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Une personnalité politique d’un autre calibre

3 février 2012 Poster un commentaire
L’ancien député a marqué les grandes étapes de la vie politique libanaise.

L’ancien député a marqué les grandes étapes de la vie politique libanaise.

Le décès de l’ancien député, Nassib Lahoud, a provoqué beaucoup d’émoi auprès de ses alliés, notamment de ses camarades du Rassemblement de Kornet Chehwane et de la révolution du Cèdre.

Le patriarche maronite, Mgr Béchara Boutros Raï, a qualifié Nassib Lahoud « d’homme d’État », soulignant que « son décès est une grande perte pour le Liban ». Lire la suite…

Nassib Lahoud est décédé

2 février 2012 Poster un commentaire
Nassib Lahoud, un des ténors de la vie politique libanaise, luttait depuis des mois contre un cancer.Photo AFP

Nassib Lahoud, un des ténors de la vie politique libanaise, luttait depuis des mois contre un cancer.

LIBAN Le Liban perd un ténor politique.

Les médias libanais ont annoncé ce matin le décès de Nassib Lahoud, président du Mouvement du renouveau démocratique (RD). L’ancien député et ancien ministre est décédé à l’Hôtel Dieu où il avait été admis il y a quelques jours dans un état grave. M. Lahoud, 68 ans, luttait depuis des mois contre un cancer.

Nassib Lahoud était l’un des principaux ténors de la vie politique libanaise.

Jusqu’au bout, le chef du Renouveau démocratique (RD) aura été engagé dans la défense de ses principes nationaux. A la mi-novembre 2011, il avait estimé que la position adoptée par le Liban au Conseil de la Ligue arabe contre le gel de la participation de la Syrie à la Ligue "ne servait pas l’intérêt du pays tant au niveau intérieur qu’au niveau arabe". Cette position, avait ajouté M. Lahoud dans une déclaration à l’agence al-Markaziya, "contredit les valeurs et les principes que défend le Liban, place le pays face à la quasi-unanimité des Arabes, aux côtés d’une minorité isolée, et aggrave les divisions entre Libanais".

Quelques jours plus tôt, le RD, réuni sous sa présidence, s’était penché sur la "nette détérioration" de la situation politique, sécuritaire et socio-économique du Liban. Dans un communiqué, le RD avait lancé une mise en garde : "Il est impossible de continuer à dégringoler ainsi et impossible pour les Libanais de rester bras croisés à regarder l’État se disloquer davantage, surtout que d’autres peuples frères affichent leur détermination à tout sacrifier ou presque pour regagner leur liberté, leur dignité et leur droit à la démocratie".

Nassib Lahoud, né en 1944 à Baabdat, dans le Metn, a participé aux grandes étapes de la vie politique du Liban, dont la conférence de Taëf (Arabie saoudite), ayant mis fin à la guerre au Liban. M. Lahoud, qui tout au ong de sa carrière a exprimé son opposition aux ingérences syriennes au Liban, avait été élu député du Metn à plusieurs reprises. Il avait néanmoins perdu le scrutin de 2005. Nassib Lahoud avait également été ambassadeur du Liban aux Etats-Unis.

En 2001, il avait fondé, avec d’autres figures de la scène intellectuelle et politique libanaise, le Renouveau démocratique, un mouvement se présentant comme réformiste et laïc. Il a été également, à partir de 2001, l’un des piliers du Rassemblement de Kornet Chehwane qui avait incarné, dans le sillage du fameux Appel de Bkerké de septembre 2000, l’opposition chrétienne à la tutelle de la Syrie sur le Liban, plaçant ainsi les jalons de la Révolution du Cèdre au printemps 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri. En 2007, M. Lahoud avait été candidat à la présidence de la République, soutenu par le 14 Mars. Cette coalition avait toutefois fini par avaliser l’élection de Michel Sleiman, à la suite des événements du 7 mais 2008 et de la conférence de Doha qui avait opté pour la candidature consensuelle de Sleiman.

Réviser les accords libano-syriens pour délégaliser l’ingérence, par Nassib Lahoud

Par Nassib LAHOUD | 02/02/2012

Nassib Lahoud. Archives/Photo AFP

Nassib Lahoud. Archives/Photo AFP

DOCUMENT Nous reproduisons ici une tribune publiée par Nassib Lahoud, président du Renouveau démocratique, dans notre supplément "Liban-Syrie 2010 : la fin d’un malentendu?" datant d’août 2010.

La rectification des relations libano-syriennes constitue l’un des plus importants défis à relever et représente un intérêt vital pour les deux pays. Les Libanais, leur gouvernement et leurs forces politiques ne recherchent ni la quasi-rupture et les tensions qui ont marqué les cinq dernières années, ni la tutelle syrienne exercée au cours des quinze précédentes. Seules des relations normales, d’Etat souverain à Etat souverain, peuvent former un socle commun qui répond aux intérêts légitimes des deux pays et des deux peuples.

La visite effectuée à Damas par le Président de la République Michel Sleiman au début de son mandat a constitué un point de départ positif pour la rectification des relations. Le communiqué conjoint publié alors a énuméré la plupart des points d’achoppement entre les deux pays et établi des mécanismes pour en traiter certains, en premier lieu l’établissement des relations diplomatiques. L’échange d’ambassadeurs entre les deux Etats a marqué un tournant majeur salué par les Libanais, qui y voyaient la réalisation de l’une de leurs plus anciennes revendications.

Après l’établissement des relations diplomatiques, la révision des traités, accords et conventions signés par les deux pays revêt une importance capitale. C’est là le principal indicateur de la maturité et de la véracité du virage syrien en faveur de nouvelles relations avec le Liban. Le communiqué présidentiel conjoint semble en principe aller dans ce sens, en mentionnant la « révision des accords bilatéraux en vigueur entre les deux pays, de manière objective et partant de convictions communes en phase avec les développements dans les relations bilatérales et l’intérêt des deux peuples ».

En réponse à la demande du Conseil des ministres d’exprimer des remarques et des recommandations concernant ces accords, nous avons proposé au sein du Renouveau démocratique, en collaboration avec plusieurs experts, un document remis au gouvernement en novembre 2008. Les conclusions de ce mémorandum constituent la base des positions que nous avons défendues, et que nous défendons aujourd’hui, à l’égard des relations avec la Syrie, les critères qui doivent les régir durant cette phase de transition, ainsi que les visites des responsables libanais à Damas.

Le traité pilier de « fraternité, de coopération et de coordination » entre le Liban et la Syrie s’appuie sur des principes acceptables de relations entre Etats indépendants : la coopération et la coordination.En revanche, son contenu et son application ont souvent pris des formes contradictoires avec les principes généraux, en créant des relations de complémentarité horizontale et verticale, allant au delà de la coopération, de la coordination et des mécanismes de travail commun entre Etats souverains. En effet, malgré la mention du respect des « normes constitutionnelles de chaque pays », le texte outrepasse les prérogatives du parlement et du gouvernement libanais, le rôle des ministères, les lois en vigueur au Liban ainsi que les pouvoirs des différentes institutions. Le traité place ces prérogatives entre les mains du « Conseil supérieur » composé d’une partie syrienne dirigée par un président de la république aux pouvoirs quasi-absolus, et d’une partie libanaise certes dirigée par un président de la république, mais dont les pouvoirs sont bien plus limités, contingents à ceux du conseil des ministres et balancés par une participation substantielle des présidents de la chambre et du gouvernement. Ce déséquilibre permet dès le départ à la Syrie de présenter au sein du Conseil supérieur une décision unique et cohérente, face à une position libanaise éparse, sujette aux aléas des relations et des rapports de force entre les institutions libanaises.

D’autre part, le traité comporte des textes non équilibrés et des obligations non mutuelles, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la défense. Il convient également de réviser certains accords équilibrés dans la forme, mais qui ont donné lieu à des déséquilibres marqués lors de leur application, vu le rapport de force qui a gouverné les relations libano-syriennes entre 1991 et 2005.

Il est donc essentiel de réexaminer le traité pilier dans son ensemble, ainsi que les accords et conventions qui en ont découlé, afin de rééquilibrer leur teneur. Ce rééquilibrage, dicté par l’intérêt national et rendu possible par le droit international, est la pierre angulaire de la rectification plus globale des relations entre les deux pays.

I. Les principes généraux régissant les relations entre Etats indépendants

a. Tout accord bilatéral doit respecter la légalité internationale, ne contrevenant à aucun principe des Nations Unies et des règles du droit international. L’article 53 du droit des traités internationaux considère « nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une norme impérative du droit international général ».

b. Les relations libano-syriennes doivent respecter toutes les conventions internationales qui établissent clairement les principes de non ingérence et d’« égalité de souveraineté », du respect de l’indépendance politique et de l’unité territoriale de chaque pays et du non recours à la violence.

c. La seule évocation de ces principes ne suffit pas pour rééquilibrer ces traités. Il revient au pays lésé de dénoncer tout contenu inéquitable ou illégal, et à la seconde partie de répondre à ces requêtes en toute bonne foi et dans un esprit de coopération et d’amitié.

II. Le traité pilier : Le Traité de fraternité, de coopération et de coordination de 1991

a. L’objectif annoncé par ce traité est l’établissement d’une coopération et d’une coordination à tous les niveaux. Cet objectif ne doit donc pas aboutir à une complémentarité, voire une intégration entre les deux pays.

b. Si la première section du traité (la déclaration de principes) respecte l’objectif annoncé, les structures et les mécanismes de mise en œuvre présentés dans la deuxième section dépassent le cadre de la coopération et de la coordination. Cette section établit une structure de complémentarité qui inclut aussi bien l’élaboration de visions communes, de mécanismes d’application et d’outils de suivi.

c. De nombreux articles sont devenus caducs, dont l’article 4 qui concerne « le redéploiement des forces syriennes, et la définition des relations de ces forces avec les autorités de l’Etat libanais dans leurs lieux de stationnement ». Cet article doit être supprimé suite au retrait syrien du Liban en 2005.

d. L’article 5 sur la coordination de la politique étrangère, arabe et internationale entre les deux Etats est clairement remis en cause par de nombreux actes syriens pour lesquels la coordination avec le Liban est exclue, que ce soit au niveau des relations syro-iraniennes ou des négociations indirectes avec Israël.

e. D’un point de vue constitutionnel, la composition du Conseil supérieur syro-libanais, régi par l’article 6 du traité, est en conflit avec le principe de séparation des pouvoirs législatif et exécutif. Le conseil supérieur est constitué des chefs des deux Etats, des présidents et vice-présidents des conseils des ministres et des présidents des chambres. Il n’existe aucune justification de la présence des trois présidences au sein du Conseil supérieur. Ce dernier est-il un conseil législatif supérieur ou un conseil exécutif supérieur ?

f. Les prérogatives de ce Conseil sont également ambiguës. D’une part il est dit que ces décisions sont obligatoires et entrent illico en vigueur, alors que le texte affirme par ailleurs que les décisions sont prises conformément aux règles constitutionnelles de chacun des pays.

g. Un « secrétariat général du Conseil supérieur » a été créé, chargé du suivi de l’application du traité. Selon les conventions de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, l’établissement de relations diplomatiques et l’échange d’ambassadeurs entre le Liban et la Syrie recouvrent largement les missions relevant initialement du secrétariat général. L’attachement injustifié au maintien de cette institution outrepasse le rôle des ministères des Affaires étrangères des deux pays.

III. L’Accord de sécurité et de défense

Il convient de remettre en question cet accord qui contrevient aux fondements de la souveraineté et de l’indépendance libanaise.

a. Cet accord charge le comité de défense et de sécurité, composé des ministres de la Défense et de l’Intérieur des deux pays, du « maintien de la sécurité des deux Etats et de proposer des plans communs pour faire face à toute agression » et demande aux « commandements des armées et des services de sécurité d’appliquer et de superviser la mise en œuvre des programmes établis par le comité de défense et de sécurité ». Or quelle est la base juridique d’une telle demande, non sujette à l’autorisation préalable du Conseil des ministres qui est la seule partie constitutionnellement habilitée à donner de tels ordres aux institutions militaires ? De plus, le Liban a effectivement subi des agressions israéliennes successives en 1993, 1996, 1999 et 2006, sans que ce comité ne se réunisse ou prenne quelconque mesure. Quel est donc l’intérêt de son maintien ?

b. L’accord dispose que « les services militaires et de sécurité de chacun des deux pays prennent toutes les mesures nécessaires pour interdire toute activité, action ou organisation, dans tous les domaines militaires, sécuritaires, politiques et médiatiques, de nature à nuire ou à causer du tort à l’autre pays ». De ce fait, toute organisation politique, tout média, risque l’interdiction. Comment cette interdiction s’intègre-t-elle dans le corpus juridique et les principes constitutionnels libanais ? Qui est compétent pour identifier la nuisance ou le tort causés à l’autre pays ?

c. L’accord préconise des réunions régulières entre les ministres de la Défense et de l’Intérieur des deux pays et des services qui y sont rattachés, afin d’aboutir à une vision commune des risques potentiels, voire à la mise en place de services communs. Cette disposition suggère une notion de complémentarité de vision, de structure et de modes d’application, qui va au-delà des principes de coopération et de coordination.

d. De plus, la partie syrienne a annoncé en avril 2005 l’exécution de toutes ses obligations au regard de la résolution 1559, en retirant tous ses services et forces militaires du Liban. Ce retrait et cette annonce signifient qu’il n’incombe plus à la Syrie aucun rôle sécuritaire au Liban, et imposent de fait une nouvelle réalité à laquelle l’accord de défense et de sécurité ne s’applique plus.

IV. Les autres accords

Il convient de regrouper les autres accords en trois catégories :

a. Une série d’accords dont il faut clarifier ou rectifier certaines dispositions, par exemple :

  • « L’accord de coopération et de coordination économique et sociale », qui préconise la liberté de circulation des citoyens libanais et syriens entre les deux pays, la liberté de travail, d’emploi, d’installation et d’exercice des diverses activités économiques et professionnelles.
  • « Le comité de suivi et de coordination syro-libanais », qui a décidé lors de sa réunion des 11 et 12 octobre 1999 la liberté d’échange des produits agricoles.

Or ces domaines sont régis par des limitations diverses de par le droit libanais. Le Liban est-il effectivement disposé à la libéralisation totale de ces activités, notamment la main d’œuvre et la production agricole ? Est-ce dans son intérêt national ? Il est donc clair que ces accords nécessitent une révision radicale.

b. Une série d’accords dont il faut examiner la bonne application. Les associations économiques libanaises ont présenté plusieurs rapports sur l’application de ces accords et ont réclamé des garanties d’équité et de justice. Parmi lesquels, celui de l’Association des Industriels Libanais du 30 août 2000 qui comporte des exemples d’obstacles pratiques à ces principes, à travers les pratiques administratives syriennes complexes, la restriction du droit d’importation aux organisations du secteur public et l’exclusion de certains produits du principe de libre-échange, etc. De même, plusieurs textes tels que l’accord sur l’enseignement supérieur et l’accord judiciaire sont critiquables au niveau de leur application et non de leur contenu.

c. Les accords de partage de l’eau (le Nahr al-Kabir al-Janoubi et l’Oronte) qui nécessitent une révision technique approfondie pour assurer l’équilibre des droits et devoirs de chaque Etat.

V. Conclusions et recommandations

La révision du traité pilier et des accords subséquents est essentielle, pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles :

  • La longue période de 19 ans qui s’est écoulée depuis la signature du traité de 1991 a été le théâtre de soubresauts et de changements fondamentaux.
  • La plupart des accords bilatéraux parle de coopération et de coordination à travers « les lois et règles de chacun des pays ». Cela signifie que ces lois et règles souveraines sont le critère fondamental pour valider ou amender les accords.
  • Ainsi, la partie libanaise – représentée par le Conseil des ministres – se doit d’adopter un mécanisme pratique et un calendrier de révision des accords, au regard des lois et règles libanaises en vigueur. La partie syrienne devra alors discuter les requêtes libanaises en fonction de ses propres lois et règles en vigueur.

Quel que soit le mécanisme adopté, la révision devra comporter les éléments suivants :

  • La préséance des relations diplomatiques sur toute autre forme de relations, étant donné qu’elles constituent le cadre régulateur des liens entre Etats souverains.
  • L’examen de la nécessité du maintien du Conseil supérieur en parallèle aux relations diplomatiques. Et au cas où ce Conseil est maintenu, la révocation ou l’amendement des articles et paragraphes qui octroient à ses décisions un caractère obligatoire dépassant les pouvoirs législatif et exécutif des deux pays.
  • La révocation de tous les textes rendus caducs par les événements et ceux en conflit avec la Constitution, le droit libanais et le droit international, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense et de la politique étrangère.
  • L’adoption de tous les amendements de nature à éliminer le concept de complémentarité, qui ne peut être mis en application entre deux régimes politiques et économiques tellement différents ; et de ce fait, l’élimination des imbrications structurelles créées par le traité et les accords subséquents entre les parties libanaise et syrienne.
  • L’amendement des accords dont la mise en œuvre s’est avérée déséquilibrée malgré des textes apparemment équitables et des engagements linguistiquement mutuels. Il convient ici de consulter les représentants des différents secteurs concernés par ces accords.

Au vu de tous ces éléments, nous avons proposé au Conseil des ministres de former trois commissions de révision spécialisées :

  • La première chargée de la révision du traité de fraternité, de coopération et de coordination, ainsi que de l’accord de sécurité et de défense ;
  • La seconde chargée des accords socioéconomiques, en partenariat avec les parties prenantes ;
  • Une commission technique chargée des accords de partage de l’eau conformément au droit international et aux données hydrauliques et géographiques.

En attendant la mise en place de ce processus, il convient de recourir en cas de besoin à une coordination entre ministères, à condition que cela se fasse hors des mécanismes, comités et canaux du Conseil supérieur et de son secrétariat général. Une coordination fondée sur des ententes bilatérales que chaque partie applique de son côté ; le Conseil des ministres demeurant seul habilité à prendre des décisions en ce sens et à superviser ces actions de coordination.

En conclusion, la volonté politique demeure le principal ingrédient pour un rééquilibrage réussi des relations entre les deux pays. Cette volonté ne peut être dictée par la pression internationale et doit provenir d’une conviction profonde que l’indépendance et la souveraineté du Liban constituent un intérêt stratégique pour la Syrie. Les nouveaux accords signés par la délégation ministérielle libanaise dirigée par le Premier ministre Saad Hariri le 17 juillet dernier vont dans la bonne direction ; ils ouvrent même de nouveaux horizons, mais sont loin d’être suffisants. Jusqu’à présent, les conventions et les accords les plus épineux (le traité pilier, la sécurité, l’eau…) ne sont toujours pas à l’ordre du jour des discussions. De plus, les responsables syriens ont précisément tenu à réitérer leur attachement aux structures les plus controversées, à savoir le Secrétariat général du conseil supérieur ou le comité de sécurité et de défense, dans leur forme actuelle, sans signe concret d’ouverture à une éventuelle révision de leur rôle. Il est donc clair que le Liban doit impérativement renforcer sa position de négociation ; cela certes ne saurait se faire sans un consensus libanais sur les priorités des discussions avec Damas, dépassant les clivages politiques et fondé sur l’intérêt national réel du pays. Dans l’attente d’un tel consensus, et dans un esprit mutuel d’ouverture et de bonne foi, il faudra surtout éviter tout retour vers le statu quo ante qui a prévalu entre 1990 et 2005.

Source : L’Orient Le Jour

Dans les milieux politiques et populaires, avis contradictoires sur l’absence prolongée de Hariri

11 juin 2011 Poster un commentaire

Par Danièle ARAMOUNI GERGÈS | 11/06/2011

Débat Le Premier ministre sortant Saad Hariri a quitté le Liban depuis une cinquantaine de jours. Son absence suscite des spéculations et une amorce de débat sur les raisons de cet auto-éloignement et sur le timing de son retour. Nous avons sondé les divers avis sur le sujet.

Depuis près de 50 jours, le Premier ministre du gouvernement démissionnaire Saad Hariri s’est installé à l’étranger. Son absence prolongée suscite maintes interrogations et divers commentaires aussi bien de la part de ses alliés qu’au niveau de ses détracteurs. Quels sont les facteurs qui expliquent cet éloignement ? Doit-il revenir pour au moins gérer les fonctions administratives de l’État ? Est-il préférable qu’il soit à Beyrouth pour suivre de près les développements régionaux, notamment en Syrie ? Dans une tentative d’apporter des éléments de réponse sur le sujet, L’Orient-Le Jour a sondé les avis des forces politiques et de l’opinion publique. Lire la suite…

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Raï déplore l’irresponsabilité dans le travail politique

25/05/2011

Le patriarche maronite Béchara Raï a déploré, hier, « l’irresponsabilité dans le travail politique », insistant sur la nécessité « de resserrer les rangs et de créer cette communion qui est au cœur de l’action patriarcale ». Le patriarche Raï s’est exprimé devant une délégation de membres du corps consulaire, venue lui rendre visite à Bkerké, présidée par le général Joseph Hbeiss. Remerciant les personnalités pour leur présence, le patriarche a insisté sur la soif des Libanais de rencontres, comme celles qui se sont déroulées à Bkerké. « Ces rencontres visent à détruire les murs que la politique a érigés entre les gens », a-t-il observé, précisant que le travail politique n’est pas un travail d’animosité ni d’alignement. « Le travail politique n’est pas non plus basé sur la pensée unique comme seule détentrice de la vérité, qui considère que le reste est faux », a-t-il dit. « C e qui se fait n’est pas du travail politique. Le travail politique n’est pas du commerce et je suis désolé de voir que la politique nous a menés là où nous sommes aujourd’hui, autrement dit à une crise gouvernementale, économique, commerciale et touristique, et à des institutions bloquées, ce qui est d’une extrême gravité », a-t-il poursuivi.

Mgr Raï a regretté que l’on prétende être un pays démocratique alors que l’avis différent est interdit. « Il est aussi interdit de leur dire de former un gouvernement », a-t-il déploré. Le patriarche maronite a estimé que tous les Libanais, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, « gardent l’espoir de l’émergence d’une nation, ce Liban message comme l’a qualifié le pape Jean-Paul II ». « Entre-temps, ils se disputent les miettes des ministères et des strapontins », a-t-il accusé. Et d’observer que le Liban a une « importante vocation, celle du vivre-ensemble dans l’égalité, le respect et la participation, car chacun a sa place au Liban ». Le patriarche a assuré, à ce propos, qu’il est « de la responsabilité de chacun de protéger ce pays qui traverse une phase maladive ».

Le patriarche maronite a par ailleurs reçu le ministre sortant du Travail, Boutros Harb, avec lequel il a évoqué la situation politique, les développements régionaux ainsi que la rencontre maronite qui se déroulera à Bkerké le 2 juin prochain. Il a également reçu l’ambassadeur de Turquie, Inan Ozyildiz, avec lequel il a discuté des relations bilatérales entre le Liban et la Turquie.

Source: L’Orient Le Jour

Ces enfants du primaire…

11 novembre 2010 Poster un commentaire
10/11/2010
Par Georges TYAN
Je crois, comme bon nombre de mes compatriotes, avoir dépassé le stade de l’étonnement, levant les bras au ciel et priant qu’il ne nous tombe pas sur la tête.
Mais je ne peux m’empêcher, en scrutant l’azur jusqu’à épuisement, de chercher l’ombre furtive d’un saint de passage dans notre espace aérien, ou même le très Haut, pourquoi pas, pour un petit aparté, et lui demander pourquoi il nous a si piteusement abandonnés.
Pourtant nous sommes l’un des pays les plus pieux de la terre, les cèdres du Liban figurent en bonne place dans la Bible, Cana et ses noces dans l’Évangile, ce fut le premier des miracles, promenez-vous un peu du côté des montagnes, vous trouverez à chaque cent mètres un ex-voto dédié à un saint et dans chaque village une ou deux coupoles.
Nous brûlons des cierges à la tonne, nos clochers et nos minarets s’enlacent, les églises et les mosquées ne désemplissent pas et, en dépit de toute cette ferveur religieuse, on dirait que Dieu nous a laissés tomber.
Même qu’un parti a trouvé bon d’accoler à son logo une mitraillette brandie par un biceps vengeur, alors que toutes les religions célestes du monde disent à leurs ouailles que Dieu est amour, pardon, bonté, miséricorde, douceur.
Sans doute est-ce l’une des raisons pour lesquelles Dieu a fui à grandes enjambées nos cieux, nous abandonnant à notre triste sort. Un peu comme dans le récit biblique de Babel et sa tour, tout le monde veut parler à la fois, mais chacun a son propre langage, chacun pense disposer de sa propre vérité qu’il veut imposer tout comme il veut s’imposer aux autres, qu’importe la manière.
Ce n’est pas ainsi qu’on bâtit un pays car, à y regarder de près, j’ai l’impression en contemplant le désolant paysage politique de notre pays d’être encore sur les bancs de l’école en classes primaires.
Dès que la maîtresse a le dos tourné ou que la surveillante s’absente, c’est la foire, le chahut indescriptible, tout le monde se bat avec tout le monde puis, au coup de sifflet, comme par magie, tout rentre dans l’ordre, c’est le calme plat.
Les élèves se mettent en rang, silence et bras croisés, vous entendriez une aiguille tomber puis, face aux remontrances et par peur de la punition, chacun rejette la faute sur les autres, les accusations fusent de toutes parts : « Ce n’est pas moi madame, c’est lui qui a commencé, c’est sa faute, je suis innocent, je n’ai rien fait, je vous jure. » Tous sont innocents.
En effet, aux innocents, les poches pleines. Ce n’est pas un euphémisme, c’est la vérité toute crue, je n’ai pas vu ou entendu un seul responsable lever des sourcils effarés au moment de régler ses factures, la scolarité de ses enfants, les frais médicaux de sa famille, ou dénoncer la cherté de la vie qui commence à être insoutenable.
Pour être honnête si, il y a deux ou trois jeunots, cru juin 2009, qui nous parlent avec entrain, vigueur et énergie de l’avenir de leurs enfants, qu’ils n’ont pas encore eus à ce que je sache, étant toujours célibataires, mais il faut bien remplir les discours qui, de toute façon, sonnent creux.
Il faut que ce jeu cesse, le Liban n’est pas une cour de recréation et encore moins une classe de primaire, où chaque élève se réfugie dans le giron de ses parents ou va accuser ses camarades chez la maîtresse.
Encore faut-il que la maîtresse comprenne leur langage et vice versa, qu’elle soit de bon conseil, impartiale, qu’elle n’ait pas de visées bien à elle, hypothéquant leur avenir, les utilisant à ses fins propres pour que, d’un petit signe d’elle, ils détruisent et l’école et son mobilier.
La vie est une école qu’on quitte sans jamais rien avoir appris, dit le dicton. Faut-il qu’il s’applique à nous, à notre pays ?
Le Liban est un pays vieux de plusieurs millénaires, il a connu tant de déboires, de misères, de combats fratricides pour les autres, qu’il est grand temps que ces élèves, s’ils lisent chaque jour une page de son histoire, passent de classe, changent de statut, arrivent à l’âge adulte et prennent leur avenir – et malheureusement le nôtre – en main.

Affliction et révolte lors des obsèques de deux des victimes des attentats de Aïn Alak

16 février 2007 1 commentaire
 
Affliction et révolte lors des obsèques de deux des victimes des attentats de Aïn Alak
 
Jet de pierres sur le cortège funèbre de Laurice Gemayel à Bickfaya : les Kataëb dénoncent et le PSNS dément
 
La tension continue de monter au Metn-Nord après le double attentat dans des bus de transports en commun au village de Aïn Alak mardi, qui a fait trois morts et plusieurs blessés. Hier, des témoins ont affirmé que, lors du passage du cercueil de l’une des victimes, Laurice Gemayel, dont on transportait la dépouille à son village natal de Aïn al-Touffaha, des partisans du Parti syrien national social (PSNS) ont lancé des pierres contre le cortège funèbre. L’incident a été fortement dénoncé par le parti Kataëb et démenti, plus tard dans la journée, par le PSNS.
Des témoins interrogés par la LBC ont cependant affirmé avoir essuyé des jets de pierre de la part d’individus rassemblés dans le bureau du PSNS sur la place principale de Bickfaya, assurant que ceux-ci les ont attaqués sans crier gare. « Nous étions en voiture et avons évité les pierres de justesse, explique un parent de la victime. Quand nous sommes descendus pour voir ce qui se passait, les partisans du PSNS nous ont couverts d’injures. » « Nous n’avons pas répondu parce que ce qui nous importe aujourd’hui, c’est d’enterrer nos morts, pas de nous occuper du PSNS dont nous avions oublié jusqu’à l’existence sur la place de Bickfaya, raconte un autre témoin. Mais cet irrespect envers la mort est en deçà de tout. Faut-il nous abriter avec des bâches pour passer par Bickfaya dorénavant ? »
Le bureau Kataëb de Aïn al-Touffaha confirme l’incident dans un communiqué, le qualifiant d’ « acte abject qui révèle un irrespect total envers la mort et qui va à l’encontre des règles les plus simples de moralité et d’humanité ». Et de conclure : « Même si les personnes qui suivaient le cortège funèbre ont gardé leur calme et n’ont pas réagi à ce comportement immoral, nous tenons cependant à ce que l’opinion publique en prenne connaissance et que les services de sécurité concernés mènent l’enquête nécessaire pour arrêter les agresseurs. »
Pour sa part, le PSNS a catégoriquement démenti l’incident et, en réponse au communiqué des Kataëb, a considéré que le texte était « fabriqué de toutes pièces et formé d’un tissu de calomnies, et nous le rangeons sous l’enseigne des prétextes servant de couverture à toute agression commise par des agités contre notre parti ». Le communiqué rappelle que « le siège du parti à Bickfaya a déjà été agressé par de tels éléments agités, et c’est cela que nous qualifions de comportement immoral ». Le PSNS réitère sa condamnation sans appel des attentats de mardi, soulignant que « la plupart des victimes sont affiliées au PSNS et au Courant patriotique libre alors que d’autres sont des proches du député Michel Murr, d’où le fait que l’exploitation mesquine de cette tragédie ne fera aucun bien à ceux qui la pratiquent ». Et d’ajouter : « Toutes les forces politiques et les partis devraient collaborer pour créer un environnement sain dans la région du Metn-Nord afin de couper la route aux criminels et aux fauteurs de troubles. »
Le vicaire patriarcal général, Mgr Roland Aboujaoudé, qui effectuait une tournée dans la région pour présenter ses condoléances aux familles des victimes et visiter les blessés dans les hôpitaux, a fait le commentaire suivant concernant l’incident : « C’est désolant. Les différentes parties politiques devraient laisser de côté leurs intérêts personnels en faveur de l’unité et de l’intérêt national. »

Messages du pape et du patriarche
Les obsèques de deux victimes des attentats de Aïn Alak, Laurice Gemayel, mère de famille, et Michel Attar, étudiant, ont eu lieu dans leurs villages respectifs de Aïn al-Touffaha et Beit Chaar, dans une atmosphère de douleur extrême. Mgr Aboujaoudé a présenté ses condoléances aux deux familles des martyrs, leur transmettant le message de condoléances du pape Benoît XVI (voir L’Orient-Le Jour du 15 février) et celui du patriarche maronite Nasrallah Sfeir.
À la question de savoir pourquoi, selon lui, les régions chrétiennes étaient visées par les actes terroristes, Mgr Aboujaoudé a estimé que « ce sont tous les Libanais qui sont visés, mais les attentats ont lieu malheureusement dans les régions chrétiennes et nous ne savons pas pourquoi ». Il a également rendu visite aux blessés dans les hôpitaux de Bhannès et Aboujaoudé, leur transmettant les vœux de guérison du pape et du patriarche.
Les obsèques du jeune Michel Attar ont eu lieu en l’église Saint-Michel à Beit Chaar, célébrées par Mgr Kamal Zeidane, représentant l’évêque Youssef Béchara. Le caïmacam du Metn, Marlène Haddad, représentait le Premier ministre Fouad Siniora, alors que le chef supérieur du parti Kataëb, Amine Gemayel, était représenté par son fils Sami Gemayel, et Patricia, veuve du ministre Pierre Gemayel, assassiné en novembre 2006. Le doyen de la faculté des sciences économiques et de la gestion de l’Université libanaise, deuxième branche, Samir Tannous, représentant le recteur Zouhair Chocor, a prononcé un mot aux obsèques de son étudiant, disant que « la nouvelle a eu l’effet d’une foudre » à l’université.
Même atmosphère de souffrance et d’affliction aux obsèques de Laurice Gemayel, célébrées par Mgr Nagib Hélou représentant l’évêque Youssef Béchara en l’église Saint-Georges à Aïn al-Touffaha, aidé du curé de la paroisse, le père Samir Mazloum. Les rubans blancs ornaient les rues allant du domicile de la défunte à l’église. Durant la messe, le caïmacam du Kesrouan, Raymond Hitti, représentait le Premier ministre, le président Amine Gemayel était représenté par son épouse Joyce Gemayel et le président du conseil des bureaux des Kataëb, Michel Mekattaf, et son épouse Nicole. Le responsable des Forces libanaises (FL) au Metn-Nord, Eddy Abillamah, était également présent.

 

Vendredi 16 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth 

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L’horreur une fois de plus

14 février 2007 5 commentaires
 
Trois morts et une vingtaine de blessés dans le double attentat de Aïn Alak
 
Le Metn encore une fois plongé dans l’horreur
 
 
Trois personnes ont été tuées et vingt-deux autres blessées hier dans un double attentat à Aïn Alak (Metn). Les deux explosions ont eu lieu à une heure de pointe à dix minutes d’intervalle dans des bus de transport en commun couvrant le trajet Bteghrine-Dora. Cet attentat perpétré à la veille de la deuxième commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, est le dix-huitième qui secoue le Liban depuis la tentative d’assassinat du ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004.

Des débris humains sur la chaussée, quelques flaques de sang, de la ferraille éparpillée, d’étranges billes métalliques par terre, un nombre de voitures endommagées et la carcasse de deux bus, l’un de marque Mitsubishi et l’autre de marque Kia, en travers de la route… Le Metn, théâtre de divers explosions et attentats depuis deux ans, avait rendez-vous hier, encore une fois, avec l’horreur.
Il était environ 9 heures quand une bombe a explosé dans un minibus à Aïn Alak, au niveau de la galerie el-Hajj, sur la route de Bickfaya. Dix minutes plus tard, une bombe a explosé une dizaine de mètres plus loin, dans un autre minibus. Les deux véhicules appartiennent à des particuliers et ont une capacité de 24 passagers chacun. Le premier véhicule qui a explosé, de marque Mitsubishi, appartient à Milad Gemayel, originaire de Jouar el-Khonchara, qui a échappé par miracle à l’explosion. Le deuxième appartient à Chadi Saliba, de Bteghrine, touché notamment à la tête et au bras. Selon leurs proches, les deux hommes ont l’habitude de garer leur véhicule en fin de journée devant leurs maisons respectives, à Jouar et à Bteghrine, dans ces villages perchés du Metn, où l’on pense connaître tout le monde et où l’on croit vivre en sécurité.
Les deux bus couvrent le même trajet, celui de Bteghrine-Dora, effectuant bien sûr des arrêts dans toutes les localités qu’ils traversent. Hier, leur itinéraire s’est arrêté à Aïn Alak.
Selon les premiers éléments de l’enquête, un système de télécommande actionné à distance aurait fait exploser les bombes à dix minutes d’intervalle. En ce qui concerne les deux charges explosives, diverses versions ont été avancées : il s’agirait d’importantes quantités de petites billes métalliques placées entre les sièges des deux bus, ou encore de deux valises, que deux passagers auraient transportées jusqu’aux bus. Dans la journée d’hier, une troisième version a encore été véhiculée : les charges explosives pèseraient un kilogramme et la première aurait été placée à l’intérieur du premier bus, alors que la deuxième aurait été collée à l’extérieur du deuxième véhicule.
Quoi qu’il en soit, le double attentat a fait trois morts : Laurice Gemayel, 38 ans, mère au foyer, originaire de Aïn el-Teffaha, Michel Attar, 18 ans, né à Beit el-Chaar, et dont la mère est originaire de Bickfaya, et Mahmoud Hammoud, ouvrier égyptien qui prenait le bus pour se rendre au travail dans une station d’essence de Aïn Alak.
Les blessés, dont certains ont eu les membres inférieurs amputés, sont : Wahib Murr, François Moukarzel, Raghida Abou Haidar, Elsy Sayah, Laure Maalouf, Marie Saliba, Najla Abou Haidar, Intissar Wakim, Nemré Husseini, Néemat Saliba, Brigitte Murr, Élise Murr, Brigitte Murr, Rony Francis, Mounia Chidiac, Chadi Saliba, Alain Khoury, Leila Gemayel, Takla-Nidale Achkar, Hala Mazloum, Hanné Bou Antoun, Bassam Saliba et Nicole Zaalit.

Coincés sous la ferraille
Hier vers dix heures, une heure après l’attentat, les sirènes des ambulances retentissaient toujours dans les localités du Metn. La Croix-Rouge avait déjà transporté les blessés dans les hôpitaux, notamment à l’hôpital Serhal à Rabieh et au centre hospitalier de Bhannès.
Sur les lieux de l’attentat, des hommes ramassaient encore les débris humains, des chiens de police inspectaient l’endroit et les enquêteurs avaient commencé leur travail. Hors du périmètre de sécurité, des habitants de Bickfaya et de Bteghrine cherchaient toujours leurs proches, ignorant si leurs bien-aimés étaient morts ou vivants. D’autres, témoins des attentats, étaient toujours en état de choc.
Samir était au volant quand la première explosion a eu lieu. Il se rendait au travail à Beyrouth. Il a vu le premier bus soufflé par l’explosion. Il a garé sa voiture pour aider les blessés. « Puis j’ai entendu un horrible bruit, le deuxième bus avait l’air de s’envoler. J’ai vu du sang, de la chair humaine…J’ai vu deux survivants aux jambes amputées. »
Dans une sandwicherie, à une dizaine de mètres de l’explosion, Tania, la propriétaire, n’arrive pas à retenir son émotion. « Nous avons entendu un bruit, nous avons cru que c’était l’orage… Puis il y a eu les cris de toutes ces femmes. Des cris… Nous sommes accourus… ». Ses larmes coulent. « Ce sont des gens des villages voisins, de Bickfaya, de Mrouj, de Bteghrine, et même d’ici… Dans le premier bus, il y avait beaucoup de femmes, appartenant à des confréries chrétiennes de plusieurs villages, qui se rendaient pour des activités religieuses à Antélias… C’était un carnage… Puis il y a eu la deuxième explosion et les gens ont couru dans tous les sens », raconte-t-elle.
Raïf est chauffeur de minibus, couvrant également le trajet de Bteghrine-Dora et vice versa. Au moment de la première explosion, il était à Aïn Alak, remontant de Dora. Il connaît les deux chauffeurs, Chadi Murr et Milad Gemayel. Il a aidé à évacuer les blessés. « J’ai vu des morts… mais aussi des survivants, grièvement blessés, coincés par la ferraille sur leur siège… Il y avait des gens amputés, déchiquetés… », raconte-t-il.
Dans une pharmacie voisine, deux ressortissantes sri lankaises sont toujours en état de choc. Elles sèchent leurs larmes. Elles travaillent au Liban depuis dix ans et habitent Bteghrine. Elles se rendaient à Beyrouth à bord de l’un des bus qui a explosé. Elles s’en sont sorties sans une égratignure.
Les forces de l’ordre ont bloqué, pour les besoins de l’enquête, la route principale reliant le littoral du Metn à Bickfaya, au niveau de Aïn Alak. Sur les lieux de l’attentat, les enquêteurs ont dressé une tente pour que des indices ne soient pas perdus.
Pour arriver au centre hospitalier de Bhannès, il fallait emprunter sous une pluie battante les petites rues sinueuses du Metn. Vers midi, au niveau de Beit Chabab, beaucoup de bus scolaires ramenaient les enfants de l’école. Et à Bickfaya, les rues et les magasins étaient quasi déserts.
Dans une boutique de prêt-à-porter de la localité, Rita parle de la miséricorde. « Ma fille Joy, 25 ans, prend ce bus tous les matins. Quand j’ai su qu’il y avait eu l’explosion, j’ai couru comme une folle, j’ai été la chercher parmi les blessés, elle n’y était pas…La police m’a dit d’aller dans les hôpitaux…J’ai pensé au pire. Puis je suis remontée à Bickfaya pour savoir qu’elle avait raté le bus de justesse », raconte-elle.
Dans une teinturerie de la même localité, Évelyne a les yeux pleins de larmes. « Michel Attar, le jeune homme qui est mort, est le fils de ma cousine. » « Sa maman l’a cherché durant peut-être une heure…Puis j’ai entendu les nouvelles. J’ai su qu’il avait été transporté sans vie à l’hôpital Serhal. J’ai appelé ma cousine. Que voulez-vous que je lui dise ? Tout simplement : ton fils a été retrouvé, il est blessé à l’hôpital. Je ne pouvais pas lui annoncer la nouvelle », dit-elle, la voix brisée.
L’hôpital Serhal a reçu un mort et neuf blessés, le centre hospitalier de Bhannès deux morts et treize blessés. Aux urgences, les médecins parlent des cas qu’ils ont traités. Il s’agit surtout d’amputations, de blessures aux membres inférieurs et au ventre. Beaucoup de blessés ont la chair déchiquetée et certains d’entre eux ont la peau brûlée.
En début d’après-midi, des familles attendaient encore devant les blocs opératoires de ces hôpitaux. Comme la famille de François Moukarzel, 33 ans, qui venait de monter dans l’un des bus. Responsable FL de Aïn Alak, François a eu les deux membres inférieurs touchés par l’explosion. Il est directeur d’un magasin d’articles de sport à Jal el-Dib.
Il y avait aussi la famille d’Elsy Sayah, étudiante en architecture d’intérieur à l’UL, à Furn el-Chebback.
La famille de Takla-Nidale Achkar, qui était dans le premier bus, attendait aussi. Takla, de Beit Chabab, âgée de cinquante ans, membre d’une confrérie chrétienne, allait à son cours de théologie à Antélias. Elle a perdu sa jambe gauche.
Dans les salles d’attente et les salons des hôpitaux, les proches des victimes, de divers courants politiques, dénonçaient le terrorisme, et se demandaient qui se souviendra dans quelques mois de leurs bien-aimés qui porteront à jamais dans leur corps les stigmates des explosions de Aïn Alak ou encore jusqu’à quand cette série noire se poursuivra.
D’autres citaient les dates et les événements qui ont marqué le Liban depuis exactement deux ans.
Le 14 février 2005, les hôpitaux de Beyrouth avaient reçu 17 morts, dont l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et l’ancien ministre Bassel Fleyhane, et plus de 150 blessés. Depuis exactement deux ans, le Liban a basculé dans l’horreur.

Patricia KHODER
Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Laurice et Leila devaient aller à Beyrouth en voiture…
 
Dans le hall du centre hospitalier de Bhannès, un jeune homme livide fixe le sol. Il attend sans espoir. « Ma belle-sœur avait 38 ans. Elle s’appelait Laurice Gemayel. Elle était mère de deux enfants, deux garçons âgés de 15 et de 14 ans », indique Sami Gemayel, originaire de Aïn el-Teffaha. « Laurice ne travaillait pas. Elle voulait se rendre à Beyrouth. Elle n’a pas pris sa voiture. Elle a eu peur de conduire par ce mauvais temps… Ayant peur que l’auto dérape, qu’elle fasse un accident, elle a pris le bus. »
À l’hôpital Serhal, Leila Gemayel, l’amie de Laurice, a eu beaucoup plus de chance. Elle souffre de contusions, notamment au thorax. Elle se rendait avec son amie à Beyrouth pour faire des achats.
Leila ne reçoit pas les journalistes, c’est son mari qui raconte l’histoire. Il tient le téléphone portable, à l’écran cassé, de son épouse dans la main. « Elle m’a téléphoné, m’a dit qu’il y a eu une explosion et m’a demandé de venir pour l’emmener à l’hôpital… J’ai accouru. Nous sommes de Aïn el-Teffaha. Je suis arrivé au bout de dix minutes. Leila était consciente. Laurice était à côté d’elle… sans vie. Mais durant tout ce temps, Leila secouait Laurice, lui disait de se réveiller pour qu’elle lui parle », raconte-t-il. « Je suis resté dans le bus avec ma femme pour qu’elle ne perde pas connaissance », ajoute-t-il calmement.
Puis il marque une pause, s’énerve : « Ils ne veulent pas que l’on aille à la manifestation de demain. Ils se trompent. Si ma femme va bien, nous irons ensemble tous les deux à la place des Martyrs. Vous savez, les députés du Metn Edgar Maalouf et Nabil Nicolas sont venus à l’hôpital. Nous leur avons demandé de quitter cet étage. Je fais assumer au général Michel Aoun, au PSNS (Parti syrien national social), au Hezbollah et aux Syriens, à toutes les gens du 8 Mars, la responsabilité de cet attentat. »
 

Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
 
 


Caricature tirée du journal Annahar, le mercredi 14 février 2007

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(Dans) le mur

14 février 2007 Poster un commentaire
(Dans) le mur
 
Aïn Alak.
Qui a montré à Aïn Alak, une dix-septième fois depuis la tentative d’assassinat de Marwan Hamadé et après en avoir fait le serment devant feu Rafic Hariri, qu’il est capable de foutre le chaos au Liban si on le forçait à s’en retirer ? Qui a dit à Aïn Alak, à l’adresse des Américains : Cessez de croire qu’une solution est possible sans notre accord ? Qui fait comprendre à Aïn Alak, aux Saoudiens et aux Égyptiens (et au passage, aux Iraniens), à quelques semaines du sommet arabe : Vous ne pouvez pas continuer à nous marginaliser ? Qui a hurlé à Aïn Alak, à la face de Moussa : Nous voulons être partenaires, pas seulement exécuter ? Qui a asséné, à Aïn Alak, pour que tout le monde entende : N’essayez pas d’imposer le tribunal international via une magouille entre l’ONU et le tandem Ryad-Téhéran ? Qui a eu (très) peur, et l’a montré hier à Aïn Alak, des progrès, aussi minces soient-ils, sur la voie d’un règlement de la crise libanaise ; peur de ce comité de six qui plancherait sur les amendements du statut du tribunal ; peur de ce gouvernement de technocrates que présiderait Kassar ou Mikati, et qui se chargerait d’adopter ce statut, de faire aboutir une nouvelle loi électorale et de concrétiser Paris III ; peur de ce successeur d’Émile Lahoud qui – enfin un vrai président ! – traiterait la Syrie comme n’importe quel pays de la Ligue arabe ? Qui a compris, et a voulu naïvement et criminellement le confirmer à Aïn Alak, qu’entre Larijani et Bandar, on a sûrement tout fait pour éviter une irakisation du Liban ; qui s’est dit que c’est bien plus facile en milieu chrétien, dans un Metn plurichrétien, polychrome ? Qui a voulu absolument terroriser le Libanais en général, le chrétien en particulier, le dissuader de se déplacer un 14 février, surtout en direction du ventricule de Beyrouth – et qui a fait exploser Aïn Alak ? Qui a voulu, par le biais de Aïn Alak, rappeler, dans le sang, sa marque de fabrique, rappeler son trademark : la mort plutôt que la vie, Aïn Alak plutôt que la place des Martyrs ? Qui ne voit pas le mur sur lequel il risque de se fracasser, rassuré par sa collusion avec Israël, tout à son bonheur conjugal parce que le Golan a été, est et restera une magnifique et sereine Mer de tranquillité ?
La place des Martyrs.
La place des Martyrs est l’hypercœur de Beyrouth, là où l’on peut voir, entendre, toucher, renifler, goûter, ad vitam, les cœurs battants de Kamal Joumblatt, Béchir Gemayel, Hassan Khaled, René Moawad, Ramzi Irani, Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel ; mais aussi les cœurs battants, fauchés à Aïn Alak, de Michel Attar, de Laurice Gemayel et de l’Égyptien Mahmoud Hammoud, premiers martyrs lambdas depuis 1990, ni présidents, ni députés, ni ministres, ni militants, mais simples, si simples Libanais ou si simples étrangers qui croient encore en un Liban-Eldorado. La place des Martyrs d’où a démarré, cinq ans après l’an 2000, l’autre processus de libération du Liban. La place des Martyrs comme l’éternel placenta ; source intarissable et primitive de vie ; lieu idéal pour toutes les catharsis, tous les exorcismes ; Matrix originelle où tous les plans, tous les complots, toutes les charges explosives viennent se fracasser contre cet immanent, cet immarcescible, cet implacable I Love Life. La place des Martyrs est l’affirmation claire, nette et surtout archiaudible, par delà la porte de Fatmé, par delà Masnaa, de cet urgent je vais continuer à prendre le bus ; je vais continuer à aller à l’école, à l’université, au travail ; je vais continuer à aller au restaurant, dans les pubs, aux concerts, au cinéma, au théâtre ; continuer à faire des courses au supermarché ; je vais continuer à aller faire du sport, aux quatre coins du pays ; je vais continuer à (sou)rire ; je vais continuer à vivre même s’ils mettent une bombe à chacune de mes destinations. La place des Martyrs, aujourd’hui plus qu’hier, peut-être moins que demain, est tout sauf seulement une commémoration de deuil, une preuve de qui a la plus grosse (foule), un pleuroir où viennent se côtoyer, pour se sentir moins seules, toutes les résignations et toutes les déprimes du Liban ; la place des Martyrs est un hurlement de vie(s), un mouvement infini, un terrassement du dragon, du lion, et c’est pour ces raisons, pour bien d’autres encore, qu’ils s’y rendront en ce 14 février 2007, deux minutes, deux heures, peu importe. La place des Martyrs où, peut-être, feront-ils tomber, en invitant à venir les rejoindre les autres, ni plus ni moins libanais qu’eux, ce honteux mur derrière lequel ils stagnent depuis trois mois.
La place des Martyrs pour empêcher, ou encaisser, tous les Aïn Alak à venir.
Ziyad MAKHOUL

PS : Que celui qui a l’indécence de faire assumer la responsabilité des attentats aux forces de l’ordre et à leur pouvoir de tutelle ait le bon goût de dire aux Libanais comment il ferait pour placer des Terminator devant chaque immeuble, chaque commerce, aux côtés de chaque homme politique ; comment il ferait pour qu’ils fouillent chaque bus, chaque taxi-service, chaque recoin. Ou qu’il la boucle. Un acte terroriste comme Aïn Alak n’est pas un scandale type 5 février : il faut réellement arrêter de parler pour ne rien dire. Et prendre les Libanais pour des imbéciles.

 
Mercredi 14 Février 2007 | 5:00 | Beyrouth
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Pétition de l’UMP pour que le Hezbollah soit qualifié d’organisation terroriste

4 janvier 2007 Poster un commentaire
 
Pétition de l’UMP pour que le Hezbollah soit qualifié d’organisation terroriste
 
Deux députés français de l’UMP (droite), Claude Goasguen (Paris) et Dominique Tian (Bouches-du-Rhône), ont lancé une pétition auprès des parlementaires de leur parti pour que la France propose l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes lors d’un prochain Conseil de l’Union européenne, a-t-on appris hier.
Lancée le 22 décembre, cette pétition a pour l’instant reçu « une petite cinquantaine de réponses », selon les services de M. Goasguen.
Dans ce texte, dont une copie a été adressée à l’AFP, les signataires demandent au président Jacques Chirac de prendre cette initiative car « il faut être clair et admettre que le Hezbollah est à l’origine de multiples attentats, prises d’otages, trafic d’armes ».
« Suite aux attentats du 11 septembre 2001, la communauté internationale a décidé de créer des listes d’organisations terroristes, et de nombreux États ont inscrit le Hezbollah sur cette liste », rappellent les auteurs de la pétition.
« L’Union européenne, divisée, a refusé d’inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, en grande partie à cause du refus de la France », ajoutent-ils.
Ils rappellent aussi que « le Parlement européen a adopté le 10 mars 2005 une résolution, qui constate l’existence de preuves irréfutables de l’action terroriste du Hezbollah ».
 

Jeudi 04 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth

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Chirac : Nous attendons de la Syrie un strict respect de la souveraineté libanaise car le temps des ingérences est révolu

12 janvier 2006 Poster un commentaire
 
Douste-Blazy rend hommage aux journalistes libanais tombés en se battant pour la liberté
 
 
Dans le sillage du président Jacques Chirac qui avait exprimé son soutien au Liban dans son discours prononcé la veille lors de la cérémonie traditionnelle des vœux au corps diplomatique, M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, a lui aussi consacré au Liban un passage lors de la présentation des vœux à la presse, qu’il recevait au Quai d’Orsay.

À l’Élysée, le chef de l’État avait déclaré lundi : « Au Liban, les instigateurs des attentats et les stratèges en déstabilisation doivent savoir que le temps des ingérences et de l’impunité est révolu. Les résolutions des Nations unies doivent être intégralement mises en œuvre et respectées. Nous attendons de la Syrie une pleine coopération aux travaux de la commission d’enquête internationale. Nous attendons également de ce pays un strict respect de la souveraineté libanaise. De son changement de comportement dépend, sans aucun doute, son retour au sein de la communauté des nations. »
Et le président Chirac d’ajouter : « Le Liban sait qu’il peut compter sur le plein appui de la France dans les difficiles réformes intérieures nécessaires à la restructuration d’un pays souverain, indépendant et démocratique. La tenue, à Beyrouth, dès cette année, d’une conférence internationale sur la restructuration du Liban montrera l’engagement de tous et de la communauté internationale à ses côtés. » Et de conclure :
« Au Moyen-Orient comme ailleurs, il n’y a pas de fatalité à l’affrontement ; les peuples de cette région aspirent à des coopérations équilibrées avec le reste du monde, respectant leur histoire et leur identité. »

Sur un autre registre, le chef de la diplomatie française a évoqué devant la presse le souvenir de leurs confrères qui ont payé de leur vie le prix de la liberté d’expression.
« Je souhaite évoquer, a dit M. Douste-Blazy, le souvenir de Samir Kassir, lâchement assassiné le 2 juin à Beyrouth, lui qui était un symbole de la liberté de ton et de l’indépendance de la presse libanaise. C’était un homme libre et il a payé de sa vie cette valeur qui est au cœur de votre engagement et qui est l’honneur de votre profession. Tout comme Gebran Tuéni, frappé lui aussi en décembre dernier, et sans parler de May Chidiac à jamais mutilée. Il est mort (G. Tuéni) au nom d’une exigence : celle du libre accès à l’information. »
Dans ce même discours, le chef du Quai d’Orsay a développé une véritable profession de foi en faveur de la francophonie et de l’enseignement du français à l’étranger, affirmant qu’en dépit des restrictions budgétaires, il s’emploiera à lancer dans les prochains mois un chantier portant sur la construction de plusieurs lycées français dans le monde avec des financements divers. Il a déploré que la francophonie soit en régression dans le monde et a promis de mettre en place une stratégie pour redonner à la langue de Molière la place qu’elle tenait et qu’elle doit tenir dans le monde.
Au plan politique, et indépendamment des déclarations officielles françaises sur le Liban, des observateurs spécialisés en matière de relations franco-arabes et de relations internationales tout court ont souligné lors d’entretiens avec des journalistes arabes que Paris veut sciemment se mettre en avant en matière de fermeté et d’exigence quant à la coopération du régime syrien avec la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri. Ces observateurs expliquent cette prise de position en flèche par le désir de montrer que si Washington venait à se laisser amadouer par le président Bachar el-Assad en contrepartie d’une coopération en Irak, le gouvernement français resterait ferme et continuerait à exiger que Damas livre à l’instance judiciaire qui prendra le relais du dossier Hariri les coupables du crime qui qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.
Cette fermeté est d’ailleurs soulignée par la marge de manœuvre politique et médiatique laissée par les autorités françaises à M. Abdel Halim Khaddam, désormais chef de l’opposition syrienne, qui, à partir de son lieu de résidence parisien, accorde des interviews en série à des médias arabes et européens en faisant monter d’un cran à chaque fois le ton de ses accusations contre les dirigeants syriens et en visant directement maintenant le président Assad.
Autre temps, autres mœurs, Paris s’était, il est vrai, montré jusqu’ici pointilleux lorsque des dirigeants libanais, syriens ou arabes attaquaient ouvertement le régime de Damas.
On se souvient à cet égard comment le gouvernement français se montrait sévère à l’égard, notamment, du général Aoun lorsqu’il résidait en France.
Pour en revenir à M. Khaddam, on a appris hier qu’il avait quitté (avec son fils Jamal) l’hôtel particulier de l’avenue Foch. « Pour pouvoir célébrer la fête de l’Adha en famille dans un lieu plus discret », ont affirmé des milieux proches de l’ancien n° 2 syrien, alors que des sources diplomatiques arabes affirmaient que M. Khaddam s’est embarqué discrètement à bord d’un avion privé pour une grande capitale arabe du Golfe afin d’y avoir des entretiens avec des dirigeants de ce pays et des personnalités libanaises de premier plan.

 
Paris, d’Élie MASBOUNGI
 

Source: L’ORIENT LE JOUR

 

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