Archive
Daouk : La loi de récupération de la nationalité constitue une motivation pour les émigrés
16/12/2011
Le ministre de l’Information, Walid Daouk, a été reçu hier à Bkerké par le patriarche maronite Béchara Raï, à qui il a relaté les résultats de sa visite en Australie. « Nous devons rester en contact avec les émigrés, pas seulement quand on a besoin d’eux, a-t-il déclaré à l’issue de la visite. Ils ont des droits comme des devoirs, et il faut les encourager à investir et à s’établir au Liban, afin de le faire profiter de leurs expériences dans les pays d’émigration. »
Abordant le sujet de la loi sur la récupération de la nationalité votée récemment par le gouvernement, Daouk y a vu « une motivation pour les émigrés non seulement pour reprendre leur nationalité, mais pour la préserver ». Le ministre a également affirmé avoir parlé avec le patriarche des médias et de leur manière d’aborder ce sujet. « Nous considérons la liberté d’expression comme absolue, mais il faut rappeler que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le patriarche maronite a reçu le député Ziad Kadri, membre du bloc parlementaire du Futur. Celui-ci a rendu hommage aux dernières prises de position de Mgr Raï, notamment concernant le financement du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), le respect des résolutions internationales et la nécessité de concentrer toutes les cartes sécuritaires et le port d’armes aux mains du seul État central.
Le patriarche a également reçu l’ancien ministre Ibrahim Daher, la directrice générale de World Vision et le fondateur de la Rencontre islamo-chrétienne des patrons, Raymond Sfeir.
Source : L’Orient Le Jour
Antoine Sfeir à L’« OLJ » : Le Liban ne pourra pas en mars 2012 renier ses engagements à l’égard du TSL
Le Liban, en tant que membre de la Ligue arabe, est tenu d’appliquer les décisions prises par la Ligue concernant le régime syrien, même s’il était récalcitrant ou s’il s’est opposé à ces résolutions. C’est ce qu’a indiqué à L’Orient-Le Jour l’avocat Antoine Sfeir, docteur en droit international.
Si le Liban s’abstient d’appliquer les sanctions contre le régime syrien, sa position pourra alors être interprétée par la Ligue arabe et peut-être aussi par la communauté internationale comme « une coopération » avec un État qui fait l’objet de sanctions, a déclaré M. Sfeir. « Politiquement, a-t-il indiqué, le gouvernement actuel, allié de la Syrie, a rendu publique sa position, mais juridiquement, l’État libanais comme le secteur privé, notamment le secteur bancaire, doivent appliquer les sanctions pour ne pas ouvrir la voie à des répercussions juridiques et économiques quelconques. »
Concernant, d’autre part, l’échéance du renouvellement, en mars 2012, du protocole d’accord conclu entre le gouvernement libanais et le TSL, M. Sfeir a souligné que « ce protocole est une sorte de convention dite “concertée”, mais le critère de concertation ne veut pas dire qu’une partie qui a le droit de négocier le protocole dans le bon sens pourrait essayer de l’abolir ou de le vider de son sens et renier ses engagements approuvés à l’avance ».
En conclusion, M. Sfeir a souligné que si le Liban refuse, en mars prochain, de renouveler le protocole conclu avec le TSL, le Conseil de sécurité de l’ONU pourra alors se saisir de l’affaire « sous le chapitre VII » de la Charte des Nations unies.
Raï : Pour certains responsables, la population est quantité négligeable
10/05/2011
Convivance Le patriarche Béchara Raï a de nouveau critiqué hier certains responsables politiques qui contribuent, par leurs prises de position, à prolonger la paralysie des institutions et se conduisent comme si la population était quantité négligeable, alors même que les Libanais expriment jour après jour leur attachement à ces institutions.
Le chef de l’Église maronite a formulé ses critiques en marge des rencontres qu’il a eues avec le député Ali Osseiran et l’ancien ministre Albert Mansour.
Sur un autre plan, les préparatifs du sommet religieux qui se tient jeudi à Bkerké se poursuivent activement. Le communiqué final émanant de ce sommet a été travaillé en détail et est dans sa phase finale.
Le sommet prend d’autant plus d’importance que, comme l’a noté hier M. Walid Joumblatt, le monde arabe passe par une phase critique où la discorde confessionnelle frappe aux portes. De ce fait, le modèle de liberté et de pluralisme identifié par Jean-Paul II avec le Liban revêt de plus en plus d’importance.
Convivance et entente nationale seront les maîtres mots de la rencontre, qui s’abstiendra soigneusement d’entrer dans les dédales de la politique ou d’aborder des sujets qui divisent les Libanais, comme celui des armes du Hezbollah ou du tribunal international.
Face aux dérives centripètes qui menacent la cohésion nationale et au problème de la « double allégeance », le sommet religieux insistera sur le Liban « patrie définitive » pour tous les Libanais et « démocratie parlementaire ».
Le communiqué condamnera toute atteinte aux lieux de culte dans le monde arabe et, tout en exprimant ses inquiétudes à l’égard des développements qui s’y produisent, prônera les voies pacifiques de changement et l’engagement résolu dans les réformes démocratiques.
Source: L’Orient Le Jour
Entre la Résurrection et l’Inferno, le gouvernement dans les limbes
26/04/2011
Les fêtes pascales sont terminées, et il est question d’une « reprise » dès aujourd’hui de la « dynamique » politique, avec le retour du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, de son séjour britannique. Nombre d’obstacles auraient été aplanis, selon des sources politiques informées – qui répètent inlassablement ce qu’elles disent depuis des semaines déjà, sans préciser pour autant quels sont lesdits « obstacles » qui ont été aplanis et quels sont ceux qui restent encore. Le nœud gordien resterait la question du ministère de l’Intérieur, et la bataille entre le président Michel Sleiman et le chef du CPL Michel Aoun sur la gestion de ce portefeuille – et des portefeuilles sécuritaires. Nagib Mikati aurait opté en faveur de l’option Sleiman, mais le député du Kesrouan s’accrocherait tous azimuts à sa revendication. Qu’à cela ne tienne, M. Mikati serait de retour avec de nouvelles propositions pour débloquer la situation et sortir de l’immobilisme, d’autant que la situation régionale continue de s’envenimer.
Or, précisément, pour certains analystes bien informés, la naissance du nouveau cabinet est sans cesse avortée en raison d’un paradoxe absolu : le 8 Mars (l’axe Hezbollah-Aoun surtout) souhaiterait un gouvernement de confrontation au plus vite (toutes les déclarations du week-end écoulé, notamment de cheikh Nabil Qaouk, Ali Hassan Khalil ou Kassem Hachem vont dans ce sens), traduisant bien le basculement de la majorité en sa faveur, dans l’attente notamment de la bataille à venir contre le Tribunal spécial pour le Liban. Sauf qu’un tel gouvernement de « faucons », dont l’objectif serait spécifiquement d’asseoir la domination du 8 Mars sur le pays, conduirait immanquablement – et c’est là le grand paradoxe – à une véritable déstabilisation de la scène libanaise, dans le cadre d’une situation régionale déjà ultrasismique. Il aurait donc les effets contraires et accélérerait une détérioration des événements. Cela, Nagib Mikati l’aurait bien compris, d’où son insistance, avec le chef de l’État, en faveur d’une formule ministérielle moins provocatrice qui pourrait générer le minimum vital requis de consensus.
Le grand problème, c’est que l’arbitre qui a donné le feu vert pour la chute du cabinet Hariri en janvier dernier et qui doit trancher entre les « faucons » et les « colombes », à savoir le régime syrien, est aujourd’hui accaparé par la crise sanglante qui se déroule chez lui. D’où une incapacité, toujours selon ces analystes, à se décider sur l’option à suivre. Un cabinet de « guerre » au Liban signifierait un affront supplémentaire à la communauté internationale et au 14 Mars, à l’heure où le régime peut bien se passer de la création d’un nouveau front. Un cabinet de « colombes » le mettrait en porte-à-faux avec ses alliés proches, le Hezbollah et Michel Aoun. L’arbitre distrait par ses propres problèmes, il n’y aurait donc personne pour mettre fin aux zizanies locales à l’intérieur du 8 Mars et pour brider les ardeurs du chef du CPL, notent ces analystes. Sans compter que Damas, affaibli par ses luttes intestines, n’aurait pas intérêt à poursuivre sa guerre contre le 14 Mars et contre une partie du camp arabe, surtout au moment où le ton monte considérablement entre les pays du Golfe et l’Iran.
Des crises toutes plus graves les unes que les autres, et en cercles concentriques, donc. Un peu comme l’Enfer de Dante, somme toute.
Source: L’Orient Le Jour
Gemayel : « Les agressions contre les chrétiens sont une guerre d’extermination et d’exode »
04/01/2011

M. Gemayel s’adressant aux journalistes à Saïfi. À gauche, on remarque le grand portrait du fondateur des Kataëb, Pierre Gemayel.
Le président du parti Kataëb Amine Gemayel a déploré hier que « pour certains, les compromis sont devenus des concessions », réaffirmant « le droit des Libanais à connaître la vérité ».
« Les massacres commis actuellement par des courants islamistes extrémistes n’avaient jamais été perpétrés au cours de toute l’histoire de l’islam », a-t-il dit, les qualifiant de « marque d’infamie du vingt et unième siècle qui entraînera des réactions dans divers pays, ce que nous ne voulons pas encourager ». Selon lui, « ces massacres à caractère confessionnel ne concernent pas que les chrétiens ». « Les conflits entre sunnites et chiites font partie d’une lutte pour le pouvoir, mais les agressions contre les chrétiens sont une guerre d’extermination et d’exode », a-t-il affirmé.
M. Gemayel a estimé que le Liban devait se sentir concerné par ces événements, « non par volonté d’ingérence dans les affaires d’autres pays ou par fanatisme religieux, mais par souci de préserver l’identité et l’esprit de cet Orient qui se désintégrera si le christianisme ne fait plus partie de ses composantes ».
L’ancien président de la République a insisté sur le fait que « les déclarations ne suffisent plus, ni les visites d’hôpitaux, car il faut recréer une atmosphère sécurisante », exhortant les pays arabes et islamiques à prendre une initiative à caractère international pour restaurer la stabilité. Il a considéré que « la sécurité des chrétiens dans cette partie du monde n’est pas une aumône, mais un droit ». Il a appelé le patriarcat maronite, qui accueille une réunion des évêques, à « décréter une journée de deuil national, de prière et de méditation, afin de tirer les leçons de ces événements aux niveaux régional et libanais », le rôle du patriarcat maronite « n’étant pas confiné au Liban ». Il a également espéré que « les leaders religieux du pays se retrouveront bientôt pour réaffirmer la solidité de la coexistence au Liban ».
« Ce qu’il est nécessaire d’entreprendre par le biais des initiatives espérées, c’est de redynamiser le rôle des chrétiens dans leurs pays respectifs, a ajouté M. Gemayel. Ce rôle est parfois totalement paralysé, comme cette représentation inexistante au sein du gouvernement irakien. Mais la présence chrétienne est bien réelle en Égypte, et il faudrait la renforcer. En Jordanie, les initiatives encourageant l’interaction islamo-chrétienne proviennent directement du roi Abdallah. Développer le rôle du chrétien dans ces pays confortera l’harmonie et la coopération à un niveau global. »
Pas d’autre choix que le TSL
Le président des Kataëb a longuement commenté « ce qu’on appelle les compromis à caractère libanais, régional ou international ». « Il est regrettable que pour certains, les compromis soient devenus des concessions, a-t-il dit. Il est du droit du peuple libanais de connaître la vérité. Il faudrait dialoguer sur les solutions significatives et constructives, pas sur les concessions comme cela a eu lieu par le passé. De concession en concession, les autres ne font qu’imposer des conditions supplémentaires. »
Il a déclaré « croire dans la culture du dialogue et de la paix » et martelé que « toute solution à l’avenir ne saurait être fondée que sur la vérité et la justice non politisée ». En réponse à une question, M. Gemayel s’est dit « convaincu que le Courant du futur n’est pas prêt à faire une concession sur le tribunal ou la vérité ». « Le parti Kataëb ne pourra jamais abandonner le sujet de la justice, non seulement parce que nous avons deux martyrs dans nos rangs, Pierre Gemayel et Antoine Ghanem, mais aussi parce que nous estimons qu’une telle concession signerait la perte du Liban », a-t-il ajouté. À la question de savoir pourquoi il croyait dans le tribunal international, il a affirmé « n’avoir pas le choix, la justice libanaise étant paralysée ».
Le parti Kataëb risque-t-il de se retrouver seul si tous ses alliés acceptent les concessions dont on parle actuellement ? « Cette question est hypothétique et je ne peux y répondre, dit-il. Nous sommes convaincus que notre camp croit en sa cause et qu’il n’y a pas d’autre solution que la vérité. Personne n’abandonnera ces convictions. » Et si le parti se retrouvait hors du gouvernement ? « Nous n’avons jamais aspiré au pouvoir pour le pouvoir », a-t-il répondu.
Face à l’arrogance du Hezbollah…
Par Michel HAJJI GEORGIOU | 13/12/2010 – L’Orient Le Jour

Le serment de Gebran Tuéni résume en lui toute la symbolique de l’instant historique de réconciliation représenté par la journée du 14 mars 2005.
Feuille de route Un groupe d’une centaine de cadres et d’intellectuels, qui représentent quelque part la fibre civile qui a vibré tout au long de l’intifada de l’indépendance, vient de lancer, mardi dernier, le Rassemblement pour la justice et la réconciliation (RJR). « Justice et réconciliation », proposent-ils, aux antipodes du discours incendiaire tenu depuis quelques jours par un Hezbollah paniqué, qui cherche inlassablement à faire passer les bourreaux pour des victimes et vice versa – comment sinon expliquer cet acharnement particulier contre les survivants, Marwan Hamadé, May Chidiac ou Élias Murr, uniquement coupables de n’avoir pas succombé, sinon contre les morts, dont la mémoire est salie au quotidien par certains pôles et certains organes médiatiques du 8 Mars.
Mais qu’on ne s’y trompe guère : il ne s’agit pas, ici, de se « réconcilier », stricto sensu, avec ceux qui pourraient être mis en cause par la justice, quels qu’ils soient, régime syrien ou Hezbollah. Il est vrai que Ghassan Tuéni avait déjà appelé à « enterrer la haine et la vengeance », au lendemain de l’assassinat, le 12 décembre 2005, de son fils Gebran, symbole du courage et de la liberté face à la terreur et au totalitarisme.
Mais de « haine » et de « vengeance », pas l’ombre d’une trace dans le discours des forces du 14 Mars. Tous s’en remettent à la justice internationale, acceptant d’ores et déjà son verdict, quel qu’il soit. La loi tribale, ainsi que le discours assoiffé de « haine » et de « vengeance », c’est le Hezbollah qui continue à s’y référer en permanence. Ne serait-ce, à titre d’exemple, que lorsqu’il évoque Saad Hariri en termes de « waliy el-damm », le « dépositaire du sang », avec qui il serait donc légitime, dans la plus pure conception tribale, de conclure un marché pour « enterrer la justice » à travers un compromis vaseux.
Le Hezbollah occulte – dans une volonté manifeste de faire oublier aux Libanais tout ce que l’intifada de l’indépendance a représenté – le fait que c’est un peuple tout entier qui s’est mobilisé le 14 mars 2005, puis périodiquement depuis, pour réclamer la vérité et la justice. C’est cette constituante, formée de l’opinion publique du 14 Mars, qui est dépositaire du sang de ceux qui sont tombés dans ses rangs ; et elle rejette catégoriquement tout compromis éventuel qui pourrait tuer encore une fois ses symboles tombés courageusement sur le front de la lutte pour la liberté, la vérité, la souveraineté, l’indépendance, la justice, le droit et la renaissance de l’unité nationale. Or, ce compromis que le Hezbollah recherche désespérément pour saboter définitivement le TSL sera celui qui ouvrira véritablement la voie, dût-il exister un jour, à la haine et la vengeance, puisqu’il empêchera tout travail de deuil, tout apaisement de la colère des victimes, qui n’ont de cesse de réprimer leur douleur et de la contenir face à l’arrogance et à la condescendance des discours actuels du Hezbollah. Un tel compromis empêcherait aussi, et surtout, toute application future de la justice, cette dernière devenant désormais inféodée à jamais à la toute-puissance du Hezbollah et de son arsenal divin.
Démission de la porte-parole du TSL

«Le Tribunal spécial, un instrument pour susciter les tensions à l’intérieur du Liban»
02-11-2010 – Propos recueillis par Moumene Belghoul
George Corm : Le Tribunal international, comme avant lui la commission d’enquête, sont un instrument pour susciter des tensions et créer des problèmes à l’intérieur du Liban. Du temps de la commission d’enquête, le procureur allemand Detlev Mehlis avait eu recours à un nombre incroyable de faux témoins pour accuser la Syrie, ensuite on a créé ce Tribunal avant même que la commission d’enquête ne débouche sur les conclusions. Les faux témoins n’ont jamais été réinterrogés pour savoir qui les avaient manipulés, envoyés et subventionnés; on sait que la France a protégé un des principaux faux témoins qui est Zouhair Al-Seddik et qu’il demeure toujours protégé. Le Tribunal dès son origine était un tribunal politique puisque la justice pénale internationale ne s’occupe pas d’assassinat politique ni même d’opérations terroristes. La justice pénale internationale est faite pour les crimes contre l’humanité, pour les génocides, pour les déplacements forcés de populations. On n’a jamais vu un Tribunal se mettre en place pour juger un assassinat politique. Il y avait donc dès le départ des arrière-pensées, probablement pour cacher les vrais commanditaires de l’opération d’assassinat dans les conditions dramatiques que l’on connaît du président du conseil Rafic Hariri.
Dites-moi qui a intérêt à l’assassinat de Hariri, je vous dirai qui est le coupable ou le commanditaire …
Regardez les résultats de l’assassinat, vous comprendrez qui a fait l’opération.
La dernière visite du président iranien au Liban a été au centre de controverses…
Non, elle a été controversée uniquement par certains milieux politiques occidentaux, le président iranien a reçu un accueil extrêmement chaleureux au Liban. On doit quand même à l’Iran ses aides militaires au Hezbollah. Des aides qui ont permis, on l’oublie souvent, de libérer un territoire occupé par Israël pendant 22 ans. Il n’y a aucune raison de ne pas recevoir le président iranien. Ce sont les médias internationaux et certains médias arabes très proches des milieux occidentaux qui ont voulu créer un problème à l’occasion de cette visite.
Son déplacement au Sud-Liban a été considéré comme «provocateur» par certains milieux…
Pas du tout, au contraire, le président iranien, sans se faire son avocat, a évité d’aller à «Bawabet Fatma» le point le plus proche de la présence militaire israélienne justement pour éviter que ne s’enfièvrent encore plus les polémiques. Tout ce qu’il a déclaré, ce sont des choses qu’il avait déjà dites précédemment. Par exemple, concernant Israël, le fait que cet Etat aura beaucoup de difficultés à survivre dans l’avenir vu sa politique dans la région. Par ailleurs, sur le plan libanais interne, il n’a fait que prêcher la concorde entre les communautés libanaises et le maintien de la très riche diversité religieuse libanaise.
La coalition entre le Hezbollah et le courant de Michel Aoun demeure un exemple du genre. N’est-elle pas appelée à se disloquer ?
Non, c’est une coalition qui a empêché que le Liban ne retombe dans la guerre civile, le général Aoun a été très lucide et très courageux, c’est pour ça qu’il a été attaqué très fortement par les mêmes milieux occidentaux. L’alliance est extrêmement solide et soutenue par beaucoup de Libanais qui ont très bien compris que la conversion du Hezbollah à la démocratie communautaire était un grand acquis. Et c’est justement le travail du courant patriotique libre du général Aoun. Il faut dire que le document d’entente qui a été signé est véritablement un garde-fou par son contenu à tout retour à la guerre civile.
Le système confessionnel en vigueur au Liban a-t-il de l’avenir ?
Vous savez, il a de l’avenir tant qu’on continuera de manipuler et d’instrumentaliser le religieux de façon aussi scandaleuse. Non seulement dans la région mais à l’échelle du monde entier. Maintenant, un jour ou l’autre, il faudra le dépasser mais c’est sûr que le Liban tout seul ne peut pas le faire si l’ensemble de la région continue de vivre dans les grandes mythologies religieuses. En plus, aujourd’hui, vous avez cette nouveauté qui prend de l’ampleur, ce supposé conflit entre sunnites et chiites et ce prétendu triangle chiite que l’Iran manipulerait et qui voudrait déstabiliser le monde arabe. Il est évident que ce sont des divagations de bureaux d’études politiques qui ont siège à Washington, New York, Paris, Bruxelles…
Depuis quelque temps, des informations font état qu’Israël prépare une énième agression contre le Liban…
Je crois que la leçon donnée à l’armée israélienne en 2006 par cette résistance extraordinaire du Hezbollah est encore dans les mémoires. Je ne crois pas que les Israéliens essaieront de nouveau à se heurter au Hezbollah. Je crois que toute la stratégie américaine actuelle est plutôt la déstabilisation et l’affaiblissement du Hezbollah sur le plan interne. Afin de faciliter justement une nouvelle agression israélienne. C’est comme ça qu’on peut interpréter toutes ces fuites savamment organisées à travers le Tribunal international selon lesquelles le Hezbollah serait impliqué dans l’assassinat de Rafic Hariri, sans que personne ne pose la question quel aurait été son intérêt de tuer Hariri. La même question pour la Syrie. L’assassinat a servi à la chasser du Liban et à l’encercler régionalement et internationalement. Je crois aujourd’hui que la politique pure et dure des Occidentaux, de l’Otan et des cercles militaires, de concert avec Israël, c’est d’entraîner le Hezbollah dans des problèmes internes libanais et dans cette dangereuse querelle sunnite-chiite. Mais je pense qu’il y a suffisamment de sagesse, notamment chez le Hezbollah au Liban, pour ne pas se laisser piéger.
La question des armes de la résistance demeure un problème en suspens…
Il y a certains Libanais qui sont poussés par les ambassades étrangères ou impressionnés par les médias occidentaux qui pensent que c’est un grand problème, ils ont d’ailleurs réussi en mai 2008 à «provoquer» le Hezbollah quand il s’est agi de démanteler son réseau de télécommunications. Après avoir réagi promptement, le Hezbollah avait remis les positions qu’il avait prises à l’armée libanaise. Ce qui prouve bien que le Hezbollah n’a aucune intention de faire un coup d’Etat ou de prendre le pouvoir au Liban comme le prétendent certains milieux.
Le rôle de la Syrie semble avoir changé depuis quelque temps. Après la diabolisation à outrance, les Occidentaux sont plus conciliants à l’égard de Damas. Serait-ce pour casser l’axe irano-syrien ?
Les mêmes puissances occidentales, qui ont fait sortir la Syrie du Liban dans des conditions dramatiques et peu glorieuses, lui demandent sans cesse maintenant de réintervenir indirectement dans les affaires libanaises. On remarque que la politique n’est jamais quelque chose de très rationnelle. Par ailleurs, les Occidentaux s’imaginent pouvoir détacher la Syrie de l’Iran et donc par là couper les approvisionnements du Hezbollah, bref, il y a un déni de réalité, des desseins qui ne sont pas pragmatiques du tout. Mais qui entraînent malheureusement des violences terribles. Lors de l’invasion américaine de l’Irak, tout le monde pensait à une promenade militaire pour rétablir la démocratie au Moyen-Orient. On a vu ce qu’est devenu l’Irak, il a été rejeté à l’âge de pierre, exactement comme l’avait demandé George Bush père lors de la première guerre du Golfe.
On dit que l’ambassade de l’Arabie saoudite à Beyrouth dispose d’un ascendant certain sur la scène politique interne au Liban. Quel est le niveau d’influence de Riyad au Liban ?
L’Arabie saoudite depuis l’arrivée de Hariri est la puissance quasiment hégémonique au Liban. Vous avez un condominium syro-saoudien qui a bien marché après les accords de Taef et qui a été rompu par l’assassinat de Hariri, ce qui a abouti à l’éviction complète de la Syrie du Liban puis ensuite un retour progressif ou une normalisation des relations. Et maintenant, la question du Tribunal international qui est en train de jeter un grand froid parce qu’il est clair aujourd’hui qu’en accusant le Hezbollah, le Tribunal va très probablement conclure que des éléments du Hezbollah avaient des connexions avec les services syriens. Cependant, je ne crois pas que cet acte d’accusation provoque un embrasement au Liban, mais simplement, il installera une espèce de terreur psychologique. Je pense qu’il y aura peut-être quelques incidents sporadiques de violence à droite ou à gauche notamment au nord du Liban où il y a des fondamentalistes sunnites assez actifs, mais ça restera très localisé. Il faut dire que le pouvoir en Arabie Saoudite n’est pas complètement unifié par rapport à la question libanaise. Vous avez une branche qui représente le roi Abdallah qui est modérée au sens du maintien de la solidarité musulmane interarabe, alors que d’autres branches dans le royaume travaillent toujours sur les anciennes hypothèses ou sur la théorie d’une guerre sunnite chiite à l’échelle régionale.
En un mot, comment voyez-vous l’avenir du Liban ?
Il n’est pas séparable de l’avenir de la région. Je ne crois pas qu’il y aura une stabilisation ni les conditions d’une paix dans un proche avenir, mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire; au contraire, il faut redoubler d’analyses qui soient un peu plus proches de la réalité du terrain et qu’on cesse de divaguer au profit de desseins géopolitiques qui ne tournent jamais à l’avantage des pays arabes en tout cas.
M. B., pour La Tribune
Du Liban à l’Irak, juger les criminels ?
mardi 16 novembre 2010, par Alain Gresh
Des rumeurs persistantes annoncent l’inculpation de plusieurs membres du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban, instance mise en place après l’assassinat le 14 février 2005 de l’ancien premier ministre Rafik Hariri. Je reviendrai sur cette affaire dans les prochains jours, mais je rappelle que ce tribunal a été, dès sa création, orienté par la volonté politique de l’administration américaine – une administration qui, paradoxe, refuse toute compétence à la Cour pénale internationale (lire « Offensive concertée contre le régime syrien », Le Monde diplomatique, décembre 2005). La question posée est de savoir qui décide d’inculper les criminels ? Qui décide que tel crime mérite d’être poursuivi ou non ?
Peu de médias ont repris l’appel d’Amnesty International du 10 novembre : « Après les aveux de George W. Bush, il faut que les Etats-Unis ouvrent une information judiciaire concernant des actes de torture ». L’ancien président vient de publier ses Mémoires, Decision Points, où il reconnaît avoir autorisé l’usage de méthodes d’interrogatoire qui relèvent de la torture.
« Aux termes du droit international, le fait que l’ancien président admette avoir autorisé des actes s’apparentant à la torture suffisent pour que les Etats-Unis soient dans l’obligation d’enquêter sur ses propos et, s’ils sont corroborés, de le poursuivre », a déclaré Claudio Cordone, directeur général d’Amnesty International.
Au-delà de cette accusation, il reste d’autres motifs d’inculper l’ancien président américain, que je rappelais dans « Guerre d’Irak, le crime » (31 août 2010).
« Cette guerre d’agression (de 2003), non provoquée, déclenchée sous le faux prétexte de chercher des armes de destruction massive, est d’abord une violation des principes des Nations unies qui, le 14 décembre 1974, à travers leur assemblée générale, adoptaient un texte définissant l’agression. »
Cette guerre a eu des conséquences terribles pour le peuple irakien (plus de 100 000 morts), la destruction de l’Etat et de ses infrastructures, la déstabilisation de la région.
Une des conséquences à terme les plus préoccupantes est l’instauration d’un système confessionnel sur le modèle libanais. L’accord pour la formation d’un nouveau gouvernement à Bagdad, intervenu la semaine dernière à l’issue de huit mois de négociations, s’appuie sur ce qui est désormais une règle non écrite : la présidence à un Kurde, le poste de premier ministre à un chiite et le poste de président du parlement à un sunnite.
Dans ce système, les minorités sont devenues des cibles d’autant plus faciles qu’elles ne bénéficient pas de la protection d’un Etat inexistant. Les agressions contre les chrétiens sont le reflet de cette situation et nous rappellent que, sous le régime baassiste, ils bénéficiaient au moins d’une certaine sécurité. Peut-on s’étonner que certains regrettent le temps de la dictature de Saddam Hussein ?
Ce système confessionnel a été inauguré dès 2003 par le général David Petraeus, à l’époque commandant la 10e division aéroportée américaine qui prit le contrôle de Mossoul et instaura un système électoral tribal, avec des urnes différentes pour chaque confession…
Que changera la constitution d’un nouveau gouvernement ? Pas grand-chose, sans doute. Les sunnites risquent de se sentir un peu plus marginalisés et certains des miliciens ralliés en 2007-2008 pourraient passer à l’opposition armée, voire à l’alliance avec Al-Qaida.
Et le principal vainqueur serait… le président Ahmadinejad – selon Juan Cole, un excellent observateur de l’Irak, sur son site Informed Comments, « Sunni Arabs Return to Parliament but Shiite-Kurdish Ascendancy Holds : Ahmadinejad Congratulates his Candidate, al-Maliki » (14 novembre). Cole rapporte ce commentaire de Iranian News Report :
« Au cours d’une conversation téléphonique, Ahmadinejad a félicité le premier ministre Nouri Al-Maliki pour la formation du nouveau gouvernement. “La formation de ce gouvernement est une grande victoire pour le gouvernement irakien, pour le parlement, pour la nation, pour les différents groupes politiques”, a-t-il déclaré samedi soir (13 novembre). “La République islamique est prête à approfondir ses relations avec l’Irak, notre voisin et notre ami”, a-t-il poursuivi. Al-Maliki pour sa part a dit sa satisfaction de l’aide apportée par la République islamique d’Iran et affirmé que “l’expansion des relations avec l’Iran est également une demande irakienne”. »
Qui jugera les responsables américains pour les crimes commis au nom de la démocratie et des droits humains ? La bêtise politique n’étant pas, elle, passible des tribunaux…
Source: Les Blogs du Diplo
Nouveau soutien financier de Londres au Tribunal spécial pour le Liban
LONDRES (AP) — La Grande-Bretagne a décidé d’octroyer un million de livres supplémentaires (1,1 million d’euros) au Tribunal spécial pour le Liban chargé de poursuivre les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a exhorté les autres pays à soutenir le tribunal, observant que la justice était "le seul moyen d’assurer la stabilité à long terme" au Liban.
En décembre 2005, le gouvernement libanais avait demandé aux Nations Unies de créer un tribunal à caractère international chargé de juger les auteurs de l’attentat à la bombe qui avait coûté la vie à Rafic Hariri et à 22 autres personnes quelques mois plus tôt, le 14 février, à Beyrouth.
Le Tribunal, créé en 2007, a notamment pour mandat de notamment les responsables de l’attentat. Il se heurte aux soupçons au Liban sur fond de craintes d’une possible relance des hostilités entre chiites et sunnites à la suite d’inculpations, particulièrement si des militants du Hezbollah chiite sont accusés d’implication.
Le nouvel engagement financier de Londres, annoncé lundi, porte sa contribution à 2,3 millions de livres (2,7 millions d’euros).
Source: Le Nouvel Obs



