Archive
"Beyrouth Hotel" pas au ciné, mais à la télé !
CENSURE Le film censuré par la Sûreté générale libanaise sera diffusé sur Arte dans sa version intégrale le 20 janvier.
Interdit en salles au Liban, "Beyrouth Hotel", le 3e long métrage de la réalisatrice franco-libanaise Danielle Arbid, sera diffusé dans sa version intégrale le 20 janvier sur Arte à 20h35 (heure française).
Le bureau de censure de la Sûreté générale a annulé la sortie du film, prévue le 19 janvier, en raison des références qui y étaient faites à l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, en 2005.
"Beyrouth Hotel est une pure fiction. Le film s’inspire de faits relatés dans les journaux, mais ne livre aucun scoop, ni ne milite pour ou contre aucun parti libanais", s’était insurgée la réalisatrice dans un communiqué publié le 12 décembre dernier. "C’est surtout une histoire d’amour entre Zoha (Darine Hamzé) et Mathieu (Charles Berling) dans un climat tendu, à Beyrouth aujourd’hui", avait-elle ajouté, parlant d’une "romance sur le fil à l’image d’un pays vacillant entre guerre et paix, où d’un instant à l’autre, tout peut chavirer".
Danielle Arbid avait par ailleurs indiqué à l’AFP qu’elle allait contester cette censure devant la justice.
Selon le bureau de censure libanais, les producteurs avaient dans un premier temps accepté et signé une demande d’enlever toute référence à l’assassinat de Rafic Hariri, avant de changer d’avis par la suite.
"Nous n’avons pas dit que c’était dangereux pour la sécurité du Liban, nous contestons le fait que le film mentionne explicitement cet assassinat alors que la démarche juridique n’est pas terminée", avait indiqué le bureau à l’AFP, en allusion au fait que l’affaire est actuellement entre les mains de la justice. "Ils disent que c’est de la fiction, mais le meurtre a bel et bien eu lieu. Changer les faits, ce n’est pas de la liberté", avait-il ajouté.
Quand la "rue arabe" sert de modèle au Nord
LEMONDE | 11.02.11 | 13h36 • Mis à jour le 14.02.11 | 14h24
A partir de la Tunisie, la divine surprise qui a touché la rive sud de la Méditerranée n’est pas aussi simple qu’elle peut apparaître de prime abord. Elle n’est évidemment pas issue de l’Irak. Envahi par l’armée américaine en 2003, sous prétexte de supprimer un tyran et d’y établir une démocratie, l’Irak a, au contraire, connu une involution outrageante dans le communautarisme et l’ethnisme, assortie d’une paupérisation encore plus grave que celle amenée par treize années d’embargo économique onusien, implacable sur ce malheureux peuple.
La surprise n’est pas plus venue du Liban, où, en 2005, la "révolution du Cèdre", appuyée par l’Occident, n’a servi qu’à aggraver le communautarisme et les dissensions internes. Une commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, puis la constitution du Tribunal international spécial pour le Liban n’ont fait que jeter encore plus le trouble entre les deux grandes communautés musulmanes du pays (sunnite et chiite) et aggraver les dissensions internes.
L’attaque israélienne d’envergure de 2006 sur le sud du pays pour éradiquer le Hezbollah n’aura pas non plus été les "douleurs d’enfantement" du nouveau Moyen-Orient de George Bush, suivant les termes scandaleux employés à l’époque par Condoleezza Rice, sa ministre des affaires étrangères. En bref, tous les essais d’imposer la démocratie de l’extérieur n’auront eu pour effet que d’aggraver les tensions et instabilités de la région.
En revanche, c’est un pauvre Tunisien désespéré socialement et économiquement qui, en s’immolant par le feu dans une zone rurale, déclenche la vague de protestations populaires qui secouent le sud de la Méditerranée. Les immolations par le feu se multiplient.
Dans cette vague, il faut bien identifier l’alchimie qui en a fait jusqu’ici le succès : de fortes revendications d’équité sociale et économique, couplées à l’aspiration à la liberté politique et à l’alternance dans l’exercice du pouvoir. Soutenir uniquement la revendication politique que portent les classes moyennes et oublier celle de justice et d’équité socio-économique que portent les classes les plus défavorisées conduira à de graves désillusions. Or, le système qui a mené au désespoir social est bien celui de "kleptocraties" liant les pouvoirs locaux aux oligarchies d’affaires qu’ils engendrent et à des grandes firmes européennes ou à de puissants groupes financiers arabes, originaires des pays exportateurs de pétrole. C’est ce système qui a aussi nourri la montée des courants islamistes protestataires.
La vague de néolibéralisme imposée aux Etats du sud de la Méditerranée depuis trente ans a facilité la constitution des oligarchies locales. La façon dont ont été menées les privatisations a joué un rôle important dans cette évolution, ainsi que les redoutables spéculations foncières et le développement des systèmes bancaires, financiers et boursiers ne profitant qu’à cette nouvelle oligarchie d’affaires. Or, de nombreux observateurs ont naïvement misé sur le fait que ces nouveaux entrepreneurs seraient le moteur d’un dynamisme économique innovant et créateur d’emplois qui entraînerait l’émergence d’une démocratie libérale.
La réalité a été tout autre. Le retrait de l’Etat de l’économie et la forte réduction de ses dépenses d’investissement pour assurer l’équilibre budgétaire n’ont pas été compensés par une hausse de l’investissement privé. Ce dernier était supposé créer de nouveaux emplois productifs pour faire face aux pertes d’emplois provoquées par les plans d’ajustement structurels néolibéraux et à l’augmentation du nombre de jeunes entrant sur le marché du travail. Le monde rural a été totalement délaissé et la libéralisation commerciale a rendu plus difficile le développement de l’agroalimentaire et d’une industrie innovante créatrice d’emplois qualifiés.
Face aux fortunes considérables qui se sont constituées ces dernières décennies, le slogan "L’islam est la solution" a visé, entre autres, à rappeler les valeurs d’éthique économique et sociale que comporte cette religion. Ces valeurs ressemblent étrangement à celles de la doctrine sociale de l’Eglise catholique. C’est pourquoi, si la question de l’équité et de la justice économique n’est pas traitée avec courage, on peut penser que les avancées démocratiques resteront plus que fragiles, à supposer qu’elles ne soient pas habilement ou violemment récupérées.
Au demeurant, les organismes internationaux de financement, tout comme l’Union européenne, portent eux aussi une certaine responsabilité. Les programmes d’aides ont essentiellement visé à opérer une mise à niveau institutionnelle libre-échangiste, mais non à changer la structure et le mode de fonctionnement de l’économie réelle. Celle-ci, prisonnière de son caractère rentier et "ploutocratique", est restée affligée par son manque de dynamisme et d’innovation.
Partout, le modèle économique est devenu celui de la prédominance d’une oligarchie d’argent, liée au pouvoir politique en place et aux pouvoirs européens et américains et à certaines grandes firmes multinationales. Le Liban en est devenu un modèle caricatural où des intérêts financiers et économiques servent à perpétuer des formes aliénantes de pouvoir en s’abritant derrière des slogans communautaires scandaleux tels que celui de "bons" sunnites opposés aux "dangereux" chiites.
Pour que les choses changent durablement en Méditerranée pour qu’un ensemble euro-méditerranéen dynamique, compétitif et pratiquant l’équité sociale puisse émerger, ne faut-il pas que la société civile européenne suive, à son tour, l’exemple de ce qui a été jusqu’ici dédaigneusement appelé dans les médias la "rue arabe" ? Qu’elle élève à son tour le niveau de contestation de la redoutable oligarchie néolibérale qui appauvrit les économies européennes, n’y crée pas suffisamment d’opportunités d’emplois et précarise chaque année un plus grand nombre d’Européens de toutes les nationalités. Cette évolution négative s’est, elle aussi, faite au bénéfice de la petite couche de "manageurs" dont les rémunérations annuelles accaparent toujours plus la richesse nationale.
Au nord comme au sud de la Méditerranée, ces "manageurs" soutiennent les pouvoirs en place et dominent la scène médiatique et culturelle. Il nous faut donc repenser en même temps le devenir non plus d’une seule rive de la Méditerranée, mais bien de ses deux rives et de leurs liens multiformes.
L’exemple de la rive sud devrait stimuler aujourd’hui sur la rive nord la capacité de penser sur un mode différent un autre avenir commun.
Source: Le Monde
Liban : "Une crise qui prend une importance disproportionnée"
LEMONDE.FR | 13.01.11 | 17h45 • Mis à jour le 13.01.11 | 18h03
Au lendemain de la chute de son gouvernement, le Liban se retrouve à nouveau plongé dans un chaos politique, jeudi 13 janvier, alors que le premier ministre, Saad Hariri, doit rencontrer Nicolas Sarkozy dans la journée. Prudente, la presse internationale ne peut cacher son pessimisme quant à l’issue de cette crise, l’espoir de trouver rapidement un compromis étant quasi inexistant tant la situation est complexe.
Nicolas Sarkozy va donc être le premier acteur international à entrer dans les discussions entre le bloc du 14-Mars (composé des sunnites du parti de M. Hariri et de plusieurs partis chrétiens) et celui du 8-Mars (auquel appartiennent dix des onze ministres démissionnaires) après l’échec de la Syrie et de l’Arabie saoudite pour apaiser les tensions autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).
"La diplomatie française [...] pourrait entrer de plain-pied sur ce terrain maintenant que Damas et Riyad ont eux-mêmes constaté leur échec", écrit Elie Masboungi de L’Orient-Le Jour. Selon le journaliste, pour qui "la France peut maintenant faire mieux et plus vite", Nicolas Sarkozy serait désormais prêt à "faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard".
UNE "IMPORTANCE DISPROPORTIONNÉE"
La crise interne du Liban serait alors à nouveau exposée sur le théâtre international. "Comme souvent avec le Liban, les crises internes prennent une importance disproportionnée. Le Hezbollah est soutenu par l’Iran et la Syrie, tandis que les Etats-Unis, la France et l’Arabie saoudite soutiennent le gouvernement de M. Hariri", explique Nada Bakri, du New York Times.
D’ailleurs, selon le journal israélien Haaretz, "la démission collective du Hezbollah avait pour but de montrer à la Syrie les limites de son influence sur le mouvement et de lui dire que si elle voulait montrer à Washington qu’elle pouvait préserver la stabilité au Liban, le Hezbollah et l’Iran auraient le dernier mot ". Pour le journaliste Zvi Bar’el, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est celui qui détient les clés de la crise. "Peu enchanté de voir les relations entre la Syrie et Hariri se resserrer et craignant que cela ne ronge sa puissance, il veut maintenant remanier le gouvernement, avoir un nouveau premier ministre et briser la coalition", écrit-il.
De son côté, le président libanais, Michel Sleimane, a annoncé jeudi – après avoir chargé Saad Hariri de la gestion des affaires courantes – qu’il commencerait lundi les consultations avec les groupes parlementaires pour nommer un nouveau premier ministre. Mais Simon Salame, professeur de loi constitutionnelle libanais, rappelle au journal Now Lebanon qu’après les élections législatives de 2009, il avait fallu des mois pour qu’un accord soit trouvé sur un premier ministre.
UNE "NOUVELLE ESCALADE"
Les débats seront d’autant plus délicats que la coalition 14-Mars a rejeté tout compromis sur le TSL alors que, de son côté, le Hezbollah, qui accuse le TSL d’être "à la solde d’Israël et des Etats-Unis", fait pression sur Saad Hariri pour qu’il désavoue le tribunal.
Selon Sahar Atrache, analyste à Beyrouth pour l’International Crisis Group, cité dans le même article de Now Lebanon, cette action du Hezbollah est une réponse à la politique mené par Saad Hariri qui "essayait de gagner du temps" en attendant les conclusions du TSL. "Ces démissions sont une nouvelle manière de gérer cette impasse. C’est une nouvelle escalade."
La différence, note la journaliste du New York Times, est que, "alors que l’administration de George W. Bush soutenait ardemment M. Hariri et ses alliés, M. Obama n’a pas promis un soutien aussi large".
Source: LeMonde.fr
Le Hezbollah fait tomber le gouvernement libanais
12/01/2011 | Mise à jour : 20:44 – Par Sibylle Rizk

Réunis autour du ministre de l'Energie, Gebran Bassil, les membres du gouvernement Harari issus du Hezbollah et de ses partis alliés ont annoncé leur démission lors d'une conférence de presse, ce mercredi à Beyrouth. (Crédits photo: Sharif Karim/Reuters)
Les tensions autour de l’enquête sur l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri, en 2005, ont eu raison d’un attelage instable.
Le gouvernement de Saad Hariri est tombé ce mercredi, avec la démission collective de onze ministres emmenés par le Hezbollah, au lendemain de l’échec des tentatives de conciliation syro-saoudiennes qui duraient depuis des mois.
Formé fin 2009, ce cabinet d’union nationale est le théâtre de confrontations sur la quasi-totalité des dossiers. Dans les faits, il était paralysé depuis plusieurs semaines déjà, le Conseil des ministres ne se réunissant plus.
Ce sont les positions irréconciliables du Hezbollah et de ses alliés d’un côté, celles de Saad Hariri de l’autre, à propos du Tribunal spécial pour le Liban qui ont accéléré la chute. L’acte d’accusation émanant de ce tribunal -chargé de juger les auteurs de l’attentat qui a tué l’ex-premier ministre Rafic Hariri en février 2005- est attendu incessamment, d’ici à la fin janvier, dit-on de source diplomatique. Le procureur Daniel Bellemare s’apprêterait à mettre en cause des membres du Hezbollah, selon de nombreuses fuites concordantes.
Confronté à cette perspective, le «Parti de Dieu» a appelé au boycott du tribunal, affirmant qu’il est un instrument aux mains des États-Unis, et que ses accusations ne sont pas crédibles car fondées, selon lui, sur de faux témoignages ainsi que des données émanant du réseau libanais de télécommunications, «contrôlé» par l’espionnage israélien.
Consultations avec Obama et Sarkozy
Le spectre d’une flambée de violences interconfessionnelles opposant partisans chiites du Hezbollah et partisans sunnites de Hariri a amené le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président syrien Bachar el-Assad à se réunir fin juillet dernier à Beyrouth pour se poser en garants de la stabilité libanaise.
La médiation syro-saoudienne a cherché par tous les moyens à forger un compromis. Mais son échec a été finalement entériné en début de semaine. Les explications divergent à Beyrouth quant aux raisons de cette impasse, chaque camp en rejetant la faute sur l’autre.
«Les deux pans du compromis en discussion étaient en fait respectivement inacceptables pour chacune des parties», explique-t-on de source diplomatique.
«Les Saoudiens se sont engagés à obtenir des résultats, mais ils ont finalement jeté l’éponge, Saad Hariri refusant certaines concessions. Les États-Unis, en particulier, ont fait pression pour bloquer tout cadeau éventuel à l’Iran, principal allié du Hezbollah, avant la reprise des discussions sur le nucléaire iranien fin janvier», analyse un proche du premier ministre.
D’un côté, Saad Hariri était invité à passer outre ses sentiments filiaux et à torpiller le tribunal en désolidarisant le Liban de cette institution judiciaire mixte, créée au titre du chapitre 7 de la charte de l’ONU -qui lui donne une force obligatoire. De l’autre, le premier ministre réclamait des garanties pour pouvoir exercer son autorité sur la politique libanaise- en clair, de revenir sur le droit de veto accordé au Hezbollah et ses alliés au niveau du pouvoir exécutif.
C’est justement en vertu de ce droit, consacré par l’accord interlibanais de Doha en mai 2008, que le Hezbollah et ses alliés ont pu ce mercredi signer la mort du gouvernement (ralliant à leur cause un ministre théoriquement neutre). Ils ont fait coïncider symboliquement leur retrait avec le début de la rencontre entre Saad Hariri et Barack Obama à Washington. Dans la foulée, M. Hariri s’est envolé ce mercredi soir pour Paris, où il doit s’entretenir ce jeudi avec Nicolas Sarkozy.
Une nouvelle crise institutionnelle s’ouvre au Liban, dont personne n’est en mesure de prédire à ce stade la durée ou les contours. Débarrassé en 2005 de la tutelle syrienne, qui avait été consacrée après la guerre de 1975-1990, en vertu d’un parrainage américano-saoudien, le Liban vit depuis six ans dans l’instabilité chronique, liée à l’incapacité des forces politiques libanaises -et de leurs alliés régionaux et internationaux respectifs- à trouver un nouveau modus vivendi.
LIRE AUSSI : » Georges Ibrahim Abdallah : la mise en garde du Hezbollah à la France » Assassinat de Hariri : les scénarios de la crise qui s’annonce » Le Syrien Assad et le roi d’Arabie au chevet du Liban » Assassinat d’Hariri : que veut le Hezbollah avant les inculpations ?Une crise liée au Tribunal international
10 juin 2007. Création du Tribunal spécial pour le Liban pour juger les auteurs de l’attentat qui a tué l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005.
21 mai 2008. Un accord est conclu à Doha pour mettre fin à près de deux ans de crise provoquée par la démission de six ministres chiites du gouvernement de Fouad Siniora et la vacance de la présidence de la République à l’issue du mandat d’Émile Lahoud. Michel Sleiman est élu président, un gouvernement d’union nationale est formé, dans lequel le Hezbollah et ses alliés ont un droit de veto.
9 novembre 2009. Malgré la victoire de son camp aux législatives de juin, Saad Hariri, fils de Rafic, est contraint de former un gouvernement d’union.
22 juillet 2010. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah dit s’attendre à ce que des membres du Hezbollah soient accusés par le TSL. Il réclame ensuite le boycott du tribunal.
29 au 29 juillet 2010. Sommet syro-saoudien à Beyrouth et début d’une médiation entre Damas et Ryad pour amener leurs alliés libanais respectifs à un compromis.
9 décembre 2010. Le greffier du TSL annonce qu’un acte d’accusation va être présenté «très, très bientôt». Les tractations syro-saoudiennes reprennent de plus belle, pour finalement échouer.
Source: Le Figaro.
Marécages
08/01/2011, Par Ziyad Makhoul
Première semaine de 2011. En dents de scie.
Impressionnante est la faculté de ce pays, toutes composantes confondues, à dynamiter dans ses moindres recoins le concept d’évolution. L’avortement est quasi immédiat, spontané : si par le plus pur des hasards un changement, miraculeusement, pointait le bout de son nez, qu’il commençait à balbutier, qu’un peuple se surprenait, tout frémissant, à espérer, hop, on l’explosait dans l’œuf. Ou bien implosait-il, faute de (bonnes) volontés. L’histoire a beau être ce bon vieil éternel recommencement, au Liban, elle finit par ne ressembler qu’à une miteuse peau de chagrin.
La nouvelle année commence exactement comme la précédente s’était terminée. Pire encore, parce qu’en ce pays, on ne stagne même plus – si seulement : janvier 2011 ressemble déjà furieusement à janvier 2008. Les tentes qui, il y a trois ans, pullulaient et polluaient ce all man’s land absolument sacré qu’est le centre de la Cité, ces tentes sont revenues ; elles sont bel et bien là, solidement amarrées, et si elles ne sont pas encore visibles, elles sont extrêmement efficaces : le Conseil des ministres est au chômage technique, le Parlement ne s’est pas réuni en séance plénière depuis des lustres (les promesses gasconnes de Nabih Berry valant ce qu’elles valent…) et le chef de l’État n’arrive même pas à exercer une de ses rares réelles prérogatives, à savoir imposer un nouveau round de la table de dialogue, aussi folklorique et oiseuse soit-elle.
À l’ombre de ces tentes virtuelles jusqu’à nouvel ordre (iranien), un néo-Doha, tout aussi métaphorique, se cuisine depuis des semaines pour prévenir et empêcher (c’est ce qui se dit officiellement…) la réédition de mai 2008 que provoquerait la publication de l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban – laquelle publication, il faut le dire, devient aussi attendue qu’une interview en mondovision de l’époque d’une Greta Garbo percluse de caprices.
Les fourneaux ont beau être syro-saoudiens et non plus qataris cette fois, Saad Hariri a beau multiplier ses sauts de puce à New York au chevet du convalescent Abdallah d’Arabie, Washington a beau agiter en même temps, avec une étonnante dextérité, carottes et bâtons à l’adresse de Damas et de Téhéran qui boudent, menacent puis minaudent comme les plus consommées des bimbos, le fait est là : c’est sans aucun doute un Doha II. On ne stagnait plus pour mieux reculer certes, sauf que désormais, c’est littéralement que l’on s’embourbe – et pas n’importe où : dans les cloaques pas si lointains de l’Anschluss syrien, lorsqu’aucune solution libano-libanaise n’était souhaitée, tolérée ou admise.
Et à l’exception de quelques voix qui continuent de s’époumoner dans un désert d’indifférence, cet état de fait ne dérange pas grand monde. Le problème est d’ailleurs bien plus retors que cela : ceux qui appellent infatigablement leurs compatriotes à se transcender pour accoucher d’un règlement 100 % local et s’éviter ainsi les écarlates stigmates d’un piteux (et énième) assistanat savent pourtant que ce serait là une gigantesque naïveté : depuis quand les Libanais ont-ils réussi seuls et armés, tous, de cette évidence que cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine semble avoir emmenée avec lui : que leur pays est une patrie définitive, depuis quand ont-ils réussi à s’autogérer, à tous les niveaux ?
Très étrangement, s’ils l’avaient voulu, ces Libanais auraient pu profiter de l’hyperonusien TSL pour commencer cette longue œuvre au blanc ; profiter de l’affaire du siècle, l’assassinat de Rafic Hariri, pour apprendre à organiser ensemble leur être-au-monde, avec toutes leurs différences et leurs rares et petits dénominateurs communs, et sans ingérences extérieures, quelles que soient leur nature ou leur forme. Cela aurait été certainement plus aisé si la victime de l’attentat du 14 février 2005 n’avait pas été sunnite et si les suspects présumés toujours virtuels n’avaient pas appartenu à une formation chiito-chiite, et pourtant, rien ne garantit que dans ce cas-là, les Libanais auraient voulu amorcer la plus nécessaire de ces (r)évolutions qu’on leur interdit ou qu’ils s’interdisent : l’autogestion….
L’année 2010 s’était pourtant achevée sur une belle initiative, concoctée par Samir Frangié et le 14 Mars et d’inspiration sud-africaine post-apartheid : le Rassemblement pour la justice et la réconciliation – une espèce de Liban arc-en-ciel à l’image de ce que Nelson Mandela et Desmond Tutu avaient voulu pour leur patrie qui s’était férocement déchiquetée et que l’on avait espéré dans ces mêmes colonnes depuis avril 2005…
Cette initiative aurait été le terreau idéal : rien n’est plus urgent, aujourd’hui, que ces deux concepts, justice et réconciliation, seuls à même d’assurer au Liban sa stabilité plus que bancale et de catalyser la construction de son avenir. Rien. Sauf qu’avant cela, il s’agit pour le Hezbollah non seulement d’accepter que justice se fasse, mais de se réconcilier d’abord avec lui-même. De cesser donc d’écouter le CPL et son chef.
Une résolution, aussi utopique soit-elle, que l’année 2011 et la quasi-totalité de la communauté chiite accueilleraient sûrement avec plaisir et soulagement.
Source: L’Orient Le Jour
Aux bons soins d’un accord syro-saoudien
Dans l’attente des résultats de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, les spéculations vont bon train. Des consultations syro-saoudiennes sont aussi en cours pour éviter une guerre civile liée à l’acte d’accusation.
05.01.2011 – The Daily Star

Des affiches rendent hommage à Rafic Hariri, assassiné le 14 février 2005, Beyrouth, février 2008
L’initiative syro-saoudienne est comme l’abominable homme des neiges. Certains disent l’avoir vu et peuvent même la décrire. Mais lorsqu’on se rend dans les terres gelées où la créature aurait été aperçue pour la dernière fois, on ne voit que de la neige, rien d’autre. On entend ici et là des petites phrases utiles. Selon une source diplomatique arabe, Damas et Riyad négocient un accord global sur le Tribunal spécial pour le Liban chargé de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Cet accord pourrait inclure un changement de gouvernement avec le même Premier ministre, Saad Hariri, et une refonte des appareils sécuritaire et judiciaire du Liban.
L’élément le plus parlant est le dernier, à savoir la réorganisation des services de la sécurité et de la justice. Le fait est que tous les changements concernant l’armée et les principaux organes de sécurité – les postes de commandement de l’armée et du renseignement militaire ainsi que la direction de la sécurité générale, de la sécurité aéroportuaire, etc. – affecteraient principalement des proches du Hezbollah [parti chiite allié de l'Iran]. Et pour que la Syrie et l’Arabie saoudite retirent quelque chose au Hezbollah, il faudrait que l’Iran donne préalablement son approbation.
En public, les porte-parole libanais prosyriens donnent une lecture légèrement différente de la situation. Ils concèdent qu’un remaniement gouvernemental est dans l’air, mais ils n’admettent aucune divergence avec le Hezbollah. Ils laissent entendre que le contexte politique est favorable à la Syrie et au Hezbollah, et que le gouvernement, les services de sécurité et d’autres organismes publics doivent refléter cette tendance. Certains vont jusqu’à suggérer qu’une refonte radicale du système politique libanais est nécessaire pour conférer davantage de pouvoir à la communauté chiite. Mais de telles idées ne font pas un accord syro-saoudien. Quelles que soient les propositions acceptées par Damas et Riyad, elles devront obtenir, non seulement l’approbation de l’Iran, mais également celle des Etats-Unis.
Le président syrien, Bachar El-Assad, est engagé dans un délicat exercice d’équilibriste. Il peut tirer profit des tensions irano-saoudiennes mais doit veiller à ne pas s’aliéner l’une ou l’autre partie. Il souhaite compromettre la légitimité du tribunal spécial, car il ne veut pas que ce dernier affaiblisse le Hezbollah ou mette en cause les responsables syriens. Mais il ne peut pas laisser le Hezbollah humilier M. Hariri comme il l’a fait en mai 2008 [le Hezbollah avait pris par la force le contrôle de Beyrouth], sachant que cela nuirait à ses relations avec les Saoudiens et renforcerait la position de l’Iran en tant qu’acteur dominant de Beyrouth.
Il y aussi les Etats-Unis. Syriens et Saoudiens ne doivent pas seulement prendre en considération la manière dont l’Iran perçoit leurs pourparlers, mais aussi celle dont Washington va réagir. Le président El-Assad doit rétablir des liens avec Washington s’il veut avoir d’autres options que son alliance fructueuse, mais souvent humiliante et contraignante, avec l’Iran. Et il doit également se protéger contre les Israéliens, dans l’éventualité où ces derniers verraient le Hezbollah comme une menace stratégique, ce qui déclencherait au Liban une guerre dans laquelle la Syrie serait impliquée.
Si, pour défendre le Hezbollah, le président El-Assad s’en prend trop au tribunal, les Etats-Unis et Israël vont commencer à grincer des dents. Washington n’est pas prêt à renoncer à une institution qui pourrait prochainement accuser le Hezbollah (ce qui ne veut pas dire que les Américains manipulent le tribunal). De son côté, Israël ne verra pas d’un bon œil des mesures libanaises qui, en protégeant le Hezbollah d’un procès, renforcerait implicitement son pouvoir militaire, et par suite celui de l’Iran.
Voilà le contexte terriblement complexe dans lequel se déroulent les pourparlers syro-saoudiens, et c’est pourquoi il ne faut pas trop s’attendre à une solution dans un avenir proche. Ces pourparlers mettent en présence deux pays qui ont une influence importante sur les affaires libanaises mais pas forcément le dernier mot. Quelles que soient les décisions auxquelles ils parviendront, il leur restera des obstacles à surmonter et la tâche ne sera pas facile.
Source: Courrier International.
Le Premier ministre libanais Saad Hariri en visite "historique" en Iran
Saad Hariri à Kwashra, au Liban, le 24 novembre 2010
De Laurent MAILLARD (AFP) – Il y a 2 heures
TEHERAN — Le Premier ministre libanais Saad Hariri a entamé samedi une première visite officielle "historique" en Iran, destinée à poursuivre une normalisation des relations entre les deux pays dans un contexte de forte tension politique au Liban.
Lors de sa visite de trois jours, M. Hariri rencontrera notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, un mois après une visite de ce dernier au Liban où il avait été accueilli en héros par les partisans du mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran.
La visite de M. Hariri est "historique et très importante", a estimé l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth cité samedi par l’agence officielle Irna.
Elle intervient en pleine crise politique au Liban, où un bras de fer oppose M. Hariri au Hezbollah au sujet du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) créé par l’ONU pour enquêter sur l’assassinat en 2005 à Beyrouth de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, père de Saad.
Le puissant mouvement chiite dément toute implication dans l’assassinat, mais a dit s’attendre à ce que le TSL, à la "solde d’Israël" selon lui, publie un acte d’accusation mettant en cause des membres du parti.
Nabil Khalifé souligne dans son étude géopolitique sur les chrétiens du M-O l’apport d’un quartette libanais à une vision d’avenir
27/11/2010
M. Nabil Khalifé, professeur universitaire et chercheur en pensée religieuse et en géopolitique, a tenu hier au Club de la presse une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté l’étude géopolitique sur les chrétiens du Moyen-Orient qu’il a élaborée à l’occasion de la récente tenue au Vatican du synode sur les Églises du M-O. Mettant l’accent sur la nécessité d’une lecture géopolitique de ce dossier, complétant les textes du synode qui ont occulté une telle approche, l’étude de M. Khalifé – un document de 25 pages en arabe, traduit en français par nos collègues Michel Hajji Georgiou et Michel Touma – expose une vision et un projet macropolitiques pour les chrétiens d’Orient. M. Khalifé met l’accent dans ce cadre sur l’apport d’un quartette libanais, dont l’action et les idées constituent une précieuse contribution à l’élaboration d’un projet politique historique pour l’avenir des chrétiens de la région. Ce quartette est formé, selon M. Khalifé, de Michel Chiha, du père Michel Hayek, de Rafic Hariri et du père jésuite Paul Noya.
Au début de sa conférence de presse, Nabil Khalifé a d’abord indiqué qu’il avait dédié son étude à la mémoire d’Antoine Choueiri « car celui-ci a été, et restera, dans l’histoire de notre pays et de notre Église, l’une des figures les plus pures et les plus transparentes qui a soutenu, plus que quiconque, la créativité ». Soulignant ensuite que sa démarche s’inscrit dans la logique du rôle que les laïcs devraient assumer au niveau de l’élaboration des choix de l’Église, M. Khalifé a souligné que le problème des chrétiens d’Orient devrait être posé en termes géopolitiques car il s’agit là d’un problème de minorités « qui constitue une partie de l’ensemble du problème des minorités dans la région et dans le monde ». En sa qualité de « croyant libanais, laïc et maronite », Nabil Khalifé a invité le pape Benoît XVI à effectuer une visite au Liban à l’occasion de la clôture, en mars 2011, des cérémonies marquant le 1 600e anniversaire de la naissance de saint Maron.
Avant d’exposer les grandes lignes de son étude, M. Khalifé a rappelé qu’il existe au Moyen-Orient 18 pays, dont 13 font partie du monde arabe et 5 qui sont en dehors de cette zone (Chypre, la Turquie, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan). Cette région du Moyen-Orient rassemble 555,7 millions d’habitants dont 15,7 millions de chrétiens, soit 2,8 pour cent, contre 540 millions de musulmans, dont 376 millions de sunnites (69 pour cent) et 164 millions de chiites (31 pour cent).
Les grandes lignes de l’étude
Nouveau soutien financier de Londres au Tribunal spécial pour le Liban
LONDRES (AP) — La Grande-Bretagne a décidé d’octroyer un million de livres supplémentaires (1,1 million d’euros) au Tribunal spécial pour le Liban chargé de poursuivre les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a exhorté les autres pays à soutenir le tribunal, observant que la justice était "le seul moyen d’assurer la stabilité à long terme" au Liban.
En décembre 2005, le gouvernement libanais avait demandé aux Nations Unies de créer un tribunal à caractère international chargé de juger les auteurs de l’attentat à la bombe qui avait coûté la vie à Rafic Hariri et à 22 autres personnes quelques mois plus tôt, le 14 février, à Beyrouth.
Le Tribunal, créé en 2007, a notamment pour mandat de notamment les responsables de l’attentat. Il se heurte aux soupçons au Liban sur fond de craintes d’une possible relance des hostilités entre chiites et sunnites à la suite d’inculpations, particulièrement si des militants du Hezbollah chiite sont accusés d’implication.
Le nouvel engagement financier de Londres, annoncé lundi, porte sa contribution à 2,3 millions de livres (2,7 millions d’euros).
Source: Le Nouvel Obs


