnelle s’ouvre au Liban, dont personne n’est en mesure de prédire à ce stade la durée ou les contours. Débarrassé en 2005 de la tutelle syrienne, qui avait été consacrée après la guerre de 1975-1990, en vertu d’un parrainage américano-saoudien, le Liban vit depuis six ans dans l’instabilité chronique, liée à l’incapacité des forces politiques libanaises -et de leurs alliés régionaux et internationaux respectifs- à trouver un nouveau modus vivendi.
LIRE AUSSI : » Georges Ibrahim Abdallah : la mise en garde du Hezbollah à la France » Assassinat de Hariri : les scénarios de la crise qui s’annonce » Le Syrien Assad et le roi d’Arabie au chevet du Liban » Assassinat d’Hariri : que veut le Hezbollah avant les inculpations ?Une crise liée au Tribunal international
10 juin 2007. Création du Tribunal spécial pour le Liban pour juger les auteurs de l’attentat qui a tué l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005.
21 mai 2008. Un accord est conclu à Doha pour mettre fin à près de deux ans de crise provoquée par la démission de six ministres chiites du gouvernement de Fouad Siniora et la vacance de la présidence de la République à l’issue du mandat d’Émile Lahoud. Michel Sleiman est élu président, un gouvernement d’union nationale est formé, dans lequel le Hezbollah et ses alliés ont un droit de veto.
9 novembre 2009. Malgré la victoire de son camp aux législatives de juin, Saad Hariri, fils de Rafic, est contraint de former un gouvernement d’union.
22 juillet 2010. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah dit s’attendre à ce que des membres du Hezbollah soient accusés par le TSL. Il réclame ensuite le boycott du tribunal.
29 au 29 juillet 2010. Sommet syro-saoudien à Beyrouth et début d’une médiation entre Damas et Ryad pour amener leurs alliés libanais respectifs à un compromis.
9 décembre 2010. Le greffier du TSL annonce qu’un acte d’accusation va être présenté «très, très bientôt». Les tractations syro-saoudiennes reprennent de plus belle, pour finalement échouer.
Source: Le Figaro.
Le Premier ministre à Paris pour rencontrer Sarkozy, Fillon et Alliot-Marie
Par Élie MASBOUNGI | 30/11/2010
Arrivé hier à Paris, le Premier ministre Saad Hariri effectuera à partir d’aujourd’hui, mardi, une visite de trois jours en France à l’invitation du président Nicolas Sarkozy, invitation que lui avait transmise Bernard Kouchner, ancien ministre des AE lors de son dernier séjour au Liban, selon le Quai d’Orsay.
Une visite dont l’importance a été soulignée par des personnalités politiques et diplomatiques du fait de l’imminence, disent-ils, de la publication par le TSL de l’acte d’accusation relatif à l’assassinat de Rafic Hariri. Au programme : un déjeuner de travail avec le chef de l’État aujourd’hui à l’Élysée et un entretien avec le Premier ministre, François Fillon.
Une rencontre avec Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères et européennes, est également prévue, mais on n’en connaît pas pour l’instant le jour et l’heure, du fait que la ministre se trouve en Libye pour la conférence euro-africaine qui s’y déroule en ce moment.
À l’Élysée, l’argumentaire de Aoun à Sarkozy contre le TSL
Par Élie MASBOUNGI | 16/11/2010
France-Liban Arrivé dimanche en visite officielle en France, le général Michel Aoun, leader du CPL et député du Kesrouan, a été reçu hier à midi trente, et durant quarante minutes, par le président Nicolas Sarkozy.
En raison de l’arrivée imminente du Premier ministre grec, également en visite en France, le leader libanais n’a pas fait de déclaration en quittant le palais présidentiel. Il s’est rendu aussitôt au palais Bourbon où l’attendait le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, pour un entretien portant sur les relations franco-libanaises, notamment dans le domaine de la politique d’amitié en général et de la coopération parlementaire.
Sur le point fort de cette première journée du général Aoun en France – c’est-à-dire la rencontre de l’Élysée – on apprend de sources libanaises proches du CPL, en concordance avec des milieux proches de l’Élysée, que ce premier contact entre le président Sarkozy et son hôte a permis de clarifier un certain nombre de points sur la position de l’opposition libanaise, notamment au sujet du Tribunal spécial pour le Liban. À savoir les raisons de l’hostilité du 8 Mars à l’égard d’une instance internationale acceptée par le gouvernement libanais.
« Vivement inquiet », Paris convoque des personnalités locales à tour de bras
Par Élie MASBOUNGI | 12/11/2010
L’intense activité politico-diplomatique de Paris, qui avait commencé par les entretiens du patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, avec le président Nicolas Sarkozy, puis la visite officielle de Nabih Berry en France, se poursuivra la semaine prochaine avec l’arrivée de Michel Aoun.
Le récent aller-retour au pays du Cèdre du ministre Bernard Kouchner en fait partie aussi, bien entendu. Le chef de la diplomatie française est rentré « avec une impression de vive inquiétude », selon des proches, qui a poussé la France, après une période d’observations et d’expectative, à s’engager diplomatiquement, parallèlement à la grande mobilisation arabe déployée par l’Arabie saoudite et la Syrie et aussi par l’Iran sous le regard de l’Égypte non moins concernée par l’aggravation de la crise libanaise.
La visite du général Aoun sera suivie par d’autres, assure-t-on à Paris, et notamment d’une visite officielle du Premier ministre Saad Hariri et d’autres leaders et responsables de premier plan. Ces rendez-vous reflètent « un infléchissement de l’attitude française qui, tout en répétant qu’elle est en contact avec toutes les parties, avait limité ses rencontres avec les officiels et les institutions étatiques ».
Sur la vive inquiétude française, des sources proches du Quai d’Orsay estiment toujours en privé que « le point de vue de l’opposition libanaise exposé par Nabih Berry – et qui sera développé très probablement devant Nicolas Sarkozy par Michel Aoun, lundi à midi – a d’ores et déjà été acté par l’Élysée et le Quai d’Orsay, qui ont réagi en conseillant aux dirigeants du 8 Mars d’atténuer leur hostilité au Tribunal spécial pour le Liban et de faire la distinction entre l’action du tribunal et la question des faux témoins sans complètement dissocier ces deux dossiers. Le mot d’ordre français, selon ces mêmes sources, est de laisser faire le TSL tout en accélérant la saisine par les juridictions libanaises ou internationales du dossier des faux témoins ».
Des personnalités gouvernementales françaises, qui suivent de près la situation au Liban, estiment que la crise libanaise est « dans une impasse » et que « tout ce que l’on entend ressemble plus à un dialogue de sourds qu’à des pourparlers sérieux ». Elles ajoutent que « le Liban est à la veille d’un affrontement dont la forme reste indéterminée ».
« Sauf si, ajoutent-ils, le Hezbollah se hasarde à un véritable acte de folie : une mainmise par les armes sur le pays », une initiative « dont les moindres conséquences seraient un isolement local, régional et international ainsi que sur son inscription sur la liste des organisations terroristes ».
Ces personnalités estiment en conclusion que le parti de Dieu mesure les conséquences d’un tel acte et que pour l’instant une confrontation armée à Beyrouth est à écarter.
Source: L’Orient Le Jour
Riyad-Damas : la réponse du berger à la bergère
Par Ziyad Makhoul
Tout allait vraiment bien jusqu’à l’irruption, la semaine dernière, d’une bien risible pantalonnade juridico-politique : en pleins préparatifs de la visite du Premier ministre et sur une demande d’un Jamil Sayyed à court de tout, une juge syrienne a lancé une série de commissions rogatoires contre un grand nombre de personnalités libanaises, dont certaines constituent le cœur de la garde prétorienne de Saad Hariri. Ces commissions rogatoires qui seront, a-t-on appris de sources bien informées, catégoriquement rejetées pour vice de forme par le ministère de la Justice et qui ont fait couler ici et ailleurs des litres d’encre n’étaient dirigées, en réalité, que contre l’Arabie saoudite.
Il faut ajouter à cela deux faits assez significatifs, qui ont immédiatement suivi l’initiative judiciaire syrienne. Un : la visite à Damas il y a quelques jours (elle coïncidait d’ailleurs avec la célébration par Bachar el-Assad et Michel Aoun de leurs noces de coton) du ministre iranien de la Défense, qui a consacré l’essentiel de son emploi du temps à des entretiens avec des groupuscules palestiniens et des délégations d’Amal et du Hezbollah. Deux : la toute récente visite à Téhéran du chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, censé se rendre plutôt à Riyad après que le roi Abdallah, au cours de sa visite à Damas, eut lancé l’idée de réunir chez lui les leaders égyptien, syrien et jordanien dans un double but très précis : réconcilier les deux premiers et récupérer le dossier palestinien ; c’est-à-dire soustraire le Hamas, aussi, de l’influence iranienne et arabiser totalement le dossier.
Tout cela ne s’est naturellement pas fait. Et la réponse du berger à la bergère n’a pas tardé ; elle s’est d’ailleurs manifestée sur le triple front saoudo-égypto-américain. Un : le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal, a lâché hier sa bombinette politique : « Le Liban ne sera pas souverain tant que le Hezbollah possède plus d’armes que la troupe. » Lire entre les lignes donnerait, aussi : tant que la frontière restera aussi poreuse qu’elle ne l’est actuellement – un état des lieux dressé exactement de la même façon, 48 heures plus tôt, par un Barack Obama qui n’a pourtant pas une fois évoqué le cas Hezbollah, ne voulant sans doute pas paraître donner le ton à ses alliés arabes. Deux : l’adjoint chargé du P-O de Hillary Clinton, Jeffrey Feltman, a gentiment expliqué que le problème des États-Unis avec le Hezbollah ne se limite pas uniquement au passé et « aux agressions perpétrées contre l’ambassade US à Beyrouth. Nous sommes intimement convaincus que les armes du Hezbollah qui échappent à l’autorité de l’État libanais constituent un danger pour le Liban et une violation des résolutions internationales ». Trois : le ministre égyptien des AE, Ahmad Aboul-Gheit, qui s’est entretenu avec Saad Hariri hier à Copenhague en marge du sommet, a clairement fait comprendre que Le Caire est « sur la même longueur d’ondes » que Riyad, que tous deux appréhendent clairement le dossier du nucléaire iranien, son évolution négative et, surtout, ses conséquences sur le Liban, notamment à travers le Hezbollah et ses armes.
On peut difficilement faire plus clair. En réalité, ce combat singulier sur le dos du Liban se joue d’abord et avant toute chose entre l’Arabie saoudite et l’Iran, engagés dans une infinitude de duels (vie politique libanaise, dossier palestinien, etc.), dont le dernier et pas des moindres en terres yéménites. Riyad pensait réellement pouvoir draguer Damas, l’éloigner de Téhéran et effectivement le ramener à la famille arabe, surtout en agitant la carotte américaine, mais Téhéran a répliqué et pour l’instant, Téhéran gagne.
Pourquoi ? Qu’est-ce que Damas, qui a ouvert le feu en premier en utilisant ces trop grossières commissions rogatoires, a demandé à Riyad et que Riyad n’a pas assuré ? Est-ce vraiment cette visite de Bachar el-Assad à Washington que Washington a refusée et qui a finalement échu à Michel Sleiman, avec tous les débordements anti-Baabda de la part du 8 Mars qui ont suivi ? Est-ce plus de sympathies européennes – la bienveillance de Nicolas Sarkozy seul ne semblant pas suffire au régime de Damas ?
Peu importe. Le résultat est le même : en se déchirant, en se guettant, en rongeant leurs freins respectifs et en faisant tout pour éviter les premiers remords/regrets, Riyad et Damas replongent Beyrouth dans ce qui lui va le moins : l’expectative. Et les questionnements. Et les doutes.
Saad Hariri a beau assurer, à partir de Copenhague, qu’il se rendra bientôt à Damas « si Dieu le veut » – Dieu étant dans ce cas bien précis le roi Abdallah, les rumeurs les plus folles sur une visite qui se ferait « samedi et lundi », même vite démenties, ont beau circuler, rien, désormais, n’est moins sûr. Surtout qu’on attend, en fin de mois, c’est-à-dire incessamment, la définition publique par l’Iran de sa position sur son nucléaire et, disent des sources bien informées avec beaucoup de conviction, « quelque chose » en provenance de La Haye, « quelque chose » à propos du Tribunal spécial.
Tout cela fait beaucoup.


