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Verticalité patriarcale et horizontalité démocratique
PRINTEMPS ARABE EN ORIENT ET PRÉSIDENTIELLES EN OCCIDENT Bahjat RIZK
Beaucoup d’articles ont été publiés en ce premier anniversaire du printemps arabe dont on ne connaît toujours pas l’issue mais qui semble s’acheminer, du moins dans les pays où il s’est accompli (Tunisie, Égypte, Libye, Yémen), soit vers un retour culturel et politique d’une mouvance nationaliste islamique modérée, soit vers la reprise en main du pouvoir par l’armée après la chute des anciens régimes dictatoriaux laïques. Cela avait d’ailleurs été déjà le cas, comme il l’est toujours d’une certaine manière aujourd’hui, dans la Turquie redevenue brusquement nationaliste, après le vote récent de la loi sur la négation des génocides par le Parlement français, ce qui l’éloigne un peu plus d’une improbable adhésion prochaine à l’Union européenne. La Turquie étant passée, en un siècle, de l’Empire ottoman religieux et ethico-linguistique à la république militaire et laïque de Kemal Atatürk, à la résurgence de la mouvance islamiste radicale il y a une trentaine d’années, devenue modérée il y a un peu plus de cinq ans. Lire la suite…
Poème d’ici – Le ciel meurt-il ?

Pablo Picasso, Femme au miroir, 1959
Fatima al-Ashabi est l’une des rares femmes poètes du Yémen à avoir réussi, lors des années 1970-1980, à se faire une place dans un paysage littéraire presque exclusivement masculin. Depuis, cette littérature féminine progressivement s’affirme et se développe. Les premières publications de Fatima al-Ashabi datent des années 1980. Chercheuse au Centre yéménite de recherches et d’études, elle participe régulièrement à des rencontres de poésie au Yémen et à l’étranger. Son recueil Innaha Fatima (C’est Fatima)a paru à Bagdad en 2000.
Le ciel meurt-il ?
Pardonnez-moi je souffre du tremblement de la proie
entre les crocs du seigneur des forêts
Je saigne comme le crépuscule, pourrais-je commencer
une aube nouvelle pour que s’achève mon drame
(…) Depuis des centaines de siècles je porte sur mon dos
Le poids de ma servitude et je traîne derrière moi les années
Je me vide par des centaines de blessures
que me reste-t-il de mes qualités ?
De mes centaines de blessures s’écoule
tout ce qui me reste de qualités
Où est mon beau visage ? Où est ma jeunesse ?
Le ciel meurt-il dans les regrets ?
Où sont ces rêves ? Où ont-ils disparu ?
Où est ma vérité ? Où est mon âme ?
Ma douleur atteint l’âge de mille siècles
derrière les murs de ces plaintes
Mille remparts et pour un rempart qui s’écroule
un autre apparaît qui limite mes forces
Dans mon isolement, ma solitude et mes chaînes
je n’ai personne de présent ni à venir
Ils m’ont dépouillée de mes qualités et ils ont dit
Les femmes ont été créées pour la décoration
Ils ont oublié que celle qu’ils traitent en faible
est l’auteur de tous ces miracles
Ceux petits en toutes choses qui ne sont grands que dans l’ironie
Les hommes, les hommes qui atteignent les limites de la vanité
Lorsqu’à belles dents ils déchirent les femmes dans leurs assemblées
Pardonnez-moi mais mon oraison est éloquente
et des pleurs gémissent dans les battements de mon coeur
Pardonnez-moi mais je suis amère
face à ces yeux qui plongent dans les failles de l’intimité
(…) Ah si seulement vous pouviez savoir de quel pays
J’étais la reine des reines
Entre un sanglot et son écho me voici
devenue presque une tombe remplie de morts.
Traduit de l’arabe par l’Atelier de traduction de l’Ecole normale supérieure de Paris sous la direction de Houda Ayoub.
Source : L’Orient Littéraire
« Dans l’œil des autres », un ouvrage lancé à Beyrouth, pour cerner l’action de Médecins sans frontières
Par Patricia KHODER | 16/12/2011
Social Le rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique était au centre d’un débat à l’Université américaine de Beyrouth, à l’occasion d’une conférence organisée conjointement par l’AUB et Médecins sans frontières (MSF).
La conférence organisée à l’AUB sur le thème du rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique a fourni l’occasion à Médecins sans frontières de lancer son livre Dans l’œil des autres – Perception de l’action humanitaire et de MSF, dirigé par Caroline Abu-Sada, coordinatrice de l’unité de recherches de MSF-Suisse.
Depuis 2010, elle représente l’organisation au sein du Comité directeur du Cerah (Centre d’études et de recherches sur l’action humanitaire) à Genève.
Mme Abu Sada, à l’instar de Ghada Hatim, directrice exécutive de MSF pour le monde arabe, et Bruno Jochum, directeur général de l’organisation internationale, sont venus spécialement au Liban pour l’occasion. Lire la suite…
Entre la chute de la dictature soviétique (1989) et la chute des dictateurs arabes (2011)
18/03/2011 – Par Bahjat RIZK
La mondialisation, autrement dit la révolution des moyens de communication qui a bouleversé notre cadre spatio-temporel, a joué un rôle majeur tant dans l’effondrement de la dictature soviétique il y a un peu plus de vingt ans que dans la chute précipitée des régimes dictatoriaux en Tunisie et en Égypte il y a à peine deux mois, alors que le régime populiste en Libye vacille mais hésite à s’effondrer. Des réformes sont par ailleurs prévues en Algérie, au Yémen, au Maroc, en Jordanie, à Bahreïn, peut-être même en Arabie saoudite. Seuls les régimes syrien et iranien demeurent en Orient, fermement verrouillés. Contrairement à l’Irak, la révolution cette fois-ci semble s’être effectuée de manière interne, sans intervention flagrante de l’extérieur, autrement dit de l’Occident.
Les démocraties occidentales ont compris que si elles voulaient intervenir, pour promouvoir leurs valeurs et sécuriser leurs intérêts, elles ne pouvaient le faire que de l’extérieur, car sinon la révolution interne se transformerait en lutte contre l’occupation étrangère. Ne pouvant intégrer ces pays dans leur espace, ils se devaient de préserver leurs frontières et leur intégrité émotionnelle. Dans les pays d’Europe centrale, les valeurs occidentales ont triomphé car elles avaient été intériorisées par la population dans son ensemble. De même, en Tunisie et en Égypte, où les mœurs libérales, dites aujourd’hui occidentales, ont pu cheminer à travers l’histoire, l’éducation et surtout les moyens de communication, le concept de démocratie et de libertés individuelles touchant une certaine frange de la population, à travers l’Internet et les réseaux sociaux d’information.
En Libye, où le système tribal demeure vivace, la société civile semble avoir plus de difficultés à s’organiser. Certes, l’Occident ne peut la laisser livrée à elle-même, face à un dictateur délirant, mais s’il intervient, il risque, comme en Irak, de la desservir et de se discréditer. Comme pour l’Afrique et la Côte d’Ivoire, l’appui ou le désaveu ne peuvent provenir que de ses pairs, autrement dit de sa « famille », de ceux qui ont la même langue, la même religion ou la même race, pour ne pas être perçus comme des agresseurs mais comme des frères. Le colonel Kadhafi a d’ailleurs souvent jonglé entre l’identité arabe, l’identité africaine et l’identité islamique, étant très peu dépendant, grâce au pétrole et à la nature désertique de son pays, de l’Occident. Que faire face à un pays qui n’a ni Constitution ni élections, et dont le guide révolutionnaire est enfermé, depuis presque un demi-siècle (depuis 1969), dans un discours clos, oscillant entre le pathologique et le pathétique ? Certains ont voulu reconquérir la légitimité politique et culturelle à travers le retour à une période antérieure et au régime précédent (drapeau du roi Idriss), mais cette option semble manquer d’interlocuteurs identifiés. Le conseil national de transition lui-même n’est pas encore clairement défini, ni autonome, dans son identité. Après la Tunisie et l’Égypte, toutes les deux en phase transitoire incertaine après l’éviction de leurs dictateurs respectifs, la Libye semble elle, pour le moment, bloquée. Comment assister les peuples arabes dans leur processus d’émancipation sans les humilier ou les heurter ?
Les pays de l’Europe centrale qui se sont soulevés contre l’emprise soviétique l’ont fait au nom de leur propre dignité et en s’identifiant à eux, l’Occident les a reçus à bras ouverts, en mettant en avant un héritage commun. C’est cette reconnaissance culturelle, même puisée dans un passé lointain et reculé, qui pourrait les rapprocher. Tout en reconnaissant le risque d’un choc des cultures spécifiques, il faudrait miser sur l’universalité d’une culture humaine qui ne soit pas l’apanage d’une culture spécifique mais la transmission universelle, à travers le temps et l’espace, des différentes cultures entre elles dans leur dimension transcendante. C’est cette continuité et cette confiance qu’il faudrait s’efforcer de rétablir. Après l’Europe de l’Est, le monde arabe et l’Orient semblent s’ouvrir à l’ère libérale (pas uniquement les intérêts économiques marchands mais les valeurs morales, surtout celles qui touchent les libertés individuelles). Plutôt que de diviser pour mieux régner et de faire la course aux marchés mondiaux, l’Occident est appelé à s’identifier et donc à mieux reconnaître et partager.
Bahjat RIZK
Source: L’Orient Le Jour


