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Posts Tagged ‘Pape Benoit XVI’

Conférence et signature à la Librairie Saint Paul Siloë

11 décembre 2012 Poster un commentaire

La Librairie Saint Paul Siloë vous convie à la conférence-signature sur le thème :

"Quel avenir pour le Liban, terre de rencontre des cultures et des religions ?"

le mardi 15 janvier 2013 à 19h

Librairie Saint-Paul Siloë

28 rue de Chateaudun, 75009 Paris

M° Notre-Dame de Lorette

  • Bahjat Rizk, attaché culturel du Liban auprès de l’UNESCO, écrivain, évoquera le pluralisme libanais et "Les paramètres d’Hérodote"
  • Carole Dagher, écrivain, journaliste, attachée de presse de l’ambassade du Liban, évoquera les chrétiens d’Orient et la récente visite du Pape Benoit XVI au Liban
  • Avec le soutien amical et le témoignage de Martha Hraoui, peintre, nièce de l’ancien président de la République du Liban, Elias Hraoui, témoin en 1997 de la visite du Pape Jean-Paul II

Entrée libre et gratuite

Conférence Signature Bahjat Rizk Carole Dagher 2013

Site web de la Librairie

Le monde comme il va

11 juillet 2012 Poster un commentaire

11/07/2012, par Bahjat RIZK

Pendant que le frère-président élu il y a moins de deux semaines s’époumone sur la place Tahrir, bondée de rebelles et de croyants, rassurant l’Occident sur ses desseins futurs et tâchant de se présenter, tout en restant fidèle à ses principes de base, de la manière la plus moderne, la plus progressiste et la plus ouverte possible, afin de conquérir son espace politique et d’empêcher l’armée de confisquer à nouveau le pouvoir, la gay pride défile en masse, presque le même jour, place de la Bastille pour célébrer par anticipation l’annonce en fanfare par la ministre de la Famille et le Premier ministre lui-même de l’institutionnalisation avant la fin de l’année du mariage homosexuel et la possibilité d’adoption, conformément à l’une des promesses phares du président socialiste fraîchement élu et en application, du triptyque structurant, sacro-saint révolutionnaire : liberté, égalité, fraternité.

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Benoît XVI au Liban en septembre ?

7 février 2012 Poster un commentaire

OLJ/Agences | 07/02/2012

Benoit XVI ne s'est pas encore rendu au Liban. Tony Gentile/Reuters

Benoit XVI ne s'est pas encore rendu au Liban.

RELIGION Lors de sa visite, le pape devrait remettre "l’exhortation synodale" aux évêques de la région du Moyen Orient.

Le pape Benoît XVI se rendra en septembre au Liban pour remettre "l’exhortation synodale" aux évêques de la région du Moyen Orient, a indiqué mardi Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, cité par l’agence catholique italienne Sir.

"Il est prévu que Benoît XVI remette l’exhortation apostolique du synode pour le Moyen Orient, qui s’est tenu en octobre 2010, en septembre au Liban", a déclaré le patriarche, qui s’exprimait dans une église de Jérusalem, selon l’agence Sir. "L’exhortation apostolique" contient les conclusions et les recommandations qui ont été rédigées durant le synode, à toutes les Eglises locales de la région.

Depuis ce synode, la situation des chrétiens d’Orient est devenue encore plus délicate, beaucoup se sentant poussés à émigrer en raison des menaces de mouvements islamistes anti-chrétiens, mais aussi de difficultés économiques.

Ce voyage, s’il se confirme, sera le premier de Benoît XVI au Liban et le second dans la région, après le voyage historique qu’il avait effectué en mai 2009 en Jordanie, en Israël et dans les Territoires occupés. Il devrait être assez court, le pape restant seulement une nuit sur place.

Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a indiqué mardi qu’un tel voyage est bien "à l’"étude", mais il n’y a pas "encore de communication officielle" sur les dates et le déroulement.

La protection de l’environnement, une affaire de foi

24/05/2011

Le pape défunt Jean-Paul II se promenant dans la nature qu’il aimait tant.

Le pape défunt Jean-Paul II se promenant dans la nature qu’il aimait tant.

Ouvrage On parle beaucoup des dimensions économique, sociale, sanitaire et, bien-sûr, écologique de la protection des milieux naturels. Mais qu’en est-il de la dimension religieuse ? Cette piste a été explorée par un professeur, Antoine Tyan, dans un nouveau livre.

La protection de l’environnement, une affaire de foi – L’environnement et les religions. C’est ainsi que s’intitule le nouvel ouvrage d’Antoine Tyan, qui revient, avec force exemples et citations, sur ce que les religions disent de la protection de la nature. En une région du monde où la religion joue un rôle si crucial dans la vie des populations, ce livre apporte un argument nouveau pour enrichir la lutte en faveur d’un meilleur environnement.
Le livre d’Antoine Tyan, édité en arabe, est destiné à toute sorte de public, élèves et adultes. L’auteur a pris soin de citer ses références en long et en large dans le texte, puis de placer bien en évidence des résumés ou des citations intéressantes dans des encadrés en bleu, afin de rendre la lecture de l’ouvrage plus facile et digeste. Le livre est par ailleurs abondamment illustré de photos de nature libanaise, de véritables spectacles paradisiaques. Quelques pages sont entièrement dédiées aux photos avec ce titre évocateur : Que Dieu soit loué !
Le livre s’ouvre sur une « bénédiction » du patriarche émérite Nasrallah Sfeir, qui « remercie M. Antoine Tyan pour son intérêt pour l’environnement et pour ce livre ». La préface est signée du père Ildefonse Khoury, qui écrit : « Celui qui se venge de l’environnement, qui le détruit, se venge en fait de lui-même, et se détruit lui-même. Il détruit les autres, surtout les générations futures. Comment pourront-elles vivre après vous si vous avez gaspillé les ressources de la nature, avec ses oiseaux, ses animaux, son eau, sa végétation, son atmosphère ? »
Antoine Tyan commence son livre par des définitions très didactiques de l’environnement, de la pollution, des dangers écologiques qui menacent le Liban et la planète. Il entre ensuite dans le vif du sujet par une explication du lien entre religion et environnement : ce dernier sujet étant devenu une préoccupation planétaire, il est désormais abordé par des représentants de toutes les religions de par le monde. Il s’attarde particulièrement sur la manière dont l’église fait face aux défis de l’environnement.

« La nature, un livre à lire, pas à salir »
L’auteur consacre de nombreuses pages au parcours du pape défunt Jean-Paul II, qui est jalonné, on l’apprend, de citations sur la protection de l’environnement. « Il y a un besoin pressant d’une éducation sur l’esprit de responsabilité écologique : la responsabilité de soi, des autres et de l’environnement. » « L’engagement du croyant envers l’environnement naît immédiatement avec sa foi en Dieu le créateur. » « Le respect de la vie et de la dignité humaine englobent également le respect des créatures et leur préservation, ces créatures destinées à s’unir avec l’homme pour glorifier Dieu. » « La nature est un livre que l’homme doit lire et non salir. » « Quand les êtres humains conçoivent les créatures de Dieu comme hors du cercle de leur miséricorde et leur protection, ils se comportent de même les uns envers les autres. » Etc. On redécouvre ainsi un nouvel aspect de ce pape récemment béatifié. Le pape Benoît XVI n’est pas en reste avec des citations comme : « Tout le monde doit assumer la responsabilité de la protection de l’environnement sans exception, car c’est un devoir moral pour toute l’humanité. » Ou encore : « Si tu veux cultiver la paix, protège la création. »
L’ouvrage revient sur des déclarations de personnalités religieuses locales comme le patriarche Béchara Raï, le métropolite de Beyrouth Élias Audi, le mufti Mohammad Rachid Kabbani, le défunt sayyed Mohammad Hussein Fadlallah et bien d’autres. L’auteur passe aussi en revue les actions concrètes de l’Église locale et mondiale, des écoles catholiques et des universités pour la préservation de l’environnement et l’économie d’énergie, photos à l’appui.
Antoine Tyan a signé son ouvrage lors du festival du livre à Antélias, le 10 mars dernier. Il n’en est pas à son coup d’essai en matière de promotion de l’environnement : il a en effet créé, il y a quelques années, le musée de géologie et d’écologie au Collège Sacré-Cœur de Gemmayzé, et il est le fondateur du Mouvement lassalien pour la protection de l’environnement. Son dernier projet en date est la création d’un laboratoire d’écologie sur le toit du collège à Gemmayzé.

Source: L’Orient Le Jour

Le pape à Raï : Le Liban a un rôle essentiel pour la paix au P-O

15 avril 2011 Poster un commentaire

Par Fady NOUN | 15/04/2011

« Parlez-moi encore du Liban », a dit le pape Benoît XVI au patriarche maronite, hier, au Vatican.

C’est devant une délégation représentative de tous les courants politiques et des différentes composantes libanaises que le pape Benoît XVI a reçu hier le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, au Vatican, mettant en évidence l’influence chrétienne au service d’une « paix durable » au Proche-Orient et la « mission immense » du Liban à cet égard.

C’est à un magnifique moment de désordre créateur que la salle Clémentine réservée aux audiences du pape a eu droit hier matin, au Vatican. Balayée l’interdiction de prendre des photos, balayée la capeline, balayée les entrées indépendantes réservées aux officiels. En un moment, soudain, toute la foule des quelque 300 Libanais qui attendaient l’ouverture de la porte menant aux appartements du pape s’est muée en délégation officielle.

Et le pape, semble-t-il, n’a pas dit « non ». « Parlez-moi encore du Liban », a-t-il dit au patriarche, qu’il recevait en tête à tête avant l’invasion sentimentale. L’enthousiasme des Libanais l’a dit sans paroles. Pour ceux qui n’étaient pas habitués au Vatican, pour les Nouhad Machnouk, les Waël Bou Faour, les Trad Hamadé, Ahmad Hariri ou Abbas Hachem qui se trouvaient là, cette « papolâtrie » a dû paraître bien étrange. Même les orthodoxes comme Atef Majdalani ont dû être surpris. Mais pour Sethrida Geagea, Gebran Bassil, Samy Gemayel ou Ibrahim Kanaan, pour l’impassible vieux routier Abdel Latif Zein représentant le président de la Chambre, pour Boutros Harb, délégué là par le chef de l’État, toute cette pagaille n’était que trop habituelle. Elle a dû même être légèrement embarrassante à leurs yeux, au regard des gardes suisses et des membres des services de sécurité qui surveillaient la foule.

Un peu d’ordre est ensuite revenu, dès l’entrée du patriarche Raï, mais surtout à l’arrivée de Benoît XVI. Nous sommes là pour « exprimer visiblement et communautairement la communion ecclésiale accordée », a dit le patriarche, s’adressant au pape, dans une allocution écrite dont tous les mots étaient soigneusement pesés.

Élu par ses pairs le 15 mars, le patriarche Raï s’était vu accorder une reconnaissance sous forme de lettre dans laquelle Benoît XVI exprimait « la communion ecclésiastique ».

« Alors que l’Église maronite prend un nouvel élan, a-t-il enchaîné, dans la continuité de ses constantes religieuses et nationales et de ses valeurs, elle reste appelée à de nouvelles tâches et confrontée à des défis qu’il lui reviendra de relever », a commenté Mgr Raï, faisant une allusion évidente à la crise politique qui paralyse le pays. Et qui empêche en ce moment la formation d’un nouveau gouvernement.

« Elle s’emploiera à promouvoir la réflexion commune et à formuler des recommandations et des plans d’action spécifiques, dans le sens de sa mission (…). Elle le fera de concert avec les pouvoirs publics (…) dans un esprit d’entente et de convivialité. »

Conscient de la dimension désormais globale du destin des chrétiens du Moyen-Orient, le patriarche a ajouté : « (…) C’est en existant pleinement dans la dignité et la liberté que les communautés chrétiennes du Liban et du Moyen-Orient pourront coexister avec les autres communautés et familles spirituelles constitutives du tissu national, dans la convivialité, la solidarité et la complémentarité ; et animer un dialogue interreligieux et interculturel au service de la justice, de la liberté et de la paix. »

« C’est dans ce sens que j’ai souhaité placer mon ministère patriarcal ; avec votre bénédiction apostolique ; sous la devise : communion et amour. »

« Voici, Très Saint-Père quelques traits de notre ministère apostolique et pastoral. Autant de tâches et de missions exaltantes, que l’Église catholique universelle, forte de la présence continue du Seigneur et de l’action de son Esprit , cherchera à assumer, en totale union et communion avec l’Église catholique universelle. »

Un grand moment de communion

Dans sa réponse à cet acte d’obéissance filial, Benoît XVI a salué les fidèles présents « venus entourer votre patriarche pour ce grand moment de communion fraternelle et d’indéfectible unité de l’Église maronite avec l’Église de Rome ».

Mais le message du pape a surtout souligné l’influence chrétienne pour une « paix durable » au Moyen-Orient. Benoît XVI a jugé en effet que le message des chrétiens au Moyen-Orient est essentiel pour contribuer à une « paix durable », en saluant la « mission immense » du Liban.

Le pape a rappelé les deux millénaires de présence et d’influence du christianisme dans la région où Jésus est né : le Moyen-Orient est une « région du monde que les patriarches, les prophètes, les apôtres et le Christ lui-même ont bénie par leur présence et par leur prédication » et qui aspire à une « paix durable », a-t-il dit.

« Parce que vous êtes au cœur du Moyen-Orient », a aussi soutenu le pape devant la délégation, « vous avez une mission immense auprès des hommes, auxquels l’Amour du Christ presse d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut ».

Conférence de presse

Dans l’après-midi, le patriarche a accueilli au Collège maronite les représentants des médias libanais qui couvrent sa visite. Il a confirmé qu’il recevra, mardi prochain, à Bkerké, les quatre figures les plus représentatives de la communauté maronite : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea. Ce sera, a-t-il dit, une forme de retraite spirituelle, accompagnée d’un rite de repentance particulier à la semaine sainte. Il n’en dit pas plus, mais l’on devine que ce seront les constantes libanaises qui en constitueront la substance. Le sommet maronite restreint sera suivi, le 12 mai, d’un sommet interreligieux.

Par ailleurs, le patriarche Raï a affirmé que le Liban doit dépasser le clivage actuel entre 8 et 14 Mars. Il a affirmé qu’une bonne partie de la « majorité silencieuse » ne se situe dans aucun des deux camps, et que cette majorité avait le droit, aussi, de s’exprimer et d’être représentée. Il a donc plaidé pour des prises de position politiques indépendantes des allégeances à des personnes.

En ce qui concerne les armes du Hezbollah, le patriarche Raï n’a pas voulu se prononcer, mais il a affirmé que c’est l’affaire des pouvoirs publics d’en débattre, dans le cadre d’une stratégie de défense nationale acceptée par tous.

Source: L’Orient Le Jour

Avec Raï, arrivé hier à Rome, l’Église maronite vit son dimanche des Rameaux

14 avril 2011 Poster un commentaire

Par Fady NOUN | 12/04/2011

Le patriarche à son arrivée au Vatican, accompagné du ministre Boutros Harb représentant le président de la République.

Pour le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, arrivé hier à Rome, la Ville éternelle est une seconde patrie. C’est là que, au sein de l’ordre mariamite, auquel il appartient, il a reçu sa formation cléricale. Il y a passé plus de temps que dans son Hemlaya natal, qu’il a quitté à l’âge de douze ans. Ses rues, ses bâtiments, ses églises sont pour lui remplis de souvenirs ineffaçables. Son arrivée hier a été marquée par ce parfum de retour au pays, encore qu’il y retourne investi de ses charges de patriarche dont, sans doute dans l’euphorie des premiers temps, il ne mesure pas encore tout à fait le poids.

À ce stade, il est encore lui-même et se prête familièrement à son nouveau rôle : proche, familier, pasteur d’âme, toujours concerné par les aspects parfois futiles de la vie ecclésiale et les querelles de clocher courantes dans les villages. C’est ainsi qu’entré dans l’avion, après avoir été accompagné à l’aéroport par Ziyad Baroud, il tient à saluer les passagers, à échanger quelques mots avec certains d’entre eux, qu’il connaît bien; il fera même une apparition dans la cabine de pilotage durant le vol. Entre deux séances de photos, il accordera aussi des bribes de confidences et de déclarations aux hommes politiques et journalistes qui sont du voyage.
Le patriarche est notamment accompagné à Rome par un représentant du chef de l’État, le ministre Boutros Harb, ainsi que par une délégation de quatorze évêques. À bord, se trouvaient également le ministre des Affaires sociales, Sélim Sayegh, le président de la Fondation maronite dans le monde, Michel Eddé, accompagné de son épouse, les députés Abbas Hachem et Hadi Hobeiche, l’homme d’affaires Sarkis Sarkis, de la Fondation maronite, et des proches parents du patriarche. Tout ce monde circulait ferme dans l’avion, durant le vol, qui par moments ressemblait fort à un pique-nique. Un beau désordre créateur de souvenirs et de liens. Un surcroît de personnalités est attendu dans les prochains jours.
Au centre de la visite patriarcale figure une rencontre, jeudi, avec le pape Benoît XVI, des visites aux divers conseils du Vatican ainsi qu’une prise en charge pastorale de ses fonctions auprès des institutions maronites dans la Ville éternelle.
La rencontre avec le pape complète la lettre de communion que ce dernier lui a adressée, après son élection, et qui a été lue durant la cérémonie d’installation. Vendredi, ce signe de communion se traduira par la célébration d’une messe sur l’autel du Saint-Esprit, dans la grande basilique Saint-Pierre.
Au premier jour de sa visite, hier, le patriarche s’est rendu au siège de l’ordre mariamite à Rome, place San Pietro in Vincoli, à deux pas de l’église où est exposé le célèbre Moïse de Michel-Ange. La joie est dans l’air. Les cloches sonnent à l’arrivée du patriarche. C’est dans les murs familiers de la petite chapelle du couvent qu’il a pénétré d’abord, accueilli sur place par le P. Semaan Bou Abdo, supérieur de l’ordre mariamite, le cardinal Leonardo Sandri, président du Conseil pontifical pour les Églises orientales, et une nuée de prêtres et séminaristes. La cérémonie est marquée par des chants liturgiques et des allocutions de remerciements. Un déjeuner suit. À l’heure où le monde entier regarde vers un Orient en ébullition, la cérémonie incarne un moment de tradition et de stabilité aux yeux du maire de Rome, Gianni Allemano, présent au déjeuner, et qui parle de la construction d’une « Méditerranée de paix ». Les mots de remerciements du patriarche sont chargés de promesses que quelque chose vous pousse à croire possibles. Mgr Raï rappelle souvent qu’en Jean-Paul II, qui sera béatifié le 1er mai, le Liban a un ami et un puissant intercesseur.
Le mot du cardinal Sandri fera, lui, sourire les convives : « Jean-Paul II a dit que le Liban est plus qu’un pays, un message. Pour ma part, j’ajouterai que le Liban est une passion. Pour être très près des Libanais, il faut être passionné. Autrement, vous ne pouvez pas apprécier la sympathie, la grandeur, l’ouverture d’esprit et l’amour de l’Église et du pape qu’ont les Libanais. »
Le cardinal Sandri conclut par des souhaits chaleureux pour « le nouveau voyage commencé par l’Église maronite ». Et certes, à bien des égards, le patriarcat de Béchara Raï s’annonce novateur, sinon sur le fond, du moins sur la forme. Le nouveau patriarche prend en charge une Église aux dimensions du monde, dont les fidèles sont plus nombreux à l’étranger qu’au Liban ; il prend en charge un peuple de fidèles affaibli par ses querelles politiques et les guerres qu’il a dû livrer. Saura-t-il dégager l’Église maronite de ses enlisements pastoraux et politiques ? Une chose est sûre : où qu’il se rende, le patriarche continue de recevoir l’accueil réservé à un chef exceptionnel. Avec son élection, l’Église maronite vit son dimanche des Rameaux. Mais on sait qu’après les Rameaux vient la semaine sainte et que certains de ceux qui ont applaudi à l’entrée de Jésus à Jérusalem se sont finalement retournés contre lui. Laissera-t-on ce rassembleur faire son travail ?

Source: L’Orient Le Jour

Lecture géopolitique de la situation des chrétiens d’Orient

11 janvier 2011 Poster un commentaire

Par Nabil Khalifé | 11/01/2011

 

La colère des coptes égyptiens après l’attentat d’Alexandrie.

Débat Un synode épiscopal sur les chrétiens du Moyen-Orient s’est tenu au Vatican du 10 au 24 octobre dernier à l’initiative du pape Benoît XVI. À l’occasion des travaux de ce synode, qui avait pour thème « L’Église catholique au Moyen-Orient : partenariat et témoignage », Nabil Khalifé, professeur universitaire et chercheur en géopolitique, a élaboré une importante étude à portée stratégique donnant une lecture géopolitique de la situation et du devenir des chrétiens d’Orient.

Comme à l’accoutumée pour chaque synode épiscopal, un document préliminaire, Lineamenta, a été élaboré, reflétant les préoccupations, les inquiétudes, les épreuves, et les aspirations des participants au synode sur la situation de l’Église au Moyen-Orient qui s’est tenu au Vatican du 10 au 24 octobre 2010 à l’initiative du pape Benoît XVI. Sur base des Lineamenta, un autre document a été élaboré, l’Instrumentum Laboris, servant de document de travail pour le synode.

Ce synode s’est clôturé par la publication de l’Exhortation apostolique que le souverain pontife a adressée aux chrétiens du Moyen-Orient et du monde afin de définir la vision de l’Église concernant la situation des chrétiens dans la région et ce qui devrait être envisagé afin de consolider leur identité chrétienne et renforcer le partenariat ecclésiastique entre les Églises catholiques dans la région, entre celles-ci et les Églises non catholiques, ainsi qu’entre elles et les religions juive et musulmane, de sorte que l’Église catholique devienne un partenaire véritable et un réel témoignage pour toutes les nations.

Une lecture complémentaire, à caractère géopolitique, portant sur la situation des chrétiens d’Orient, est rendue nécessaire pour les considérations suivantes :

1 – La lecture synodale, telle qu’elle apparaît dans les deux documents précités, est une lecture quasiment purement religieuse. Or, au Moyen-Orient, tout ce qui est religieux approche le politique, et tout ce qui est politique approche le religieux. La vérité fondamentale, qui est l’essence de l’idéologie religieuse, devient une vérité métaphysique / sociale dans le même temps, car les musulmans n’établissent pas la distinction entre la religion et la politique (Instrumentum Laboris, article 96).

2 – En contrepartie, il existe des textes élaborés par des religieux, des laïcs, et des responsables politiques qui portent sur le synode mais qui sont fondés sur un background politique (sectaire) et sur une analyse qui est en apparence religieuse mais dont l’essence est politique. Ces textes visent à déboucher sur des objectifs politiques basés sur des prétextes religieux (comme l’ouverture, le dialogue, la réforme, etc). De tels textes sont généralement fondés sur des hypothèses sociologiques erronées.

3 – Dans ce cadre, l’analyse géopolitique pertinente ne peut pas, et ne doit pas, être fondée sur une cause sectaire, ou soutenir celle-ci. Elle doit, en outre, rejeter tout déterminisme, qu’il soit historique ou géographique (Cycela Csurgal : « Le facteur religieux dans l’analyse géopolitique » ; in : Géopolitique, Religions et Civilisations, L’Âge d’Homme ; Lausanne, 2003 ; p. 16).

Conformément à ces deux critères, l’analyse géopolitique pourrait être plus crédible dans sa globalité et sa liberté, notamment dans son exposé de la situation sociopolitique des chrétiens du Moyen Orient, et sa portée géographique, « tenant compte des différents paramètres historiques, géographiques, stratégiques, politiques, culturels, démographiques, et économiques de cette situation ».

4 – Il existe plusieurs données fondamentales qu’il est nécessaire de rappeler et de prendre en considération en ce qui concerne les chrétiens du Moyen Orient, que ce soit au niveau des groupes, des Églises, des institutions ou des personnes :

- Les Églises chrétiennes (catholiques et non catholiques) présentes le long de la partie est de la Méditerranée, de la Cilicie /petite Arménie à l’Égypte, en passant par la Turquie, l’Irak, la Syrie, le Liban et la Palestine, sont, selon la définition géopolitique, des « Églises frontalières ». Comme toute zone frontalière, elles représentent donc un point de jonction entre l’est (musulman) et l’ouest (chrétien). Tout événement ou changement au sein de ces deux mondes se répercute ainsi sur elles.

- Une église qui n’a pas de dimension géographique n’a pas d’histoire. La géographie est le berceau et le moteur de l’histoire. On ne peut donc comprendre la situation des chrétiens du Moyen-Orient qu’à la lumière d’une lecture géopolitique de la carte de la région. Ceux qui œuvrent à sortir les chrétiens géographiquement de la région cherchent à les faire sortir de l’histoire de la région.

- Il ressort de la lecture des Lineamenta et de l’Instrumentum Laboris que les auteurs de ces textes ont tendance à occulter le problème essentiel des chrétiens, voire de toutes les communautés de la région, à savoir le problème des minorités. Une telle orientation – qu’elle soit préméditée ou le fruit d’une mauvaise évaluation – n’aide pas à la réalisation des objectifs recherchés par ce synode.

e – Le texte synodal ne peut, certes pas, et ne doit pas, être un texte à caractère géopolitique. Mais dans des cas exceptionnels, comme dans le cas du Moyen-Orient où sont présentes et s’affrontent 59 minorités religieuses, ethniques et linguistiques – constituant la plus forte concentration de minorités dans le monde – et à la lumière de la présence d’une majorité arabe sunnite, le texte en question ne peut pas occulter la dimension géopolitique de tout ce qui se passe, et qui s’est passé, dans la région, notamment au plan de l’impact sur les chrétiens. La vision écrite, seule, ne suffit pas, elle doit être accompagnée d’une vision géopolitique de manière à former, ensemble, la base solide d’une analyse correcte, conformément à la règle d’or qui dit que « l’analyse d’une situation sous-tend la solution ».

- Enfin, l’analyse des problèmes auxquels sont confrontées les sociétés dans le monde d’aujourd’hui, notamment les problèmes d’ordre religieux, nécessite une analyse géopolitique tenant compte de deux facteurs déterminants : le premier est le déclin des idéologies gauchistes et nationalistes qui prétendaient détenir la vérité au niveau de l’interprétation des problèmes de la société et de l’univers. Ces idéologies prétendaient constituer, elles, « la solution » ; le second facteur est l’émergence d’une théorie attribuée à l’ancien ministre français de la Culture André Malraux qui disait que « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » (1). De fait, Malraux a affirmé que le problème du siècle est religieux, en ce sens que « la mission du XXIe siècle est de réintroduire le divin dans l’homme, après qu’il en eut été écarté, cette dimension divine devant constituer en quelque sorte un flambeau dans la vie de l’homme, lui éclairant la voie pour sortir de la bêtise dans laquelle il a été plongé du fait des tentations de notre ère. Cela permettrait à l’homme de revenir au plus profond de son être au niveau des valeurs spirituelles que les religions ont enraciné en lui, et de vaincre ainsi la folie du choc des identités religieuses traditionnelles. Les prémices étaient d’ailleurs apparues avec l’émergence de la révolution iranienne.

(1) Le Monde des Religions, n° 13, 2005. Dossier spécial de 30 pages : Pourquoi le XXIe siècle est religieux ?

Source: L’Orient Le Jour

Chemins de croix, éditorial de Issa Goraieb

5 janvier 2011 Poster un commentaire

Sanglante fin d’année dans une église assyrienne de Bagdad, sanglant début d’année dans une église copte d’Alexandrie : pour épouvantables que soient ces deux attentats à la bombe survenus à la charnière de la décennie, ils ne sont en définitive que l’expression extrême d’un mal déjà ancien, d’un mal devenu endémique depuis que des cerveaux malades ont entrepris, sous couvert de zèle religieux, de déloger de la terre d’islam les chrétiens qui y vivent, souvent depuis la nuit des temps. Le vrai scandale cependant c’est quand ce terrorisme bénéficie de la coupable indifférence des gouvernements, si ce n’est même de leur criminelle complicité.

En Afghanistan, on assassine impunément les missionnaires et les convertis. En Algérie ou au Pakistan, et de manière moins violente peut-être mais non moins odieuse, c’est en s’appuyant sur la loi que l’on harcèle les chrétiens, qu’on leur interdit jusqu’à l’exercice du culte. La dictature des mollahs en Iran se moque du monde quand elle se pose en protectrice des minorités ; et même dans la Turquie officiellement laïque, la Turquie actuellement gouvernée par un islamisme dont on se plaît à louer la modération, les chrétiens sont en voie de disparition. En Palestine, et comme si les tracasseries israéliennes les plus diverses n’étaient pas encore assez (plus de sapin de Noël désormais, dans la grand-place de Nazareth), c’est à l’animosité du Hamas que sont constamment en butte les chrétiens qui n’ont pas encore cédé à la tentation de l’exode.

L’exode ? En Irak c’est déjà chose faite pour les chrétiens, pourchassés par les assassins jusque dans leurs foyers et leurs lieux de prière ; mais dans la sanglante pagaille qu’a laissée en Irak l’expédition libératrice de George W. Bush, à quelle autorité, à quelle instance responsable pourrait-on humainement en faire reproche ? Pilier du camp arabe dit modéré, alliée de l’Occident, l’Égypte n’est certes pas un autre Irak. Il reste que la stabilité ne doit pas s’y mesurer en seuls termes de longévité des régimes.

Techniquement – et ethniquement – parlant, c’est en effet avec les plus authentiques des Égyptiens, les Coptes, que l’Égypte est en crise : ces Coptes formant la plus nombreuse minorité chrétienne de tout l’Orient, constituant un dixième de la population locale, mais qui n’ont pas droit d’accès aux charges étatiques ou même administratives ; qui ne peuvent même pas élire leurs propres représentants au Parlement ; et qui en sont, depuis des années déjà, à essuyer agression sur agression, souvent mortelle, sans que les auteurs en soient châtiés. Non, l’Égypte n’est pas un second Irak car les chrétiens n’y vont pas comme à l’abattoir, parce que malgré la faiblesse de leurs moyens, malgré les appels au calme du patriarche Chenouda III, ils paraissent résolus – on l’a vu ces derniers jours dans les rues du Caire et d’Alexandrie – à défendre leur spécificité dans le cadre d’une citoyenneté pleine et entière.

Ce n’est évidemment pas dans des guerres confessionnelles à la libanaise, mais dans la citoyenneté et de la justice pour tous que peut résider la solution d’un drame affectant, avec une urgence proprement existentielle, toutes les minorités chrétiennes installées dans ce berceau de la chrétienté qu’est l’Orient. Il est nécessaire pour cela, toutefois, qu’impuissance et laxisme cessent d’être prétextes à complaisance ou connivence, que les gouvernements en place renoncent à l’indigne rôle de faux témoin ou de Ponce Pilate qu’ils se sont lâchement assigné de peur d’avoir à affronter en direct le monstre terroriste.

Intolérable parti pris, s’indignait lundi le cheikh d’al-Azhar, la plus haute autorité spirituelle d’Égypte à propos de l’appel lancé aux dirigeants du monde par le pape Benoît XVI afin qu’ils veillent à la protection des chrétiens. À cette stupéfiante réaction, on pourrait opposer l’obligation – non seulement morale mais aussi politique – pour les chefs arabo-musulmans de prendre précisément parti : pour l’égalité, pour la justice, pour l’altérité, celles-là mêmes que revendiquent activement les populations immigrées en Europe. C’est à l’islam, l’islam lui-même hanté par le spectre d’un choc sunnito-chiite, qu’il incombe d’extirper le cancer qu’ont implanté en son sein les faux prophètes.

05/01/2011, Source: L’Orient Le Jour

« Si les minorités chrétiennes d’Orient sont asphyxiées, c’est mauvais signe pour l’islam »

4 janvier 2011 Poster un commentaire

07/01/2010 16:06

J’ai trouvé cette entrevue publiée il y a un an, presque jour pour jour. J’ai jugé utile de la rediffuser.

Mgr Philippe BrizardPour Mgr Philippe Brizard, directeur général de l´Œuvre d´Orient, il est très important de faire savoir ce que les chrétiens d’Orient vivent au quotidien.

ENTRETIEN
Mgr Philippe Brizard, Directeur général de
l´Œuvre d´Orient

La Croix : Six coptes ont été tués et neuf autres blessés lors d’une fusillade, mercredi soir, dans une rue commerciale de Nagaa Hamadi, en Haute-Égypte. Comment réagissez-vous à ce nouvel acte de violence visant explicitement des chrétiens d’Orient ?

Mgr Philippe Brizzard : Dans cette région de Nagaa Hamadi, il y a un foyer de Frères musulmans qui profitent peut-être de la mollesse des autorités publiques. Sans doute ces extrémistes n’ont-ils pas résisté au plaisir de « faire un carton » – si j’ose parler ainsi – sur des chrétiens au moment du Noël oriental.

Les violences faites aux chrétiens d’Orient s’expliquent-elles seulement par les extrémismes islamistes actuels ?

Non. Il faut dire et redire que les puissances occidentales sont en grande partie responsables de cette montée de l’islam fondamentaliste et des tensions qui en résultent parce que, au nom de la raison et d’une conception rigide de la laïcité, elles ne comprennent pas et rejettent tous les phénomènes religieux.

L’Occident perçu comme incroyant fait peur à l’Orient. Et il y a indéniablement une modification des relations entre chrétiens et musulmans et une augmentation de l’intolérance depuis l’avènement de la République islamiste en Iran, en 1979. Si l’on continue d’opposer ainsi un parti pris antireligieux systématique en Occident et une montée des intégrismes dans les pays musulmans, on va vers l’explosion.

C’est tout l’enjeu aujourd’hui du rapport entre foi et raison, comme l’a si bien compris Benoît XVI, afin que l’Occident traditionnellement chrétien puisse aider l’islam à approfondir et à développer une démarche religieuse compatible avec la raison.

Paradoxalement, lorsque les chrétiens d’Orient témoignent de leur quotidien, ils ne se plaignent pas de leurs difficultés et de leur émigration massive. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a une habitude du vivre ensemble entre musulmans et chrétiens qui fait que les difficultés sont minimisées. Le plus souvent, dans les quartiers urbains et les villages, chrétiens et musulmans se mélangent et se respectent. Si bien qu’on fait aller, pour ne pas vivre trop dans le découragement ou l’angoisse… Mais quand on interroge des familles chrétiennes qui ont été touchées par de telles violences, le discours est tout autre.

Il est vrai aussi qu’une certaine « langue de bois » règne sur le plan officiel. Un évêque oriental commencera toujours par vous dire que ses relations avec les communautés musulmanes sont excellentes, et ce n’est qu’après un certain temps qu’il osera parler en vérité et confier ses difficultés quotidiennes, dues aussi, dans bien des pays d’Orient, à la misère.

Comment aider aujourd’hui ces chrétiens d’Orient ?

En leur manifestant notre solidarité ! Si l’on veut vraiment les aider, il faut parler d’eux, faire savoir ce qu’ils vivent, réfléchir et agir avec eux. Ce que vous faites à La Croix, par exemple, est très important car cela prouve qu’on ne les oublie pas. Le pire du pire, c’est le silence !

Il faut les aider aussi à éviter toutes sortes de manipulations politiques. Enfin, il faut travailler à ce que l’opinion publique occidentale dépasse les simplismes réducteurs qui opposent le fanatisme musulman au rationalisme laïc. C’est seulement ainsi que l’on pourra aider à dépasser la violence. En n’oubliant pas que si les minorités chrétiennes d’Orient sont asphyxiées dans les sociétés majoritairement musulmanes, c’est mauvais signe pour l’islam de demain.

Recueilli par Claire LESEGRETAIN, Source: La Croix

"Liberté religieuse, chemin vers la paix", message du pape Benoît XVI pour la journée mondiale pour la paix en 2011

23 décembre 2010 Poster un commentaire

1. AU DÉBUT D’UNE ANNÉE NOUVELLE, mes vœux voudraient rejoindre tous et chacun ; vœux de sérénité et de prospérité, mais surtout vœux de paix. L’année qui vient de se clôturer a été marquée, elle aussi, malheureusement par la persécution, la discrimination, par de terribles actes de violence et d’intolérance religieuse.

Je pense en particulier à la chère terre d’Irak qui, dans sa marche vers une stabilité et une réconciliation tant souhaitées, continue à être une scène de violences et d’attentats. Viennent à la mémoire les récentes souffrances de la communauté chrétienne, et tout particulièrement le lâche attentat contre la cathédrale siro-catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad, où, le 31 octobre dernier, deux prêtres et plus de cinquante fidèles ont été tués, alors qu’ils étaient réunis pour la célébration de la sainte Messe. Et il y eut d’autres attaques les jours suivants, aussi contre des habitations privées, suscitant la peur au sein de la communauté chrétienne et le désir, chez beaucoup de ses membres, d’émigrer pour aller chercher de meilleures conditions de vie. Je les assure de ma proximité et de celle de toute l’Eglise. Ce sentiment a été concrètement exprimé lors de la récente Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Evêques. Cette Assemblée a adressé un encouragement aux communautés catholiques en Irak et dans tout le Moyen-Orient à vivre la communion et à continuer à offrir un témoignage courageux de foi en ces régions.

Je remercie vivement les Gouvernements qui s’efforcent de soulager les souffrances de ces frères en humanité et j’invite les catholiques à prier pour leurs frères dans la foi qui souffrent violences et intolérances, et à leur manifester leur solidarité. Dans ce contexte, j’ai ressenti de manière particulièrement vive l’opportunité de partager avec vous tous quelques réflexions sur la liberté religieuse, chemin vers la paix. Il est douloureux en effet de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux. Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse. Tout cela ne peut être accepté, parce que cela constitue une offense à Dieu et à la dignité humaine ; de plus, c’est une menace à la sécurité et à la paix, et cela empêche la réalisation d’un réel développement humain intégral[1].

C’est en effet dans la liberté religieuse que se trouve l’expression de la spécificité de la personne humaine, qui peut ainsi ordonner sa vie personnelle et sociale selon Dieu :  à Sa lumière se comprennent pleinement l’identité, le sens et le but de la personne. Nier ou limiter de manière arbitraire cette liberté signifie cultiver une vision réductrice de la personne humaine ; mettre dans l’ombre le rôle public de la religion signifie engendrer une société injuste, puisque celle-ci n’est pas en harmonie avec la vraie nature de la personne humaine ; cela signifie rendre impossible l’affirmation d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine.

J’exhorte donc les hommes et les femmes de bonne volonté à renouveler leur engagement pour la construction d’un monde où tous soient libres de professer leur religion ou leur foi, et de vivre leur amour pour Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit (cf. Mt 22,37). Voilà le sentiment qui inspire et guide le Message pour la XLIVème Journée Mondiale de la Paix, consacré au thème : Liberté religieuse, chemin vers la paix.

Le droit sacré à la vie et à une vie spirituelle

2. Le droit à la liberté religieuse s’enracine dans la dignité même de la personne humaine[2], dont la nature transcendante ne doit être ni ignorée ni négligée. Dieu a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27). C’est pour cela que chaque personne a le droit sacré à une vie intègre aussi du point de vue spirituel. Sans la reconnaissance de son être spirituel, sans l’ouverture au transcendant, la personne humaine se replie sur elle-même, et elle n’arrive pas à trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et à conquérir des valeurs et des principes éthiques durables. Elle ne peut donc même pas réussir à expérimenter une authentique liberté et à développer une société juste[3].

La Sainte Ecriture, en harmonie avec notre propre expérience, révèle la valeur profonde de la dignité humaine : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté, pour qu’il domine sur l’œuvre de tes mains ; tout fut mis par toi sous ses pieds » (Ps 8, 4-7).

Devant la sublime réalité de la nature humaine, nous pouvons faire l’expérience du même émerveillement que le psalmiste. Elle se manifeste comme ouverture au Mystère, comme capacité de s’interroger en profondeur sur soi-même et sur l’origine de l’univers, comme intime résonnance à l’Amour suprême de Dieu, principe et fin de toutes choses, de toute personneet de tous les peuples[4]. La dignité transcendante de la personne est une valeur essentielle de la sagesse judéo-chrétienne, mais grâce à la raison, elle peut être reconnue par tous. Cette dignité, comprise comme une capacité de transcender sa propre matérialité et de rechercher la vérité, doit être reconnue comme un bien universel, indispensable pour la construction d’une société orientée vers la réalisation et la plénitude de l’homme. Le respect des éléments essentiels de la dignité de l’homme, tels que le droit à la vie et le droit à la liberté religieuse, est une condition de la légitimité morale de toute norme sociale et juridique.

Liberté religieuse et respect mutuel

3. La liberté religieuse est à l’origine de la liberté morale. En effet, l’ouverture à la vérité et au bien, l’ouverture à Dieu, qui est enracinée dans la nature humaine, confère une pleine dignité à chaque personne et elle est garante d’un respect mutuel et plénier entre les personnes. C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité.

Il existe un lien infrangible entre liberté et respect ; car, « la loi morale oblige tout homme et tout groupe social à tenir compte, dans l’exercice de leurs droits, des droits d’autrui, de leurs devoirs envers les autres et du bien commun de tous »[5].

Une liberté ennemie ou indifférente à l’égard de Dieu finit par se nier elle-même et ne garantit pas le plein respect de l’autre. Une volonté qui se croit radicalement incapable de rechercher la vérité et le bien n’a plus de raisons objectives ni de motifs pour agir, sinon ceux que lui imposent ses intérêts momentanés et contingents, elle n’a pas « une identité » à conserver et à construire en opérant des choix vraiment libres et conscients. Elle ne peut donc revendiquer le respect de la part d’autres « volontés », elles aussi détachées de leur être plus profond et qui, de ce fait, peuvent faire valoir d’autres « raisons » ou même aucune « raison ». L’illusion que l’on puisse trouver dans le relativisme moral la clé d’une coexistence pacifique, est en réalité l’origine des divisions et de la négation de la dignité des êtres humains. On comprend alors qu’il soit nécessaire de reconnaître une double dimension dans l’unité de la personne humaine : la dimension religieuse et la dimension sociale. A cet égard, il est inconcevable que des croyants « doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs ; il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits »[6].

La famille, école de liberté et de paix

4. Si la liberté religieuse est chemin vers la paix, l’éducation religieuse est une route privilégiée pour donner aux nouvelles générations la possibilité de reconnaître en l’autre un frère et une sœur, avec qui marcher ensemble et collaborer pour que tous se sentent comme les membres vivants d’une même famille humaine, au sein de laquelle personne ne doit être exclu.

La famille fondée sur le mariage, expression d’une union intime et d’une complémentarité entre un homme et une femme, s’insère dans ce contexte comme première école de formation et de croissance sociale, culturelle, morale et spirituelle des enfants, qui devraient toujours trouver dans leur père et leur mère les premiers témoins d’une vie orientée vers la recherche de la vérité et de l’amour de Dieu. Les parents eux-mêmes devraient être toujours libres de transmettre, sans entraves et de manière responsable, leur patrimoine de foi, de valeurs et de culture à leurs enfants. La famille, première cellule de la société humaine, reste le milieu primordial de formation pour des relations harmonieuses à tous les niveaux de la convivialité humaine, nationale et internationale. Nous trouvons ici la route à suivre avec sagesse pour construire un tissu social solide et solidaire, pour préparer les jeunes à prendre leurs propres responsabilités dans la vie, au sein d’une société libre, dans un esprit de compréhension et de paix.

Un patrimoine commun

5. On pourrait dire que, parmi les droits et les libertés fondamentaux enracinés dans la dignité humaine, la liberté religieuse jouit d’un statut spécial. Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même, et l’ethos et les institutions des peuples se consolident. A l’inverse, quand la liberté religieuse est niée, quand on essaie d’empêcher de professer sa religion ou sa foi et de vivre en conformité avec elles, la dignité humaine est lésée, et de cette manière se trouvent menacées la justice et la paix, lesquelles se fondent sur l’ordre social juste qui s’édifie à la lumière de la Vérité Suprême et du Souverain Bien.

En ce sens, la liberté religieuse est aussi un acquis de civilisation politique et juridique. C’est un bien essentiel : toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune. En ce domaine, la règlementation internationale se révèle emblématique et est un exemple essentiel pour les Etats, en ce qu’elle ne permet aucune dérogation à la liberté religieuse, sauf l’exigence légitime de l’ordre public pénétré par la justice[7]. La règlementation internationale reconnaît ainsi aux droits de nature religieuse le même status que le droit à la vie et à la liberté personnelle, car ils appartiennent au noyau essentiel des droits de l’homme, à ces droits universels et naturels que la loi humaine ne peut jamais nier.

La liberté religieuse n’est pas le patrimoine exclusif des croyants, mais de la famille tout entière des peuples de la terre. C’est l’élément incontournable d’un Etat de droit ; on ne peut pas la nier sans porter atteinte en même temps à tous les droits et aux libertés fondamentales, puisqu’elle en est la synthèse et le sommet. Elle est « le ‘papier tournesol’ qui permet de vérifier le respect de tous les autres droits humains »[8]. Celle-ci favorise l’exercice des facultés plus spécifiquement humaines tout en créant les prémisses nécessaires pour la réalisation d’un développement intégral, lequel concerne de manière unitaire la totalité de la personne en chacune de ses dimensions[9].

La dimension publique de la religion

6. La liberté religieuse, comme toute liberté, tout en provenant de la sphère personnelle, se réalise dans la relation avec les autres. Une liberté sans relations n’est pas une liberté achevée. La liberté religieuse ne s’épuise pas non plus dans la seule dimension individuelle, mais elle se met en œuvre dans la communauté dont elle fait partie et dans la société, ceci en cohérence avec l’être relationnel de la personne et avec la nature publique de la religion.

La mise en relation est une composante décisive de la liberté religieuse qui pousse les communautés des croyants à pratiquer la solidarité en vue du bien commun. Dans cette dimension communautaire, chaque personne reste unique et absolument originale, tout en se complétant et en se réalisant pleinement.

On ne peut pas nier la contribution que les communautés religieuses apportent à la société. Nombreuses sont les institutions caritatives et culturelles qui attestent le rôle constructif des croyants pour la vie sociale. D’une importance plus grande encore est la contribution éthique de la religion dans le domaine politique. Elle ne devrait pas être marginalisée ou interdite, mais comprise comme un apport valable à la promotion du bien commun. Dans cette perspective il convient de mentionner la dimension religieuse de la culture, tissée au long des siècles grâce aux contributions sociales et surtout éthiques de la religion. Une telle dimension ne constitue en aucune manière une discrimination vis-à-vis de ceux qui n’en partagent pas la croyance, mais elle renforce plutôt la cohésion sociale, l’intégration et la solidarité.

Liberté religieuse, force de liberté et de civilisation :
les dangers de son instrumentalisation

7. L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes, comme par exemple la subversion de l’ordre établi, l’accaparement de ressources ou le maintien du pouvoir de la part d’un groupe, peut provoquer des dommages énormes aux sociétés. Le fanatisme, le fondamentalisme, les pratiques contraires à la dignité humaine, ne peuvent jamais trouver une justification, encore moins si cela est accompli au nom de la religion. La profession d’une religion ne peut pas être instrumentalisée, ni imposée par la force. Il faut donc que les Etats et les diverses communautés humaines n’oublient jamais que la liberté religieuse est une condition de la recherche de la vérité et que la vérité ne s’impose pas par la violence mais par « la force de la vérité elle-même »[10]. En ce sens, la religion est une force positive et propulsive pour la construction de la société civile et politique.

Comment nier la contribution des grandes religions du monde au développement de la civilisation ? La recherche sincère de Dieu a conduit à un plus grand respect de la dignité de l’homme. Les communautés chrétiennes, avec leur patrimoine de valeurs et de principes, ont fortement contribué à la prise de conscience de la part des personnes et des peuples, de leur identité et de leur dignité, de même qu’à la conquête d’institutions démocratiques et à l’affirmation des droits de l’homme ainsi que des devoirs correspondants.

Aujourd’hui encore, dans une société toujours plus mondialisée, les chrétiens sont appelés, non seulement à un engagement civil, économique et politique responsable, mais aussi au témoignage de leur charité et de leur foi, à offrir une contribution précieuse à l’engagement rude et exaltant pour la justice, le développement humain intégral et le juste ordonnancement des réalités humaines. Exclure la religion de la vie publique, c’est enlever à cette dernière un espace vital qui ouvre à la transcendance. Sans cette expérience originelle, orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits - de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

Un problème de justice et de civilisation :
le fondamentalisme et l’hostilité à l’égard des croyants nuisent à la laïcité positive des Etats

8. La même détermination avec laquelle sont condamnées toutes les formes de fanatisme et de fondamentalisme religieux, doit animer aussi l’opposition à toutes les formes d’hostilité à l’égard de la religion, qui limitent le rôle public des croyants dans la vie civile et politique.

On ne peut oublier que le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme. La société qui veut imposer, ou qui, au contraire, nie la religion par la violence, est injuste à l’égard de la personne et de Dieu, mais aussi envers elle-même. Dieu appelle à lui l’humanité dans un dessein d’amour qui, alors qu’il concerne la personne tout entière dans sa dimension naturelle et spirituelle, exige d’y répondre en termes de liberté et de responsabilité, de tout son cœur et de tout son être, individuel et communautaire. La société elle-même, en tant qu’expression de la personne et de l’ensemble de ses dimensions constitutives, doit donc vivre et s’organiser en sorte de favoriser l’ouverture à la transcendance. C’est précisément pour cela que les lois et les institutions d’une société ne peuvent pas être configurées en ignorant la dimension religieuse des citoyens ou au point d’en faire totalement abstraction. Elles doivent se mesurer – grâce à la participation démocratique de citoyens conscients de leur haute vocation – à l’être de la personne afin de pouvoir la seconder dans sa dimension religieuse. N’étant pas une création de l’Etat, elle ne peut être manipulée par lui ; elle devrait plutôt en recevoir reconnaissance et respect.

Lorsque l’ordonnancement juridique, à tous les niveaux, national et international, permet ou tolère le fanatisme religieux ou antireligieux, il manque à sa mission même qui est de protéger et de promouvoir la justice et le droit de chacun. Ces réalités ne peuvent être abandonnées à l’arbitraire du législateur ou de la majorité, car, comme l’enseignait déjà Cicéron, la justice consiste en quelque chose de plus qu’un simple acte productif de la loi et de son application. Elle implique de reconnaître à chacun sa dignité[11], laquelle, sans liberté religieuse, garantie et vécue dans son essence, résulte mutilée et lésée, exposée au risque de tomber sous la coupe des idoles, des biens contingents transformés en absolus. Tout cela risque de mener la société à des totalitarismes politiques et idéologiques qui donnent une place exagérée au pouvoir public, tandis que les libertés de conscience, de pensée et de religion sont humiliées ou jugulées, comme si elles pouvaient lui faire concurrence.

Dialogue entre institutions civiles et religieuses

9. Le patrimoine de principes et de valeurs exprimés par une religiosité authentique est une richesse pour les peuples et pour leur ethos. Ce patrimoine parle directement à la conscience et à la raison des hommes et des femmes, il leur rappelle l’impératif de la conversion morale, les incite à cultiver la pratique des vertus et à se rapprocher les uns des autres avec amour, sous le signe de la fraternité, en tant que membres de la grande famille humaine[12].

Dans le respect de la laïcité positive des institutions étatiques, la dimension publique de la religion doit toujours être reconnue. Dans ce but, il est fondamental que s’instaure un dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société.

Vivre dans l’amour et dans la vérité

10. Dans l’univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d’unité et de paix pour la famille humaine. A partir de leurs propres convictions religieuses et de la recherche rationnelle du bien commun, leurs fidèles sont appelés à vivre de manière responsable leur propre engagement dans un contexte de liberté religieuse. Au sein des cultures religieuses variées, s’il faut rejeter tout ce qui est contraire à la dignité de l’homme et de la femme, il est nécessaire, à l’inverse, d’accueillir comme un trésor tout ce qui s’avère positif pour la convivialité civile.  L’espace public que la communauté internationale rend disponible pour les religions et pour leur proposition d’une « vie bonne », favorise l’émergence d’une mesure commune de vérité et de bien, ainsi qu’un consensus moral, qui sont essentiels pour une coexistence juste et pacifique. Les leaders des grandes religions, en vertu de leur rôle, de leur influence et de leur autorité dans leurs propres communautés, sont appelés les tout premiers au respect mutuel et au dialogue.

Les chrétiens, pour leur part, sont invités, par la foi même en Dieu, Père du Seigneur Jésus-Christ, à vivre en frères, qui se rencontrent dans l’Eglise et qui collaborent à l’édification d’un monde où les personnes et les peuples ne feront « plus de mal ni de violence [...] car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Is 11,9).

Le dialogue comme recherche en commun

11. Pour l’Eglise, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses. L’Eglise elle-même ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les diverses religions. « Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes »[13].

Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. L’Eglise en effet « annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses »[14]. Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, « toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint »[15].

En 2011 sera fêté le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II. A cette occasion, les responsables des grandes religions du monde ont manifesté combien la religion est un facteur d’union et de paix et non de division et de conflits. Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix.

Vérité morale dans la politique et dans la diplomatie

12. La politique et la diplomatie devraient prendre en considération le patrimoine moral et spirituel offert par les grandes religions du monde pour reconnaître et affirmer des vérités, des principes et des valeurs universelles qui ne peuvent être niés sans nier en même temps la dignité de la personne humaine. Mais, dans la pratique, qu’est-ce que cela veut dire promouvoir la vérité morale dans le monde de la politique et de la diplomatie ? Cela signifie agir de manière responsable à partir de la connaissance objective et complète des faits ; cela veut dire déstructurer des idéologies politiques qui finissent par supplanter la vérité et la dignité humaine et veulent promouvoir des pseudo valeurs sous le couvert de la paix, du développement et des droits humains ; cela veut dire favoriser un engagement constant pour fonder la loi positive sur les principes de la loi naturelle[16]. Tout cela est nécessaire et est cohérent avec le respect de la dignité et de la valeur de la personne humaine,  respect garanti par les Peuples de la terre dans la Charte de l’Organisation des Nations Unies de 1945, qui présente des valeurs et des principes moraux universels de référence pour les normes, les institutions, les systèmes de coexistence au niveau national et international.

Au-delà de la haine et des préjugés

13. En dépit des enseignements de l’histoire et de l’engagement des Etats, des Organisations internationales au niveau mondial et local, en dépit des efforts des Organisations non gouvernementales et de tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, chaque jour, se dépensent pour la sauvegarde des droits et des libertés fondamentaux, on constate aujourd’hui encore, dans le monde des persécutions, des discriminations, des actes de violence et d’intolérance liés à la religion. En Asie et en Afrique en particulier, les principales victimes sont les membres des minorités religieuses, auxquels il est interdit de professer librement leur religion ou d’en changer, par des intimidations, par la violation des droits et des libertés fondamentaux et des biens essentiels, allant jusqu’à la privation de la liberté personnelle ou même de la vie.

Il existe en outre – comme je l’ai déjà dit – des formes plus élaborées d’hostilité envers la religion, qui, dans les pays occidentaux, se manifestent parfois par le reniement de l’histoire et des symboles religieux dans lesquels se reflètent l’identité et la culture de la majorité des citoyens. Ces attitudes alimentent souvent haine et préjugés et ne sont pas cohérentes avec une vision sereine et équilibrée du pluralisme et de la laïcité des institutions, sans compter qu’elles peuvent empêcher les jeunes générations d’entrer en contact avec le précieux héritage spirituel de leurs pays.

La défense de la religion passe par la défense des droits et des libertés des communautés religieuses. Que les leaders des grandes religions du monde et les responsables des Nations renouvellent donc leur engagement pour la promotion et la sauvegarde de la liberté religieuse, en particulier pour la défense des minorités religieuses, qui ne représentent pas une menace pour l’identité de la majorité, mais représentent au contraire une opportunité de dialogue et d’enrichissement culturel réciproque ! Leur défense est la meilleure manière de renforcer l’esprit de bienveillance, d’ouverture et de réciprocité avec lequel protéger les droits et les libertés fondamentaux dans tous les domaines et toutes les régions du monde.

La liberté religieuse dans le monde

14. Je m’adresse maintenant aux communautés chrétiennes qui souffrent de persécutions, de discriminations, de violences et d’intolérance, particulièrement en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre Sainte, lieu choisi et béni par Dieu. Tout en leur renouvelant l’assurance de mon affection paternelle et de ma prière, je demande à tous les responsables d’agir avec promptitude pour mettre fin à toute brimade contre les chrétiens qui habitent dans ces régions. Puissent les disciples du Christ, confrontés aux adversités du moment, ne pas perdre courage, car le témoignage rendu à l’Evangile est et sera toujours signe de contradiction !

Méditons en notre cœur les paroles du Seigneur Jésus : « Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. [...] Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt 5, 5-12). Renouvelons donc « l’engagement pris par nous à l’indulgence et au pardon, que nous demandons à Dieu dans le Notre Père, en posant nous-mêmes la condition et la mesure de la miséricorde désirée. En effet, nous prions ainsi : "Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés" (Mt 6, 12) »[17]. La violence ne se vainc pas par la violence. Que notre cri de douleur soit toujours accompagné par la foi, par l’espérance et le témoignage de l’amour de Dieu ! J’exprime aussi le souhait qu’en Occident, spécialement en Europe, cessent l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens qui veulent donner à leur vie une orientation cohérente avec les valeurs et les principes exprimés dans l’Evangile. Que l’Europe apprenne plutôt à se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes : elles sont essentielles pour comprendre le rôle qu’elle a eu, qu’elle a et veut avoir dans l’histoire ; elle saura ainsi faire l’expérience de la justice, de la concorde et de la paix,  en cultivant un dialogue sincère avec tous les peuples.

La liberté religieuse, chemin vers la paix

15. Le monde a besoin de Dieu. Il a besoin de valeurs éthiques et spirituelles, universelles et partagées, et la religion peut offrir une contribution précieuse dans leur recherche, pour la construction d’un ordre social juste et pacifique au niveau national et international.

La paix est un don de Dieu et en même temps un projet à mettre en œuvre, jamais complètement achevé. Une société réconciliée avec Dieu est plus proche de la paix, qui n’est pas simplement l’absence de guerre, qui n’est pas le simple fruit d’une prédominance militaire ou économique, ni encore moins de ruses mensongères ou d’habiles manipulations. La paix, en fait, est le résultat d’un processus de purification et d’élévation culturelle, morale et spirituelle de chaque personne et chaque peuple, processus dans lequel la dignité humaine est pleinement respectée. J’invite tous ceux qui désirent devenir artisans de paix, et spécialement les jeunes, à se mettre à l’écoute de la voix intérieure qui est en eux, pour trouver en Dieu, le point de référence stable pour la conquête d’une liberté authentique, la force inépuisable pour orienter le monde avec un esprit nouveau, capable de ne pas répéter les erreurs du passé. Comme l’enseigne le Serviteur de Dieu Paul VI, dont la sagesse et la clairvoyance nous ont valu l’institution de la Journée Mondiale de la Paix : « Il faut avant tout donner à la Paix d’autres armes que celles destinées à tuer et à exterminer l’humanité. Il faut surtout les armes morales, qui donnent force et prestige au droit international, à commencer par l’observation des pactes »[18]. La liberté religieuse est une arme authentique de la paix, et elle a une mission historique et prophétique. En effet, elle valorise et fait fructifier les qualités les plus intimes et les potentialités de la personne humaine capables de changer et rendre meilleur le monde. Elle permet de nourrir l’espérance en un avenir de justice et de paix, même devant les graves injustices et les misères matérielles et morales. Puissent tous les hommes et toutes les sociétés, à tout niveau et en tout point de la terre, faire sans tarder l’expérience de la liberté religieuse, chemin vers la paix !

Au Vatican, le 8 décembre 2010.

BENEDICTUS PP XVI

Amour de Dieu et du prochain.Celles et ceux qui ont suivi et qui suivent Jésus Christ.Confiance dans les promesses du Christ.Nouvelle du salut annoncée aux hommes par Jésus.Successeur des apôtres.Bienveillance de Dieu pour les hommes.Alliance d’un homme et d’une femme dans les conditions prévues par la loi.Célébration qui commémore le sacrifice du Christ.Attitude qui incite à l’indulgence et au pardon.Vérité de foi inaccessible à la seule raison humaine.Chrétien qui a reçu le sacrement de l’Ordre pour être signe du Christ pasteur.Harmonie retrouvée. Acte par lequel Dieu pardonne au pécheur repentant.Ensemble des règles fixant le déroulement d’un cérémonial.


[1] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate,nn. 29. 55-57.
[2] Cf. Concile œucuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 2.
[3] Cf. Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 78.
[4] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra aetate, n.1.
[5] Ibid. Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 7.
[6] Benoît XVI, Discours à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies (18 avril 2008) : AAS 100 (2008), 337, DC 2403 (2008°, p. 537.
[7] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n.2.
[8] Jean-Paul II, Discours aux participants à l’Assemblée Parlementaire de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) (10 octobre 2003), 1 : AAS 96 (2004), p. 111.
[10] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 1.
[11] Cf. Cicéron, De inventione, II,160.
[12] Cf. Benoît XVI, Discours aux Représentants des autres religions du Royaume-Uni (17 septembre 2010) : L’Osservatore Romano (18 septembre 2010), p.12 ; DC 2454 (2010), p. 876.
[13] Concile oecuménique Vatican II, Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra aetate, n.2.
[14] Ibid.
[15] Super evangelium Joannis, I,3.
[16] Cf. Benoît XVI, Discours aux Autorités civiles et au Corps diplomatique à Chypre (5 juin 2010) : L’Osservatore Romano (6 juin 2010), p. 8 ; DC 2448 (2010), p. 572-573 ; Commission Théologique Internationale, A la recherche d’éthique universelle : Nouveau regard sur la loi naturelle, Cité du Vatican, 2009.
[17] Paul VI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 1976 : AAS 67 (1975), 671 ; DC 1686 (1975), p. 953.
[18] Ibid. : AAS, 67 (1975), p. 668 ; DC, 1686 (1975), p. 953.

Réunion de l’ensemble des évêques.Qui est universel.Concile oecuménique ouvert par le pape Jean XXIII qui réunit à Rome tous les évêques du monde.

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Source: Portail de l’Église Catholique en France

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